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ans, instruit par l’infortune à ne pas abuser de la prospérité; mais le royaume était troublé par deux factions, l’une contraire, l’autre favorable aux princes bavarois. Cunibert, fils de Pertharite, eut moins d’habileté que lui pour ménager les esprits, si bien que les ducs de Bénévent et de Spolète secouèrent toute dépendance. Alachis, duc de Brescia, s’empara même du palais de Gunibert, et relégua ce prince dans la petite ile de Comacine. Ün jour Alachis, en comptant des pièces d'or, en laissa tomber une qui fut ramassée par un jeune homme de famille noble, auquel il dit : Ton père en a beaucoup comme cela, elles ne tarderont pas à m'appartenir. Le jeune homme rapporla ces paroles à Aldon, son père, qui prévint ses projets en faisant sortir le roi de sa retraite. Cunibert ayant rencontré à la Coranata (Cornate), près de l’'Adda, le duc de Brescia, le défia en combat singulier ; Alachis répondit : C’est un ivrogne ; mais il est trés-vigoureux. Du vivant de son père, je l'aivu dans le palais, où il y avait certains moutons d'une grandeur démesurée, les soulever le bras iendu, et je ne pus en faire aulant.
Ce lâche refus détacha de lui beaucoup de ses partisans, pour qui l’unique mérite était la force ; une bataille est livrée, Alachis périt, et la victoire assure le royaume à Cunibert. Il le conserva douze ans, et le transmit à sop fils Luitpert, qui fut bientôt détrôné par Ragimpert, duc de Turin, puis fait prison-
nier par Aribert I, fils et successeur de son rival. Ces règnes si
courts et ces successions orageuses empêchaient la monarchie d'acquérir de la force. Ansprand, noble lombard, partisan de Luitpert, s'étant réfugié chez les Bavarois, repassa les Alpes avec eux, et vainquit Aribert, qui se noya en passant le Tésin à gué : ce fut le dernier des Agilolfinges en Italie. On dit qu'il sortait travesti pour entendre ce que l’on disait de lui; il se montrait aux ambassadeurs étrangers dans un costume négligé, avec des fourrures communes, et ne leur servait jamais ni
mets recherchés ni vins de prix, pour ne pas les tenter par les
délicatesses italiennes; mais 1l eût mieux valu se mettre en état de les défendre par l’union à l’intérieur que de les celer avec une astuce pusillanime. :
Le règne d’Ansprand ne fut que de trois mois; mais celui de Luitprand, son fils, qui rendit son éclat à la domination lombarde, dura trente-deux ans. Il s’appliqua d’abord à réformer l’État, et comprima les soulèvements des ducs, dont il livra même plusieurs au supplice; il enleva différents châteaux
aux Bavarois, qui peut-être méditaient de recouvrer le pouvoir, et se maintint en bonne intelligence avec les Francs et les Avares ; il publia des lois sages, en tête desquelles 1l s'intitule roi chrétien et catholique des Lombards bien-aimés de Dieu. Instruit que deux gasindes en voulaient à ses jours, il les invite à une partie de chasse, et, s’éloignant avec eux à l’écart, il leur reproche leurs coupables projets ; puis, jetant ses armes : Voilà votre roi, leur dit-il; faites-en à votre gré. Vaincus par cette action hardie et généreuse, tous deux tombèrent à ses pieds, et, non content de leur pardonner, il leur accorda ses bienfaits. Il vécut aussi en harmonie avec l’Église, à laquelle il confirma le don, qui lui avait été fait par Aribert Il, de plusieurs propriétés dans les Alpes Cottiennes, et se rendit les dévots favorables en faisant transporter de la Sardaigne à Pavie les reliques de saint Augustin.
Lorsqu'il eut rétabli l’ordre, assuré l'obéissance dans ses États et extirpé tout germe de guerres civiles, il résolut, par lPexpulsion des Grecs, de réunir toate l’Italte sous ses lois, projet constant de ses prédécesseurs. La fortune sembla lui en offrir l’occasion. |
Nous àvons dit que Léon l'Isaurien avait rendu un édit pour interdire le culie des images, et que Grégoire s'y était opposé, en qualité de tuteur des croyances sanctionnées par l’Église. Léon, irrité, envoya ordre à Paul, exarque de Ravenne, de marcher sur Rome et de déposer le pontife, qui, en revanche, prononça l’excommunication contre l'empereur, et écrivit aux Lombards, aux Vénitiens, aux villes et aux principaux ducs de rester fermes dans la foi et de repousser des innovations im-
On vit alors combien le pontife avait eu raison d'écrire à ce même Léon : Tous les Overdentaux ont les regards fixés sur notre humililé, et nous coxsidèrent comme un dieu sur la terre. En effet les Lombards refusèrent le passage à l'armée ennemie; le peuple de Ravenne se souleva contre l'iconoclaste, et imassacra, dans sa fureur, l'exarque avec tous ceux qui s'étaient montrés hostiles au culte des images. Autant en firent les Napolitains, dont le duc, Exilarat, venu pour assassiner le pape, fut tué avec son fils par les Romains, qui, soulevés pour défendre dans la personne du pontife leur religion et leurs frarchises, chassérent de la ville le gouverneur grec. Le soulèvement se propage d’une extrémité à l’autre de l'Italie impériale; les statues de l’isaurien sont abattues, et la population s'ac-
LOMBARDS. as
corde à ne plus avoir rien de commun avec ces Grecs, redoutés comme tyrans, méprisés pour leur faiblesse, abhorrés comme hérétiques; on choisit des magistrats nationaux à la place de ceux qui venaient de Constantinople et de Ravenne, et l'on décide qu’il sera nommé un empereur dont Rome sera la résidence, pour faire la guerre à Léon.
C'était là ane de ces révolutions qui réussissent, parce qu'elles sont déterminées par le sentiment de la justice et de ha religion, non par des subtilités que le peuple ne saurait entendre, et dont il ne tire aucun profit. Ghacun s’arme pour sa défense, repousse l'hérésie et refuse de payer l'impôt ; il n'y a de sang répandu que celui qu’il est difficile d'épargner dans le premier moment d'une émotion populaire que l’on cherche à comprimer (1).
L'ambition des papes fut tellement étrangère à ce mouvement spontané, que Grégoire II intercéda en faveur de Léon (2), dans l’espoir qu'il reviendrait à la vérité. D’après ses conseils, l'autorité impériale fut conservée dans Rome et rétablie à Naples, bien que les institutions municipales y acquissent plus de force, et, par suite, le pouvoir des pontifes."Les nobles, les consuls ètle peuple recouvrèrent le droit d'intervenir dans les af. faires publiques, quand ils se réunirent en assemblée pour condamner l'opinion que Léon voulait leur imposer. Civita-Vecchia fut fortifiée, et une alliance conclue avec les Lombarüs au nom du duché romain, tout en conservant les apparences de la sujétion envers l’empereur.
Luitprand profita de ces troubles, et, sous le prétexte de favoriser la justice et la liberté de conscience, il assaillit et occupa Ravenne, Bologne et la Pentapole: mais les Vénitiens, dont le pape réclame les secours contre les barbares, envoient le doge Orso, qui tombe sur le roi lombard, le bat, fait son neveu prisonnier, ôt rétablit dans Ravenne, d’où il chasse l'en-
(1) espiciens ergo pixs vir (le pape) profanmem principles jusrionrm, contra iemperalorem quasi contra hosiem se armavit, RENUENS A SRE "Hus, scribens ubique sE CAVERE chrislianos eo quod orla fuisset impieles talis. Igitur permoli omnes Pentapolenses, alque Veneliarum exercilus, contra imperatoris jussimem reslilerunt, dicentes se nungwam in rjusdem peniificis contiescénders netem, sed pro ejus magis defensione virtditer decertare. (Liber pontifchlis.) Gibbon dit que ce passage est important è décisif. Soit. | (2) Cognita imperatoris nequilia, omnis Italia consilium inüt ut sidi tligerent émperatorem et Constantinopolim ducerent ; sed compescuit late consiliurn poniifex, sperans conversionèm principés. AnasTr. Bree,
nemi, l’eunuque Eutychius, envoyé de Constantinople pour y exercer les fonctions d’exarque. Luitprand avait espéré que l’offense récente aurait plus de pouvoir sur le pontife que le bien général de la Péninsule. Trompé dans son attente, il s’en irrite et conclut la paix avec Eutychius, en lui promettant de l'aider à soumettre les récalcitrants, à la condition qu'il lui prêtera secours contre les ducs de Spolète et de Bénévent, soulevés en faveur de Rome. Le succès ayant couronné son entreprise, les deux armées réunies s’avancent sur Rome pour la punir de torts opposés, l’un d’avoir désobéi à l’empereur, l’au- . tre de lui être resté fidèle. Le: pape vint trouver Luitprand au camp, et lui fit entendre un langage si pieux, que le roi se jeta à ses pieds en promettant de ne faire de mal à personne; puis, il se rendit avec le pontife dans la basilique, où il déposa sur la châsse des saints apôtres, à titre de don, son manteau royal, ses bracelets, son haubert, son poignard, son épée dorée, sa couronne d'or et sa croix d'argent.
Les anciennes relations entre les Grecs et les Lombards se trouvèrent donc alors renouées; mais l’empereur de Constantinople continua à molester les pontifes. Le Syrien Grégoire II, non moins ferme que son prédécesseur, ne demanda point sa
confirmation à l’exarque , s'opposa aux édits qui proscrivaient
les images sacrées, et exhorta chaudement l’empereur à les abroger ; puis, le voyant s’opiniâtrer dans son erreur, il rassembla un concile dans lequel ceux qui briseraient les images sacrées furent de nouveau et d’une voix unanime exclus de l'unité de l’Église. |
Afin de se venger, l’empereur rendit un édit pour soustraire au métropolitain de Rome, et soumettre à celui de Constantinople, les églises de Naples, de la Calabre, de la Sicile et de lTlyrie; puis il envoya une grosse flotte pour assurer lPexécution de ses ordres; mais une violente tempête la dispersa dans le golfe Adriatique. Les débris de la flotte abordèrent à Ravenne, qui était menacée du pillage; mais le peuple, averti des intentions de l’ennemi, courut aux armes et repoussa les Grecs, dont il coula les bâtiments.
Le pape, échappé à ce péril, retomba bientôt dans un autre: en effet, Luitprand, à qui son neveu Hildebrand avait été donné pour collègue, reprit ses anciens projets, et pénétra dans le duché romain, où il se rendit maître de différentes places; déjà même il menaçait Rome, lorsque Grégoire, ne comptant plus sur ses propres forces, trop faibles pour le sau-