‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 22 sur 46 · PAPES. — LOMBARDS · texte numérisé non relu

PAPES. — LOMBARDS

ver, et n’espérant aucun secours des Grecs, résolut de recourir à un prince barbare; il envoya donc à Charles Martel des amhassadeurs avec de nombreux présents, et une lettre conçue en ces termes : :

« Grégoire à son très-excellent fils le seigneur Charles, lieu- « tenant du roi (subregulus) de France.

« Nous gémissons dans une profonde affliction en voyant «a l'Église abandonnée de ceux de ses fils qui devraient se « consacrer à sa défense. Le petit territoire de Ravenne, qui « nous restait seul l’année dernière pour subvenir à l'entretien « des pauvres et à l'illumination de l’église, a été mis à feu et « à sang par Luitprand et Hildebrand, rois des Lombardbs; ils « ont ruiné les domaines de saint Pierre, enlevé le bétail qui « restait, ravagé les alentours de Rome.

«a Nous n'avons reçu non plus de toi, très-excellent fils, de consolations d’aucune sorte, et nous sayons qu’au lieu de songer à remédier à ces maux, tu prêtes plus foi aux princes qui en sont la cause qu’à la vérité que nous t’exposons. Nous prions le Très-Haut de ne pas Le punir d’un tel péché; mais que ne peux-tu entendre les railleries de ceux qui nous disent : Où est ce Charles dont tu imploras la protection ? Qu'il vienne, et qu'avec ses redoutables Francs il le sauve de nos mains. Quelle douleur nous saisit en entendant ces reproches ! quand nous voyons des ls si puissants de l'Église ne pas remuer le doigt pour la défendre et la venger de ses ennemis ! Le prince des apôtres, armé de sa puissance, poura rait bien la protéger; mais il vewt éprouver, dans ces temps a désastreux, le cœur de ses fils. Ne prête donc pas foi à ces « rois, quand ils accusent comme coupables les ducs de Spo- « lète et de Bénévent; leur unique faute est de n'avoir pas a voulu, l’année dernière, nous attaquer contre la sainte foi. « Du reste, ils obéissent entièrement aux rois ; on veut cepen- «& dant les dépouiller de leur rang, les envoyer en exil, pour « subjuguer l’Église sans obstacles, et la rendre esclave.

« Envoie-nous un de tes fidèles, incorruptible aux présents, u aux menaces, aux promesses, qui voie de ses propres yeux « nos persécutions, l’humiliation de l'Église, les larmes des « pèlerins, la ruine de notre peuple, et qui t'en rapporte un a compte exact.

« Nous t'exffortons, par le jugement de Dieu et par le salut « de ton âme, à secourir l'Église de saint Pierre et son peuple, « et à éloigner ces rois perfides. Par le Dieu vivant et par les

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« clefs de saint Pierre, que je t'envoie en signe de règne (1), « hâte-toi de.nous venir en aide, fais éclater ta foi, et accrois «a de la sorte la renommée que tu t'es faite dans le monde, « afin que le Seigneur t'écoute aussi dans l’ffliction, que le « nom du Dieu de Jacob te protége, et que nous puissions en « paix prier jour et nuit l'Éternel pour toi et pour ton peuple « sur le tombeau des saints Pierre et Paul. »

On peut supposer que le porteur de’cette lettre avait reçu des instructions verbales, à l’effet de s'entendre avec Charles pour faire passer de l’empire à lui la souveraineté de Rome; mais rien ne vient appuyer cette opinion. Le pape dut même adresser de nouvelles instances à Charles, qui finit par envoyer des ambassadeurs à Luitprand; mais, tandis que l’on négociait, le maire du palais, le pape et l’empereur moururent tous les trois.

Zacharie, qui fut alors élevé au saint-siége, était Grec, généreux, ami de la paix et de la concorde; s'étant rendu de sa personne à Terni, il sut, à force de bienveillance et de douceur, amener le roi Lombard à promettre de restituer les villes qu’il avait prises. Trasimond, duc de Spolète, se voyant abandonné par les Romains, se livra lui-même à Luitprand, qui l’enferma dans un monastère. Grégoire, duc de Bénévent, fut massacré par le peuple soulevé, au moment où il cherchait à s'enfuir en Grèce. Luitprand donna les deux duchés à deux de ses parents ; puis, trahissant ses promesses, il retint toutes les villes qu’il avait occupées, et envahit même de nouveau l’exarchat; mais le pape fit si bien qu'il ramena la paix.

Lorsque Luitprand eut cessé de vivre, les Lombards déposèrent Hildebrand, son collègue, et prirent pour chef Rachis, duc de Frioul, qui ne tarda point à porter la guerre dans l'exarchat. Le pape intervint encore, et non-seulement il le fit renoncer à son entreprise, mais il toucha à tel point son âme qu'il alla s’enfermer dans le monastère du mont Cassin, qui venait d'être reconstruit, et où s'était retiré peu auparavant Carloman de France. Tasia et Rotrude, sa femme et sa fille, entrèrent aussi dans un couvent.

Astolphe, frère de Rachis, porté au trône par le vœu publie, reprit les hostilités contre les Grecs; guerrier habile, il les conduisit avec tant de bonheur que, s'étant rendu maître en

(1) Ad regnum, qui indique peut-être l'acquisition du royaume céleste. On trouve dans quelques textes ad rogum, c'est-à-dire pour prière

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