BOLOGNE. TOSCANE
exemple, porta une grave atteinte à l'influence de la noblesse ; le peuple s'était fortifié par la nomination d'un magistrat suprême à la place de magistrats subalternes. Mais pouvait-il supporter un gouvernement quelconque? La plupart des nobles se retirèrent dans leurs châteaux , et ni Boccanegra ni Jean de Murta , son suc- im cesseur, ne réussirent à rétablir la paix dans la république.
Aux agitations intérieures se mêlaient les désastres du dehors. La mer d'Azofetla Propontide étaient rougiesdu sang des Génois; puis ils furent défaits devant Alghero de Sardaigne par les Vénitiens unis aux Catalans, et les vainqueurs jetèrent à la mer quatre mille cinq cents prisonniers. Les Génois se découragèrent , affamés qu'ils étaient par Jean Visconti , qui avait défendu de leur porter des grains; c'est alors qu'ils se donnèrent à lui. En retour de leur liberté , il leur fournit l'argent nécessaire pour armer une nouvelle flotte , qui, sous le commandement de Paganino Doria, s'empara de l'amiral vénitien Nicolas Pisani , et de cinq mille huitcent soixante-dix hommes. La paix fut conclue par l'entremise de Visconti ; les Vénitiens payèrent trois cent mille florins d'or, 1353. et renoncèrent , pendant trois ans, à commercer sur la mer Noire, à l'exception de CafTa. Peu de temps après, Philippe Doria attaque , prend et saccage Tripoli , qu'il vend à un Sarrasin après en avoir enlevé sept mille esclaves et dix-huit cent mille florins d'or. L'orgueil de la liberté se ranima chez les Génois avec les triomphes; ils secouèrent le joug de Visconti, et rétablirent le gouve- ,0^£r, nement populaire avec le doge Boccanegra , qui , fidèle au système d'abaisser la noblesse , resta au pouvoir tant qu'il vécut. Les Fiesques et leurs adhérents durent se résigner au nouvel ordre de choses.
Clément VI tenta de restaurer l'autorité pontificale dans Bo- Boi<*n«. logne en créant Hector de Durfort comte de Homagne ; puis Innocent VI y envoya , en qualité de vicaire pontifical , le cardinal espagnol Albornoz , qui , en combattant les Maures comme archevêque de Tolède , avait gagné les éperons d'or. Avec peu de monde et moins d'argent encore, mais favorisé par son mérite personnel et le mécontentement des populations , il put acquérir de l'influence, ramener plusieurs villes à l'Église et raviver le parti guelfe. Les Pepoli vendirent à Jean Visconti la ville de Bologne, qu'ils ne pouvaient plus conserver. Les Bolonais s'écriaient : iVota ne voulons pas être vendus? et le pape faisait mine de vouloir les replacer sous son autorité ; Jean répondit qu'il défendrait avec l'épée la crosse qu'il portait; puis, lorsque Clément VI le somma de comparaître a Avignon, il expédia des commissaires
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chargés d'accaparer une multitude de denrées , et de préparer des magasins de grains et de fourrages pour douze mille chevaux et six mille fantassins. Le pape, effrayé de ces dispositions, se résigna à lui céder Bologne moyennant douze mille florins par an.
Jean Visconti la réunit donc aux seize autres villes importantes de Lombardie qui lui obéissaient (t); son ambition croissait avec ses domaines. Maintenant il convoitait Florence, et, pour satisfaire ses désirs, il s'alliait avec les petits tyrans de la Toscane, gagnait l'amitié de Pise , et faisait même une incursion sur le territoire florentin. La guerre qu'il eut à soutenir pour Gènes contre Venise le détourna de cette entreprise.
Ses successeurs poursuivirent la même pensée ; mais ils furent empêchés de la réaliser par les guerres interminables qu'ils eurent à soutenir contre les seigneurs du Montferrat, d'Esté, de la Scala, im de Gonzague , de Carrare , les seuls qui fussent restés indépendants en Lombardie. Les Beccaria , forts de l'appui de Visconti et du 2Sïii marquis de Monferrat , dominaient à Pavie. La guerre éclate entre ces deux princes, et Pavie se déclare pour le dernier; assiégée par les Visconti , elle est sur le point de succomber, lorsqu'elle reçoit un secours inattendu. Un moine érémitain, nommé Jacob desBusolari , y prêchait alors le carême; or, comme les hommes et les femmes avaient en lui une grande confiance, il exhorta lescitoyens à défendre leur indépendance, imputant tous les maux survenus aux parures déshonnêtes des dames , aux mauvaises mœurs, à Pégoïsme des gouv ernants et des gouvernés. Le peuple versa des larmes, et se corrigea ; les seigneurs en rirent d'abord , puis ils prirent ombrage du frère; enfin, lorsqu'ils l'eurent vu guider la jeunesse contre les assiégeants et les repousser, ils tentèrent de s'en débarrasser par un assassinat. Le zèle du vaillant moine n'en devint que plus ardent; il entraîna les habitants de Pavie à toute espèce de sacrifices pour la liberté, et fit chasser les Beccaria, qui, s'unissant alors aux Visconti , se ruèrent avec eux contre la ville. Dans l'impossibilité de résister à des forces supérieures, Bussolari capitula , mais sous la réserve de garanties qui mettaient les citoyens à l'abri des vengeances; il s'oublia lui-même. Us futdonc pris et envoyé à Verceil, pour y finir ses jours dans le vade in pace d'un monastère.
Charles de Luxembourg', fils de ce roi Jean de Bohême , de chevaleresque mémoire , était monté sur le trône impérial ; sous le prétexte de s'intéresser aux maux de l'Italie, mais déterminé,
(1) Milan, Ludi, Plaisance, Bergo Sandonnino, Parme, Crème, Bre>cia, Bergame, Notare, Côme , Verceil, Al ba, Alexandrie, Tortonc, Pontremoli, Asti.