LOMBARDS
- Agilolfinges de Bavière un successeur au trône ; en effet, avec Aribert, fils de Gunduald, déjà duc d’Asti et frère de Théodelinde, commence une autre série de rois catholiques.
Comme si le royaume n’était pas déjà trop divisé entre les ducs de Frioul, de Spolète et de Bénévent, on voulut, à la mort d’Aribert, le partager encore entre ses deux fils Pertharite et
Gondebert, à la manière des Francs et des autres Germains. Le premier résida à Milan, l’autre à Pavie. L'ambition ne les laissa pas longtemps d'accord, et Gondebert envoya Garibald, duc de Turin, demander au duc de Bénévent, Grimoald, des secours pour dépouiller son frère. Le perfide ambassadeur persuada bien au Bénéventin de venir avec des troupes, mais ce fut en lui conseillant d’exterminer des maîtres étrangers et de s'emparer du royaume, qui avait besoin de champions robustes, et non d'enfants, à sa tête.
La proposition sourit à Grimoald, et Gondebert fut tué par le traître Garibald. Pertharite put s'enfuir auprès du kacan des Ayares, qui refusa un boisseau d’or, au prix duquel Grimoald demandait qu'il lui livrât son hôte ; mais il conseilla à l’exilé de quitter ses États. Pertharite os alors rentrer en Italie, et se confier à la générosité de son ennemi. Cet acte de confiance plut à Gramoald, qui lui promit sûreté et fournit largement à ses besoins; mais, le voyant bien accueilli des Lombards, qui accouraient en foule pour le voir, ilen prit ombrage et résolut de se débarrasser de lui. Il le fit donc cerner par des soldats dans le palais qu'il lui avait assigné à Pavie ; mais Unulfe, fidèle serviteur de Pertharite, le travestit en esclave, et, feignant de le chasser devaat lui à coups de bâton, le fit traverser au milieu des sentinelles ; puis, l’ayant fait descendre du haut des murailles de la ville @ans le Tésin, il le conduisit à Asti, d’où Pertharite passa en France. Grimoald, informé de cette fraude pieuse, pardonna à Unulfe, et, se contentant de sa parole, le renvoya à son maitre, qu’il avait sauvé par son adresse.
Grimoald avait pris le titre de roi, et contraint la sœur de ses prédécesseurs à l'épouser; en même temps il s'était concilié les ducs en leur accordant de tels priviléges qu'ils les rendaient presque indépendants et détruisaient la force de la monarchie. D'un autre côté, la conversion des Lombards étant désormais complète, le clergé acquérait de la prépondérance parmi eux, et par suite le pontife romain; or les papes, dans un intérêt opposé à celui des conquérants, visaient à conserver ce que ceux-ci tendaient à détruire, la nationalité
Pertharite.
italienne. Grimoald, non moins courageux le fer à la main que ferme dans ses résolutions, maintint l’ordre à l’intérieur, et repoussa les Francs envoyés par Clotaire III, ou plutôt par Ébroïin, pour rétablir Pertharite.
De son temps, l'empereur Constant II fit une tentative plus énergique pour expulser les étrangers de l'Italie et restaurer l'empire romain ; ayant équipé une flotte en Sicile, il débarqua à Tarente, appela sous sa bannière toutes les garnisons des villes maritimes dépendantes de l’empire, et marcha à leur tête sur le duché de Bénévent, le plus puissant des États lombards. Grimoald l'avait cédé, lorsqu'il s'était proposé une conquête plus-importante, à son jeune fils Romuald, qui défendit la ville avec courage contrè les assiégeants; enfin le roi vint à son secours, repoussa l'ennemi jusqu'aux pieds de Formia, et le mit en déroute.
L'empereur, désespérant de recouvrer l'Italie, se dirigea sur Rome; or, comme il n'avait pas su vaincre les Lombards, il voulut dépouiller des sujets désarmés, et pilla ce qui avait échappé aux déprédations des barbares. Non content des dons que lui offrit le pape Vitalien, il prit tout le bronze du Panthéon, dont il enleva jusqu’à la toiture, et emporta son butin en Sicile ; mais, tandis que les bâtiments chargés de ces dépouilles faisaient voile pour Constantinople, ils furent attaqués par une escadre musulmane, qui transporta ces objets d’art à Alexandrie, d’où peut-être ils avaient jadis passé à Rome.
Lorsque Constant eut péri assassiné, Romuald songea à se venger de l'attaque dirigée contre lui; à la tête d'une bande de Bulgares, il prit à l'empire les villes de Bari, de Tarente, de Brindes et la province d’Otrante, conquêtes qu’il ne put conserver. Ces Bulgares auxiliaires demandèrent et obtinrent de s'établir dans la basse Italie, tandis que les Avares, qui, appelés par Grimoald contre le duc de Frioul, voulaient se fixer dans le haut pays, furent repoussés par le roi.
Son fils Garibald, qui lui succéda, ne put empêcher les ducs turbulents de rappeler Pertharite de l’exil, pour le mettre sur
" le trône. Les églises de Sainte-Agathe et de Sainte-Marie à la
Perche (1), qu’il éleva dans Pavie, attestent sa reconnaissance envers Dieu, qui l'avait sauvé de tant de périls. Il régna quinze
« (1) Ce nom lui vint, selon Paul Diacre, d'un usage lombard que voici: quand quelqu'un mourait sur une rive lointaine, ses parents dressaient des perches avec une colombe au sommet, tournée du côté où le défunt avait terminé ses jours.