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les monuments; puis, une t'ois couronné, il en sortit le même jour pour s'en aller, a II fuit, s'écriait alors Pétrarque désabusé , il fuit a sans être suivi de personne; les délices de l'Italie lui font hor- « reur ! Il dit, pour se justifier, avoir juré de ne rester à Rome « qu'un jour. Oh ! jour d'opprobre ! serment déplorable ! Le pape, « qui a renoncé à Rome , ne veut pas même qu'un autre s'y ar- « rête ! »
Charles fut insulté sur la route par Sienne, Pise, Crémone , et les Visconti lui fermèrent leurs portes; il digéra ces affronts, se consolant par la pensée de revoir sa Bohême et d'y rapporter des
trésors.
Mais, en attendant, qui souffrait de tout cela ? la pauvre Italie, que foulaient des gens de toute nation, Bohémiens, 1 il avons, Polonais, Croates, Bernois à la suite de Charles ; Espagnols , Bretons, Gascons, Provençaux avec le pape; Allemands, Anglais , Bourguignons avec les Visconti.
Rome surtout souffrait de l'absence des papes, qui seuls la faisaient vivre. La justice et l'administration étaient négligées , et les rues encombrées de ruifies entassées sur des ruines; les églises tombaient en ruine ; les autels dépouillés étaient desservis par des prêtres à qui manquaient les ornements nécessaires ; les seigneurs romains faisaient le trafic des monuments anciens avec les villes voisines, et V indolente Naples en profitait pour s'embellir (1). Au milieu de cette désolation , les factions, des Colonna et des Orsini, parmi lesquelles on choisissait d'ordinaire le sénateu r, devenaient les plus acharnées. Les autres petits seigneurs, soit pour faire cause commune avec elles, ou n'en être pas écrasés, avaient changé en forteresses les palais, le Coliséa et les autres débris de la magnificence romaine. La campagne était parcourue et ravagée par des bandes; les barons menaçaient et pillaient, souillaient les saintes retraites des vierges du Seigneur, déshonoraient les filles, enlevaient les femmes sous le toit conjugal; les ouvriers, lorsqu'ils sortaient de la ville pour quelque travail, étaient dévalisés jusqu'aux portes de Rome (2). A la tête du peuple considéré comme communauté
(1) Devestris marmoreis columnis, de tuminibus templorum... de tmaginibus sepulcrorum sub guibtis patrum veslrorum venerabdis cinis erat, ut reliqua siteam, detidiosa Neapolis adornatur . Pétrarque, dont les lettres nous fournissent ce tabltau.
(2) « La ville de Rome était en très-grande affliction ; elle n'avait pas de gouvernement. Chaque jour c'étaient de nouveaux désordres. Les religieuses étaient souillées daus leur asile. 11 n'y avait aucun moyen de sûreté. On saisissait les petites filles, et on les emmenait pour les déshonorer. La femme était ravie à son mari dans son propre lit. Les ouvriers, quand ils allaient dehors pour travailler, étaient
politique, se trouvait le préfet de Home, et le sénateur représentait la loi supérieure , même à l'égard des nobles. Lorsqu'un nouveau pape était élu, on lui envoyait des députés à Avignon pour lui rendre hommage.
Ntcou. Au nombre de ces envoyés se trouva, lors de l'élection de Qé- Ki9Mi nient VI, Nicolas Rienzi , fils de Laurent (1). Son père élait un de ces pauvres hères qui allaient porter de l'eau dans la ville sur des fines, avant que Sixte-Quint y eût amené YAcquafelice, et que Rome fût devenue la ville des fontaines (2). La lecture des classiques et surtout les magnificences de Jules César avaient excité chez Nicolas m-. une vive admiration pour la république romaine (3). Affligé de voir l'ancienne capitale du monde abandonnée par les papes à la merci de chefs de bandes , il songeait à lui rendre son antique splendeur, comme le font souvent les Italiens, qui convertissent leurs souvenirs en espérances. Aux fils dégénérés de ceux qui avaient ouï la voix des Gracques et de Cicéron , il parlait des gloires anciennes, et mettait sous les yeux les inscriptions et les symboles les plus propres à flatter leur vanité , à réveiller leur résolution ; il rêvait aux droits du peuple romain.
Le meurtre de son frère, tué impunément par les Colonna , lui rendit plus odieuse encore cette noblesse non moins factieuse que
volés. Où ? à la porte même de Rome. Les pèlerins qui viennent aux saintes églises pour le bien de leurs âmes n'étaient pas défendus, mais égorgés et pilles. Les prêtres étaient occupes à mal faire. Toute débauche, tout mal, aucune justice, aucun frein. 11 n'y avait plus de remède; toute personne périssait. Celui-là avait le plus raison dont lïpee était la plus forte. La seule sauvegarde pour chacun était de se défendre à l'aide de ses parents et de ses amis. Il y avait chaque jour des attroupements.» Thomas Fortifiocca , Vie de Cola de Rienzi, tribun du peuple romain, écrite en langue vulgaire romaine du temps; Rracciano, 1624.
(1) Le jésuite bu Cerceau, Conjuration de Mcolas Gabrini, dit de Rienzi, tyran de Rome; Paris, 1733.
IV Papencohdt, Cola de Rienzo und seine Zeit, besonders nach ungedruckten Queltem dargestellt ; Hambourg et Gotha, 1841.
Les documents inédits sont des lettres de Rienzi à Charles IV et à l'ard*vêque de Prague , à qui il raconte en latin toute son histoire. Elles furent decouvetles par Pelzel, puis l'original se perdit. La copie en hit publiée par Papencordt, que la mort empêcha de continuer son Histoire de Rome depuis la chute de l'empire jusqu'au commencement du seizième siècle.
(2) Dans les lettres précédemment citées, Rienzi prétend avoir été engendré par Henri VII, à qui, daus une taverne de Rome, sa mère mimstrabat , nec forsitun minus quam sancto David et juslo Abrahe per dilectas exstttit ministratum.
(3) Mhtl actum fore pulavi si qusc legendo didiceram non aggrederer exercendo. Epist.
NICOLAS RIEN7.I
l'ancienne , mais plus arrogante et plus compacte ; en conséquence, et sous l'empire de ses souvenirs classiques, qu'il associait aux souvenirs de Grescence et d'Arnauld de Brescia , il conçut le projet de rétablir les tribuns du peuple, comme aussi de réprimer non-seulement les nobles, mais encore les pontifes déserteurs du bercail.
Le peuple romain, dont les idées politiques sont , comme l'horizon de leur ville, circonscrites entre les sept collines, prête volontiers l'oreille à quiconque lui raconte les grandeurs de ceux qu'il considère comme ses ancêtres. Les gens de lettres , qui lisaient Tite- Live et Salluste, se complaisaient à entendre répeter les anciens noms, et Rienzi s'éleva dans l'estime publique , comme il arrive à quiconque offre un remède dans une grave maladie. Un jour, saisissant le moment où les barons étaient sortis de la ville, il invita le peuple à l'écouter. Il passa la nuit dans l'église à prier; puis, après avoir entendu la messe, il se rendit au Capitole, armé de toutes pièces, moins la tête, entouré de jeunes gens enthousiastes, d'une foule de bannières, de pennons et d'emblèmes , enfin de tout ce cortège bruyant dont la ville de Rome offre seule l'exemple. Il harangua la multitude du haut des degrés, non comme un réformateur, mais comme un démagogue , et la présence de l'évêqued'Orvieto, vicaire du pape, qui se tenait auprès de lui, donna de l'autorité à sa parole; il fit lecture d'un règlement pour la réforme du bon État% assurant à ceux qui l'entendaient, ce qu'il croyait peut-être lui-même , que le pape lui saurait gré de soustraire sa ville de Rome à la tyrannie des barons. Ses réformes consistaient à garantir la personne des citoyens contre les actes arbitraires de la noblesse à organiser des milices urbaines dans Rome et une force navale sur les côtes; à maintenir la libre circulation et la sécurité sur les ponts et les routes ; à démolir les forteresses , palissades et barrières , dont les barons se servaient pour opprimer les faibles ; à faire prompte justice, à fonder des greniers d'abondance pour mettre le peuple à l'abri de la faim, et des établissements publics destinés à secourir les veuves et les orphelins, surtout les veuves et les orphelins de ceux qui seraient morts sur le champ de bataille. Il invita chaque commune à envoyer deux syndics au congrès général de Rome , ce qui est le premier exemple d'un parlement représentatif; or, avec cette assemblée et la confédération italienne qu'il proposait , une ère nouvelle pouvait s'ouvrir pour l'Italie, qui se serait placée encore une fois à la tête de l'Europe.
Le peuple n'entendait rien à es dernières vues , trop subtiles
pour lui; mais ce qu'il voulait, c'était la sécurité, le bien-être, les subsides et le retour du pape : il chargea donc Cola de faire cette constitution avec le titre de tribun, et lui fournit des bras pour traduire ses idées en faits. Le nouveau magistrat se rendit maître des portes, et fit pendre quelques brigands qu'on arrêta dans la ville. Étienne Colonna, après avoir déchiré l'ordre qui lui enjoignait de sortir de Rome , informé que Rienzi réunissait les compagnies du peuple, s'estima heureux de pouvoir se sauver; comme il était le plus puissant parmi les nobles, les autres eurent peur, et partirent de leur côté, abandonnant à la justice les sicaires soudoyés par eux.
Après avoir rétabli la tranquilité dans la ville, Rienzi expédia des courriers aux Colonna , aux Orsini , aux Savelli , dans leurs citadelles inaccessibles, pour les sommer de venir jurer la paix; ils obéirent et promirent de ne pas inquiéter les routes , de ne porter aucun préjudice au peuple ou aux tribuns, et de* refuser asile aux malfaiteurs; aussi les chrétiens , qui de toutes parts venaient visiter le seuil des saints Apôtres , trouvaient partout une sécurité inaccoutumée, et, de retour dans leur patrie, ils célébraient la fermeté énergique du tribun.
Ce premier mouvement avait jeté l'effroi dans Avignon, lorsque arrivèrent des lettres de a Nicolas, tribun de liberté , de paix et a de justice, libérateur illustre de la sainte république romaine, » où il promettait fidélité au saint-siége ; il en expédia d'autres à tous les protestants d'Italie (1), de France, d'Allemagne, et sa ten-
(I) Gaye, dans la Correspondance des artistes, III, CLXXXV et suivants, a publié dix lettres de Cola à la seigneurie de Florence. En voici une :
Annuntiamus vobis ad gaudium donum Spiritus Sancti, quod pins Pater et Dominus noster Jésus Christus in hac veneranda die festivitatis pasce Pentecosten, per inspirât ionem Spiritus Sancli huic sancte. urbi et populo ejus,acvobis omnibus fidcltbus Christi populis orthodossis, qui sua membra consistais, dignalus est misericorditer elargiri. Sane cum status ipstus aime urbis, et poputi ac totius romane provincie, culpa prarorum et crudelium retorum, ymo destructorum ipsius, esset ex omni parte quassatus, in perdilwnem et m destruclionem mtserabilem jam deductus adeo, qvod m eadem aima urbe omnis eral mortificata justifia, pax expulsa, prostruta libel las, ablala securitas , danpnata caritas, oppressa veritas, misericoidut et devotio prophmate, quod, nedum extranei et peregrinl , verum ipsi civrs romani et karissimicomitatenses et provinciales nostri nullatenus eo ventre poteranl, nec ibidemmanere securi. Quin ymo oppressiones undique,sedUiones,hostilitates et guerre, homicidia, disrobationes, prudationes animalium, incendia inlus et extra, terra manque continue effrenatissime patrabantur, cum magnis ipsius sancte urbis et totius sacre ïlalie pertcults et jactuns et danpnis ammarum, honorum et corporum, et detrimento non modteo totius fidet cliristiane.
NICOLAS RIENZI
tative parut louable à ceux, et leur nombre était grand, qui se m?, repaissaient de souvenirs, sans souci de l'opportunité. Les éloges donnés par Pétrarque au chevalier qui honorait l'Italie entière le
Vos eiiam , et alli devoti et orthodossi populi, nullum ab ipsa urbe poterutix habere ponsilium, auxilium vel favorem. Quin ymo sub specie senatus, sub nomine capitaneatusysub colore ficte militie, et utbreviter concludam, injusti regiminis injuste tepius eratisoppressi. Igitur prœfatus Pater et Dominus nosler Jésus Christus, ad preces, ulcrcdimus, beaiorum apostolorum Pétri et Pauli, civium principum et custodum nostrorum , miser icordi ter excUatus, ad consolationem non solum romanorum civium, verum tôt tus nostre provincie, universe quoque Ytalie, comitatensium et peregrinorum, omniumque Jidelium christianorum, ipsum romanum populuminspiratione Spiritus Sancti ad unitatem et concordiam revocavit, ad desiderium libertatis, paeis et justitie infiammavit, et ad saiutem et defensionem suam et nostram tolaliter animavit. Et ad observationem bone voluntaiis , sancte et juste délibérât 'ont s eorum, idem populus nobis, licet indignis, absolutam et liberam potéstatem et aucloritatem reformandi, et conservandi statum pacificumdicte urbis et totius romane provincie, ac liberum prorsum arbitrium totaliter commisitet concessit in pleno, publico et solepnissimo parlamento, ac plena concordia totius populi prclibati...
Quapropter nobilitotem, prudent iam et sinceram vestre ditectionis affectionem presentibus exhortamur, quatenus novis prxsentibus intellectis gratias reddatis altissimo Salvatori nostro, ac sanctissimis apostolis ejus, quum in tempore désolation is , affliction^ et desperationts propinaverunt romano populo, vobis ac omnibus Christi fidelibus consolalionis remedium et salut ts, suscipientes et participantes nobiscum hoc donum Dei cum magna lelitia, et gaudiis manifestis, et ad domandum protinus et pessumdandam super biam ac tirannicam potéstatem quorumcumquerebellium, audent> mn Jiunc statum, nobis a Christo concessum, impedire quomodolibet 9el turbare , in ultioncm injurie Dei et beatorum apostolorum Pétri et Pauli t sollicitare placeat populum et commune ad exercitum preparandum in destructionem eorum et exlerminium mon if es tu m , ut sub protectione Dei et vexillo sancte justitie, cum manibus nostris pariter et vestris, superbia et pestis tiranpincha con/undatur, libcrtas, pax et justitia, per totam sacram Ytaliam reformetur. Nihilominusque sub antiquate delecdonis affecta , libertatis justitie pacisque presta vos exhorlamur instanter, quatenus infra octavam feslivitatis beatorum apostolorum Pétri et Pauli mictere placeat duos sindicos et ambaxalores ydoneos terre vestre ad consilium et parlamentum, que intendimus illo die pro salute et pace totius YlcUie solenpniter celebrare. Ceterum vos rogamus actentius, quatenus ad nos mictere placeat unum sapientem jurisperitum, vestre discretioni ut videbilur eligendum, quem ex nunc m numéro judicum nostri consistorii cum muneribus, gaggiis, et salario consuelis per sex menses deputamus; demum, nostri officii debito suggerente, volentes nove forme monetam incidere rogamus ut mictere placeat seccherium périt um et in- *tructum,ad sagiationem consuetum et expertum, et cudis forme scultorem. Q*ibus debito juris ordine solenpniter provtdebimus et docenter. Datum in Capitolio urbis septnno mensis junii, ubi de celo remissa justitia corde viy ci fins .
Les aulres lettres de Cola révèlent la mém* ardeur, la môme vénération. Il
firent admirer, sur la parole du maître, par le monde lettré (1). Plusieurs villes se soumirent à lui, d'autres lui prêtèrent leur appui, et quelques-unes le traitèrent de fou. Jean de Vico , soi • gneur de Viterbe, et celui d'Orvieto furent contraints à l'hommage : Florence, Sienne, Pérouse, lui envoyèrent des soldats; les villes de l'Ombrie , des députés ; Gaëte , dix mille florins d'or. Venise et Luchino Visconti se déclarèrent ses alliés; Jeanne de Naples accueillit avec honneur ses envoyés, et l'empereur Louis ne les reçut pas moins bien ; mais les Pepoli , la maison d'Esté, les Scaligeri, les Gonzague, les Carrare, les Ordelaffi, les Mala testa ne faisaient qu'en rire.
Il sembla vouloir justifier ces derniers par les niaiseries auxquelles il se livra; comme il avait dans le caractère plus de vanité que d'énergie , à ces débuts si loyaux , si désintéressés, il laissa succéder une ambition puérile. Il s'entoura de faste , peut-être afin de flatter le peuple , et vécut avec une splendeur des plus
y pousse à la réconciliation de toute la sacrée Italie; m renouvellement de l'ancienne amitié entre le sacré pontife romain et la sacrée Italie entière ; à Yextirpation de toute tyrannie , et il se proclame Sever'js et clemexs, liber vroit (JRBIS, ZELATOR ItM.I K, AMATOR OR BIS .
(1) Il est singulier qu'il faille discuter pour savoir à qui s'adressaient la plus belle ode de Pétrarque et les espérances de Dante. Ds Sade a cherché à démontrer que le Spirto gentile, le Cavalier che tutta Italia onora, ne peut être Cola de Rienzi ; dans son opuscule sur le Vellro allégorique de Dante, la question de savoir si c'est Cane de la Scala ou Hugues de la Fagiuola qui est désigné sous ce nom est la chose qui importe le moins à notre estimable ami C. Troya. De Sade a été réfuté , et récemment encore , par Zéphyrin Re , dont Papencordt adopte l'opinion ; du reste, on a plusieurs lettres de Pétrarque à Rienzi : « Ta magnifique déclaration annonce le rétablissement de la liberté, ce qui me console, me ravit, m'enchante. . Tes lettres courent par la main de tous les prélats ; on veut les lire , les copier ; il semble qu'elles descendent du ciel ou viennent des antipodes. A peine arrive le courrier qu'on se presse pour les lire, et les oracles d'Apollon n'eurent point tant d'interprétations diverses. Ta manière d'agir est admirable ; car elle te met à l'abri de tous reproches, en montant tout à la fois la grandeur de ton courage et la majesté du peuple romain, sans ofTenser le respect dû au souverain pontife. Il appartient à un homme sage et éloquent comme tu l'es de concilier des choses opposées en apparence... Rien de ta part qui indique une basse timidité ou une folle présomption... On ne sait ce qu'il faut admirer le plus, ou tes actions ou ton style; on dit que tu agis comme Rrutus, que tu parles comme Cicéron... N'abandonne pas ta magnanime entreprise... Tu as posé d'excellents fondements, la vérité, la uaix, la justice, la liberté. . . Tous savent avec quelle chaleur je me déchaîne contre quiconque ose élever des doutes sur la justice du véritable tribunal et sur la sincérité de tes intentions. Je ne regarde ni devant moi ni en arrière, et je me suis aliéné beaucoup de personnes. Je ne m'en étonne pas; car j'ai déjà éprouvé, comme le dit Térence, que la condescendance fait des amis, et la vérité des ennemis. »
Il lui écrivait très- fréquemment, tant en prose qu'en vers.
NICOLAS RIENZI
coûteuses ; après s'être fait armer chevalier avec une solennité dont rien n'avait encore approché , il se baigna dans la cuve de Constantin. Il prit même la dalmatique, dont les anciens empereurs se revêtaient lors de leur couronnement, et , le bâton de commandement à la main , avec sept couronnes sur la tête, symbole des sept vertus, il dit, en brandissant son épée vers les quatres points du ciel : Je jugerai le globe de la terre selon la justice, et les peuples selon l'équité. En vertu de cette autorité qu'il prétendait exercer sur le monde , il cita Louis de Hongrie et Jeanne de Naples, l'empereur Louis et l'anticésar Charles, pour qu'il eussent à produire devant son tribunal les titres de leur élection , qui, « ainsi qu'il est écrit, n'appartient qu'au peuple romain. » Il enjoignit au pape de revenir occuper son siège , et déclara libres toutes les villes d'Italie , auxquelles, a voulant imiter la bénignité et la liberté romaine (1), » il accorda le droit de cité dans Home m7 et celui d'élire les empereurs. Aux États italiens, au pape, à l'empereur, il intimait l'ordre d'envoyer des ambassadeurs à Rome , pour s'occuper avec lui de la paix et des intérêts de toute l'Europe.
Le pape , qui d'abord l'avait nommé gouverneur pontifical , s'irrita de le voir s'arroger de pareils pouvoirs et manifester des prétentions si exorbitantes ; le vicaire, qui jusqu'alors l'avait secondé, protesta contre l'appel fait au pontife et aux princes; l'opinion , qui l'avait appuyé tant qu'il s'était agi de faire le bien du peuple et de réformer les abus, l'abandonnait peu à peu , lui reprochait ses dépenses désordonnées, dont les taxes, que tout gouvernement nouveau est obligé d'imposer, étaient , disait-on , la conséquence. Alors Rienzi voulut exciter la terreur, et se procurer des trésors par le supplice des principaux barons^ mais les cris du peuple l'empêchèrent de commettre ce méfait, et le contraignirent à leur rendre la liberté. Ne respirant alors que vengeance, ces nobles se fortifièrent dans leurs châteaux, réunirent les mécontents , firent la guerre dans les environs, et ravagèrent les récoltes prêtes à être moissonnées. Le lettré bienveillant , le pacifique tribun se vit obligé , après les avoir sommés en vain de venir se justifier par jugement, de prendre lui-même les armes ; sur w octobre, le lieu même où le vieux Colonna venait de périr en combattant, avec un de ses fils et d'autres seigneurs , il arma son propre fils chevalier de la Victoire.
(1) Volentes benignitates et libertates antiquorum Romanorum pacifiée, quantum a Dec notns permittitur, imitari.
Mais quel bien revenait au peuple de ces triomphes? Le tribun se trouvait à court d'argent, et les revenus manquaient ; les moyens de s'en procurer l'irritaient. Le cardinal-légat reprit alors de la fermeté , déclara Rienzi traître et hérétique , et s'entendit avec les barons pour affamer Rome. Rienzi fit sonner le tocsin, et tenta par ses discours de raviver l'enthousiasme du peuple ; mais le courage lui manqua pour supporter la peine la plus rude, l'abandon. Il pria, versa des larmes , mais perdit courage, résigna le pouvoir, et courut s'enfermer dans le château Saint-Ange avec ses parents et quelques amis fidèles , jusqu'au moment où il put s'enfuir. Ses ennemis relevèrent la tête, et, d'accord avec ceux qui tremblaient pour l'avoir soutenu, ils le pendirent en effigie , et détruisirent dans un moment tout ce qu'il avait fait dans sept mois.
Le tribun exilé, mais pur de mauvais sentiments, vécut plusieurs années parmi les religieux franciscains du mont Mai cl la , dans les Apennins. Comme les idées des fratricelles , contraires à l'autorité et au faste des pontifes, circulaient dans ces contrées, l'enthousiasme de la solitude lui fit croire qu'il était appelé à coopérer à une réforme universelle que Dieu se préparait à effectuer pour corriger la vie perverse du monde. Afin de hâter l'œuvre, il alla trouver Charles de Bohême , et lui dit qu'il avait de graves secrets à lui confier; il l'encouragea à délivrer l'Italie, à lui fournir des armes, sans lesquelles la justice ne saurait prévaloir; mais ce prince le fit arrêter, et l'envoya à Avignon, où il trouva grâce. L'intervention de Pétrarque lui valut même d'être absous de l'excommunication et de pouvoir vivre en paix.
Rome reprit quelques habitudes d'ordre et de tranquillité sous le gouvernement du légat et de deux sénateurs; le jubilé y attira beaucoup de monde et d'argent (1). Mais, |K)ur réprimer
(1) « L'an delà nativité du Christ 1350, le jour de Noél, commença la sainte indulgence pour tous ceux qui allèrent en pèlerinage à Rome, en faisant les visites ordonnées par la sainte Église aux basiliques de Saint-Pierre , de Saint-Jean de Latran et de Saint-Paul hors des murs. Une merveilleuse et innombrable multitude de chrétiens, hommes et femmes de tout état et de tout rang, y accourut, la mortalité avant été générale peu auparavant, et continuant encore parmi le* chrétiens (Hèles en diverses parties de l'Europe. Ils poursuivaient ce pèlerinage avec tant de dévotion et d'humilité qu'ils supportaient avec beaucoup de patience l'inclémence du temps, qui était extrêmement f>oidf avec glace, neige, torrents d'eau, tellement que les routes étaient partout défoncées et rompues. Les chemins étaient bordés jour et nuit d'hôtelleries, et les maisons sur les chemins ne suffisaient pas pour tenir à couvert les hommes et les chevaux. Mais les Allemands et les Hongrois passaient la nuit campés par bandes et par masse*, serrés les uns contre les autres à cause du froid , et en faisant de grands feux.
NICOLAS RIENZI
la noblesse qui reprenait son arrogance, François Baroncelli avait été fait tribun du peuple. Le légat Albornoz s'entendit avec lui «m. pour contraindre le préfet , Jean de Vico, à restituer les nombreuses places qu'il avait occupées, et remit entre ses mains
Les aubergistes ne savaient à qui répondre, non pas seulement pour donner du pain, du vin et de l'avoine, mais pour recevoir l'argent. Maintes fois il arriva que les pèlerins, voulant poursuivre leur chemin, laissaient l'argent de leur écot sur les tables, et continuaient leur voyage sans qu'aucun des voyageurs le prit jusqu'à ce que l'hôtelier vint le recueillir.
« Sur la route il n'y avait point de querelles ni de tumultes ; mais chacun se comportait avec patience et courage. Des larrons, qui s'étaient mis à voler et à tuer sur le territoire de Rome, furent massacrés ou pris par les pèlerins euxmêmes, qui se prêtaient mutuellement assistance. Les gens du pays faisaient garder les chemins, et épouvantaient les brigands. Aussi est-il de fait que les routes furent très-sûres toute cette année. La multitude des chrétiens qui allaient à Rome était impossible à nombrer ; mais , d'après le calcul de ceux qui résidaient dans la cité, il s'y trouva continuellement, le jour de Noël et les jours solennels suivants, de même que pendant le carême jusqu'à la Pâque de la sainte résurrection, d'un million à douze cent mille pèlerins; puis, à l'époque de l'Ascension et de la Pentecôte, plus de huit cent mille, les chemins étant remplis jour et nuit, comme il a été dit. Mais, l'été venu, la foule commença à diminuer à cause des récoltes et de l'excessive chaleur : mais de manière que, lorsque les pèlerins étaient le moins nombreux, il y avait continuellement plus de deux cent mille étrangers par jour. Les visites des trois églises , en y comprenant l'aller et le retour, embrassaient onze milles. Les rues étaient sans cesse tellement remplies que chacun était obligé de suivre la foule à pied et à cheval , ce qui faisait que l'on pouvait peu avancer, et rendait la route plus pénible. Chaque jour de visite , les pèlerins offraient à chacune des trois églises, les uns peu , les autres beaucoup, selon qu'il lui plaisait. Le saint suaire du Christ se montrait dans l'église de Saint-Pierre, pour la satisfaction des pèlerins, tous les dimanches et tous les jours de fête solennelle; la majeure partie put ainsi le voir. La foule y était sans cesse grande et incommode. En elfet il arriva plusieurs fois que deux, quatre , six et jusqu'à douze personnes y périrent étouffées ou foulées aux pieds. Tous les Romains s'étaient faits aubergistes, donnant leurs maisons aux pèlerins à cheval, et leur prenant par jour tantôt un tournois de gros, tantôt un et demi, parfois deux, selon le temps ; encore fallait-il que l'étranger achetât sa nourriture et celle de son cheval , ainsi que tout le reste , n'ayant rien qu'un mauvais lit. Afin de gagner le plus possible, les Romains, qui pouvaient établir l'aboudance et le bon marché de toutes les choses nécessaires à la vie des pèlerins , maintinrent la disette de pain, de vin et de viande toute l'année, en défendant aux marchands d'apporter du vin étranger, ni blé, ni avoine, pour vendre plus cher les leurs. A la lin comme au commencement de l'année, il y eut abondance presque égale de monde ; mais à la fin il y vint plus de seigneurs , de grande* dames, de hauts personnages, comme aussi des femmes d'outre-mont, d'outremer et d'Italie, que dans le commencement on au milieu; dans les derniers jour s il y avait, à visiter les églises, des indulgences et des grâces plus grandes. Puis, alin que toute personne venue à Rome et qui n'aurait pas eu le temps d'accomplir les visites prescrites ne demeurât sans la grâce et sans l'indulgence par les mérites de la passion du Christ, il fut déclaré que chacun en aurait pleine jouissance. »
MaTTHIKU VlLLAM, 1, 56.
l'autorité suprême de la ville. Le peuple alors lui demanda pour gouverneur Nicolas Rienzi , qui était venu avec lui; en effet il l'institua sénateur, dans la pensée que sa popularité contribuerait au rétablissement de la tranquillité. Son espoir ne fut pas trompé; Rienzi fit prendre et juger frère Moriaïe, qui depuis plusieurs années ravageait l'Italie à la tête d'une bande , et l'envoya sur l'échafaud. Innocent VI reconnut Rienzi noble chevalier; mais, dès le jour où il vit son ancien tribun exercer le pouvoir au nom du pape , le peuple lui retira son affection. Les impôts sur le sel et le vin mirent le comble au mécontentement des Romains, qui se soulevèrent, et assaillirent le palais aux cris de Meure le trait re s octobre, qui a mis l'impôt! Ne croyant pas que l'émeute menaçât sa vie, il attendit ces furieux revêtu de l'habit sénatorial, le gonfalon du peuple à la main ; mais, lorsqu'il vit pleuvoir les pierres et le feu, il tenta de se dérober au péril. Découvert dans sa retraite, il fut égorgé, et son corps suspendu au gibet. C'est ainsi que le peuple brise ses idoles.
Le cardinal Albornoz et Rodolphe de Varano, seigneur de Camerino et commandant de l'armée, rétablirent le calme dans Rome; puis ils continuèrent , par un mélange de douceur et de force , à soumettre le patrimoine de Saint-Pierre, le duché de Spolète , la marche d'Ancône et d'autres territoires. Bologne avait été soustraite à la domination des Visconti par Jean d'Oleggio , qui , de simple clerc, était monté, par la faveur, jusqu'au rang de capitaine général de cette cité; il la vendit alors au pape. Le cardinal, 1M7 ayant réuni à Rome les députés de toutes les villes qui relevaient du pontife, publia pour elles les constitutions eugubines.
François des Ordelaffi, seigneur de Forli (1), Forlimpopoli, Cé-
(1) La daine Cia, lemme du capitaine de Forli, « renfermée dans la citadelle (de Cesène) avec Sinibald, son jeune fils , deux de ses neveux en bas Âge , une fille d'âge à marier, deux filles de Gentile de Mogliano et cinq demoiselles, s'y trouvait assiégée. Huit machines de guerre battaient la place, où elles jetaient continuellement des pierres énormes. N'ayant aucun espoir de secours , et sachant que les murs de la citadelle et des tours étaient minés par les ennemis, elle tenait avec un courage admirable, aidant à la défense et encourageant les siens. Comme elle se trouvait dans cette situation difficile, Vanni de Susinane des Ubaldini, son père, informé dn péril qu'elle courait, s* ren<1it auprès du légat, et obtint Li grâce de pouvoir parler à sa fille, pour la décider à se rendre au légat, avec promesse de sûreté pour elle et les siens. Arrivé près d'elle, comme son père et homme de grande autorité, maître en tait de guerre, H lui dit : Chère JUle, tu dois croire que je ne suis pas venu ici pour te tromper ni pour te trahir dans ton honneur. Je sais et je vois que toi et ceux qui t'entourent vous êtes aux extrémités d'un péril inévitable. Je n'y connais d'autre remède que de traiter aux meilleures conditions pour M et pour les tienst et de rendre
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sèue. Castrocaro, Bertinoro et Imola , s'était soutenu à l'aide de ces bandes mercenaires qui, à celte époque étaient le nerf et l'opprobre de la guerre ; mais il finit par se soumettre , et fut absous. La Romagne aussi, où le cardinal Albornoz n'avait trouvé tm. de sujets qu'à Montefiascone, se rangea tout entière sous l'obéissance du pape. Quand le pontife lui demanda compte de l'argent dépensé durant ces quatorze années , le légat lui envoya un chariot chargé des clefs des villes assujetties.