HENRI VII EN ITALIE. 3W
et au marquis de Montferrat le droit de contrefaire les florins au coin de saint Jean-Baptiste, et enfin déclara Robert de Naples déchu du trône , le condamna à la décollation, et délia ses sujets du serment de fidélité.
Pour donner à ces menaces un caractère sérieux , Henri pressait la diète germanique et les Gibelins d'Italie de lui envoyer un bon renfort de troupes, mais il avait peu de succès. Le pape, croyant ses droits lésés par la déposition de Robert, qui relevait de lui , lui enjoignit d'avoir à se désister. Gênes et Pise seulement, afin de satisfaire leurs jalousies particulières, équipèrent soixantedix galères, pour aller assaillir le royaume de Naples, et Frédéric, roi deTrinacrie, seconda son expédition par l'envahissement de la Calabre. La maison d'Anjou était donc en grand péril ; « une fois Henri maître du royaume , il lui aurait été extrêmement « facile de vaincre toute l'Italie et bien d'autres provinces (I); » niais , sur ces entrefaites , il mourut subitement à Buonconvento (2) , laissant litalie plus agitée que jamais , l'autorité des empereurs avilie et dépouillée de son ancien prestige; en outre, il avait révélé l'extrême disproportion qui existait entre leurs forces et leurs prétentions.
Pise. qui avait dépensé pour Henri deux millions de florins, les vit perdus par sa mort, et, se trouva exposée à la colère de tous les Guelfes de Toscane. Afin de remplir ses coffres, elle mit un impôt sur toutes les marchandises qui entreraient dans son port ; les Florentins irrités se dirigèrent sur celui de Télamon, où se transportèrent les autres négociants établis à Pise; ce fut le dernier coup porté à son commerce.
Épuisée et menacée de toutes parts, elle élut pour seigneur
rapitaine de la susdite cité , avec leurs juges et notaires, si dans vingt jours de la prononciat ion de notre sentence ils ne quittent leurs oflices et la ville, ou ceux qui, à l'avenir, s'aviseront d'y aller exercer lesdits offices de podesterie, de capitainerie, de judicature, de notariat, soient aussitôt, et à perpétuité, privés par celle même lui, de la faculté de juger, d'assister et de dresser des actes (.ublics, ainsi que de tout autre honneur et dignité. Nous voulons et déclarons que les mêmes personnes soient entachées d'infamie si les communes susdites et leurs hommes, dans l'espace de vingt jours, n'ont pas comparu devant nous par syndic légitimement désigné, pour obéir efficacement à nos commandements sur toutes ces choses. »
Lklizie degli Eruditi toscan i, t. XI, p. 105. Le texte italien est répoté traduction contemporaine de la sentence originale, prononcée , selon l'usage, en Ulin.
(t) Villas i.
(2) Le fait de son empoisonnement dans une hostie est un conte démenti par lesiience des contemporains.
iiist. lmv. — T. xil. 23
Uguccione de la Fagiuola, fils de ce Rinier de Corneto « qui faisait a si rude guerre aux grands chemins (1), » dans la vallée du Savio. Les nobles toscans se sentaient peu disposés à prêter secours à l'État florentin . qui leur était hostile dans tous ses actes, et les bourgeois avaient perdu, dans les occupations commerciales, l'habitude des armes; Florence, Lucques, Pralo et Pistoie crurent donc devoir, pour leur sûreté, se donner à Robert de Napies. Cet état d'isolement n'empêcha point Uguccione, grand maître en l'art de la guerre, de faire triompher Pise. Il attaqua Lucques, ville riche et presque aussi puissante que Florence, défendue par une noblesse habituée à s'élancer de ses châteaux pour se livrer au pillage sur terre et sur mer ; il s'en rendit maître par trahison, la lit dévaster parles soldats allemands, et la tint sous sadomination. Florence demanda des généraux à Robert pour réprimer les Gibelins. Une bataille fut livrée à Montecatino, où les Gibelins firent un grand carnage des Guelfes (2). Par l'entremise de Robert, Pise et Lucques conclurent la paix avec Florence, Sienne et Pistoie.
Uguccione gouvernait tyranniquement Pise et Lucques, et sévissait contre quiconque lui était suspect. Les deux villes se soulevèrent tout à coup, l'expulsèrent, et rétablirent le gouvernement populaire. Castruccio Castracane, de la famille Interminelli et l'un des principaux Gibelins, qui déjà s'était fait un renom militaire en France, en Angleterre et enLombardie, se vit porté, du cachot oii l'avait fait jeter Uguccione, à la tête du gouvernement de Lucques et au commandement (capitainerie) des Gibelins de Toscane. Il avait appris dans les guerres et ses nombreux voyages l'art de faire la guerre et de gouverner ; il était brave, perfide et aussi ingrat qu'il est nécessaire pour atteindre au poste le plus élevé. Les supplices et les tortures punirent quiconque l'avait combattu ou servi. Non content de dominer à Lucques, il aspirait à soumettre les villes voisines ; il envahit la Garfargnana et la Lunigiane ; mais Spinetto Malaspini, qui y possédait soixante-quatre châteaux, arrêta la marche de ses troupes avec l'aide des Florentins. Alors Castruccio s'avança contre lui , et, ravageant le Val de Niévole et le Val d'Arno inférieur, il assaillit Prato et surprit Pistoie. Les Florentins, saisis de honte, réunirent la plus grosse armée qu'ils eussent jamais mise sur pied, et la placèrent sous les ordres de
(1) Dantk.
(2) Les (ils des deux chefs ennemis , Charles de Napies et François de la Fagiuola, furent ensevelis dans le môme tombeau, à l'abbaye de Buggiano. Lelmi, Chron. de San Miniato.