CHAPITRE IX
Si l’hérédité donnait de si mauvais chefs à l'empire d'Orient, l'élection ne lui en fournissait pas de meilleurs. Les controverses religieuses furent ranimées par Bardanes, qui, sectateur fervent du monothélisme, convoqua un synode d’évêques favorables à cette doctrine, pour qu'ils abolissent les condamnations prononcées par le sixième concile œcuménique. Alors les Romains refusèrent obéissance au nouvel empereur, et déposèrent l’exarque ; on en vint même aux armes, et ce fut avec peine que le pontife, aidé par le clergé, parvint à séparer les combattants.
Les Arabes étaient toujours menaçants; les Bulgares, sous prétexte de venger Justinien, firent irruption dans la Thrace ; mais, après s'être avancés jusqu'aux portes de Constantinople, ils s’en retournèrent rassasiés de sang et de butin. Tout contribuait à faire haïr et mépriser Bardanes ; enfin Rufus, un de ses officiers, gagné par les patrices Georges et Théodore, entre dans le palais au moment où l'empereur sommeillait après un copieux banquet, l’enveloppe dans son manteau, et l’apporte entre ses bras dans l’hippodrome, où on lui arrache les yeux. Il est ensuite envoyé dans un monastère, pour y expier un règne de dix-sept mois.
La phraséologie pompeuse des historiens byzantins nous fournit si peu de lumière, que nous ne savons ce qu'ils entendent quand ils font mention du peuple, ni par qui ce peuple
(1) ScarÜssen, Gesch. der bildersiurmenden Kaiser; Francfort, 1812.
était représenté sous un despotisme aussi absolu. Peut-être le fantôme du sénat recouvrait-il quelque autorité dans les interrègnes, et, d'accord avec le clergé, s'appuyait-il alors de l’assentiment tumultueux de l’armée et de la plèbe,
Le peuple donc, réuni dans Sainte-Sophie, proclama Artémius, secrétaire d'État; il prit le nom d’Anastase II, et, tout en profitant de la trahison, condamna George et ses complices à la peine infligée à Bardanes. Instruit et expérimenté, il s’appliqua à rétablir la paix dans l’Église, en acceptant l'autorité des six conciles et en se soumettant au pape. Il mit à la tête des armées un certain Léon, né dans l’Isaurie, de parents pauvres qui s’étaient transportés dans la Thrace pour y faire le commerce de bestiaux. Un jour, Léon obtint de son père de conduire lui-même cinq cents moutons à l’empereur Justinien , qui se trouvait en grande disette de vivres. Le fait en lui-même et les manières franches du jeune garçon plurent au prince, qui le plaça dans ses gardes. Zélé et courageux, il fit un chemin rapide, à tel point que l’empereur, jaloux de ses succès, l’envoya aux Alains pour les entraîner à faire la guerre
Anastase K,
aux Avares, sur la foi de promesses d'autant plus généreuses .
qu'il ne comptait pas les tenir. Léon réussit dans sa mission ; mais ayant trouvé à son retour l’armée romaine taillée en pièces, il pénétra dans les montagnes avec cinquante Alains seulement, réunit quatre cents fuyards, mit en déroute un gros d’ennemis, s'empara de quelques bâtiments, etrevint, comme par miracle, à Constantinople.
Anastase II, admirant sa vaillance et son habileté, lui confia une armée nombreuse, pour défendre l'Asie Mineure contre les Sarrasins. Informé, sur ces entrefaites, que le calife Soliman avait fait d'immenses coupes dans les forêts du Liban pour équiper une puissante flotte, l’empereur se hâta d’en armer une capable de lui tenir tête, et il en donna le commandement à Jean, diacre de Sainte-Sophie. Mais, à peine arrivés à Rhodes, les soldats se mutinent contre leur général et le tuent; puis, désespérant d'obtenir leur pardon, ils déclarent Anastase indigne du trône, proclament à sa place Théodose, obscur receveur des impôts à Adramyttium (Adramiti dans l’Anatolie), et lui font revêtir la pourpre de vive force.
À cette nouvelle, Anastase fortifie Constantinople, puis se réfugie à Nicée en Bithynie; mais Théodose vient attaquer la capitale, dont il se rend mattre après six mois de siége, et Anastase renonce, sous promesse de la vie, à un trône qu'il aurait
Mai.
Léon l’Isaurien.
Culte des images.
182 __ NEVMIÈME ÉPOQUE.
pu illustrer par ses vertus. Théodose LIL aux pieds duquel il vient se jeter en habit monastique, le relègue à Th que. Il lui restait ue adversaire plus redoutable dans Léon l'Isgurien, qui, refusant de se soumettre, se préparait À soutenir son bienfaiteur, quand il reçut de l’Arabe Moslem, frère du calife, désireux de semer la discorde dans l'empire, une lettre ainsj conçue : Tu es digne de régner ; viens à mous ; nous le seconderôns, et nous conviendrons d'ume paix avantageuse pour Lous.
Léon se rendit à son appel, s’entendit avec lui, et fut salué auguste par les Arabes, qui cherchèrent ensuite à Jui couper la retraite; mais il s’ouvrit passage à la tête de trois cents braves. I comptait aussi sur l’Arménien Artayasde, son gendre, qui jouissait d'un grand crédit parmi les siens ; se dirigea donc vers Nicomédie avec des forces considérables, Le fils de Théodose s'étant avancé contre lui, il le vainquit et le fit prisonnier ; puis il garcha sur Constantinople, salué partout comme em pereur,
Théodose, qui avait accepté le sceptre sans le désirer, envoya sans regret Le patriarche et les principaux sénateurs le remettre à Léoï ; ilse ft ensuite ordonner prêtre ayee son fils, rentra dans l'obscurité, dont il était sorti malgré lui, Retiré dans un couvent d’Éphèse, il s’appliqua à copier en lettres d’or les Éyangiles et les Psaumes ; puis, au moment de mourir, il voulut qu'on inseriyit sur son tombeau le mot YTIE]A, gwér'isoh.
La porte d'Or de Constantinople s’ouvrit devant le trioemphant Léon, au milieu des aeclamations bruyantes du peuple, qui, sans être jamais détrompé par une Jongue expérience, croit, à chaque nouveau règne, toucher enfin au bonheur. Néanmoins, il était permis d’espérer un avenir meilleur sous Léon, dont la vaillance promettait un défenseur intrépide, et l’activité un bon administrateur, Il avait juré, entre les mains des évêques, de respecter les décrets des sonsiles et les décisions de l'Église; mais les résultats furent loin de répondre aux espérances, et Léon voulut se montrer hérésiarque sur un trône d'où tant d'émpereurs avaient déjà, pour des querelles religieuses, semé le trouble dans l'empire,
On sajt quelle horreur Moïse avait inspirée aux Hébreux pour toute représentation figurés, soit des hommes ou de le Divinité, dans l'intention de les prémunir contre leur penchant à coafondre l'image avec le sujet. Les premiers chrétiens, sortis de la synagogue, s’abstinrent probablement du culte des ims-
ges; car les effigies que la tradition fait remonter aux premiers temps du christianisme ne s'appuient pas sur des autorités suffisantes.
Mais, outre qu'il est naturel à l'homme de contempler avec respect la ressemblance de ceux qu’il a chéris ou vénérés, les Romains rendaient une espèce de culte aux portraits des empereurs vivants et morts; il est dono probable que les chrétiens, attentifs À faire tourner au profit de la vérité les instruments du mensonge, ne tardèrent pas à reproduire l'effigie du Christ et des apôtres. L'ignorance vulgaire peut s’égarer parfois jusqu'à adorer l’objet matériel qui n'avait d'autre destination que d'élever l’âme vers le Créateur ; c'est -pourquoi certains Pères de l'Église et des conciles réprouvèrent les images, soit à cause d’une opinion particulière ou de quelque danger spécial qu'ils apercevaient; mais l'Église, qui, invariable dans le dogme, se plie, quant aux rites et à la discipline, aux circonstances, selon les pays et les temps, jugea cette rigueur inutile quand le motif, c’est-à-dire la crainte de l’idolatrie, eut dis-
Après l'extension du christianisme, et lorsqu'il eut occupé les lieux où dominait le polythéisme et converti à un usage sa cré les choses profanes, les images du Sauveur et des saints se multiplièrent ; du reste, les faits historiques de l'Ancien et du Nouveau Testament étaient une source excellente pour les arts, ‘ alimentés jusqu’alors par le polythéisme, et pouvaient séduire les barbares qui, par la curiosité de connaitre la signification des peintures, s’élevèrent parfois jusqu'à la connaissance des vérités morales de l'Évangile.
Lorsque Nestorius parut faire outrage à Marie en lui refusant le titre de Mère de Dieu, elle fut représentée partout avec l'enfant divin dans ses bras. Certaines images que l’on appelait dysporoinro (non failes à la main) acquirent surtout un grand crédit : tels étaient le voile avec lequel une pieuse femme (4) avait essuyé le visage du Rédempteur souffrant, et le saint suaire dans lequel il avait été enveloppé après sa mort, et qui tous deux conservaient l'empreinte divine,
Le Nord lui-même, quoi qu'on en dise, avait l'usage des images avant Charlemagne ; Bède le Vénérable, décrivant uns église anglo-saxonne, bâtie par saint Benott en 680, s'exprime
(1) Dépov eixéve, porte-imags, mots dont le tradition a tiré nas sainte Véro-
ainsi : «La nef était ornée des effigies de la Vierge et des apô- «tres; dans l'aile au midi, étaient représentés les principaux « événements de l'Évangile, et dans celle au nord, les visions « de l’Apocalypse..…. Le paysan le plus grossier ne pouvait y « entrer sans rencontrer d’utiles enseignements, sans se plaire «à contempler la douceur de Jésus-Christ et les traits de ses « fidèles serviteurs ; ou bien il étudiait les mystères sublimes « de l'incarnation et de la rédemption, et le spectacle du ju- « gement dernier lui apprenait à apaiser la justice du Touta Puissant (4). » |
Il s'était néanmoins introduit des abus, comme entoute chose humaine, abus très-faciles à comprendre chez des gens sortis à peine de l'idolâtrie qui, soit barbare ou cultivée, avait eu pour caractère la déification de la créature. Sérénus, évêque de Marseille, indigné de voir confondre trop souvent Île signe avec la chose signifiée, fit jeter hors des églises et mettre en morceaux certains simulacres qu’on ne révérait pas seulement, mais qu’on adorait. Grégoire le Grand, informé de ce fait, lui écrivit : « Je loue ton zèle à empêcher qu’on adore des simu- « lacres faits de main d’homme ; mais je pense que tu n'aurais « pas dù les briser, attendu qu'ils sont placés dans les églises, «afin que ceux qui ne savent pas lire voient sur les murailles « ce qu'ils ne peuvent apprendre dans les livres. Tu aurais donc « mieux fait de conserver les images en disant au peuple que « c’est une erreur de les adorer (2). »
L'Église apportait donc dans ce culte cette juste modération qui favorise l’élan des beaux-arts, charme l'imagination, vient en aide aux esprits contemplatifs, sauf à prévenir l'idolâtrie.
Mais l'ignorant prophète de l’Arabie avait proscrit tout ce qui
était image, tant pour se conformer aux idées qu’il avait empruntées aux Juifs, que pour extirper chez ses compatriotes tout germe de polythéisme; ses successeurs les détruisirent partout où ils portèrent leurs armes: Yésid II défendit aux chrétiens ses tributaires d’en exposer dans les églises, et Léon l'Isaurien put voir les effets de cette probihition, lorsqu'il faisait la guerre en Asie. Il n’est donc pas besoin de croire, comme on le raconte, qu’au temps où il gardait les troupeaux de son père, des Juifs lui avaient prédit la plus haute fortune, à la condition qu’il détruirait ce qu’ils appelaient une idolâtrie.
(1) Hom. in nat. d. Benedicti, t. VII, col. 465. (2) Ep. VIN, 10.
ve EMPEREURS JISAURIENS. 185
Lorsqu'il fut ensuite parvenu à ce trône sur lequel il n’aurait pu sans folie, dans sa jeunesse, espérer de s'asseoir, il exerça cette autorité que les empereurs de Constantinople s’arrogeaient sur les choses ecclésiastiques, en prohibant le’culte des
images.
Il paraît qu’il s’en tint là d’abord, les laissant d’ailleurs subsister, et voulant seulement qu’elles fussent placées assez haut pour que les baisers des fidèles ne pussent y atteindre; mais ce furent des ordres, non une instruction, et des ordres donnés sans que le synode eût été consulté. De là, une grande rumeur; on supposa que Léon agissait ainsi sous l'inspiration des mahométans et des juifs, et que le désir de les convertir à la foi chrétienne le déterminait à faire cette concession à leur antipathie : bruits qui, de même que l'horoscope dont nous venons de parler, attestent combien la vénération pour les images était enracinée et généralement admise. Bien que . les prélats grecs se montrassent trop souvent asservis à la volonté impériale, le patriarche Germain protesta contre ce décret, et écrivit au pape, ainsi qu'aux autres évêques, en invoquant l’autorité et les nombreux miracles à l'appui du culte des images.
Tandis que l’Église discutait, l’empereur avait recours à la force, et le peuple aux émeutes. Léon, aigri par la résistance, fulmina des ordres plus sévères et voulut qu'ils fussent observés. Il envoya renverser un christ qui se trouvait dans le vestibule du palais; les femmes s'y opposèrent d’abord par les prières, et, n’obtenant rien'‘ainsi, elles culbutèrent de l'échelle l’exécuteur du décret. Léon apaisa le tumulte en faisant couler le sang, multiplia les supplices contre ceux qui résistaient, et bannit le patriarche Germain. Une bibliothèque renfermant trente mille volumes était annexée au palais, et surveillée par un professeur qui, avec douze collègues, y enseignait aux frais
de l’État les sciences sacrées et profanes. Les empereurs n6 :
prenaient d'ordinaire aucune décision importante qu'après avoir consulté ces hommes éclairés. Léon, sans avoir demandé leur avis, voulut qu'ils approuvassent ce qu'il avait fait; sur leur refus, il fit incendier Pédifice, où brülèrent les livres et ceux qui les gardaient.
Telles étaient les raisons du Henri VIN de l'Orient. Le peuple, blessé dans ses affections les plus sacrées, faisait entendre de toutes parts des murmures ou des vociférations contre le briseur d'images (iconoclaste). En Grèce et dans les Cyclades,
il se souleva en fureur, ét, proclemant Cosma empereur, mit en mer une flotte contre Léon, dont la valeur réprima la révolte, non le mécontentement: partout se multipliaient les violences et l’affliction. En quelque lieu que se présentassent les envoyés de Léon pour renverser les effigies, le peuple s’armait de pierres et de couteaux pour les défendre ; mais l’empereur entendait être obéi, et la prison, les supplices, attendaient les técalcitrants.
Le pape Grégoire II lui adressa deux lettres pour lui exposer la doctrine de l’Église sur cette matière; mais, pour toute réponse, l’iconoclaste redoubla d’exigence et de menaces. Grégoire LI, montrant autant de zèle avec moins d’égards, lui éerivit d’un ton plus énergique, jusqu’à lui reprocher sa présomption ignorante et le menacer de voir l'Italie entière se révolter. « Pourquoi, lui disait-il, n’avez-vous pas interrogé, comme em- « pereur et chef des chrétiens, les lumières d'hommes instruits «et expérimentés ? Ils vous auraient enseigné que, si Dieu dé- . « fendit d’adorer les ouvrages des hommes, ce fut à cause des « idolâtres qui habitaient la terre promise. L'ignorance peut « seule vous faire croire que nousadorons des pierres, des mu- « railles et des planches; nous le faisons uniquement en sou a venir de ceux dont ces objets portent le nom et offrent la « ressemblance, et afin d'élever en haut notre esprit engourdi «et grossier. Dieu nous préserve de les considérer comme « dieux, et de mettre là notre confiance; mais nous disons à « l'image de Notre-Seigneur : Seigneur Jésus, secoures-nous « ef sauves-nous ; nous disons à celle de sa sainte Mère : Saints « Marie, priez voire fils de sauver nos dmes; si c’est celle d’un « martyr : Saint Étienne, vous qui répandites votre sang pour a Jésus-Christ, vous qui êtes particulièrement en grâce auprès ds « lui, pries pour nous, »
Le prêtre George, qui devait présenter cette lettre, n’en eut pas le courage, et revintavec elle. Grégoire voulait le déposer, s’il ne se fût résigné à la reporter ; mais il fut arrêté sur li route par des soldats impériaux qui le jetèrent en prison après lui avoir enlevé la dépêche. Cette fois la réponse de l'Isaurien fut: « J'enverrai à Rome briser l’intage de saint Pierre ; j'agirai avec « le pape Grégoire comme Constant avec Martin, en le faisant « enlever chargé de chaînes. »
Mais le pape lui répliqua : « Les pontifes sont les médiateurs « et les arbitres de la paix entre l'Orient et l'Occident, et vos a rneNaces ne nous effrayent pas. Nous sommes en sèreté à
EMPERECRS MAURIENS. aet
« quelques milles de Rome, Les regards des nations sont fixés a sur aotre hupulié; elles révèrent ici‘bes comme en dieu « l'apôtre saint Pierre, dont rous menace de briser Ha figure, a Les royaumes les plus reeniés de l'Occident rendent hom- «< mags au Cbrisé et à son vicaire, et vous seul êtes sourd à sa « voix. Si vous persistez, le eng qui pourrait être versé retom- « hors eur vous. »
Le pape senlait donc déjà qu'il pourrait, dans les nations pouvelles, tronver un appui contre l'oppression du monde antique; s’apercevant des machinations ourdies contre lui, il reilla à la sûreté de sa personne, en même temps qu'il informa l'Italie de ce qui se passaït. Les peuples de la Pentapole et les Vénitiens, loin d’obéir à l’empereur contre le pape, se déclarèrent pour le culte de leurs-ancêtres, et, renonçant à l’obéiséance, scosèrent le joug de Constantinople. Le pape, faisant usage de ses armes, réunit qnaire-vingt-treize évêques d'Italie, Qui fulminè rent l’anathème contre ceux qui détruirnient et profaneraient les images saintes.
À £es nouvelles, Léon devint furieux; mais, comme il ne pourait rien alors eontre la vie des rebelles, il les menaça dans leurs biens en accroissant d’un tiers le tribut et la capitation dans la Calabre et la Sicile, où il séquestra les domaines du saint-siége. Puis, afin de subjuguer l'Italie, il arme une flotte nombreuse, qui fut dispersés par la tempête, et il ne se trouva plus en état de s’opposer à l'indépendance de cette belle contrée.
Tandis que Léon perdait ainsi quelques riches provinces et jetait le trouble dans d’autres, les Sarrasins s’enhardissaient à l'attaquer. Ce même Moslem, qui l’avait encouragé à s'emparer du diadème, surprit Pergame et s’en rendit maître, bien que ses habitants eussent cru la rendre inexpugnable en égorgeant une femme enceinte, et en plongeant leurs mains dans l'eau où ils avaient fait bouillir Je fœtus (1). Constantinople se vit ensuite assiégéce de nouveau par dix-huit cents voiles et cent
vingt mille guerriers; mais de violentes tempêtes et le feu grégois détruisirent cet armement formidable. La capitale fut ainsi dégagée après treise mois, et sa délivrance put encore, malgré la perte de soixante mille personnes, être considérée comme un triomphe signalé, Le ealife irrité ordonna, pour s'en venger, d’exterminer tous les chrétiens qui refuseraient d'em-
brasser l’islagisme, çe qui acerut le nombre des martyrs.
(1) Fanoru. CHAN. ad. Aan, Leon.
Khazars.
Durant ces troubles, Sergius, gouverneur de la Sicile, conçcoit la pensée de se rendre indépendant en faisant proclamer un nommé Tibère ; mais il est vaincu par Paul, officier du palais, qui tue l’usurpateur, et Sergius n'échappe à la mort qu'en se réfugiant chez les Lombards. Anastase, qui était passé du palais impérial dans un couvent, loin d’y vivre tranquille, soudoya une armée de Bulgares, et tenta de nouveau la route périlleuse du trône ; mais, à la première résistance qu’ils éprouvèrent, les Bulgares le livrèrent à Léon, qui fit tomber sa tête et celle de ses complices.
Un prétendu fils de Justinien II-fut aussi appuyé par Soliman et couronné dans Jérusalem ; mais l’armée grecque le défit et le tua.
En définitive, Léon, vaillant comme il l’était, et général expérimenté non moins qu’administrateur habile, aurait pu être d’un grand secours à l'empire grec, s’il n’eût lui-même excité le mécontentement au dedans, et brisé le lien qui réunissait les provinces échappées à la conquête.
Il eut un fils qui reçutle nom de Constantin et fut surnommé
.Copronyme, parce que, lors de son baptème, il avait souillé les
fonts sacrés; il le fit couronner encore au berceau, puis lui donna pour femme la fille du kacan des Khazars, qui prit au
"baptême le nom d’Irène, c'est-à-dire, paix.
Ces Khazars, de nation finnique, dont nous avons déjà fait mention plusieurs fois, étaient désignés parfois sous le nom de Turcs orientaux, gouvernés par un kacan et par des begs ou grands. Ils avaient tenté de passer, du centre de l'Asie, à travers le Caucase; mais, arrêtés par les Arabes qui gardaient les portes Caspiennes, ils appuyèrent vers l’Occident et occupèrent une grande partie de la Crimée, confinant avec Îles Slaves établis entre le Dniéper et le Don, auxquels ils s’obligèrent à payer tribut. S'étant avancés encore plus au couchant, ils relevèrent l’empire des Avares, et étendirent leur domination des monts Krapacks jusqu'à l'Euxin ; désireux cependant de s’agrandir vers le levant, ils firent, avec plus de succès, une nouvelle tentative sur le Caucase et dans l’Arménie, d’où ils se jetèrent sur la Perse, qu'ils ne quittérent qu'après avoir remporté des victoires signalées et fait un riche butin.
Rien ne pouvait donc être plus favorable à l'empire que l'alliance conclue par Léon, puisque le kacan, en inquiétant les Arabes, les détournait d'attaquer les provinces : grecques,
tandis que le nombre des Khazars diminuait par la guerre, et qu'ils se civilisaient par le contact.
À peine Léon faut-il mort après vingt-cinq ans de règne, que Goes Constantin son fils marcha contre les Arabes ; mais, tandis qu’il cr ous était occupé à les combattre, Artavasde, son beau-frère, répandit le bruit qu'il avait péri dans son expédition, et se fit proclamer auguste. Il gagna la faveur populaire en se déclarant zélé défenseur des images ; le patriarche Anastase, qui, sous le règne précédent, s'était montré ardent iconoclaste, change tout à coup d'opinion, réunit le peuple dans Sainte-Sophie, et à, tenant en main le bois de la vraie croix, il s’écrie : Je jure, per celui qui mourut sur cetle croix, que Constantin me dit un Jour : — Je crois que le fils de Marie n'était qu'un homme, eë que Marie Pa mis au monde comme ma mère m'a enfanté motméme /
Le peuple, sur les passions dtcgel rien n 'agissait plus puissamment que les controverses théologiques, fut saisi d’hor?eur à ce blasphème, et voua une haine violente à Constantin ; mais celui-ci, soutenu par l’armée, où les iconoclastes se trouvaient en grand nombre, revint sur ses pas, et alors commença une guerre acharnée , d'autant plus cruelle qu’elle était à la fois civile et religieuse (1); mais il finit par renfermer ses ennemis 5, dans Constantinople, qu'il réduisit par une longue famine. La ville fut abandonnée à la rage cupide et à l’impiété des vainqueurs. Artavasde eut les yeux crevés, ainsi que ses deux fils Nicéphore et Nicétas. Leurs partisans furent mutilés ou bannis; le patriarche Anastase, battu de verges, promené dans la ville sur un âne, conserva pourtant son siége, parce que, dit Cédrénus, On n’en trouva pas un pire pour le remplacer.
Constantin retourna alors contre les Arabes, au moment où les Ommiades, les Abassides et les schyites étaient aux prises entre eux; favorisé par les circonstances, il remporta: des avantages sur l'ennemi, s empara de Germanicie, en Syrie, et d’autres places fortes ; puis, ayant surpris la flotte dirigée + M0.sur Chypre par les Sarrasins, il la coula bas.
Il aurait dû poursuivre ses victoires, mais des prodiges effrayants l’épouvantèrent. Des tremblements de terre plus violents que jamais désolèrent l'Asie et engloutirent plusieurs
(1) « La plus féroce qui se soit faite depuis que le monde est monde, » dit Cédrénus, ad. Ann. I Const., auteur auquel nous avons emprunté aussi le récit précédent.
villes. Le soleil resta obscurei depuis le 4 août jusqu’au commencement d'octobre, à tek paint que l'on distingusit à peine le jour de la œuit; un hiver extraordinasre dans ces climats fit gelez les deux mers jusqu’à eent milles des côtes, et la neige s'éleva à vingé eoudées sur estte crobke glacée’; puis, lors du dégel, des masses de glaçons vinsent battre les mars ébraniés de Constantinople. Enfin, une comète en forme ds poutre embrasée se montra pendant dix jours à l'ocsident, et durant vingt etunan levant, au grand effroi du velgaire et à l’'exérême sesprise des pauvres chroniqueurs, qui s'intitulaient historiens (11 Be plus grands maux furemé causés par la peste, qui, apeès avoir éclaté en Calabre, où elle fut inès-meurtrière , se répandit en Sicile, en Grèse, dans Les les de l'Égée et dans Constantinople, qu'elle désele pendané trois années.
Constantin avait dirigé une nouvelle expédition en Arraésës, quaad il fut rappelé par une irruption des Bulgares dans la Thrace ; eomme il s’avançait.contre eux, ils le surprirent dass un défilé et le définent. Rereau à la chasge , il les vainquit à son tour sans perdre même un seul des siens, ce qas ft donner à cette campagne Le nom de guerre nabis. Télémic, roë des Bubgares, soupçonnant qu’une victoire aussi facile était due à la trabison , eut recours à la feinte et écrivit à l’empereur que, fatigué de la guerre, il voulait abdiquer et aller vivre à Éonstantinople en simple particulier.
ll Le priait, en eonséquence, de lui indiquer les personnes &8 sa cour dont il lui conviendrait qu'il 8 ÊE accompagner. L'empereur le satisfit, et Téleric, eonsidérant consme coupabks d'intelligmnces avec lui ceax qw'il lui désigna, les fit. tous massacrer.
Constantin s’avançeait pour tirer vengeance de eut outragt, lorsque, atteint em route d’un eharbon pestilentiel , il se ft transporter à Strongyle, où ikmourut, après avoir régmé wingtquatre ans. Prince vaillant, il sut défendre l’empire contre les différents ennemis qui l'attaquèrent, et se montra dans ses actes prudent etmodéré. Les écrivains le dépeignent cependant comme disselu à Vexcès,. eouvert d'ulcères honteux, adeuné à des volaptés si ignobles, qu'il se frottait d'immondices et contraignait ses caurtisans à en faire autant: brutal avec ceux qui l'entouraient jusqu’à les frapper, il se laissait effrayer par des
(1) Tnéorms., ad Ann. Const., 23 et 24. Cet écrivain traversa l’Hellespont, avec trente personnes, sur les glaçons flottants.
EMPHREURS ISAURIENS. | 191
fantômes qui ini apparaissaient dans le sommeil : exagérations provenant sans doute de ce qu'il persécuta cruellement, à l'exemple de son père, ceux qui refusèrent de se soumettre à l’édit qui défendait d’honorer les reliques et les saints. H défendit aussi d’embrasser la vie monastique, et confisqua les maisons religieuses ; il obligeait les moines à se marier avee une pompe insultante, leur faisait brûler la barbe, et les contraignait à se promener dans l'hippodrome avec des femmes à leur bras. La pesie ayant désolé Constantinople, il la repeupla au moyen de colonies d’iconoclastes ; il réunit, sous la présidence de Théodose, archevèque d'Éphèsæ, un concile de pré- Lats infectés de l’hérésie, qui déclarèrent mensongère la doetrine catholique concernant les images.
On vit donc se renouveler l'atrocité des supplices et la cons-
tance des martyrs. Les moines du Mont Saint-Étienne et.
d’Auxence subérent le jugement, les tortures et la mort, plutôt que de renoncer à ce culte. Les Italiens opposèrent une résistance encore plus énergique aux ordres de cet empereur; résistance qui, avec le temps, détruisit la dominaüon grecque
et inaugura le pouvoir temporel des papes dans la Pentapole, -
comme nous le verrons plus tard.
Léon IV, fils de Constantin, surnommé le Käazer, de la nation à laquelle appartenait sa mère, fut associé à l'empire lorsqu'il était âgé d'un an à peine. Monté sur Le trône à La mort de s0n père, il se donna aussitôt pour collègue son fils Constantin; pour lui assurer la couronne après lui, il eut recours aux rites Les ples propres à lier la conscience et à frapper l'imagination des Grecs, c’est-à-dire il fit prêter aux grands et au clergé, ser ke bois de la vraie croix, le serment suivant : Par notre foi en Jésus-Christ, nous veillerons à la sûreté de Constantin, nous exposerons noire vie pour son service, nous demeurerons fidèles à lui ot à sa postérité. Le procès-verbal de ce serment fut déposé, par ses ordres, sur l'autel de Sainte-Sophie. Les empereurs, par ces salennités, cherchaient à prévenir les troubles qui, à chaque succession au trône, bonleversaient l'empire, auquel la servitude n'avait pas même procuré le calme.
A ce moment encore, Nicéphore, beau-frère de Léon, tenta d'opérer une révolution ; mais il fut découvert. Comme on pres- - sait l'empereur de le faire mettre à mort avec son frère, qui ne s'était pas rendu son complice, bien qu’il l'aimât extrêmement : Au contraire, répondit-il, je pardomne à Nicéphore coupable en faveur de Christophore innocent ; et il le relégua à Chersen.
Léon 1V néen 751.
Septembre.
Constantin V
Léon fit avec quelque succès la guerre aux Arabes qui, pour se venger, détruisirent les églises de la Syrie ; mais il dut trouver une consolation dans la conversion de Téléric, roi des Bulgares, qui se rendit à Constantinople pour recevoir le baptême. Léon lui accorda le titre de patrice, et conçut avec joie l'espérance de vivre désormais en paix avec ces voisins inquiets.
Cet empereur fit pourtant renaître des troubles dans le pays, en se montrant à son tour hostile au culte des saints et de la Vierge; ayant trouvé dans l’oratoire d’Irène, sa femme, une image pieuse, il fit périr dans les tourments ceux qui la lui avaient procurée, et ne voulut plus partager sa couche. On crut donc voir le doigt de Dieu dans le fait suivant : désireux d'avoir une couronne enrichie de pierreries que l’empereur Maurice avait suspendue sur l’autel de Sainte-Sophie, il la fit enlever et la posa sur sa tête; mais aussitôt son front fut couvert de taches livides et pestilentielles, et il mourut le jour même.
Il avait eu d’Irène un fils nommé Constantin, dit Porphyro-
pti généle, parce qu'il naquit lorsque son père était déjà revêtu de
la pourpre. Le règne de ce prince ne commença pas non plus sans secousses ; car plusieurs sénateurs réunis à d’autres grands personnages ourdirent une trame en faveur de son oncle Nicéphore, celui qui déjà avait tenté de s’emparer du pouvoir; mais Irène, ayant découvert la conspiration, punit les coupables du fouet et du bannissement ; puis, afin d'extirper le mal dans sa racine, elle obligea tous les frères de Léon à prendre les ordres sacrés, età administrer l’eucharistie au peuple dans la solennité de Noël.
Dans la Sicile aussi, le gouverneur Elpidius se révolta, séduit peut-être par l’exemple du reste de l'Italie; mais, chassé de l'île par le patrice Tibère, il se réfugia chez les Maures d’Afrique, qui le proclamèrent empereur; Irène, effrayée, dut négocer avec cet adversaire et lui assigner une subvention annuelle. Elle traita également avec les Arabes, qui s'étaient rendus maîtres de la Grèce et du Péloponèse, et leur confirma ces possessions à la charge d’un tribut.
C'était le temps où Charlemagne grandissait en Occident, et il fut question entre ce prince et Irène d’une alliance destinée à réunir les deux empires. L’eunuque Élisée fut même envoyé à la cour franque pour instruire la princesse Rotrude, fiancée à Constantin, dans la langue et dans les usages grecs ; mais Irène ne tint pas ses engagements, et contraignit son fils à épouser
l’Arménienne Marie, irritée peut-être de ce que Charles avait enlevé aux Lombards le duché de Bénévent. bien qu’elle l’eût pris sous sa protection.
Constantin s’ennuya bientôt de la femme qui lui avait été imposée, et prit sa mère en aversion. Les courtisans, mécontents de voir l'autorité dans les mains d’une femme qui savait l'exercer par elle-même, lui répétaient qu'il était temps de sortir de tutelle et de prendre de fait le gouvernement dont il ne se trouvait investi que de nom. Il résolut de le faire, et commença par vouloir s'emparer de Saturacius, premier secrétaire d'Irène. Saturacius, informé du complot, prévint l’impératrice, qui condamna tous les complices de Constantin à la destitution et à l'exil. Son fils fut confiné dans un appartement du palais, et le sénat et l’armée durent la reconnaître pour maîtresse unique.
Quelques légions qui avaient leurs quartiers en Arménie refusèrent de se soumettre, et leur exemple entraîna les autres, qui proclamèrent Constantin. Sa mère fut donc contrainte de lui renilre la liberté. L'empereur, réintégré dans son autorité, rendit à ses partisans leurs emplois, et bannit Saturacius avec les créatures de sa mère, après les avoir fait fouetter par la ville ; puis il fit conduire Irène, avec une rigueur respectueuse, dans un palais qu’elle avait bâti et rempli de irésors. Mais, à son retour d’une expédition contre les Bulgares, il rendit à sa mère une autorité qu’elle savait si bien employer au profit de l'État.
Se flattant alors de succès heureux, il marcha de nouveau contre les Bulgares; mais il perdit dans cette campagne l'élite de ses soldats et de ses officiers. Rendu soupçonneux par la honte de sa défaite, il fit arracher les yeux à Nicéphore, à ses autres oncles et à Alexis Mosole, commandant des légions arméniennes. Ces légions, qui avaient toujours refusé obéissance à Irène pour favoriser Constantin, indignées d’être si mal récompensées de leur dévouement, se mirent en révolte ouverte, défirent et aveuglèrent les officiers envoyés contre elles; mais l'empereur, élant venu les attaquer en personne, les mit en déroute, fit exécuter tous les officiers, et emmena les soldats enchainés à Constantinople, d'où ils furent disséminés dans les iles.
C'était saper les fondements de sa puissance. L'ambitieuse Irène se réjouit de voir la destruction de ces ennemis opiniàtres, et, pour rendre son fils odieux, elle lui conseilla de répudier Marie, qu’il aimait peu, pour épouser Théodette, une de
19 août.
Jrènc.
24 décenbre.
ses suivandes. Le clergé commence alors à discuter sur la validité du contrat et sur celle du divorce. La division descend dans le peuple, qui allait secouer toute sujétion quand survinrent les Bulgares et les Sarrasins.
Les uns et les autres furent repoussés ; mais Irène conspira avec les principaux officiers pour déposer Constantin, qui, arrêté par ces derniers au moment où il s’enfuyait de Constantinople, eut les yeux crevés, et survécut peu de jours à cette opération, tant elle avait été faite avec une précipitation barbare. Deux de ses oncles qui s'étaient réfugiés dans Sainte-So : phie furent rélégués à Athènes ; mais ils ne tardèrent pas à être tués au moment où ils cherchaïient à exciter une sédition. Avec eux finit la race de Léon l’Iconoclaste.
Irène, la première femme qui eûtoccupé en son propre nom le trône des Césars, se concilia le peuple en favorisant le culte des images. À la prière du patriarche Tarasius, elle avait convoquéun concile auquel devaientassister les légats du pape Adrien; mais il fut dispersé par l’armée, qui était favorable aux iconoclastes. Quand le tumulte fut apaisé, l’impératrice réunit à Nicée jusqu’à trois cent soixante-dix-sept évêques (VI concile général), qui acceptèrent les six conciles généraux, en rejetant celui des
iconoclastes convoqué par Constantin. Ils exprimèrent ainsi
leur décision : « Que les saintes images peintes ou sculptées « soient exposées, de même que la croix, dans les églises, sur « les vases, sur les ornements sacrés, sur les murailles, dans les « maisoris, dans les rues, parce que cela nous rappelle et nous « porte à aimer Jésus-Christ, sa mère, les apôtres et les saints. « Que l’on rende à ceux-ci le salut d'honneur, non l’adoration, « due seulement à la nature divine. On brülera l’encens et on « allumera des flambeaux devant ces images, comme on le fait « pour la croix, pour les Évangiles et pour les autres choses « sacrées, parce que l’honneur qui se rend aux images se re- « porte à ceux qu’elles représentent. Telle est la doctrine des « Pères et la tradition de l'Église catholique. »
Favorable au culte des images, fondatrice de monastères et d’hôpitaux, pieuse dans les pratiques extérieures, il n’est pas étonnant qu'Irène, cette femme ambitieuse au point de tuer son propre fils et ses beaux-frères, ait été vantée par les auteurs ecclésiastiques comme une nouvelle Hélène.
Il est vrai qu'elle donna de l’activité au commerce, affranchit les citoyens d’un tribut annuel, et s'appliqua sans cesse au soulagement du plus grand nombre, Les Sarrasins, se riant d’un
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empire gouverné par une femme, vinrent en armes jusqu'aux portes de Constantinople, et s’en retournèrent chargés de butin. Saturacius, son favori, non content du second rang, aspira au premier; ses projets ayantété découverts, l’impératriceseborna, pour le punir, à défendre que personne lui rendit visite : tant de bonté le toucha au point qu'il en mourut de douleur.
Charlemagne envoya à Irène une ambassade solennelle, pour
lui annoncer son couronnement comme empereur d'Occident, et lui proposer de sceller une paix durable entre les deux empires, en lui donnant sa main. La proposition sourit à l’impératrice; mais, aux yeux des eunuques, c'était reconnaître une usurpation, ce qu’ils qualifiaient de lâcheté; ce fut surtout l'avis d’Aétius, eunuque tout-puissant, qui s'était proposé d’unir à Irène son propre frère Léon, gouverneur de la Thrace et de la Macédoine. Mais ce Léon ne convenait pas non plus aux grands, qui, dans la crainte de voir Aétius arriver à ses fins, jetérent les yeux sur Nicéphore, patrice opulent. Alors ils répandirent le bruit qu'Irène voulait épouser Charles, et reporter en Occident le siége de l’empire, en laissant Byzance redevenir ce qu’elle était avant Constantin. Après lui avoir aliéné les esprits par ces rumeurs et par d’autres encore, ils assaïllirent le palais, et, s’étant emparés d’Irène, ils conduisirent Nicéphore à Sainte-Sophie, où il fut couronné au milieu des applaudissements des nobles et des imprécations de la foule. Nicéphore se montra respectueux envers Irène jusqu'à ce qu'elle lui eût révélé le lieu où elle avait déposé ses trésors ; violant alors sa promesse solennelle, il la relégua dans un monastère, puis à Lesbos, où elle mourut de chagri.