CHARLES MARTEL ET ES FILS
fense des Mérovingiens. Hubert, un de leurs comtes, chasseur
fameux, alla d’ahord s'établir dans la Neustrie avec Ébroiïn,
puis dans l’Austrasie avec Pépin; mais un jour, un cerf mira- saint Hubert. culeux lui étant apparu dans la forêt des Ardennes, il aban-
donna le siècle pour servir Dieu, fonda l'évêché de Liége, et
fut invoqué comme patron des chasseurs.
Eudes, comte d'Aquitaine, .de Gascogne gt de Provence, qui s’était rendu indépendant après la bataille de Testry, et venait d'être défait à Soissons, conclut un traité avec Charles, auquel il livre Raghenfred et le roi Chilpéric. Le premier est relégué à Angers, l’autre reconnu roi, et Charles gouverne sous son nom. Lorsqu'il a cessé de vivre, il tire de l’abbaye de Chelles un autre moine qu'il dit fils de Dagobert II et qualifie de ns. Thierry IV. Après la mort de sa dernière créature, Charles, qui regardait ces mannequins comme superflus, n'élut pas d'autre roi.
Charles, à qui ses premières victoires avaient mérité le sur, aom de Martel au Marteau, le justifia par celles qu'il remporta dans la suite ; car il passa toute sa vie à combattre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur, Cinq fois il fut contraint de marcher contre les indomptables Saxons, dont il finit par for- 72e. cer une partie à lui payer tribut, Les Bavaroïs et les Alemans 78. durent se courber sous le joug, et leurs ducs redevinrent vassaux des Francs, dont le royaume recouvra vers l'Orient ses an ciennes frontières. Durant ce temps, saint Wilibrod, conver- 72. tissant les Frisons, les civilisait peu à peu, et les amenait à respecter les chrétiens, leurs voisins,
Mais de nouveaux ennemis s’avançaient sur les contrées méridionales. Les Arabes, après avoir soumis l’Espagne et atteint les Pyrénées, jetaient d’avides regards au delà de ces montagues, qui les séparaient de riches pays exempts encore de leurs déprédations; ils revendiquèrent la Septimanie, la partie la plus méridionale de la Gaule, se fondant sur ce qu'elle avait été autrefois une province des rois goths (4). Des prétextes plus frivoles ont fait éclater la guerre entre des nations qui se yantaient d'être plus cultivées et plus amies de la justice que les Arabes, Il n'en fallut pas davantage pour que El-Horr, qui avait succédé à Abou-el-Aziz, fils de Mousa, songeñt à saumettre ce pays; mais il fut repoussé par les montagnards des
(1) Raman, Invasion des Sarrasins en France; Paris, 1836. FAURIEL, Histoire de la Gaule méridionale, t, NI, p. 22-95.
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Pyrénées. Le calife, mécontent, le remplaça par El-Samah, qui, poursuivant l’idée de son prédécesseur, réunit une armée et franchit les monts. L'occasion était favorable ; car, si le pays au delà de la Loire obéissait à Charles Martel, Eudes, violant le traité de paix récemment conclu, enlevait à son autorité l’Aquitaine et la Provence, et les grands de la Bourgogne lui refusaient toute obéissance.
Les Arabes, ne rencontrant plus d'obstacles, établirent une colonie dans la ville de Narbonne, et s'avancèrent jusqu'à Toulouse; ils étaient près de s’en emparer, quand ils virent paraître Eudes, à la tête de ses vassaux d'Aquitaine. Le vaillant duc, à qui le pape avait envoyé trois éponges servant à nettoyer la table de l’eucharistie, encouragé par ce don précieux, tailla en pièces les Sarrasins, et tua El-Samah lui-même. Ambésa, nouveau gouverneur de l'Espagne, à qui pesait la honte de cet échec, envoya différents corps ravager la Gaule, où il vint bientôt lui-même ; après avoir saccagé Carcassonne, il se rendit maître de Nîmes par capitulation, dévasta toute la Provence, et, remontant le Rhône, poussa jusqu’à Autun en Bourgogne. Ce torrent fut arrêté à Sens par l'évêque Ebbon, qui donna à Eudes le temps d'arriver et de mettre en déroute les Arabes, dont le général périt dans le combat.
Les dissensions intérieures auxquelles l'Espagne fut alors en proie l’empêchèrent, durant quelque temps, de songer à attaquer la Gaule; mais enfin Abd-el-Rahman (Abdérame), qui avait sauvé les débris de l’armée d'El-Samah, fut appelé à la gouverner. Ce choix déplut à Othman ben-Abou Néza (Munuza), chef des troupes cantonnées entre l’Ébre et la Garonne, et qui, durant plusieurs mois, avait exercé le pouvoir dans la Péninsule. Berber d’origine, il voyait déjà avec déplaisir les violences auxquelles ses compatriotes étaient en butte en Afrique de la part des Arabes; d’ailleurs, comme il aspirait à se rendre indépendant, il demanda au comte Eudes son amitié. Il ne pouvait rien arriver à celui-ci de plus inattendu ni de plus désirable ; car un traité avec Othman le mettait à l’abri des incursions des Arabes, et lui donnait un appui contre le maire du palais des Francs; il scella donc l'alliance en lui donnant en mariage sa fille Lampagie.
Il ne tarda point à s’en repentir ; car Charles Martel, pour le punir d’avoir violé la convention de Soissons, l'attaqua et porta le ravage dans l’Aquitaine; d'un autre côté, Abd-el-Rah- Man envoya pour châtier le Berbère qui avait outragé la reli-