‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 81 sur 153 · CHARLES LE BOITEUX · texte numérisé non relu

CHARLES LE BOITEUX

impôts et d'exercer la juridiction ; il promit au peuple de ne pas le grever au delà de ce qu'il payait au temps de Guillaume le Bon; il s'occupa en outre des monnaies, de la justice et de la réforme des abus. Puis, comme il se vit hors d'état de tenir tout ce qu'il avait promis sous serment au prince arngonais, il se remit entre ses mains. Enfin les différends furent conciliés; Charles se consolida sur le trône de Naples par la cession du Maine et de l'Anjou, et en remettant au pape la décision relative à la Sicile.

Cette île avait été détachée de PAragon, à la mort de Pierre , pour être donnée à Jacques, son fils. Le pape Honorius renouvela contre lui les excommunications; mais l'abus qu'il en fit leur enleva toute efficacité. Jacques, peu effrayé, donna de sages franchises aux Siciliens, et fit subir plus d'une défaite aux Angevins ainsi qu'aux troupes pontificales. Après avoir succédé au roi d'Aragon, il accepta la paix, et céda la Sicile au pape, qui en investit Charles II après dix années d'une guerre acharnée et inutile.

Les Siciliens, lorsqu'ils se virent vendus comme un troupeau de moutons aux assassins de Conradin, durent comprendre combien il est dangereux de confier la liberté à des étrangers; ils puisèrent un nouveau courage dans le désespoir, et dans une assemblée générale ils proclamèrent Frédéric, père de Jacques. Ce prince prit la couronne et se mit en devoir de défendre l'île, malgré Popposition de toute sa famille, qui s'était réconciliée et môme alliée par des mariages avec les Angevins; il ne fut pas arrêté non plus par la désertion de Roger de Loria, qui, après avoir été relevé de l'excommunication par le pape, avait trahi la cause sicilienne, comme l'avait fait avant lui Jean de Procida.

Boniface VHI excita les Guelfes contre ce roi, qui donnait asile aux Patarins et aux Gibelins, et il invita Charles de Valois à venir les chasser, en lui promettant l'empire d'Orient et d'Occident. Il arriva avec grand fracas, et, après avoir été couronné à Rome, il débarqua en Sicile à la tète des troupes pontificales et napolitaines; mais, comme Frédéric se tenait renfermé dans ses places fortes, laissant l'armée d'invasion s'éclaircir, Charles proposa la paix, qui fut conclue à Calatabellota (1). Frédéric se contenta lâchement de garder la Sicile sa vie durant, et promit de ne pas troubler les Angevins dans les possessions de la Calabre; en outre, il se déclara vassal du saint-siége, s'engagea à ne prendre que le titre de roi de Trinacrie, et laissa à Charles celui de roi de Sicile.

(1) Calath-al-Bellut % château de* Chênes. La Sicile a conservé beaucoup de noms arec une semblable racine.

Ainsi, après une révolution déterminée non par des intrigues, mais par l'élan de l'indignation nationale, et soutenue pendant vingt ans avec un courage héroïque ; après avoir triomphé dans trois batailles sur terre et dans quatre sur mer, sans compter une foule de combats fpartiels ; après avoir expulsé trois armées, conquis la Calabre et le val de Crati, malgré l'élite des chevaliers et des amiraux et les armes redoutables de Rome, la Sicile, qui, môme au milieu de cette période orageuse, s'était donné de belles institutions politiques, allait retomber sous le joug étranger, devenu plus pesant encore.

Le roi Charles II fut surnommé le Juste ; il acquit par Marie, sa femme, des droits au trône de Hongrie, qui pourtant fut disputé à Charles Martel , son fils. Les droits que Philippe, son autre fils, avait sur l'empire d'Orient, par son mariage avec une fille de Charles de Valois, étaient plus incertains encore. 1309.1843. H eut pour successeur au trône de Naples Robert, surnommé le Sage pour les qualités de son esprit. Ce prince eut des guerres fréquentes avec Frédéric de Sicile, appuyé par les Gibelins et les empereurs; jamais les deux royaumes ne firent la paix. Habile dans la politique et la guerre, il sut dominer l'Italie durant son long règne, et parut devoir en devenir le maître, quoique, en définitive, il n'acquît pas un pouce de terre. Plusieurs villes se mirent sous son patronage (balia), le pape le constitua vicaire de l'Empire vacant, et, tant qu'il vécut, il fut considéré comme le chef de la faction guelfe, à laquelle restaient fidèlement attachés Florence et Bologne. lc Millau. Le parti gibelin avait pour adhérents les petits tyrans et surtout les seigneurs de la Lombardie, plus effrénés depuis que les pontifes avaient abandonné le bercail romain pour se faire les humbles serviteurs de la France. Dans les luttes entre les nobles et les bourgeois milanais, Martin de la Torre de Valsassina était entré

jr>7. si avant dans les bonnes grâces du peuple qu'il fut mis à ia tête de la cité, et transmit à sa famille son autorité sans limites. Les Milanais s'étaient donc déjà habitués à .la domination d'un

ii77. seul, lorsqu'ils eurent à subir celle de l'archevêque Othon Visconti, d'autant plus maître qu'il joignait à l'autorité civile la puissance ecclésiastique. Assez heureux pour n'avoir pas besoin de supplices atin de se consolider, devenu fort par l'appui des villes gibelines qui se réunirent à lui, surtout après la chute du marquis de Montferrat, il résolut de transmettre l'autorité à son neveu Matthieu Visconti ; ce dernier fut élu capitaine par le peuple de Milan, ensuite par celui de Novarre et Verceil, enfin nommé vi-

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