‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 83 sur 153 · FLORENCE ET PISE · texte numérisé non relu

FLORENCE ET PISE

commandement au rusé Matthieu, qui parvint à dissiper sa défiance, et moyennant cinquante mille florins, plus une rente annuelle de vingt-cinq mille, il l'institua son vicaire. Mais lesTorriani avaient donné le signal aux Guelfes de Lodi, de Crème, de Crémone, de Brescia, qui chassèrent les vicaires, et se levèrent en armes; Henri fut obligé de recourir à la force pour les faire rentrer dans l'obéissance. A Brescia, asile des Guelfes, il consuma six mois et les trois quarts de son armée, sans autre profit qu'un peu d'argent et des malédictions. Au milieu de ses revers, il voyait se refroidir le zèle de ses amis et s accroître la force de ses ennemis, à la tête desquels étaient Robert de Naples et les Florentins.

Henri se dirigea vers Gènes, qui, lasse de factions, se donna à lui pour vingt ans; il y établit pour son vicaire Uguccione de la Fagiuola. Ce fut un grand bonheur pour lui de trouver un appui dans Gènes et Pise quand tous l'abandonnaient; il put du moins, avec leurs navires, aborder dans la Toscane.

Florence était déjà l'Athènes de l'Italie, passionnée pour les lettres et les beaux-arts, remplie de fêtes et d'allégresse, mais sans négliger les affaires, et si jalouse de sa démocratie qu'elle en devenait tyrannique. A la voir briller d'un si grand éclat, quand elle était gouvernée par des magistrats renouvelés tous les deux mois, pour n'être rééligibles que trois ans après, on peut juger combien elle renfermait d'hommes capables du régir la chose publique; aussi étaient-ils recherchés, même au dehors, surtout pour la diplomatie (i). Comme les chefs de l'État n'avaient point de troupes à leur service , ils devaient surtout avoir recours aux intrigues de la politique; en l'absence d'un code de lois et d'une constitution fixe, ils se soutenaient par leur clientèle et leurs

(1) Au couronnement de Boni face VIII, douze des ambassadeurs des différentes puissances étaient Florentins :

l'alla Strozzi , pour la république de Florence ;

Cino Diotisalvi, pour le seigneur de Camerino;

Lapo UberU, pour la république de Pise;

Guido Talunca, pour le roi de Sicile ;

Manno Adimari , pour le roi de Naples ;

Folco Bencivenni, pour le grand malire de Rhodes;

Vermiglio Alfani, pour l'empereur d'Occident ;

Musciato Franzesi, pour le roi de France ;

Ugolino da Veccbio , pour le roi d'Angleterre ;

Rimeri, pour le roi de Bohême ;

Simone de Rossi, pour l'empereur d'Orient ;

Guicciardo Bastari, pour le grand khan des ïartares.

Eu Us voyant, le pape dit que les Florenlius étaient le cinquième élément.

parents. Bien que Florence fût encore agitée par les factions des Blancs et des Noirs, elle resta constamment fidèle à la cause italienne; elle n'eut pas la manie de propager la liberté où Ton n'en sentait pas le prix ; mais, persuadée que l'Italie devait sa civilisation à ces luttes indépendantes, elle veillait à ce que nulle tyrannie étrangère ou indigène ne s'y consolidât, et, dans ce but, elle tenait la balance entre les partis, guelfe d'ordinaire, sans craindre au besoin de se rapprocher les Gibelins.

A mesure que grandissait Florence , Pise , restée fidèle au parti impérial , déclinait chaque jour et finit par tomber au milieu des vicissitudes continentales; elle ne fournissait plus à Constantinople et à l'Archipel les meilleurs négociants , et voyait languir ses comptoirs de Syrie. La bataille de la Meloria, autre résultat de ses relations avec les empereurs , l'avait abaissée au-dessous de Gènes , et la défense d'avoir pendant quelque temps des hommes sous les armes lui fit perdre l'habitude de la guerre ; la jeunesse suivit d'autres carrières , les conseils tournèrent ailleurs leur ambition , et les pécheurs des Maremmes , de Lerici , de la Spezzia se mirent au service des Génois ; elle dut renoncer à la Corse. En 4323 tons ceux de ses nationaux qui se trouvaient dans 111e de Sardaigne furent massacrés par suite d'une trame du juge d'Arboreaet d'Oristano, qui livra le pays au prince d'Aragon, auquel le pape en avait fait la concession. Il fallut pourtant quinze mille hommes pour vaincre la résistance intrépide de Manfred de la Gherardesca, et chasser les Pisans de cette île , le dernier débris de leur ancienne i»c grandeur (1 ). La route de l'Afrique leur fut alors fermée , et le

(I) Les Génois disputèrent la Sardaigne aux Aragonais, à qui elle finit par rester, et qui y introduisirent les cortès, avec trois ordres ou bras , ecclésiastique, militaire et royal, c'est-à-dire bourgeois. Cette assemblée intervenait dans la législation, dans l'assiette de l'impôt, en même temps qu'elle statuait sur les griefs des individus et des corps. Quelques seigneurs y restèrent indépendants, comme les marquis d'Arborea, parmi lesquels se rendit célèbre Eléonorc ( 1403). Les lois qu'elle fil recueillir (Carta de logu) sont encore en vigueur aujourd'hui. La Corse appartenait aussi aux Aragonais, en échange de la Sicile ; mais les Pisans et les Génois continuaient d'y prétendre, malgré les efforts de Boni lace VILI pour les en dissuader. L'Ile se trouvait aussi déchirée par îles partis qui se livraient bataille tour à tour sans que les Aragonais pussent y prendre racine. Plusieurs petits tyrans s'y élèvent ; puis le peuple, las de leurs violences, massacre les barons ou les met en fuite (1359) ; il établit alors une constitution républicaine, et se met sous la protection des Génois, à la condition de ne payer annuellement que vingt sous par feu, sans autres charges. Les factions ne s'apaisèrent pas pour cela , et la république de Gênes ne put les réprimer. Cinq citoyens résolurent donc de prendre à leur compte la protection de l'Ile , et ils se la partagèrent; mais cet arrangement dura peu; les divisions des Adorai et des

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commerce des Catalans leur enleva la Sicile; ils furent aouc obli- tM. gés de s'appliquer à l'agriculture, à l'industrie manufacturière, et de se borner aux expéditions de terre.

Lorsque Henri fit annoncer aux Florentins son arrivée et leur demanda des logements , ils répondirent qu'il était indigne d'un empereur, tenu par devoir d'affranchir l'Italie des barbares, d'amener dans cette très-noble province (1) une armée de barbares ; ils se donnèrent au roi Robert.

Les Pisans se flattèrent alors de reprendre l'avantage sur leur rivale, et de voir Henri, qui, peu riche de domaines en Allemagne, méditait de s'établir en Italie , faire de leur ville sa résidence et la capitale de l'Empire. Henri s'avança donc, aidé de l'argent des Pi- iM. sans et des secours de tout ce que les Florentins avaient d'ennemis , contre ces marchands qui le bravaient ; mais ils disaient hautement que jamais les Florentins n'avaient baissé les cornes pour aucun seigneur, et ils inscrivaient en tête de leurs proclamations : En thonnevr de la sainte Église et à la mort du roi d'Allemagne. Ils lui tinrent tête avec trois fois autant de forces que les siennes. Pris entre les armes , la famiue et la peste , Henri dut se retirer; il mit Florence au ban de l'Empire, pour a sa folie sans égale et son orgueil indomptable à l'encontre de la majesté royale ; » puis il gagna Rome, où il aspirait à déployer une grande pompe à l'occasion de son couronnement.

Les faveurs des papes Nicolas III et IV avaient agrandi les familles rivales des Orsini et des Colonna , à tel point qu'ils faisaient dans Rome tout ce qui leur plaisait. Les premiers accueillirent Henri ; mais les Colonna et le roi Robert lui-même gardaient la ville en armes , et les rues étaient barricadées ; il se fit alors couronner dans l'église de Saint-Jean de Latran, toujours exposé, m*. même au milieu de la fête et du banquet, aux insultes de l'ennemi. Les barons allemands, dont le temps de service féodal était écoulé , abandonnent Henri , qui , resté avec peu de monde et moins d'argent encore, sort de Rome, qu'il ne peut soumettre, et revient sur Florence ; il n'ose pas l'assaillir, et ravage son territoire. Les Florentins, peu habitués au maniement des armes, mais très-habiles en politique, laissent le temps et le climat user ses forces, et dans l'intervalle ils ameutent contre lui tous les États d'Italie.

En effet, Henri vitson armée diminuer, les subsistances lui faire

Fre*osi se jetèrent à la traverse, et les Corses se donnèrent à la banque <le Saint- Ceorg.s en 14 53; mais en 1460 ils s'en trouvèrent fatigués. Il) Lohig, Cod.dipl., I, 1078.

défaut , et lui-même eut à peine de quoi payer ses dettes ; dans cet état misérable, il regagna Pise, où, pour étaler quelque appareil impérial, il éleva un tribunal et cita les villes rebelles. Sur leur refus de comparaître , il dépouilla Florence de la puissance pure et mixle et de tous ses privilèges (1), accorda aux Spinola

(1) Sentence de Henri VII contre Florence :

« Afin donc qu'ils «oient en exemple aux autres, afin que leur commune et leurs hommes ne puissent se glorifier de leur contumace; considérant qu'il* ont avoué par leur contumace tous et chacun des susdits excès, et en sont légitimement convaincus ; après avoir invoqué le nom de Dieu, siégeant en tribunal, nous privons sententiellement en ces écrits ladite commune et le* hommes florentins de l'Empire pur et mixte, de la justice et de la seigneurie de podestene, reclorerie, capitainerie, de tout gouvernement et de toute juridiction dout Us out h m' ou usent habituellement dans ladite cité, dans son district et territoire. Nous confisquons en nous, au profit de notre chambre et de l'empire romain, et rendons à perpétuité de domaine public les bourgs fortifiés, les cités, les villages et districts de la même cité de Florence, et tous les biens que ladite cité et commune de Florence a et possède au dedans et au dehors, en quelque lieu que ce soit, les privant de leurs statuts et lois municipales, ainsi que de l'autorité pour eu faire à l'avenir, et de tous fiefs franchises, privilèges, libertés et immunités à eux concédés par les empereurs et rois des Romains, nos prédécesseur», desquelles choses ils se sont rendus indignes. Nous les cassons en les révoquant et, de notre science certaine , nous les aunulons par notre sentence. Nous condamnons en outre ladite commune et ses hommes en cinq mille florios d or à payer à notre chambre et à l'empire romain. Nous condamnons de plus les prieurs et consuls de ladite ville, et tous les autres officier* qui sont à cette heure et seront élus dorénavant durant ladite rébellion auxdits offices, à une infamie perpétuelle comme complices et fauteurs de ladite rébellion, et nous les bannissons à perpétuité. Nous bannissons aussi tous et chacun des citoyens et habitants tant du district que de ladite cité, commandant que nulle cité, nul château, baron, communauté ou individu ne donne asile, assistance ou faveur, de quelque manière que ce soit, à aucune desdites communes, aux citoyens et aux gens du district, après un mois révolu à partir de la présente sentence, sous peine de cinquante livres d'or pour chaque commune de ville, de vingt livres d'or pour chaque bourg fortifié ou baron , et d'une livre d'or pour chaque particulier à payer à notre chambre, et plus ou moins, à notre gré, eu égard à la qualité des personnes et au mode du délit , voulaut que cette peine soit encourue autant de fois qu'il y aura contravention. Nous déclarons que tous et chacun peuvent appréhender personnellement lesdits Florentins comme bannis et rebelles envers nous et envers le saint empire, sans offense toutefois des personnes , pour les livrer à notre merci, comme aussi saisir et avoir leurs biens, défendant qu'aucun débiteur de ladite commune ou des personnes particulières de la cité de Florence et de son district s'avise de satisfaire ou repondre pour sa dette envers les susdits. Nous exceptons toutefois des choses ci-dessus prescrites ceux qui appartiennent à notre suite et ceux qui sont bannis, à l'occasion des choses susdites, de la même citéetde son district, aiusi que leurs familles et ce qui leur appartient. Lesquelles personnes de notre suite et bannis, ainsi que leurs familles et leurs biens, nous distrayons desdites |>eines, sentence*, bannissements, leur réservant notre protection et celle du saint empire romain. Nous commandons que le podestat et le

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