‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 86 sur 153 · LOUIS DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

LOUIS DE BAVIÈRE

dompté son rival, il s'apprêta à passer dans la Péninsule. Arrivé à Trente avec un petit nombre d'hommes, il s'aboucha avec les principaux Gibelins, Marco Visconti, Passerino Bonacossi, seigneur de Mantoue, Obizzo d'Esté, Guido Tarlati, Cane de la Scala et les ambassadeurs de Sicile, de Castruccio, des Pisans, qui lui promirent cent cinquante mille florins d'or pour ses dépenses ; puis, so1 uu'i. escorté par eux, il se rendit à Milan, où il fut couronné.

Là Matthieu Visconti, soutenu par ses quatre vaillants fils et partous les Gibelins, avait rangé sous son autorité Bergame, Pavie, Plaisance, Tortone, Alexandrie, Verceil , Crémone et Corne. A l'occasion de la vacance du trône, pendant laquelle la cour de Rome prétendait nommer les vicaires impériaux, Visconti eut avec le pape un démêlé dont il fut la victime; le cardinal du Poggetto publia contre lui une croisade, motivée sur les imputations les plus graves, celle entre autres, d'avoir entravé les condamnations de la sainte inquisition. Effrayé par l'excommunication, il réunit le peuple dans la cathédrale, fit devant lui profession publique de sa loi, exhorta ses fils à rentrer dans le sein de l'Église, et se retira dans un cloitre à Crescensago, où il mourut à l'âge de soixante -douze ans ; il laissa la réputation d'un habile ,3i?. capitaine, d'un politique adroit, partagé toutefois entre l'ambition gibeline et le respect des idées religieuses.

Galéas, son fils aîné, obtint après lui, malgré les menaces ponti- r»*»o ficales et les trames des mécontents, le titre de capitaine général. Versuzio Lando, gentilhomme de Plaisance, dont il avait voulu séduire la femme, souleva contre lui cette ville, d'autres encore, enfin Milan, et le poursuivit comme ennemi de l'Église ; mais, aidé par les Allemands mercenaires et la valeur de son frère Marco, il parvint à recouvrer la capitale. Il fut assiégé parles Guelfes, qui avaient à leur téte le cardinal et Raymond de Cardona ; toutefois les défaites, les maladies et les injonctions de l'empereur Louis forcèrent l'ennemi à la retraite.

Le pape s'irrita de cette intervention del'empereur, et, alléguant contre lui une série de torts graves, il lui ordonna de renoncer à l'Empire, sous peine d'excommunication ; l'empereur en appela au concile, et couvrit son adversaire d'injures. Le pape alors lança l'anathème contre lui , le déclara déchu, et mit en interdit les pays qui reconnaîtraient son autorité.

Louis continua son voyage, apportant à ses ennemis des menaces ou des supplices, et l'interdit papal à ses partisans ; il ne voyait dans l'Italie qu'un pays à tromper et à piller. Bien qu'il eût nommé Galéas son vicaire, il le fit arrêter à l'instigation de Marco

Visconti . avec ses frères Luc et Jean, son fils Azzon, et jeter dans les fours de Monza; on appelait ainsi certaines prisons préparées par Galéas lui-même , dont le sol était convexe et la voûte si basse, qu'on ne pouvait s'y tenir debout ni couché.

Cette première trahison fut accompagnée de plusieurs autres, tandis qu'il poursuivait sa marche, appuyé par Castruccio Castracane. Pise s'était ennuyée de favoriser, à si grands frais, le parti gibelin sans y gagner autre chose que les excommunications du pape et les trahisons des empereurs. Sur le conseil de Castruccio, Louis attaqua donc cette ville , qui se rendit, et paya cent cinquante mille florins. L'empereur en conféra la souveraineté à sa ii noîSibre. femme, de même qu'il érigea en duché Lucques , Pistoie , Volterra et la Lunigiane, en faveur de Castruccio. A Rome , il trouva les esprits forts mal disposés à l'égard des papes, qui laissaient la ville dans l'abandon; on avait chassé les Guelfes et choisi Sciarra Colonna pour gouverner avec cinquante-deux citoyens. Colonna porta devant le prince bavarois une accusation contre Jean XXII ; iw cité à comparaître, il refusa, fut déclaré déchu et remplacé par 7 janvier. l'antipape Pierre de Corbières, qui prit le nom de Nicolas V. Louis se fit couronner par Nicolas , et Castruccio remplit les fonctions de comte du palais, revêtu d'un habillement de soie cramoisie , et portant inscrit sur la poitrine : // en est comme Dieu veut, et par derrière : // en sera ce que Dieu veut.

11 se proposait de marcher sur Naples, dont le roi l'avait sans cesse traversé dans ses projets; mais il fut abandonné par les Gibelins, qui reculaient devant les charges trop lourdes ou cédaient à leur mobilité naturelle; les peuples, d'ailleurs , souffraient de Août. l'interdit. Galéas Visconti , qui avait recouvré sa liberté à prix d'argent et suivait Louis, bien qu'à contre-cœur, mourut à Pescia, excommunié, et au service d autrui. Castruccio, informé que les Florentins dévastaient ses domaines, courut les sauver, et reprit Pise et Pistoie; mais les fatigues qu'il avait éprouvées le condui- 3 septembre, sirent au tombeau ; il laissa l'autorité à son fils Henri.

Privé de son bras droit et de ressources financières, Louis, qui n'avait su que se rendre ridicule par son étalage pompeux et les reproches virulents qu'il adressait aux pontifes , reproches mêlés de basses soumissions, fut obligé de quitter Rome à la bâte, poursuivi par lès huées du peuple en fureur, qui déterra jusqu'aux cadavres des Allemands morts dans les derniers temps. Tandis que, d'accord avec les Gibelins, il s'occupait, à Pise, de faire les procès des papes d'Avignon, les Florentins venaient l'y insulter jusque sous les murailles. Les perfidies et les violences à l'aide desquelles

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