CHARLEMAGKNE. —— FIN DU ROYAUME LOMBARD
Pépin, en mourant, partagea le royaume entre ses deux fils, conformément à l’ancienne coutume qui assignait à chacun d'eux une portion égale du pays franc et du territoire romain. L’Austrasie et la Bourgogne échurent à Carloman, la Neustrie et l’Aquitaine, à Charles (1). Aussitôt ils se séparèrent, suivis chacun de ses leudes et de ses fidèles : le premier fut couronné à Soissons ; Charles ou Karl, dont le nom reçut par la suite l’addition de Magnus, Grand, prit les insignes royaux à Noyon. À leur avénement, l’Aquitaine fut de nouveau soulevée par Hunold, père de Waïffre, qui, après être resté vingt-trois ans dans un couvent pour expier le meurtre de son frère, en sortit alors pour venger la mort de son fils. Le pays, impatient du joug germanique, se hâta de le proclamer, et quelques semaines consommèrent la perte d’une province qui avait coûté à Pépin huit ans de guerre.
Charles, au moment de partir pour éteindre cet incendie, demanda des secours à Carloman, et le refus qu'il éprouva fut entre eux un germe de mésintelligence et de jalousie. Réduit à ses propres forces, il n'en dompta pas moins l’Aquitaine. Hu-
(1) Voyez Genealogia regum Francorum ; les Annales des différentes villes, les chroniques et les vers recueillis par PERTz, t. I, 11, et les Vies des Saints contemporains.
Ecmnaarni, Vila Caroli Magni, le monument le plus précieux de l’époque. Monach. Sangallensis de gest. Caroli M. — Capitularia Caroli M. — Epistol® Caroli M., Alcuini, Hincmari. — Diplomata Caroli M. — Codex Carolinus.
ANASTASIUS, V. Pontific.
Boramer, Regesla chronologica diplom. Carolorum ; Francfort, 1832.
GaiLLanp, Hist. de Charlem.
DwpoLr, Lebern Kaisers Karls des Grossen; Tubingen, 1810.
Pauamps, Deutsche Gesch., t. II.
Moser, Osnabruckische Gesch., V.
LenesurG, Xristiche Beleuchtung einiger Puncte in der Feldzügen Karls des Grossen; Berlin, 1828.
J. ELLENDORF, Die Karolinger, und die Hierarchie ither Zeit.
Indépendamment des historiens déjà cités, y compris surtout Ludes.
nold, trahi par les siens et livré à son ennemi, ayant réussi à s'échapper, gagna l'Italie, où il resta quelque temps dans un couvent de Rome ; puis, lorsqu'il vit les Francs en guerre avec les Lombards, il offrit aux derniers un bras et une haine que les ans ni le malheur n’avaient pu dompter. Afin de tenir l’Aquitaine dans l’obéissance, Charles la partagea entre des comtes francs, et construisit, sur la Dordogne, une forteresse appelée depuis Fronsac, dans laquelle un petit nombre d’Austrasiens suffirent pour tenir en bride un pays épuisé par tant de guerres.
Charles, qui achevait alors sa vingt-cinquième année, avait müri dans les camps et dans le gouvernement de l'Austrasie. D'une taille élevée et d'un aspect majestueux, il avait le teint chir, une vigueur à l'épreuve de toute espèce de fatigues ; d'une conversation vive, impassible dans les revers comme dans les succès, il se montrait plein de respect pour la religion, ami des sciences, et connaissait tout ce que l'on savait de son lemps. Quand les institutions sociales ne sont pas encore déterminées, et que chacun attire à soi la plus grande part d'autorité qu'il peut, s’il vient à monter sur le trône un homme d'un caractère énergique, ferme dans ses desseins," et que rien . 1e peut écarter de la route qu'il s’est tracée, il entraîne facilement les autres à sa suite. Ceux qui se révoltent contre lui sont écrasés, et les mécontents se bornent à des murmures impuissants ; les hommes actifs deviennent des instruments dans cette main robuste, dont la prudence règle tous les mouvements.
Tel fut Charles, et peut-être ne faut-il chercher que dans son caractère personnel le secret de l’immense influence qu’il exerça sur ses contemporains. Carloman nous est dépeint, au contraire, comme un de ces hommes médiocres que la supériorité des autres aigrit jusqu’à les rendre soupçonneux, ct qui, prenant ombrage des gens éminents, accordent leur confiance à ceux qui la méritent le moins. Quelques-ugs de ces derniers, et notamment le duc Aucher, payés à cet effet par le roi des Lombards, cherchèrent à l’animer contre son frère : entraîné par leurs suggestions, il alla jusqu’à machiner contre les jours de Charles, et, si la guerre n'éclata point entre eux, on le dut à l’intervention de Bertrade, leur mère. Carloman tarda peu à mourir, laissant deux fils en bas âge ; or, comme le droit germanique, au lieu de voir dans les peuples une propriété transmissible héréditairement, considérait la dignité royale comme un fardeau, une magistrature confiée librement par le