‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 89 sur 153 · SAVOIE. GÊNES · texte numérisé non relu

SAVOIE. GÊNES

rare, à laquelle ils ajoutèrent Modène. Charles IV leur accorda la mt. confirmation des fiefs impériaux de Rovigo, Adria, Aviano, Lendinara, Argenta . Saint-Albert, Comacchio, ville importante pour ses salines; ils se soutinrent entre les papes, Venise et Milan , et acquirent encore Parme et Reggio.

Dans les contrées supérieures de l'Italie dominaient Jean Paléologue, marquis de Montferrat, les comtes de Savoie et leurs vassaux. Jacques, prince d'Achaïe , comte de Piémont , et Thomas, marquis de Saluées. Amédée V, souche de la maison de Savoie en Piémont (1285-1323), fut créé prince de l'Empire par Henri VII , qui lui donna aussi le comté d'Asti. Amédée VI , dit le 1343. prince Vert à cause des couleurs sous lesquelles il s'était montré dans un tournoi donné à Chambéry , enleva à la comtesse de Provence Chieri , Cherasco , Mondovi , Savigliano , Cuneo. La prospérité de ses finances, parfaitement gérées par Guillaume de la Heaume , son ministre, lui permit d'acheter la baronnie de Vaud, avec les seigneuries de Bugey et de Valromey. Charles IV le constitua vicaire impérial ; s'étant transporté à Constantinople pour secourir Jean Paléologue , son cousin . il conquit Gallipoli sur les Turcs, et contraignit les Bulgares à faire la paix avec cet empereur. 11 institua Tordre de l'Annonciation ou collier de Savoie, avec une chaîne d'argent doré à trois nœuds, et les lettres F. E. R. T. sur les anneaux. On a vu dans ces initiales , qui figuraient antérieurement dans l'écusson de cette maison , Fortitwh Ejm Hlwdum Tenuit , par allusion à l'expédition d'Amédée V à Rhodes, en 1315. Le nombre des membres de cet ordre était d'abord de quatorze, et le prince faisait le quinzième ; il fut par la suite porté à vingt.

Amédée VU, le Rouge, resta, comme son frère, l'ami de la France; il acquit Nice, Vintimille , Villefranche, les vallées de la Stura et de Barcelonette. Le Génevois échut à Amédée VIII par l'extinction des princes d'Achaïe ; il réduisit les marquis de Saluées et de Montferrat à se reconnaître ses vassaux. Maître de tout le Piémont , il dominait du lac de Genève à la Méditerranée ; l'empereur Sigismond lui conféra le titre de duc. Après avoir figuré avec éclat sur le théâtre des événements d'Italie , il se retira à Ripaille près de Thonon , dans une retraite d'où la dévotion n'excluait pas la magnificence ; nous l'en avons vu sortir pour jouer le triste rôle d'antipape.

Telle était la condition du pays qui confine au Milanais lorsque iM9 mourut Azzon Visconti , qui eut pour successeurs ses deux oncles ie Luchino et l'archevêque Jean : l'un sévère et perfide , l'autre doux et conciliant; mais tous deux visant à consolider leur maison, et

à faire prospérer l'État par les arts, l'industrie, la bonne administration des finances , les lettres et des acquisitions nouvelles.

Gênet. j)e ce nombre fut Gênes, dont la guerre intérieure paraissait être l'élément, tant elle souffrait au milieu de la paix. Pendant longtemps tout son territoire avait été divisé entre les Guelfes et les Gibelins; les inimitiés personnelles, d'homme à homme, permettaient à chacun d'exercer sa propre activité. L'état de guerre donnait une apparence de légalité aux pirateries continuelles, et les bourgeois et les nobles étaient tour à tour triomphants ou

ism. bannis. Robert était parvenu , pour un moment, à rapprocher les partis, et à les amener à se partager les offices dans des proportions égales; mais bientôt les Gibelins prévalurent, et chassèrent les Fiesques ainsi que les capitaines du roi de Naples.

On rétablit alors l'ancien gouvernement , avec deux capitaines du peuple, un podestat, outre l'ancien abbé; mais les Guelfes, réfugiés à Monaco , ne tardèrent pas à revenir. Les nobles, qui étaient presque les seuls capitaines et pilotes, vexaient l'équipage et renouvelaient sur les navires les humiliations de la terre. Les marins de la flotte envoyés au service de la France furent maltraités, parce qu'ils s'étaient plaints du détournement de leurs solde; à peine débarqués, ils demandèrent vengeance. Ceux de Veslri , Polievera, Bisagno , tous gens de mer, se réunirent à Savone ; les artisans firent cause commune avec eux , et nommèrent

1SS,. deux conseils ; les bourgeois , de leur côté , se soulevèrent en tumulte , et voulurent élire leur abbé. On délibéra , et comme on ne concluait à rien, un batteur d'or s'écria : Savez-vous bien? élisons

l0n Bocca- Pour a°bé Simon Boccanegra. Tous , à ces mots, se rappellent les

negrt* services de sa maison. Oui, oui! répète-t-on ; allons chez Boccanegra! Il était lui-même dans la foule , et peut-être non par hasard; ses voisins l'élèvent sur leurs bras au milieu des vivat les plus bruyants. Lorsqu'il a obtenu le silence, il leur rappelle qu'il est noble , que ses ancêtres ont été investis de dignités plus élevées, et qu'il dérogerait s'il acceptait. Alors le peuple de s'écrier: Eh bien ! qu'il soit notre seigneur. Il s'en défend encore : Je ne h puis, attendu que vous avez des capitaines. Sois donc doge! Et ils le portent en triomphe à Saint-Sir, aux cris de Vive le peuple! vivent les marchands ! vive le doge! et, au milieu de ces éclats joyeux , ils jettent des paroles de haine contre les Doria et les Salvagi (1).

Cette résolution tumultueuse , que nous avons rapportée comme (!) Stfll\, Ann. genuens., in Rer. Ital. Script., XVII, p. 1073.

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