CHAPITRE XII
ITALIE | hab, — LOMRARDS.
L'Halie né présentait pas plus que la France de étabffité dans ses institttions civiles. Les Lombards en avaient ottuüpé tire grande partie dans le premier élan de l'invasion! ttiais, si le partage qu’ils en firent etitre plusieurs ducs servit à les consolider, il les empécha d’en achever la conquête. Lé roi étant choisi parmi ces différents seignetrs, sans dtoit héréditaité, il en résultaït ané févolution à chrâque vacance; püis les ducs, en favorisant l’uti ou l'autre des compétiteurs, s’attribuaient des priviléges plus considérables, si bién que ceux de Bénévent et de Spolète agissaiént avec uné pleine indépendance. Tous ne désiraieht qu'une seule chose, se tenit tranquilles et rester maîtres absolus danis leurs domäines, où bien faire la guerre, noù par l’ordré du foi, mais pour augmentet leurs franchises ou leurs tichessés’ aussi était-te à gränd’péiné que tes rois pouvaient les entraînér contre les Grecs pour les expulser de l’italie, ou contre les Frants, qui l’ihquiétaiént sans relàche, soit par instinct naturel de pillage, soit à l'instigation des emperetrs d'Oreint. Dépourvus de mairie, les Lombards ne pouvaient empécher ces monarques d'envoyer des secours à leurs garhisons, secours faibles, si l’on veut, mais transportés facilement où le besoin s’en faisait sentir. Jamais les Lombards ne cessèrent, même après qu'ils eurent embrassé la religion catholique, d'être considérés comme des étrangers; car, outre qu'ils ne se mélaient point avec les Romains, ils ignotètent cofnbien il leur importait de se concilier le clergé. 1l n’y avaît donc pas à éspérer qu'ils réunissent Pltalie entière sous une domination assez forte pour résister, et assez bien organisée pour se faire aimer.
Exarchat,
Les traditions de l’ancien empire se conservaient dans la partie soumise aux Grecs. L’exarque étendait son administration sur la Romagne, sur les vallées marécageuses de Ferrare et de Commacchio, sur cinq villes maritimes, depuis Rimini jusqu’à Ancône ; sur une autre pentapole, entre la-rive de l'Adriatique et le versant des Apennins; sur Rome, Venise et presque toutes les villes maritimes (1). Quelques villes, comme Venise, s’étaient affranchies de toute dépendance; d'autres, continuellement menacées, étaient de temps à autre envahies parles Lombards. Les exarques profitaient, pour s’en ressaisir, du moment où ce peuple se trouvait engagé dans des guerres étrangères ou civiles ; mais bientôt ils étaient resserrés dans leurs étroites limites, sans jouir jamais de la paix, réduits à renouveler chaque année des trêves, à les acheter parfois au prix d’un tribut de trois cents livres d’or. Manquaient-ils d’argent pour les payer ou entretenir leur armée, ils couraient sur Rome afin de piller le trésor de l'Église, ou saccageaient le sanctuaire de Saint-Michel, sur le mont Gargan, très-révéré des Lombards.
Ravenne, résidence des exarques, assise au milieu des.marécages et facilement secourue par les flottes grecques, se soutint toujours contre les barbares. A l’intérieur elle était régie par les institutions municipales du Bas-Empire, et distribuée en écoles pour les milices urbaines. Un usage insensé s'y conserva durant plusieurs siècles, et finit par avoir des résultats déplorables. Le dimanche, vers la fin du jour, jeunes et vieux, même les enfants et les femmes, de toute condition, sortaient de la ville, et là, partagés en écoles selon les quartiers, ils se mettaient à se lancer des pierres jusqu’à se blesser et à se tuer. En l’année 696, l'école de la porte Tigurienne défa celle de la poterne de Sommovico : les premiers, ayant eu le dessus, poursuivirent les autres à coups de pierres avec tant de fureur que plusieurs perdirent la vie. Ils débarrassèrent la porte qu’on avait fermée sur eux, et traversèrent en triomphe le quartier
(1) Durant la domination lombarde, le nom d'exarchat a une double signification ; dans le sens le plus étendu, il indique toutes les provinces d'Italie soumises à l’Empire, et nommément la Vénétie, partie des côtes liguriennes, l’Émifie orientale, la Flaminie, le Picentin occidental et le duché de Rome ; dans le sens restreint, il désigne la partie orientale de l’Émilie et la Flaminie, c està-dire la Romagne actuelle ; il est distinct de la Pentapole, qui correspondrait aujourd’hui au duché d'Urbin avec une partie de la Marche d’Ancône, ainsi que du duché de Rome, qui comprenait une partie de l'Étrurie, avec la Sabinie, la Campanie et une partie de l’'Ombrie.
des vaincus. Les deux partis sortirent de nouveau le dimanche suivant, et bientôt le jeu se changea en une mêlée terrible, dans laquelle beaucoup des combattants de la poterne tombèrent frappés mortellement, bien que la loi fùt d'accorder quartier à quiconque demanderait merci. Ceux de la poterne tonçoivent alors un projet de vengeance atroce; feignant une réconciliaüon, ils invitent chacun quelques Tiguriens à dîner, les égorgent à table, puis les jettent dans les cloaques ou les cachent ailleurs. Toute la ville frémit de cette scélératesse et fit entendre des gémissements. L’archevêque Damien ordonna un jeûne de trois jours et une procession, où il se rendit lui-même avec son clergé et les moines, tous pieds nus, revêtus d’un sac et couverts de cendres ; les laïques suivaient, puis les femmes, sans ornements ; enfin venaient les pauvres, tous implorant à grands cris miséricorde. Après ces trois jours, on rechercha les cadavres, que l’on ensevelit; les meurtriers furent punis: on bràla leur mobilier, personne ne voulant se l’approprier, et l’on détruisit le quartier, désigné depuis sous le nom de quartier des Assassins (1).
Un autre pouvoir restait en Italie, surgissant à peine, mais qui devait se développer dans le cours de ce siècle, et jeter des racines durables au milieu des ruines des autres. Les papes s'étaient toujours montrés opposés à la domination lombarde et désireux de conserver à l'empire les provinces envahies. Grégoire le Grand avait employé à cet effet autorité, éloquence, argent, intrigues; ses successeurs suivirent son exemple, et, chaque fois qu'ils furent menacés par les Eombards, ils réclamèrent aussitôt les secours de Constantinople (2). Conservant envers l’empereur la soumission contractée lorsque Rome était la capitale du monde, ils lui demandaient la confirmation de leur élection, lui payaient certaines rétributions, et avaient à sa Cour un apocrisiaire pour traiter de leurs affaires ; mais leur dépendance allait toujours diminuant à l'égard de souverains éloignés et d’exarques faibles, que le peuple voyait de
(1) Acnezu, Vilæ episc. Ravenn., R. 1. Sca., t. II.
(2) Aux historiens d'Italie déjà cités il faut ajouter surtont :
AnasT. BraL. Vilæ pontificum romanorum, A. I. Script.
Cexni, Monumentla dominationis pontificiæ ; Rome, 1761. Ce sont Les lettres des papes, depuis Grégoire III jusqu’à Adrien Ier, adressées à Charles Martel, Pépin, Carloman et Charlemagne.
On, Dell origine del dominio della sovranità de’ romani ponlefci;
‘Rome, 1789. ° ;
Papes.
Septembre.
mauvais œil. Ainsi l’autorité des papes, qui se trouvaient à la tête des institutions municipales conservées dans Ia ville, rendait presque nulle celle du due de Rome, et approchait d'une espèce de souveraineté. La puissance des pontifes à l'intérieur
-s’augmentait par l'effet de son immense agrandissement au
dehors. Les riches donations faites à l'Église, même dans des contrées éloignées, les plaçaient parmi les principaux propriétaires dans les nouveaux royaumes, où la possession du sol était la source de l'autorité politique. Nous avons vu les mis sionnaires partir directement de Rome pour l'Angleterre ; beaucoup sortirent plus tard de cette île avec l'ardeur de nouveaux convertis, afin de propager le christianisme, comme Colomban, Wilibrod, Rupert, Wilfrid. Les nouvelles Églises, ne pouvant se vanter d’être les égales ou d'approcher seulement de l’Église romaine, ni pour l'ancienneté ni pour l’origine apostolique, s'inclinaient devant les pontifes avec un dévouement absolu. Puis, comme les conversions étaient une œuvre de civilisation, et qu’elles garantissaient autant que possible les royaumes constitués contre les invasions du dehors, les papes acquéraient de la vénération, non-seulement à raison de la suprématie du sacerdoce, mais encore à cause des intérêts temporels.
Sabinien de Volterra, ayant succédé à Grégoire le Grand, dont il avait été apocrisiaire à Constantinople, loin d'imiter la charité généreuse avec laquelle son prédécesseur avait distribué du blé, en fit des achats pour le revendre; comme les pauvres rassemblés en tumulte lui criaient de ne pas ôter la vie à ceux que Grégoire avait nourris tant de fois, Sabinien, paraissant au balcon de son palais, s'écria : Taisez-vous ; si Grégoire vous donna pour acheter vos éloges, je ne me soucie pas de vous rassasier à ce prix. Dans ces paroles, dictées par l’avarice, perce encore l'envie qu'il nourrissait contre son prédécesseur, et qu'il poussa au point de vouloir détruire ses écrits (1).
Il eut pour successeur Boniface III, aussi apocrisiaire et diacre; car les papes étaient plus souvent choisis dans cet ordre que parmi les prêtres, attendu que, réunissant dans leur office
(1) C’est ainsi qu’en parle Paul Diacre; mais le père Oldoin rapporte un pessage de la Basilique vaticane, où il est dit : Sub ejus fempore fuil fames grevis; sed, perfecla pace cum Longebardorum gente, Sabinianus jussit aperire Aorres ecclosiæ, et venundari fruemnium populo per unuwm solidum triginta modios trilici : misericordia enim visceribus ultra quam dici possit affluebat, et quantum in se nullum a beneñcio miscricordiæ excludebat. (Notes de Cucono, t. I, p. 422.)
l'administration spirituelle et temporelle, ils avaient plus de moyens de se faire connaître et de gagner les esprits.
Ce pontife fit bientôt place à Boniface IV, natif de Valéria, ‘dans le pays des Marses. De même que son prédécesseur, il avait obtenu de l'empereur Phocas que les patriarches de Constantinople renonceraient au titre d’œcuméniques ; il se fit concéder par lui le Panthéon d’Agrippa, qu’il consacra, après l'avoir purifié de l’idolâtrie, à la vierge Marie et à tous les martyrs : ce fut pour éterniser le souvenir de cette solennité que Grégoire IV (835) institua la fête de la Toussaint.
Après le Romain Dieudonné (615) et le Napolitain Boniface V le saint-siége fut occupé par le Campanien Honorius, qui eut le bonheur de voir le christianisme s'étendre parmi les Anglo- Saxons; mais il fut affligé par l'hérésie des monothélites. Sergius, patriarche de Constantinople, versé dans les subtilités grecques. informa le pape de cette controverse avec tant d’adresse qu”’Honorius pensa qu’il lui demandait s’il se trouvait dans le Christ deux volontés humaines, c'est-à-dire ce penchant qui entraîne les hommes au péché, Honorius le nia én termes formels, affirmant qu'il ne pouvait y avoir dans le Christ qu'une seule volonté; or, dans l'opinion des monothélites, le Christ n'avait que la volonté divine. Il erra donc par irréflexion ou par le désir d'écarter ces misérables disputes, allant même jusqu'à recommander à Sergius de tenir secrèle sa décision sur l’unique ou double volonté du Christ. Mais, dans le VI* concile œcuménique (680), quand on prononça anathème contre ceux qui n'admettaient dans le Christ qu’une seule volonté, on y comprit Honorius, ex-évéque de l'ancienne Rome, pour avotr suivi, dans sa lettre à Sergius, l'erreur de celui-ci, et en avoir aulvrisé la doctrine. I] était cependant contraire aux usages de l'Église de condamner sans entendre l'accusé: d’ailleurs le secrétaire qui avait écrit au nom du pape la malheureuse dépêche attestait l'intention innocente de ceite doctrine, qui n’était au surplus que l'expression d'une opinion personnelle.
Les officiers grecs profitèrent de la mort d'Honorius pour saccager le palais: mais, arrêtés dans leur tentative, ils suggérèrent à l’empereur de mettre la main sur le trésor qui y était déposé. Severin n’occupa le saint-siége que deux mois, puis Jean IV, deux ans à peine; ensuite vint Théodore de Jérusalem, qui condamna les défenseurs du monothélisme, et écrivit leur sentence avec le vin consacré. Le concile d’Afrique
Erreur
d’Honorius.
Martin.
lui déféra les titres de bienheureux, père des pères, archevéque et pape universel. |
Martin, né à Todi, loin de céder à Constant IT, qui voulait l’'amener à signer son 7ype, réunit un concile où H condamna les hérésies, et notamment celle des monothélites, l’Ecthèse d'Héraclius et ce même Type. L'empereur vit là un outrage, et commanda à l’exarque Olympius de se saisir de lui, mort ou vif; l’exarque, n’osant pas en venir à une violence ouverte, feignit de vouloir communier de sa main, et aposta un assassin pour le frapper dans ce moment solennel ; mais, conime il levait le poignard, le meurtrier s'arrêta, et déclara que l’aspect du pontife l'avait empêché d'accomplir son forfait. On cria miracle, et Olympius, confessant sa faute, en implora le pardon. Plus résolu que lui, son successeur Jean Calliopas se rendit à Rome avec des troupes, fouilla le palais pontifical pour s'assurer s’il était vrai qu'on y eût fait des amas d’armes, et, bien qu'il ne trouvât rien, emmena durant la nuit le pon-
tife, avec six serviteurs à peine. Ils restèrent trois mois sur
mer, errant à l'aventure; puis, le bâtiment ayant abordé à Naxos, le pape fut laissé prisonnier à bord, et conduit ensuite à Constantinople, où il resta trois mois en prison, sans communiquer avec personne (4). Il fut alors traduit en jugement, comme coupable d'avoir ourdi une trame contre l’empereur avec Olybrius et les Sarrasins, et d’avoir mal parlé-de la vierge Marie. Convaincu sur ces imputations absurdes par les moyens qui ne manquent jamais dans de pareils tribunaux, il fut porté dans une cour au milieu d’une grande foule de peuple, et dépouillé du pallium, du manteau et des autres insignes de sa dignité; puis on lui mit un collier de fer, et, après avoir été traîné, malgré sa vieillesse, à travers la ville, on le plongea dans le cachot sans feu, au milieu d’un hiver rigoureux. Les femmes de ses geôliers adoucirent pour lui, comme il arriva souvent pour d’autres victimes, l’atrocité des ordres impériaux. Il resta enfermé jusqu'à la moitié du mois de mars; puis il fut déporté à Cherson, où il languit péniblement, au milieu des privations et des infirmités, jusqu’au moment où Dieu le rappela à lui. Le patriarche Maxime, qui soutint son innocence, eut la langue et la main droite coupées (2). Tels étaient
(1) On trouve dans le Recueil des Conciles, par LaBse, t. IV, p. 67, une relation contemporaine des souffrances du pape Martin.
(2) Gibton, ch. XLVYTL, trouve juste ce chdiiment de La désobéissance,
les moyens opposés par les empereurs à l’action libre de l’Église. ”
Aussitôt ‘après l'enlèvement de Martin, Constant donna ordre de procéder à l'élection de son successeur, et les Romains s'y déterminèrent par la crainte peut-être qu'il ne portât au saint-siége un hérétique. L’élu fut Eugène, qui vécut peu de temps, et eut pour successeur Vitalien, natif de Segni. Marc, archevêque de Ravenne, refusa de se soumettre à la juridiction de l’Église romaine, s’appuyant sur un diplôme de l’empereur Constant ; mais Vitalien l'excommunia, et en fut excommunié. Ce schisme continua jusqu’au moment où le pape Domnus obtint la révocation de ce diplôme. On attribue à Vitalien l’introduction des instruments destinés à accompagner le chant dans les églises (4).
Viennent ensuite le Romain Adéodat, le Romain Donus ou Domnus, Agathon de Reggio dans la grande Grèce, qui obtint l'exemption pour l’Église romaine du payement de trois mille sous d'or à chaque élection d’un pontife, sous la condition toutefois de ne consacrer les élus qu'après la confirmation de l'empereur. LéonII, également de Reggio, Benoît II, de Rome, et Jean V, d’Antioche, n’occupèrent le saint-siége que peu de temps; le dernier enleva aux archevêques de Cagliari le droit d’ordonner des évêques. A sa mort ,-le clergé penchait pour l’archiprètre Pierre, les soldats pour un certain Théodore ; mais on élut Conon, originaire de Thrace, qui réunit tous les suffrages à cause de son aspect majestueux et de son angélique simplicité.
L'élection de son successeur fut également controversée, et ce fut enfin Sergius de Palerme qui l’emporta. Sur son refus de prendre même lecture des actes du concile in Trullo, Justinien Il envoya le protostate Zacharie avec ordre de larrêter; mais, le peuple s'étant soulevé, l’envoyé ne trouva de refuge que sous le manteau du pontife. L’exarque de Ravenne Jean , qui vint aussi pour insulter à son caractère, ou ne l'osa point, ou se repentit d’en avoir conçu le projet; mais l'ambition de ses compétiteurs au pontificat troubla la vie de ce pape, qui fut même obligé de se tenir longtemps hors de Rome (2).
parce que le Type en portait la menace. La conséquence est logique, parce qu'elle est légale.
(1) Anstiluil cantum, adhibitis instrumentis quæ vulgari nomine organa dicuntur. Saint Augustin emploie organum pour toutes sortes d’instruinents. (2) Sous le pontificat de Sergius (698), Aquilée et l’istrie se réunirent
Le peuple redoutait tellement des violences de la part des empereurs qu'au moment où, lors de l'élection de Jean VI, vint de Constantinople à Rome l’exarque Théophilacte, récemment nommé, les Romains prirent les armes, et ne s'apaisèrent qu'à la prière du pape et sur ses assurances. Son successeur Jean VII, de Rossano, bien qu'il ne désapprouvât point ouvertement les actes du concile #n Zrullo, refusa de les souscrire malgré les prières et les menaces de Justinien.
Sisinnius, de Syrie, qui siégea vingt jours à peine, eut pour successeur le Syrien Constantin, à qui Justinien enjoignit de se rendre à Constantinople, soit pour faire parade de son autorité, sait pour l’amener à confirmer de nouveau le concile in Trullo. L'empereur l’accueillit avec les honneurs dus à son caractère, et courba jusqu'à ses pieds sa tête couronnée, en lui demandant ses prières et la coismunion. Quant au concile, le pape sut concilier la justice avec la condescendance ; mais, lorsque Philippicus lui envoya les actes du conciliabule de Constantinople, qui condamnait le VI° concile œcuménique, Gonstantin les rejeta avec dédain, et fit même peindre, en signe de vénération, les six conciles, dans le portique de Saint-Pierre. Le peuple, de son côté, refusa son hommage à un empereur hérétique, renvoya son portrait, et ne voulut pas faire mention de lui à-la messe ni dans les actes publics, ni même accepter les monnaies à son effigie.
Ce résumé rapide nous montre combien peu les pontifes avaient à se louer des empereurs, et combien le peuple aurait voulu secouer leur joug; il n’était arrêté que par la crainte d’ennemis plus dangereux, les Lombards.
Rhotaris, le dernier roi lombard dont nous ayons parlé dans le siècle précédent, avait substitué aux coutumes un code écrit; à l’aide des lois et d’une administration vigoureuse, il sut contenir les ducs, et les conduisit contre les Grecs, qu'il défit avec leur exarque Platon sur les bords du Panaro. Il soumit le duché de Gênes avec la Ligurie, seule conquête durable faite par les Lombards depuis la première invasion.
Avec Rodoald, son fils et son successeur, assassiné par un mari outragé, finit la descendance de Théodelinde; mais la nation ou les grands étaient tellement attachés à la mémoire de cette pieuse reine, qu'ils allèrent encore cherther parmi les
l’Église, dont A querante-deux ans,