‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 9 sur 153 · DUCA · texte numérisé non relu

DUCA

(2) Gibbon consacre de longue» pages à établir formellement le fait. Hammcr le nie, d'après les découvertes historiques faites récemment. On sait que les Orientaux appellent cage une ebambre étroite , et aussi la litière daus laquelle on porte les femmes.

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ss juillet.

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voulu combattre aussi les chrétiens; attaquant donc Smyrne qui, depuis soixante ans, appartenait aux chevaliers de Saint-Jean, il prit d'assaut cette ville, où il éleva une nouvelle pyramide de crânes et de pierres.

Dans son retour vers l'Orient, il rencontra tous les enfants d'une ville qui étaient venus à son avance implorer sa miséricorde en récitant le Coran. Quel est ce bêlement? demanda-t-il, et il ordonna à la cavalerie de les fouler aux pieds.

Tamerlan se trouvait à la tête d'un empire qui, de l'irtyche et du Volga, s'étendait jusqu'au golfe Persique , et du Gange à Damas et à l'Archipel. Lorsqu'il eut conquis le pays des Circassiens et des Iaszes, il se trouva qu'il avait déchiré, pour en ceindre son propre front, les bandeaux de vingt-sept rois appartenant à neuf dynasties, savoir : la dynastie du Dschagataï, celles des Gètes du Turkestan, du Kharizm, du Khorassan, desTartares dans le Kapchak, des fils de Mozaffer dans l'Irak persan, des Ilkhaniens dans l'Irak arabe , celles de l'Hindoustan et des Ottomans. On a dit qu'il voulait conquérir l'Égypte et l'Afrique, pénétrer dans l'Europe par Gibraltar, et, après l'avoir traversée, regagner la Russie et la Tartarie. Heureusement pour la chrétienté, l'apôtre guerrier fut arrêté par la mer, que ses cavaliers ne pouvaient franchir comme le désert; les chrétiens n'en réunissaient pas moins leurs forces, tout en mettant en œuvre les ménagements et les messages pour détourner cette fureur redoutable. Mousa , fils de Bajazet , reçut l'investiture du royaume de Romanie , et fut favorisé par le vainqueur contre ses frères Soliman et Mahomet. L'empereur grec se soumit au tribut de neuf autruches et d'une girafe. Au Caire , le nom de Tamerlan fut récité dans les prières et empreint sur les monnaies.

Il retourna à Samarcande à l'âge de soixante-deux ans, pour y prendre quelque repos et se préparer à conquérir la Chine. Tous les émirs et les mirzas , parmi lesquels se trouvaient plusieurs descendants de Gengis-Khan, furent convoqués soit pour délibérer sur les affaires , soit pour assister à des mariages. Pendant deux mois il s'abstint de toute occupation sérieuse pour s'enivrer des plaisirs de la vie. Au milieu d'une grande plaine dite Mines de fleurs, il fit élever par un architecte syrien un palais en marbre ayant de chaque côté quinze cents coudées, orné de mosaïques à l'intérieur et de porcelaine au dehors, avec des jets d'eau innombrables. Un festin y fut donné , où rien ne manquait de ce qui pût charmer les sens. Les fils du monarque, les impératrices et les reines, les gouverneurs, les généraux, les grands de l'empire

y accoururent avec des félicitations et des présents , au milieu d'un monde de peuple; comme les moindres poissons ont aussi leur place dans la mer, Tamerlan admit également au banquet les ambassadeurs de la Chine, de la Russie, des Indes, de la Grèce, de PÉgypte, de toute l'Asie, et même les envoyés de l'Espagne, qui lui offrirent une tapisserie magnifique dont le travail éclipsait les ouvrages des peintres d'Orient. Les jardins de Kanigoul avaient été disposés en pavillons tendus avec des cordes de soie, tapissés d'étoffes d'or, fermés par des portières de velours, et parquetés d'ébène et d'ivoire. Deux cents pavillons de soie , dressés chacun sur douze colonnes d'argent doré, où étaient parsemées des pierreries, formaient l'habitation royale, autour de laquelle brillaient des centaines de boutiques pour vendre tonte espèce d'ornements, de métaux précieux, de perles et d'orfèvreries, tellement ( nous employons les expressions du chroniqueur) que Kanigoul semblait les mines du Potose. Des concerts et des représentations sur cent théâtres réjouissaient la multitude; des Indiens dansaient sur des cordes si élevées qu'elles paraissaient attachées aux nues.

Tous les artisans de Samarcande défilèrent devant le souverain, étalant à ses yeux quelque belle invention de leur art. Les pelletiers se montrèrent vêtus de peaux d'ours, de tigres et de lions; les tapissiers firent un chameau de corde et de toile, qui se mouvait, des oiseaux de coton et un minaret de même matière , qui se promenait; les selliers, deux litières sur des chameaux dans lesquelles deux jeunes filles récréaient les yeux par leurs attitudes; les fabricants de nattes avaient formé, avec des joncs, deux lignes de caractères cutiques. L'hydromel et l'eau-de-vie étaient versés au banquet dans les vases d'or de Koumi , et des forêts entières furent abattues pour cuire les viandes. Autant que la vue pouvait s'étendre , des mets et des boissons étaient exposés sur des tables sans nombre , et distribués à quiconque se présentait ; puis un édit de l'empereur ordonnait que, durant les fêtes, tout différend fût suspendu, que le riche et le fort respectassent le pauvre et le faible , que personne ne prétendit au delà de ce qui lui était dû.

Dans cette circonstance , il maria six de ses petits-fils, qui cl langèrent neuf fois d'habillement ; à chaque nouvelle toilette , les perles et les pierreries qui les paraient étaient abandonnées à leur suite. Des torches et des lampes allumées de toutes parts faisaient de la nuit le jour (1).

(I) On pourrait citer en Orient beaucoup d'exemples d'un pareil luxe, qui rendent les contes de fêes moins incroyables. Quand le sultan Malek de Seldjouk

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Quand les fêtes furent terminées, Tamerlan , s'adressant aux mirzas et aux grands émirs, leur dit : Les vastes conquêtes que j'ai accomplies n'ont pu se faire tans violence et sans destruction de créatures de Dieu; f ai donc résolu, en réparation, de porter la guerre aux infidèles, et d'exterminer les idolâtres de la Chine. Que les armées qui m'ont aidé à pécher soient les instruments de la pénitence, en marchant à la guerre sainte, en abattant les temples des idoles et du feu, pour y substituer des mosquées!

Aussitôt il donna l'ordre que chacun retournât à ses occupations, et , s'étant enfermé dans son cabinet, il se remit aux affaires du gouvernement. Il avait expédié à l'avance une armée, ou plutôt une colonie de sujets, pour faciliter son passage au milieu des Kalmoukset des Mongols idolâtres, qu'il projetait de subjuguer, et fait lever la carte exacte des pays à traverser depuis la source de l'Irtyche jusqu'à la muraille de la Chine. Les préparatifs terminés , il se mit en marche avec deux cent mille guerriers ; mais Mort de la rigueur du froid l'obligea de s'arrêter à Otrar, et, avant le re- lft*JJi tour du printemps , il mourut à l'âge de soixante-neuf ans.

Sévère et inflexible dans les ordres qu'il donnait, Tamerlan faisait punir par la bastonnade, selon la loi de Gengis-Khan, ses tilsetses neveux lorsqu'ils ne se montraient pasassez dociles; malgré cela, les coupables conservaient leurs honneurs et leurs commandements. Il maintenait une justice extrêmement rigoureuse, à tel point qu'un enfant aurait pu se promener avec de l'or dans ses mains, sans danger d'être dépouillé. La destruction était sa gloire et son orgueil ; c'était le mot inscrit sur ses monnaies. Il fit tuer tous les hommes d'une tribu ; des villes célèbres disparurent sous ses pas, et trois cent mille têtes furent employées à élever les pyramides de ses triomphes. Il parcourut certains pays, non pour les conquérir, mais pour les dévaster en pillard, et y laisser

épousa la fille de Mosthader, calife abbasside de Bagdad, en 1087, il fut consommé 80,000 livres de sucre en bonbons et confilures. Mohammed Seldjouk, en 1154, fit trancher la tête à l'un de ses ministres, dans la succession duquel on trouva, sans parler du reste, 13,000 habits d'étoffe rouge. La mosquée de Damas coûta quarante millions de roubles au calife ommiade Vah'd ; 000 lampes <Tor y étaient suspendues à des chaînes aussi d'or massif. Quand l'impératrice Zoé envoya une ambassade au calife abbasside Moktader, en 917, les députés le virent entouré d'une garde du corps composée de 160,000 hommes; il avait en outre 40,000 ennuque» noirs et 30,000 blancs; 700 portiers, magnifiquement vêtu-%, gardaient les entrées du palais; des barques superbes couvraient le Tigre; 12,500 tapis ornaient le palais au dedans et au dehors; au milieu de la salle d'audience s'élevait un arbre d'or massif avec dix-huit grosses branches chargées d'oiseaux mécaniques, dont le chant imitait celui d'oiseaux véritables.

quelques-uns de ses guerriers pour les gouverner. Il ne consolida rien, et ne donna même aucuneiinstitution stable à la Transoxiane et à la Perse, qu'il considérait comme l'héritage de sa famille ; enfin, sa descendance ne régna que par suite de la conquête de l'Inde, où survécut le nom de Grand Mogol.

Tamerlan décida que tous les enfants nés dans le harem do l'empereur et des princes devaient être considérés comme membres de la famille impériale, et que l'État, par conséquent, était obligé de les entretenir; aussi vit-on parfois dans l'Inde jusqu'à trois cents harems impériaux, dont quelques-uns contenaient jusqu'à mille femmes. La Renaudière, qui visita dernièrement Delhi, y trouva sur le trône le XIVe descendant de Tamerlan, à qui la Compagnie des Indes fait une pension de 200,000 livres sterling; mais il est obligé d'entretenir vingt mille personnes du sang impérial, dont dix-neuf mille sont des femmes, attendu que les mâles vont ailleurs chercher fortune. Ce sont là les seuls sujets qui restent au Grand Mogol.

Tamerlan fonda une école célèbre à Kesch ; il entretenait à sa cour plusieurs lettrés et historiographes auxquels il imposait l'obligation de dire la pure vérité : la vérité, sans doute, telle qu'on peut l'écrire quand on est aux gages d'un despote (1). Il rédigea \eToufoukal, ou règlement pour l'organisation de l'armée (-2) , des magistratures, de l'administration des finances et de la justice. Nous avons encorede lui un curieux monument : les Commentaires sur ses entreprises (3). Dans le prologue, il déclare « à ses fils,

(1) « Gon gis- Khan et Tamerlan sont les deux plus grands conquérants de l'Asie, depuis Alexandre jusqu'à nos jours. Tous les deux furent prodigues à l'excès de sang humain, exterminateurs de dynasties, fondateurs de royaumes et réformateurs de la société. La grande différence entre Ton et l'autre consiste en ce que Gengis-Khan, esprit barbare, ennemi de la civilisation, porta, dans tous les lieux où il alla avec ses hordes homicides , toutes les calamités de la guerre, tandis que Tamerlan, versé lui-même dans les lettres arabes et persanes, mérita que ses exploits fussent illustrés par des plumes comme celles de Sharaffeddin et d'Abderresac, auteur de Y Orient des deux astres heureux, histoire entièrement inconnue jusqu'ici en Europe. » De Hanmf.r. Ce Sharaffeddin, mollah résidant à Yezd en Perse, écrivit l'histoire de Tamerlan après sa mort, par ordre du sultan Ibrahim , et son livre est réputé un chef-d'œuvre d'exactitude et de style. Le Syrien Ahmed-ehn-Arabscha retraça aussi en arabe la vie du conquérant trente-cinq ans après sa mort. L'un n'est pas moins prodigue de fables que l'autre.

(2) Il a été traduit en français sous le titre d1 Institutions politiques et militaires de Tamerlan; Taris, 1787, in-12.

(3) Charles Stewartles a traduits en anglais, Londres, 1830, sous ce tilre : The. mifuzât Timury, etc., ou « Mémoires de l'empereur mongol Timour, écrits

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« neveux et autres, avoir écrit ses mémoires en turc, afin que «t ceux de ses descendants qui lui succéderont dans Le gouvernea nient de l'empire par lui fondé avec tant d'efforts, de fatigues, a de marches et de guerres, mettent en pratique les règles et les «r avis qui doivent assurer la durée de leur puissance et de leur f monarchie. »

Il débute en ces, termes : « Mes fils fortunés, mes sages mi- « nistres, mes nobles et zélés serviteurs, sachez que, si le Dieu a tout-puissant m'a accordé la grandeur, s'il m'a constitué pas- « teur de son troupeau , s'il m'a prêté son secours céleste, au « point de me rendre le monarque suprême de la terre, ce fut a à cause de ma fidélité constante à pratiquer la justice, à ob- « server les traités, à respecter les propriétés, à user avec éco- « nomie des richesses publiques, à faire servir le pouvoir a la dé- « fense et à la propagation de la religion, à honorer les moines a et les derviches. » Il continue ainsi : « J'avais ouï dire que « lorsque Dieu choisit un homme pour lui confier le sort d'un « pays, et lui remet l'administration du genre humain, afin qu'il « gouverne conformément à la justice, si cet homme élu se conduit « comme il le doit, son règne dure et prospère ; mais que , s'il se « rend coupable d'injustice, de tyrannie et d'actions opposées à • sa loi divine, Dieu ne permet guère qu'il ait de fils, et le prive, a au profit d'un autre, de ses États et du pouvoir souverain. En « conséquence, pour conserver ma souveraineté, j'ai pris d'une « main la justice, de l'autre l'équité, et j'ai eu soin que ma de- « meure royale fût éclairée de ces deux lumières. Ayant appris a que les rois justes sont l'ombre de Dieu, et que le meilleur roi « est celui qui imite la Divinité en pardonnant aux pécheurs, « j'ai suivi l'exemple des rois justes , et pardonné à mes en- « nemis. »

Il est à regretter que les autobiographes ne soient pas tels qu'ils se dépeignent eux-mêmes. Tamerlan, soit qu'il crût luimême aux pronostics, ou qu'il fût intéressé à y faire croire, raconte en détail tous ceux qui prédirent sa fortune extraordinaire. Nous en rapporterons un fragment, qui concerne ses croyances religieuses : a Dans l'année 806, et j'avais alors soixante ans, « je revenais de la conquête de la Natolie. J'offris mes hommages

par lui-même en dialecte turco-dschagataï, traduits en persan par Abou-Talib Hosein , et du persan en anglais. » Peut-être ont-ils été écrits par un autre, sous son nom.

« au cheik Sadr-Eddin-Ardébil, pôle des hommes savants; lui a ayant demandé sa bénédiction, je le priai de me donner pour « compagnon un de ses disciples, afin qu'il fût un de mes pôles, a II me répondit que dans la montagne de Salaran se trouvait a une fontaine dont l'eau était tantôt froide, tantôt chaude ; que « je devrais y aller, et que la première personne qui viendrait « faire ses ablutions serait le guide demandé. Conformément aux a ordres du cheik. je montai jusqu'à cvlic fontaine, auprès de a laquelle, après avoir fait mesablutions et mes prières, je restai, o attendant avec anxiété celui qui arriverait. Chose étonnante ! le « premier qui, le matin, s'approcha de la source et pria après « s'y être lavé, ce fut le chef de mes écuries. Le lendemain et le « jour d'après, le fait se renouvela. Étonné, je me dis à moi- « même : Le cheik ne peut s'être trompé, et j'adressai la parole « à cet homme en l'appelant Seid, et en lui demandant comment, « puisque jusqu'alors je l'avais regardé comme un serviteur in- « fime , il était parvenu à cette dignité et à cet honneur. Il me « répondit que, par ordre du pôle des pôles, dès le premier moa ment que j'étais devenu monarque souverain, il avait été le « bflton de mon gouvernement. Il commença alors des prières, « auxquelles je m'unis, et, pendant ce temps, un vif sentiment « déplaisir me ravissait. Les prières terminées, il me dit : Prince, « vous êtes à cette heure l'hôte de Dieu , et tout ce qu'un hôte de- <c mande, il doit le recevoir gratui'ement. Je demandai la foi. « La foi par Mahomet subsiste éternelle, me répondit-il; elle « est une cité, et ceux qui l'entourent s écrient continuellement : o // n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et ceux qui sont à Vin- « térieur répondent : Il est connu quil n'y en a pas d'autre que « Dieu. Celte ville est la porte des portes, et quiconque y entre a ou en sort répète sans cesse les mêmes paroles.

« Alors je me prosternai; puis, levant la tête, je m'aperçus que a mon compagnon avait déposé son Ame dans la main du Créa- « leur. Je m'affligeai vivement, et, lorsque je racontai au cheik ce « qui était arrivé, il me dit qu'élever et renverser les souverains, <r accorder les royaumes à qui en est digne, les enlever aux indio gnes appartient aux vraisadorateurs,quisontlesagentsde Dieu; « que chaque pays a son saint patron, lequel reçoit sa mission de « l'imam (chef) des pôles; que le pays est florissant tant qu'il « soutient le monarque, et qu'il déchoit dans le cas contraire. « L'État prospère s'il conserve son gardien ; mais il décline et ne a tarde pas à tomber s'illc perd, à moins qu'un nouveau patron ne « lui soit envoyé. L'homme-dieu à qui était confié le royaume de

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t Kaisar {\) est mort cette année; c'est pourquoi vous avez remit 'porté sur lui une. victoire facile. Je pris cela comme un avis qui « m annonçait que mon tour ne larderait pas à venir; néanmoins a je conservai l'espérance qu'un autre patron serait nommé au « poste de mon protecteur décédé. Je fis don au cheik de quatre o cents prisonniers nés dans la Natolie, pour m'assurer son * intercession, d

Tout ce passage se réfère à une croyance des sofis de Perse, selon laquelle le gouvernement du monde est donné aux wéU, ou amis de la Divinité, qui sont au nombre de quatre mille, formant des ordres distincts. A peine l'un d eux vient-il à manquer, qu'il est remplacé par un autre d'un ordre inférieur. A la tète de ces ministres de la Providence, est le pôle des pôles, ou le secours ; après lui viennent deux pôles ou imams, puis les quatre soutiens ou gonds, et ainsi de suite.

« Grâce à Dieu , dit ailleurs le conquérant, depuis l'âge de neuf « ans jusqu'à celui de soixante et un, jamais je n'ai mangé seul; « jamais je ne suis sorti sans la compagnie d'un ami ; jamais je a n'ai endossé de vêtements neufs que je ne les ôtasse pour les « donner à mes camarades , et, quoi qu'ils me demandassent, « loin de les repousser, jamais je n'attendis qu'ils eussent recours a à d'humiliantes instances pour le leur accorder »

Tamerlan avait laissé, par son testament, le pouvoir suprême à Pir-Mohammed-Géangir ; mais la discorde s'étant mise entre ses nombreux descendants, Géangir fut renversé par Khal-Sultan, autre petit-fils de Tamerlan, et l'empire se trouva démembré. Dans leseontrées situées entre le Giaik, le Sioun et les montagnes Kouen-loun et Tang-nou, contrées qui, depuis 1408, avaient échappé à ses descendants, se formèrent les États indépendants dcsUsLeks nomades, des Mongols Éleuthes ou Kalmoucks, et les khanatsGengis-klianides de K; mil, Kotan et Kasgar. La Géorgie recouvra son indépendance ; dans l'Inde, en deçà du Gange, un prince afgan fonda le royaume du Moultan, un autre celui de Dehli, dont les royaumes mongols de Kachemir et de Sindy fu-

(1) L'empire ottoman, qui, dès le commencement du quinzième siècle, possédait en grande partie l'empire des Césars ( de Constantinnple ).

(2) Plusieurs autres princes d'Orient ont écrit leur propre vie. Nous connaisions en Europe celle du clieik Mohammed Ali Hazin ( publiée par Belfour, Londres, 1831), né en 1692; les mémoires privés d-' Tezkan-t Alwekiat , écrits par un de ses confidents, et traduits par Charles Slcwart (Londres, 1832), ceux de Zahir Eddin Mohammed Baber, empereur de l'Hindoustan, écrits par luimême, et traduits en anglais par G. Erskme. ( Londres 1826.)

rentles tributaires. Les sultans Borgites de L'Êgypte soumirent la Syrie jusqu'à l'Euphrate et le Cydnus, et une partie de l'Arabie jusqu'au tropique.

ijwiww. j(,ira ioussouf, chef des Turcomans du Mouton Noir, après avoir expulsé les fils de Tamerlan , mit fin à la dynastie des Ilkhaniens, dont Bagdad était la capitale, et enleva quelques provinces aux Turcomans du Mouton Bleu, qui néanmoins gardèrent la possession du Diarbékir et de la basse Arménie ; puis il fit la conquête de l'Irak Arabie et d'une portion de l'Arménie. Les princes de sa famille se partagèrent ses domaines et guerroyèrent entre eux jusqu'à ce que Géangir réunît toutes les fractions de l'empire, auxquelles il ajouta une partie de la Perse ou nés ma. ju Kerman. Mais Ussum-Cassan, chef des Turcomans du Mouton Blanc, le vainquit et s'empara de toutes les possessions du Mouton Noir du Khorassan et de la Perse. Alors il régna sur toutes les provinces comprises entre le Caucase , le Taurus, l'Euphrate, le Djiun inférieur, l'Elmend et la mer d'Oman. Ainsi les empires succédaient aux empires, pour ne laisser que des ruines. Samareande resta la capitale de l'État principal, qui embrassait la Boukliarie (Sogdianc et pays des Massagèlcs) et le Khorassan (Bactriane et Hyrcanic). Le khanat fut rétabli dans le Kapchak en faveur de la ligne de Touschi, mais dépouillé de son ancienne puissance; il fut bientôt marcelé pour former quatre khanats : celui de Crimée ou de la Porte d'or (Pérckop), qui, c.nHAlO, se soumit à la Porte; celui de Kazan et celui d'Astrakhan, qui devinrent tributaires de la Russie, comme aussi, plus tard, celui de Tourouff en Sibérie, zinarar'. L'expédition de Tamerlan dans l'Inde en fit sortir les Zingari (Bohémiens). Aucun point n'a été plus souvent traité et débattu que l'existence de cette population misérable, qui depuis tant de siècles s'est répandue sur toute la terre, sans changer de caractère ni de mœurs. On les trouve encore dans le pays des Mahrattes, unis en tribus, et leur langue, ainsi que leur physionomie, révèle leur origine indienne; on appelle en effet Zin-gari, dans l'Inde, les derniers d'entre les Parias. Lorsque Tamerlan bouleversa ce pays, les trois castes supérieures souffrirent, mais sans se détacher du sol natal. Les Indiens des castes inférieures, au contraire, s'éparpillèrent, abandonnant un séjour de misères, et, suivant les traces des Mongols comme espions ou comme maraudeurs, ils se répandirent dans les pays conquis. Quelques-uns se dirigèrent vers l'Orient, et il en existe encore sur la côte du Malabar qui vivent du métier de pirates. D'autres errèrent dans

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la Perse et le Turkcstan ; quelques-uns, poussés probablement par les Ottomans, gagnèrent l'Europe. En 1417, ils apparaissent en Moldavie et en Valachie ; Tannée suivante en Suisse; en en Italie; en 1424, en France. Ils se faisaient passer pour originaires de la basse Égypte, ajoutant que Dieu avait rendu leur pays stérile, parce que leurs aïeux avaient refusé asile à Marie dans sa fuite avec l'enfant Jésus ; ou bien ils disaient que le pape Martin, pour les punir de leur apostasie, les avait condamnés à errer pendant sept ans sans entrer dans un lit, en enjoignant à tout évêque ou abbé mitré de leur donner six livres tournois. On ne voulut pas les recevoir dans Paris ; mais on leur assigna pour quartier la Chapelle, près de Saint-Denis, où la curiosité attirait une foule de gens pour les voir ; les Bohémiens profitaient de ce concours pour dire la bonne aventure par l'inspection des mains. L'évèque les expulsa ; mais ils continuèrent à errer dans le royaume, bien que François Ier les bannît sous peine des galères. Cette menace fut réitérée plusieurs fois, jusqu'au moment où il fut ordonné de mettre à la chaîne, sans autre forme de procès, tous ceux qui seraient arrêtés.

Le nom de Zingari (1) est celui sous lequel ils sont le plus généralement désignés. Les Danois et les Suédois les appellent Tartares; les Anglais, Égyptiens (Gypsies); les Français, Bohémiens; les Arabes, Arami, c'est-à-dire voleurs; les Hongrois, Pharaohnrpek, ou peuple de Pharaon; les Hollandais, Heidenen, ou idolâtres; les Espagnols, Gitanos ou malicieux. Ils furent exilés d'Angleterre sous Henri VIII (1531) et sous Élisabeth; Charles- Quint tenta vainement de les bannir de l'Allemagne. Quelques-uns se sont établis à demeure dans la Grande-Bretagne, et un plus grand nombre en Transylvanie, en Valachie, en Lithuanie et dans les provinces du Caucase, en abandonnant l'existence nomade, bien qu'ils restent en dehors de la civilisation (2). L'empereur Joseph II, ainsi qu'une société anglaise, entreprit de les civiliser, au lieu de les persécuter.

L'unique pays en Europe où ils se trouvent réunis en certain nombre est l'Espagne, qui, après avoir chassé les Maures et les Juifs industrieux, n'a pu se débarrasser de ces hôtes oisifs et dé-

(1) Hind- Kales, Indiens noirs? Voj. Charles Poucens, Trésors des origines de la langue française.

(2) On a prétendu avoir compté 50,000 Zingari en Espagne; 54,000 en Hongrie; 104,000 en Transylvanie, 792,000 dans les autres pays de l'Europe; 400,000 en Afrique; 20,000 dans l'Océanie; 1,500,000 dans i'In<ic; 2,000,000 dans les autres pays de l'Asie : tu tout, 4,920,000.

TREIZIÈME ÉPOOUE.

goûtants. En vain ils furent bannis par Ferdinand le Catholique en Ii92; en vain, un siècle après, le concile de Tarragone les proscrivit de nouveau. Dans la plaine de Grenade et dans les montagnes arides qui l'entourent, du côté qui fait face a l'A H timbra, on aperçoit une foule de grottes semblables à des terriers, défendues par des buissons épineux de figuiers d'Inde; là vivent cinquante mille Gitanos en vendant des figues, en fabriquant des cordages et des nattes de jonc et d'agave, en cherchant des paillettes d'or dans les sables du Quadalquivir, en trompant sur le prix des animaux qu'ils vendent et qu'ils achètent. Préférant le larcin à l'aumône, ils mettent à profit toutes les inclinations perverses de L'humanité, stimulent la cupidité et te libertinage, servent aux intrigues amoureuses, prêtent la main à la fraude, préparent la voie aux brigands, dérobent les enfants et disent la bonne aventure. Deux seules bonnes qualités les distinguent : la chasteté des femmes (i), du inoins à l'égard des étrangers (chose incroyable avec un tel abandon de la moralité), et l'amour de la famille, au sein de laquelle laZingara se réfugie, pure et affectueuse, après avoir employé sa journée à voler, à tromper, à fomenter la débauche et à la faciliter. Le monde les méprise et les met hors des lois de la société ; c'est empirer leur condition; il vaudrait mieux chercher à ramener ce grand nombre de frères égarés.

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