‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 27 sur 46 · CHARLEMAGNE CONQUÉRANT · texte numérisé non relu

CHARLEMAGNE CONQUÉRANT

Les expéditions contre les Lombards n'étaient plus des excursions comme celles des barbares, ayant le pillage pour but, ni des hostilités de tribu à tribu, mais des guerres conseillées par une intention politique et par la nécessité de mettre à exécution un système arrêté. Que Charles eût compris celle nécessité en jetant un regard intelligent sur son siècle, ou qu'il fût poussé à son insu soit par les circonstances, soit par cet instinct qui fait connaître aux grands hommes ce qui convient à leur époque, on voit percer continuellement, dans les cinquante-quatre expéditions entreprises de 769 à 813 (1), l'intention de réunir dans une vigoureuse unité les populations établies sur le sol de l’ancien empire romain, afin de les opposer à la double invasion des Arabes au midi, et, au nord, à celles des peuples barbares restés dans la Germanie.

Il ne faut donc pas voir en lui un conquérant ambitieux, mais un ordonnaleur s'appliquant à affermir sur le territoire occupé les populations récemment établies, et à opposer une digue à des irruptions nouvelles. C’est dans ce but qu'il commença par soumettre l’Aquitaine, dont les agitations contipuelles affaiblissaient la fronüère de France, voisine du nouveau royaume fondé par les Arabes en Espagne. Les Lombards,

(1) Contre les Aquitains. . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 = . 16S SAXONSS 5 5 nn ue Se D ae gts à 18 — les Lombhards.. . . . . . . . . .. . . . . . 5 — les Arabes d’Espagne. ., . . . . . . . . , . . 7 — les Thuringiens.. . . . . . . . . . . . . . . . 1

mr. es AVATEL 10. Le Mine ne ne 4 (ar nie tr à 4 — les Bavarois. . . . . . . , . . . . . se 1 — les Bretons... .. . . . . . . +. . . .. pe: 2 — les Slaves au delà de l’Elbe, . . . . . . . . .. 4 — les Sarrasins en Italie. . . . . . . . . . . , . $ — les Danois. . . . . . . . . . . . sn sen 3 Fer les Grecs. . . 0 0 ee 0 + ee + 2

toujours campés, à la manière d'une armée, au milieu de populations subjuguées et frémissantes, toujours désireux de conquêtes dans un sens différent du sien, succombèrent sons ses coups. Il envoya dans la Bretagne Armorique le sénéchal Andulf, qui prit plusieurs places et fit beaucoup de prisonnier$; mais il ne put assujettir ce pays que douze ans après, et les Mac-Tierns, qu’il rétablit dans leurs possessions, ne lui gardèrent pas la fidélité jurée.

Les Saxons donnèrent à Charles plus de peines et de soucis. Ce peuple dérivait probablement de la même souche que les Franes, et n'avait pas quitté sa patrie; mais, tandis que ceux qui l'avaient abandonnée s'étaient policés par leur séjour dans les Gaules et en embrassant le christianisme, les hommes de la terre rouge, comme les $axons s’appelaient eux-mêmes, avaient conservé leur rudesse native. Disséminés dans leurs contrées (marches) couvertes d’épaisses forêts, désignant par le même mot le pré et la ville (4), ils détestaient une civilisation qui les enchainait à des terres, à des villages, à une ad-

ministration. L'étranger qui passait sur leur territoire ne de

vait pas offenser le sol avec le char, et laur haine, leur jalousie envers les Francs les attachaient chaque jour davantage à leur grossière idolâtrie.

Ils se divisaient en quatre populations prinçipales : les Westphaliens à l'occident, les Ostphaliens au levant, les Engériens au midi, et les Nordalbins sur la rive droite de l’Elbe inférieur (2).

Chez les Francs, les institutions germaniques étaient tombées, et les droits de la noblesse ävaient été usurpés par les compagnons assidus du roi, substitués aux hommes libres; les Saxons, au contraire, fidèles aux coutumes de

(1) Grow, Deutsch Rechts Alierthümer.

(2) P/ahl signifie pieu, et la limite entre deux peuples était marquée par la plantation d’un pieu. Ænge signifie milieu ; les Engériens étaient les tribus du centre. Le nom des derniers dérive du fleuve 4/bis, aujourd’hui l’Elbe.

Denique Westfalos vocitant in parte manentes Occidua, quorum non longe terminus amne À Rheno distat. Regivnem solis ad ortum Inhabitant Ostlerlindi, quos nomine quidam Ostfalos alio vocilant, confinia quorum Infestant conjuncia suis gens perfida, Slavi. Inter prædicios media regione morantur Angarii, populus Saxonum lerlius, PoEr. SAx., ap. Pertz, p. 228.

Saxons.

leurs ancêtres, ne reconnaissaient pas de chef universel, et chaque tribu élisait le sien (1); une diète annuelle se réunissait à Marklo sur la rive du Weser, pour traiter des intérêts communs. Ils distinguaient parmi eux trois classes, les nobles (ethelinges), les hommes libres (/rilinges), les serfs (lites); l'institution germanique de la bande guerrière, gui continuait chez eux, les poussait au brigandage et aux aventures. De même que les Pépin avaient constitué la monarchie des Francs en conduisant dans la Gaule les tribus guerrières du pays oriental, ainsi les Saxons, poursuivant ce mouvement commencé depuis des siècles, menaçaient d’envahir les terres de l’Austrasie, en franchissant la faible barrière de l’Elbe et du Weser. Leurs incursions s'étaient ralenties quelquefois, mais elles n'avaient jamais cessé. Vaincus, soumis à un tribut, ils relevaient la tête à la première occasion, brisant leur frein et faisant de nouvelles irruptions. On avait essayé, à plusieurs reprises, d'introduire le christianisme dans leur pays, mais toujours en vain. Leur religion, la même peut-être que celle des Scandinaves, était tellement liée à leur organisation politique que l’une ne pouvait être abattue sans que l’autre tombât; c'était saper la noblesse nationale que de faire la guerre à l’ancien culte.

Obligés par la force de laisser les missionnaires prêcher sur leur territoire, ils accueillirent saint Lebwin, d'origine anglosaxonne. Les trouvant peu dociles à sa voix, il se présenta en pleine assemblée, et les menaça du courroux de Charles. Inspiration malheureuse ; car, dans leur exaspération, ils renversèrent Péglise élevée à Deventer, et exterminèrent ceux qui s'étaient convertis. Lebwin, qui ne dut son salut qu'à la compassion d’un noble, vint apporter la funeste nouvelle à Charles, qui, dans ce moment, tenait la diète de Worms. Ainsi que pour l'expédition contre les Lombards, la religion venait lui fournir à propos un motif de s'engager dans une entreprise que la politique jugeait nécessaire. Les nobles francs, partageant sa manière de voir ou entraînés par son ascendant, décrétèrent unanimement la guerre nationale et religieuse.

(1) Saxorum gens Quæ nec rege fuit sallem sociata sub uno, Ut se militiæ pariter Idefenderet usu, Sed variis divisa modis plebs omnis habebat Quot pagos, tot pene duces.

; Post. 8AX., ap. Pertz, p. 228.

CONQUÊTES DE CHARLES. a71

Les Saxons des trois premières populations, combattant isolément sous des chefs divers, furent vaincus facilement par Charlemagne. Des retranchements, formés de forêts entières abattues, ne l’empéchèrent pas de se rendre maître d’Ehresbourg (Stadtberg), sur une hauteur près du Diemen en Westphalie, probablement la métropole de leur culte, car l’Irminsul s’y élevait au milieu d’un bois sacré. Cette idole, que, par une analogie de nom, on suppose à tort avoir été consacrée à la mémoire d’Arminius, représentait Irmin, génie tutélaire de toute la nation germanique (1) ; armé de pied en cap, une balance dans la main gauche, dans la droite une bannière avec une rose, il montrait sur son bouclier le lion qui commandait à d’autres animaux, et un champ émaillé de fleurs se trouvait à ses pieds. La francisque des compagnons de Charlemagne s’exerça trois jours contre l’idole et tout ce qui offrait trace de son culte, et le ciel manifesta son approbation en faisant jaillir une source pour désaltérer ces pieux guerriers. Les . tribus se courbèrent sous le joug de Charles, à qui elles donnèrent douze otages, en s'obligeant à payer un tribut annuel et à laisser aux missionnaires la liberté de prêcher dans leur pays.

Charles avait été contraint de s’arrêter au milieu de son expédition pour aller combattre les Lombards révoltés; or, à peine les Saxons le surent-ils engagé dans une autre guerre qu'ils coururent aux armes, chassèrent. les prédicateurs, reprirent Ehresbourg, dévastèrent la Thuringe jusqu’à Fritzlar, et vengèrent, sur le temple érigé dans cette ville par saint Boniface, les outrages faits à leur Irminsul.

Le roi donna ordre de faire marcher trois corps de troupes pour repousser les Saxons des bords du Weser, jusqu'à ce qu’il pût venir en personne, et il tarda peu. Ayant convoqué le champ de mai dans le château royal de Duren, entre Aïx-la- Chapelle et Cologne, il s’avança contre Sigebourg, emporta la place d’assaut, et y mit garnison; il fortifia ensuite Ehresbourg, décidé à soumettre désormais le pays sans faire de conditions. Après avoir assuré ainsi ses derrières, il se dirigea sur le Weser, qu'il franchit à Brunsberg, malgré une vive résistance, reçut l'hommage de Brunon et d’Assion, chefs des Engériens et des Ostphaliens, qui lui donnèrent des otages avec promesse de ne gêner en rien la prédication. Sur ces entrefaites, les West-

(1) Gamm., Zrmenstrasse und Irmensäule; Vienne, 1815.

phaliens, ayant sütpris un corps de Francs, les taillèrent en pièces; mais Charles accourut contre eux, et les réduisit à se soumettre comme les autres Saxons.

Quel compte faire de serments prononcés l'épée sur la gorge, dé conversions dictées par des intérêts momentanés ? Sommés par les soldats de recevoir le baptême, ils obéissaient ; beaucoup, spéculant sur la robe blanche des néophytes, se faisaient baptiser deux ou trois fois. Quand les Avares s’aperçurent que Charlemagne donnait un banquet à leurs compatriotes convertis, ils accoururent en foule aux fonts sacrés, afin d'avoir

une place à table.

Mais, si la conversion de la multitude s’opérait facilement et sans que l’ordre politique en fût sensiblement altéré, il n’en était pas de même pour la noblesse, qui avait son point d'appui dans la religion. Le vulgaire courait au baptême, mais les nobles refusaient de s’y soumettre, et ne cessaient d’épier le moment de reprendre les hostilités. Tandis que Charlemagne se rendait dans le Frioul pour prévenir le soulèvement des ducs lombards, il apprit que les Saxons avaient emporté de vive force et détruit Ehresbourg, et qu’ils pressaient avec vigueur la garnison renfermée dans Sigebourg. Volant bientôt du Tagliameñto sur la Rubr, il s’ouvrit les routes barrées de troncs d'arbres séculaires, et poussa jusqu’à la source de la Lippe, où il cohstruisit le château de Lippspring, entouré de murailles non moins fortes que celles du château d’Ehresbourg, qu'il réédifia ; il conttraignit les nobles des trois tribus noti-seulement à renouveler leurs serménts, mais à recevoir le baptême, eux et leur famille. À Paderborn, dans le pays des Westphaliens, il convoqua un champ de mai, où se rendirent, outre les éthélinges, la plupart des hommes libres, qui lui jurèrent fidélité, en conséntant à perdre leurs biens et leur liberté s'ils manquaient à leur foi ; puis ils reçurent en foule l'eau du baptême. Une église fut érigée dans cette ville, et saint Storm, abbé de Fulde, nommé premier évêque des Baxons, établit son siége où naguère s'élevait la statue d'Irminsui.

Mais la nation tout entière n’avait pas paru à Paderborn; Witikind, Pun de ses ehefs les plus vaillants et les plus en crédit, se réfugia dans le Jutland, près de Sigefred, prince danois, avec une nombreuse suite d’éthélinges et de frilinges, qui ne pouvaient se résigner à subir une domination étrangère et un autre culte. De là ce héros, qui devait, avec le courage opi-

CONQUÊTES DE CHARLES. 279 miâtre de l’ancien Arminius, retarder la chute de l'indépen-

dance nationale, se concerta avec ses compatriotes restés dans :

le pays pour profiter de l’absence de Charles, oceupé alors de l’autre côté des Pyrénées, Si les victoires de Charles, que les récits grossissaient, les tenaient en respect, ils furent animés d'une nouvelle ardeur par la déroute qu'il essuya dans les gorges si célèbres de Roncevaurx.

Witikind reparaît donc sur les bords du fleuve natal, et sa vue seule fait oublier défaites et serments. Les églises et les -monastères sont livrés aux flammes, et de l’Elbe à la Lippe retentit un seul cri : Mort aux missionnaires! mort à quiconque refuse d’abjurer la croix pour revenir aux dieux de la vieille Germanie ! Witikind dévaste la Thuringe et la Hesse, s’avance jusqu’au Rhin, et Cologne est éclairée par la lueur des flammes auxquelles il livre Dentz, sur la rive opposée ; il étend ses ravages jusqu'à l'embouchure de la Moselle. Les de ve prennent part au soulèvement; déjà l’ancien territoire es Francs est envahi, et la Germanie semble sur le point de s’arracher entièrement à leur domination.

Gette furie est cependant arrêtée par les Frances orientaux et par les Alemans, qui, obéissant aux ordres de Charles, repoussent l’ennemi jusque dans la Hesse et le mettent en déroute à Badenfeld, tandis que le roi s’apprête à une guerre décisive. Bientôt il s’avance à la tête de ses palatins, et, à Buokholz sur l’Aa, il taille en pièces les Westphaliens ; Witikind est forcé de chercher un refuge chez les Danois.

Alors les trois nations en decà de l’Elbe envoient demander la paix, et l'obtiennent dans la diète de Horheim. Le baptême et les serments devaient désormais sembler à Charles des garanties insuffisantes, et il était persuadé qu'il lui fallait, pour s'assurer dé l’obéissance des Saxons, anéantir tout ce que la noblesse pouvait conserver de force. 11 exigea donc qu'un grand nombre d'hommes libres et de lites se rendissenten deçà du Rhin, comme gage de la soumission de leurs compatriotes, et que dix mille familles fussent transportées sur les tarres dépeuplées de la Belgique et de l’Helvétie. Les Saxons qui de. meurèrent dans le pays furent privés de leurs assemblées po-

litiques, de leurs juges nationaux, et durent obéir à des comtes

francs. Pendant plusieurs années, la loi de guerre punit de la peine capitale jusqu’à la violation des préceptes ecclésiastiques,

Massacre

de Ferden

‘ carême (1).

comme de se soustraire au baptème ou de rompre le jeûne du

Dans l'assemblée générale convoquée par Charles à la source de la Lippe, une alliance fut conclue avec Sigefred, prince danois, et avec le kacan des Avares, alliance qui affermissait l’autorité du chef franc. Depuis que la Saxe était devenue une province franque, on n’avait plus à craindre de voir la barbarie sortir des forêts pour faire une nouvelle irruption dans les Gaules; mais derrière les Saxons se trouvaient d’autres peuples, rebelles à la civilisation et avides de s’élancer sur le Midi, les Slaves. Déjà les tribus des Sorabes et des Tzèques avaient conduit leurs troupeaux dans les pâturages en deçà de l'Elbe; les premiers même, établis entre ce fleuve et la Saale (Sala), tentèrent de mettre au pillage la Thuringe et la Westphalie.

Charles appela à Lippspring les chefs saxons, et, comme il ne leur HE pas moins qu'aux Francs de repousser cette invasion, il les invita à faire prendre les armes à leurs fidèles ; ce fut une confiance imprudente. Un changement de domination, d'institutions, de culte, ne peut s'accomplir sans de graves mécontentements ; les Saxons, qui avaient été soumis par force, et chez lesquels Witikind ne cessait d’attiser les haïnes et de tenir le patriotisme en éveil, devaient surtout être froissés. À peine se trouvent-ils réunis et les armes à la main qu'ils se révoltent contre les Francs, sous les bannières desquels ils allaient combattre. Animés par la présence de Witikind, qu'ils revoient au milieu d'eux, ils leur présentent la bataille près du mont Sinthal, et triomphent de leurs vainqueurs. Le chambellan Adalgise est tué, ainsi que le connétable Genilon et le comte palatin Wolvad, lieutenant de Charles ; si le roi n’était pas survenu, un autre corps d'armée courait risque d’être taillé en pièces.

C'était encore un mouvement de la noblesse; car le peuple se courba promptement devant Charles, qui, s’étant avancé jusqu’à Ferden (Ferda) sur l’Aller, réunit les Saxons en diète, et, dépouillant une clémence qui lui avait coûté si cher, leur enjoignit de lui livrer les principaux rebelles. Quatre mille cinq cents personnes, tant nobles qu'hommes libres, furent amenées à Ferden. Là, malgré leur humiliation et leurs prières, on les passa au fil de Pépée, en expiation de leur perfidie.

(1) Barvrs, Cap, de partibus Saxoniæ, 1, 260.

Si cette effroyable tragédie nous fait frémir à tant de siècles de distance, nous étrangers au pays, que durent éprouver les concitoyens, les parents des victimes ? La douleur se changea en rage, et celle-ci amena une insurrection ouverte. Witikind, qui s'était réfugié au delà de l’Elbe, reparut pour exciter et diriger ses compatriotes, à qui la fureur fournissait des armes. . Den forma une grosse armée, et vint camper près de Detmold

en Westphalie. Charlemagne eut alors besoin de toute son admirable activité pour venir à bout de son entreprise; ayant attaqué Witikind, ou il ne le vainquit pas, ou ce fut au prix de tant de sang qu’il dut se replier sur Paderborn pour y attendre des renforts amenés par son fils Charles, qui, dans cette circonsiance, faisait ses premières armes. Il put, avec ces troupes fraîches, reprendre l'offensive contre les Saxons qui s’avançaient vers Osnabruck, en chantant : Saint ef généreux Wodan, tiens en aide à nous et à nos princes Witikind et Chelta contre leméchant Charles ! Je t'offrirai un buffle, deux brebis et le bulin; je f'immolerai tous les Francs sur la sainte montagne du Haëz.

Une bataille terrible se livra au bord de l’Hase, et dura plusieurs jours ; enfin Charlemagne l’emporta sur la fougue indisciplinée des Saxons, et il écrasa entièrement leurs forces. Wiükind retourna chez les Danois, et les Francs se mirent à dévasier, sans rencontrer la moindre résistance, tout le pays situé entre le Weser et l’Elbe, afin d’affamer les habitants et d’abattre leur orgueil ; mais Charlemagne se considérait comme si peu assuré de la victoire qu'il tint, contre sa coutume, ses troupes sous les armes pendant tout l’hiver.

Au printemps, il entre dans le Bardengaw; informé que Witikind et son frère Albion font de nouveaux préparatifs de guerre, il leur offrit la paix, leur promettant le pardon et des récompenses s'ils cessaient enfin les hostilités. Affaiblis par tant de désastres, n’espérant plus guère relever leur patrie épuisée, les deux frères prêtèrent l'oreille à ses propositions, et se rendirent, après avoir reçu des otages, à Bardenwick (Vieux Lunebourg); de là ils passèrent en France, et, courbant leur front orgueitleux sous la volonté de Charlemagne, ils reçurent le baptême, en grande pompe, dans une assemblée s0- . lennelle convoquée à Attigny.

On conçoit la joie que fit éprouver au roi franc une conversion qui rangeait parmi ses fidèles les deux champions les plus héroïques des Saxons. A leur suite, en effet, un grand nombre

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de noblés, soit qu’ils fussent entraînés par l'exemple, soit qu'ils désespérassent de leur cause, aceeptèrent le chrisianisme et le joug des Francs.

Dans l'intention de faire des Saxons et de ses autres sujets un seul peuple, il publia un capitulaire par lequel il leur attribuait les mêmes droits qu'aux Francs: ce qui leur valut d'être gouvernés par des comtes de leur nation, d’assister aux assemblées, et d’être traités à l’égal des vainqueurs pour la composition relative aux délits. Aussi les vit-on, après huit années de paix, combattre avec les Francs contre les Avarcs et les Slaves; il leur fut néanmoins interdit da se réunir en assemblées particulières et de se livrer à la pratique des anciens rites idolâtres, sous la menace des châtiments les plus rigoureux. La loi prononce la peine de mort contre quiconque refuse le baptême, contre celui qui brûle un cadavre, selon l’ancienne coutume ; même peine pour avoir immolé un homme au démon, conjuré avec les idolâtres coùûtre les chrétiens ; peine de mort aussi contre celui qui ravit la fille de son seigneur. Si un noble fait un vœu aux fontaines, aux arbres, aux bois, ou s’il mange en l’honneur des démons, qu'il paye soixante sous, trente si c’est un homme libre, quinse si c'est un colon, et, s’il ne les a pas, qu'il serve l’Église jusqu’à satisfaction ; que chacun verse à l’Église la dime de ses biens et du produit de ses travaux (1).

Les Nordalbins ne se plièrent pas à ces lois rigoureuses; conservant leur indépendance avec le culte paternel , ils ne eessaient d'insnlter à la làcheté de leurs frères de l’autre rive de l’Elbe , et les exoitaient continuellement à se révolter. Ils s'adressaient à des oreilles prêtes à les écouter, car beaucoup d'entre eux s’insurgèrent, et Gharlemagne, à la tête de l'Hériban, les força à capituler à Sinfeld; mais il vient à peine de s'éloigner pour combattre les Avares qu'ils relèvent la tête, et massacront quelques-uns de ses capitaines restés parmi eux, ce qui lui fit prendre la résolution de passer l'hiver sur le Weser, pour consolider sa victoire, Son camp prit bientôt l'aspect d'une cour magnifique, où l’on vit arriver ses deux fils, les rois d'Italie et d'Aquitaine, Tudun, kacan des Avares, les ambassadeurs d’Alphonse, roi des Asturies, et ceux de Ben-Om-

(1) Cap. in partibus Saxoniæ. Qn a voulu voir, dans les tribunaux d’inquisition établis par Charlemagne, l'origine du tribunal wehm:que, qui grandit essuite au qualorzième siècie en Westphalie, et frappait dans le secret 1n tratison et los traîtres.

CONQUÊTES DE CHARLES. 283 méia, énur de Mauritanie ; réunion accidentelle, d’où naquit une ville qui conserva le nom de Nouvel Héristall.

Ces quartiers d'hiver duraient encore lorsque les Transalbins égorgèrent les commissaires chargés de percevoir le tribut et Godescale, envoyé par le roi des Francs auprès des Danois. Charlemagne dut alors se résoudre à extirper les derniers germes de cette guerre renaissante. Appuyé par les fidèles Obotrites, il dirigea les Francs contre ses ennemis irréconciliables, qu'ils attaquèrent et défirent à Suentana. Il fit transporter un üers de la population dans la Gaule; puis, lui-même ayant passé l’Elbe pour la première fois, il poussa jusqu’à l'Eider, et finit par soumettre tous les Saxons Transalbins. Ils ne restèrent pas tranquilles pour cela, et une série d’insurrections et de défaites se prolongea encore avant que Charlemagne réussit à les dompter en les tuant ou en les expatriant. Enfin il conclut à Seltz une paix définitive avec les Saxons, qui embrassrent le christianisme et jurèrent fidélité au vainqueur, pour ne former bientôt qu’une seule nation avec les Francs. Réintégrés dans leurs biens, dans leur liberté civile et dans leurs lois nationales, ils durent obéir à leurs évêques et à des juges nommés par le roi (1); comme la perception du tribut avait été une cause perpétuelle de révolte de leur part, ils en furent affranchis moyennant un équivalent. par la dîime, charge non moins onéreuse que pénible.

Les vaincus renoncèrent à leur ancienne liberté, fondée uniquement sur la possession territoriale ; vivant-sur les domaines de leurs aïeux sans devenir vassaux, ils furent considérés comme dépendants du roi, et, à ce titre, soumis à l’Hériban. Les Frisons partagèrent leur destinée, et le souvenir ou du moins le souffle de la liberté s'évanouit (2).

Les biens enlevés à la religion ennemie furent donnés à des

(1) Plusieurs modernes révoquent cette paix en doute. Nous n'avons rien trouvé (seuf le silence gardé par les autrés écrivains) qui vint contredire le poëte #xon quend il l’airme en ces térmes :

Fm sub judicibus quos réx imponerel ipeis, - Legalisque suis permissi legibus uli Sazones patriis, et libertatis honore, Hoc suni posiremo saciali fœædere Francis, Lib. IV, 409-112.

(2) Moësen (His!. d’Osnabruck, t. I, sect. nr, S40) et Luvenx (Hisf. de Germanie, tome IV, p. 375) considèrent la soumission des Saxohs Comme un pacte d’amitié entre deux peuples traitant d’égal à égal. Ils ne manquent pas de bonnes raisons ; mais l’ensemble des faits ne les appuie pes.

évêques, à des abbés et à des prêtres, afin qu'ils s’occupassent de précher et de baptiser ; chaque groupe de cent individus, nobles, hommes libres ou colons, devait se taxer pour fournir à son église une cour, deux manses (1), un serf et une serve. Divers évêchés, outre celui de Paderborn dont nous avons déjà parlé, furent institués à Osnabruck, Hildesheim, Ferden, Minden, Halberstadt. Saint Guilléad, pénétrant jusque dans la Vigmodie, fonda le siége de Brême; enfin saint Lindger, après quinze ans d'apostolat dans la Frise et la Saxe maritime, s'établit à Munster. Ces huit évêques, que les contemporains comparent à « des anges véloces pour annoncer l'Évangile de paix

. dans toutes les contrées où souffle l’aquilon (2),» apparaissent

à ceux qui cherchent à découvrir les traces de la civilisation comme les instituteurs de la Germanie.

Autour de l'église et du presbytère s’élevaient bientôt des villages, qui ne tardaient pas à devenir des villes; les évêques y réunissaient les synodes, et les comtes les diètes; on y venait de tous côtés pour apporter les dimes, recevoir les ordinations, les sacrements, le pain de la parole. La jeunesse accourait dans leur enceinte pour s’instruire auprès du clergé, et, lorsqu'elle rentrait dans ses foyers, elle répandait parmi les siens des idées humaines et l'habitude d'institutions civiles. Les évêchés, dont toutes ces causes accrurent la puissance, formèrent les principautés ecclésiastiques, qui furent une partie essentielle de la constitution germanique. |

Rien ne peut jétifier la diffusion de la vérité à l’aide du glaive, et la mémoire de Charlemagne restera à tout jamais. souillée par les massacres au moyen desquels il propagea la religion et la civilisation ; néanmoins, pour être juste, il faut s0nger que les guerres entre peuples de la même famille sont de toutes les plus meurtrières, et que, si la politique du roi franc trouva tous les moyens bons pour réprimer la nouvelle irruption de barbares idolâtres, il n'abusa point de la victoire. Il comprit que la munificence serait plus utile que la terreur, ét il l’employa (3); sa pitié fut aussi douce que sa colère redou-

(4) Une maison avec les étables et les bâtiments rustiques formait une cos. Une cour avec ses champs et ses bois s'appelait manse, propriété de douze

arpents. Plusieurs manses constituaient une marche, et un certain sombre de marches un district, pa

(2) Hemozni, Chron. Slavorum, 3.

(3) Plus regis pietas el munificentia fecit Quam error. Nam se quisquis commiserat ejus

CONQUÊTES DE CHARLES. ass

table (1). Les chefs, et Witikind lui-même, gagnés par les caresses et par la générosité de Charlemagne, lui jurèrent fidélité, et ne manquèrent plus à leurs engagements. Beaucoup de biens, confisqués ou vacants sur le territoire germanique, furentassignés à des guerriers francs ; en même temps, les Saxons reçurent en don des propriétés dans la Gaule, ce qui amena des deux côtés un échange d'idées et d’affections, en intéressant les uns et les autres au maintien de la paix. Les progrès de la civilisation, assurés en France (2), purent s'ouvrir un chemin jusqu’au cœur de la Germanie. La Saxe, inondée de tant de sang, eut, pour se dédommager de son indépendance, les avantages de la paix et d’une administration régulière; le chef de leur ligue, Henri, ne tardera point à se trouver à la tête de l'empire fondé par Charlemagne.

Nous avons cru devoir raconter, sans les disjoindre, les expéditions contre les Saxons, bien que beaucoup d'autres aient eu lieu dans l'intervalle, à des époques diverses, sans parler des troubles extérieurs.

Tandis que Charlemagne soumettait les Saxons en deçà de l'Elbe, le comte de Thuringe, Hartrade, ourdit une trame contre les maîtres de son pays et contre les Austrasiens, dans le but de se débarrasser du roi et de s’affranchir de la domination de la nouvelle dynastie. Cette machination devait probablement être appuyée d’un mouvement général des ennemis de la France; mais Charlemagne, instruit de ces menées, envoya une armée châtier la Thuringe. Les rebelles, faits prisonniers, avouèrent leur méfait, et furent dirigés les uns sur l'Italie, les autres sur la Neustrie ou sur l’Aquitaine, sous le prétexte de leur faire prêter un nouveau serment de fidélité sur les reliques les plus vénérées, et de le rendre ainsi plus sacré. Quel-

Egregiæ fidei, ritus spernendo profanos ; Hunc, opibus dilans, ornabat honoribus amplis. Copia pauperibus Saxonibus agnita primum Tunc fuerat rerum, quas Gallia fert opulenta, Prædia præstilerat cum rex compluribus illic, Ex quibus accipiunt preciosæ legmina vestis, Argenticumulos, dulcisque fluenta Lyæi.

PoET. Sax., ad an. 803.

(1) Et multis experta modis innotuil ejus Tam dulcis pietas, quam formidabilis ira.

C'est un des plus beanx vers du Poëte saxon.

(2) La lettre 81° d’Alboin à Charlemagne prouve que les Saxons étaient considérés comme un obstacle à la civilisation.

‘ ques-uns cependant eurent les yeux crevés dans le trajet; d'au-

tres furent condamnés au dernier supplice par la diète de Worms, et tous perdirent leurs bénéfices et leurs possessions héréditaires. Charlemagne transplanta un si grand nombre de Frances dans la partie méridionale du pays que le nom de Franconie fut donné à la contrée avoisinant € Mein supérieur,

le Rednitz et le Pegnits.

Tassilon II, duc de Bavière, d’un noble ie , Plein de la dignité de sa maison et de son peuple, respectueux envers les ministres de Dieu, de mœurs chastes, attentif à la prospérité de ses sujets, repoussa les hordes des Avares et protégea la Germanie contre leurs attaques; il défit les Slaves qui occupaient la Carinthie, et agrandit ses propres domaines, Il voyait avec dépit l’ancienne race des Agilolfinges réduite à servir sous celle des Héristall, dont l'illustration était récente, et qui se plaisait à humilier les anciennes familles seigneuriales de la Germanie, afin de les dominer toutes; enfin, après avoir abattu celles des Alemans, des Saxons et des Frisons, elle n’avait plus pour rivale que la maison de Bavière. Peutêtre aussi Luitperge sa femme, fille du Lombard Didier, l'excitait-elle contre le destructeur de sa famille. Déjà, au moment où Pépin le Bref faisait la guerre à Waïffre, duc d'Aquitaine, il avait déserté la bannière du roi, et s'était ensuite déclaré ennemi de Charlemagne ; mais, vaineu et cité devant le diète de Worms, il ne dut qu'à l'entremise du pape d'être de nouveau reçu en grâce, en prêtant serment de fidélité, et . en fournissant douze otages. Loin d'observer le traité, il entretint des intelligences avec Adelchis, roi des Lombards, avec le duc de Bénévent, avec les Avares, et avec tous ceux qu’il savait les ennemis de son ennemi. Charlemagne envahit donc la Bavière de trois côtés différents, et Tassilon, implo-

.rant de nouveau merci, obtint de conserver le pays à titre de fief.

Les instigations de sa femme lui firent pourtant trahir encore une fois ses promesses. Accusé, en conséquence, comme coupable de félonie par ses fidèles eux-mêmes, au champ de mai d'Ingelheim, il fut condamné à perdre la tête. Charlemagne commua ja peine en réclusion dans un cloitre, où il fut séparé même de ses enfants. En lui finit la race illustre des Agilolfinges, qui avait donné longtemps des maîtres à la Bavière et des rois à l’ftalie; le pays fut alors divisé en comtés, et les habitants jurèrent dans Ratisbonne obéissance au vainqueur.

CONQUÈÊTES DE CHARLES. 287

L'acquisition du beau pays de la Bavière devenait encore plus importante à cause de sa position ; car ce territoire servait à relier les provinces septentrionales et méridionales des Francs, outre qu'il établissait entre ces contrées germaniques et l’Italie des communications très-utiles. Ratisbonne et Augsbourg allaient devenir des points intermédiaires pour le commercs et l’industrie, conservés ou créés par l'Italie, d'où ils se répandraient dans l’intérieur de la Germanie et même chez les peuples établis le plus au nord. Charlemagne y vint bientôt pour garantir le pays et gagngr les habitants. Dans une assemblée générale tenue à Ratisbonne, ancienne ville royale, il régla les affaires du pays avec le consentement du peuple, et ses mesunes furent empreintes d’un tel caractère de modération qu'il parvint à se le concilier. Il soumit les cantons aux comtes qui, dans l'administration de la justice, devaient suivre les lois bavaroises; mais ils pouvaient être Francs, comme les Bavarois eux-mêmes pouvaient exercer des fonctions dans le reste de l'empire. Tout le pays dut reconnaître l'autorité d'un comte supérieur, vicaire du roi, qui fut Gérold, beau-frère de Charlemagne ; en outre, il était visité subitement par des messagers royaux, chargés de protéger La justice.

Mais cette conquête fit naître pour Charlemagne la nécessité de nouvelles entreprises. Nous avons déjà fait mention des Avares et des Slaves, peuples étabhis derrière ceux que Chariemagne avaient subjugués, et qui désormais se trouvaient des voisins menaçants pour son empire. Les seconds habitaient entre les monts Krapacks et la mer Baltique; les autres, dans ces montagnes mêmes et dans les Alpes Jeliennes, n'étant séparés de la Bayière que par l’Ems. Forts de leur position au milieu des marais de la Hongrie, ils tombaient à leur gré sur l'empire grec ou sur les Slaves, et ils accumulaient dans leur camp (risg), immesse ville de bois défendue par d'épaisses rangées d’arbres entrelacés , les dépouilles des Byzantins, les lits d’or exigés en tribut des successeurs de Gonstantin.

L'Italie, se trouvant menacée d'une irruption de leur’part, prit le parti de fortifier Vérone, démantelée peut-être après le siége qu’y avait soutenu Adelchis ; sur la contestation qui s’éleva pour savoir si les ecclésiastiques devaient avoir à leur charge le tiers vu le quart de la reconstruction des muraifles, la décision fut remise au jugement de la croix. Arégaüs et Pacifique, jeunes gens robustes, l'un pour k ville, l’autre pour

l'évêque, se mirent à genoux les bras levés, tandis qu'on disait la messe avec la Passion de saint Mathieu; vers la moitié de l'office, Arégaüs ne put résister davantage à l’épreuve, et l’autre eut la force d’aller jusqu'à la fin, ce qui valut au clergé de ne supporter que le quart de la dépense.

Lorsque le kacan des Avares vit en péril Tassilon, avec lequel il avait fait alliance, il dirigea ses troupes sur les confins de la Bavière et du Frioul; mais elles furent repoussées. Charlemagne voulut alors déterminer d’une manière stable les limites des deux territoires ; il espérait ainsi écarter les occasions de guerre, et ce fut précisément ce qui la fit éclater. Les hostilités ayant donc commencé, il entra avec trois armées sur les terres du kacan, s’avança dans l'ancienne Pannonie, et refoula l’ennemi au delà du Raab, en s’emparant de ses places fortes et de ses trésors. Mais une épidémie et #ne famine si épouvantable, dit le moine chroniqueur, qu'elle obligea parfois les soldats de faire gras même en carème (1), rendirent vains ces armements formidables. Cinq ans après seulement, le roi franc put envoyer dans ces contrées son fils Pépin, qui, précédé par le duc de Frioul, pénétra jusqu'auprès du lieu où Attila avait tenu sa cour sauvage, et où devait être remportée de nos jours la plus éclatante victoire des temps modernes. Favorisé par les divisions que la mort du kacan avait jetées dans les rangs des Avares, Pépin subjugua le pays, et le Raab lui fut assigné pour limite au levant. La contrée entre ce fleuve et l’'Ems fut, sous le nom de Marche orientale (dustria, Autriche), confiée à la garde d’un margrave.

Comme il n’était pas possible de civiliser ces peuples sans les façonner à des idées auxquelles ils étaient entièrement étrangers, on envoya chez eux des missionnaires, et saint Arnon, évêque de Saltzbourg, alla convertir les peuples de la rive occidentale du Danube ; c’est alors que furent bâties ou se relevèrent les villes de Vienne, de Bude, de Raab, de

. Mohacz.

Charlemagne offrit au pontife les prémices des trésors rapportés de cette expédition (2). Le reste fut le partage de l’ar-

(1) Annal. Loisel., ann. 791.

(2) « Que de batailles livrées dans cette guerre! que de sang versé! Qu'on jette les yeux sur la Pannonie, vide d'habitants, et sur la résidence du kacan, devenue déserte au point de ne plus offrir trace d’habitation humaine! Toute la noblesse des Huns y périt, et toute leur gloire fut éclipsée. Les trésors accumulés dans ces lieux depuis si longtemps devintent la proie du vainqueur, et

mée, des palatins et du duc de Frioul, qui avait principalement contribué à ces victoires. Les nobles Avares périrent presque tous; les autres furent dispersés, et le pays resta soumis à un kacan, tributaire du roi des Francs. Tudun, qui s’élait hâté de venir recevoir le baptême à Aix-la-Chapelle, obünt le premier ce titre de Charlemagne ; mais, ayant manqué à sa foi, il fut défait et tué. Gérold, gouverneur des Bavarois, périt dans le soulèvement que ce tribut déloyal avait excité, et le duc de Frioul, qui était accouru pour le venger, tomba, à son retour, dans une embuscade que lui tendirent les habitants de Trieste et de Fiume. Les kacans qui succédèrent à Tudun maintinrent la religion parmi les Avares, et demeurèrent fidèles; mais ils déchurent tellement de leur antique valeur que l’un d'eux vint supplier Charlemagne d'accorder un asile à son peuple en deçà du Danube, pour le sauver des Bohèmes.

Les Bohêmes appartenaient à la seconde des deux races que nous avons vues occuper la lisière de la Germanie, c’est-à-dire aux Slaves. Lorsqu'ils eurent été délivrés du joug des Avares par le Franc Samon, leurs diverses tribus recouvrèrent leur liberté, en restant indépendantes les unes à l’égard des autres ; quelques-unes se trouvaient en guerre avec les Bavarois, les Saxons, les Thuringiens, quand les autres étaient alliées avec eux. À leur nation appartenaient, vers l'extrémité orientale de la Germanie, les Moraves, qui habitaient le pays auquel ils ont laissé leur nom; les Tzèques, dans la Bohème, leurs voisins au nord; les Sorbes ou Sorabes, entre la Saale et

l'Elbe; les Wiltzes ou Wélatabes et les Lusitzes, entre cette

dernière rivière et l'Oder, dans ce qui forme aujourd’hui le Brandebourg et partie de la Poméranie ; enfin les Obotrites, dans le Mecklembourg. Ces derniers, resserrés entre les Saxons et les Danois, réclamérent l'alliance de Charlemagne, sous les drapeaux duquel Witzan, leur chef, avait déjà combattu contre les Saxons et les Wiltzes. Vaincus par le roi des Francs, ces Wiltzes, très-puissants parmi les Slaves maritimes, se liguérent avec les Dânois et les Saxons, puis reprirent les armes et tuèrent Witzan, lorsqu'il traversait l’Eibe pour conduire des renforts à Charlemagne. Les Sorbes, qui inquiétaient souvent la Thuringe, furent défaits par les Francs et contraints de suivre leurs drapeaux contre les Avares.

les hommes ne sauraient se rappeler une guerre d’où les Francs soient revenus chargés de tant de richesses. » ÉGINHARDy

HLST. UNIV. — T. VIN. 19

os | NEUVIÈME ÉPOQUE.

Mais quand le roi franc, après avoir triomphé des Avares et des Saxons, étendit sa domination jusqu'au Raab, les Slaves,

enclavés au milieu de ses sujets, tremblèrent pour leur indépendance et coururent aux armes. Charles, fils aîné de Charlemagne, envoyé contre les Tzôques, les vainquit, puis tailla en pièces les Sorbes ; il ne put toutefois se vanter d’avoir dompté cette nation, quoiqu’elle fût tenue en bride par les forteresses de Halle et de Magdebourg.

Les Danois, que nous verrons menaçants pour les nouveaux États dans le siècle suivant, appartenaient à cette famille germanique qui, sous le nom de Normands, habitait le Jutland, les tles de la Baltique et la Scandinavie; ils avaient prêté assistance aux Saxons, dont les rapprochaient la communauté d’origine et une constitution tenant également de l’ancien mode tadesque. Nous avons vu Sigefred, roi (Ober-Konung) des Danois, donner asile an redoutable Witikind et à la fleur de la noblesse saxonne, dans le Sleswig et le Jutland. Charlemagne ne put jamais, durant la guerre de Saxe, ni franchir le retranchement construit par Hardekanut, roi danois, pour la défense de ses frontières, ni obtenir l’amitié de Sigefred, ou même la moindre facilité pour les prédicateurs de l'Évangile (1); 1! fut donc obligé d'élever des forteresses sur les côtes de la Frise et de la Flandre, et d’équiper une flotte pour s'opposer à leurs débarquements. Godefrid, qui succéda à Sigefred, persistant dans les sentiments paternels, se concerta avec les Wiltzes

- pour assaïllir les Obotrites, les chasser des terres occupées par

eux sur les Saxons transalbins, et restituer celles-ci à leurs aaciens possesseurs. Alors toutes les tribus slaves se soulevèremt à la fois contre les Francs et les Obotrites ; les derniers, incapables de résister à tant d’adversaires, durent se résigner à leur payer un tribut annuel.

Charlemagne jugea cette guerre d’une telle gravité et d’une si grande importance, qu'il appela aux armes tous ses vassaux, d’une extrémité à l’autre de l'empire. Le ban qu'il fit publier enjoignit à tous les bénéficiers et aux Aquitains de se réunir

sur le Rhin; il ordonnait en même temps la levée en masse el Saxons et des Frisons. Godefrid n’attendit pas l’orage dans Finaction. Après avoir détruit sur l'Océan le port de Rérieh,

(1) Les chroniques ne font mention que d’un seul Scandinave converti au christianisme et comblé d’honneurs, Hoiger Dansk, célébré par les rommeciers sous le nom d’Ogier le Danois.’

CONQUÊTÉS DA GHARÉES. 291

marché du Nord, et transporté ses trépobiants À Sleswig, il forüsla l'istime citnbrique pat ue ehaîne de tranchées qui s’étendait le long de l’Eider, dé l'Océan k là met Orientale. Charles, fils de Charlemagne, mtltighia les dévastations: mais il ne paraît pas que son expédition ait eu un héureux succès, et il perdit beaucoup de monde eh répassant l’Elbe. Trasikow, duc des Obotrites, entrepretitnt 4e le venger avec l’aide des Saxons, ravagea les terres des Willzes, el recouvta les pays qu'ils lui avaient enlevés; mais, comme il approchait des fronés des Danois, il fut assassiné par un émissaite de Gode-

Ce prince ne se proposait tien inoins que de conquérir toute la Germanis (4), avec ke concouts des Blaves et d'uné partie des Saxons; ayarit doné armé deux cerits navites, il aborda sur les éôtes de la Frise, et vendit chèrement Ia paix. Chatlemagne fortifia, pout s'opposer à ses attaques; le château dé Hochbat (Hambourg), et éonstruisit Essefeld ; ixis, sut tes entrefaites, Godefrid aÿant été assnssiné, Emitninig, son successeut, conclut la paït avee les Frances, ; cette paix fat jurée par douxe nobles dé chaque côte, sur le bord &e l’Eidet, qui dat séparer l’ernrpire franc du territoire danois.

Ces attaques par mer, dont Charlemagne pressentait te dan: ger, trop redoutable pour ses succésseurs, le déterminkrent à préparer aussi des forces pour lutter sur cet élément, et des bateaux propres à naviguer le long des eôtes sottirent en grand nombre des chantiers de Gand et de Boulogre; postés à l’embouchure des fleuves de Germanie et de Frarice, îls en interdirent l’entrée aux flottiies ennemies. Il ne songea qu'# se défendre dans l'Océan, où les expédfons qui, par la suite, des vsient devenir formidabies du côté des Normands, étaient er core peu de chose; mais, dans la Méditerranée, il aida les fles Baléares à repodsser la domimton des émirs d'Espagne: puis,

° ceux-ci étant revenus, avec les Serrasins d'Afrique, ravager-ces tles, Pépin envoya à keur setours Adhémar, comté de Gênes, qui périt en combattant. Le connétabke Burkard, aÿant vaincu les infidèles, leur prit treize navires; mais ces iles, mal fortifées, restaient sans oesse exposées aüx attaques des Sarrasins. Peut-être les habitants leur échappèrent-ils en se réfugiant dans les montagnes, au ilieu desquelles ils conservèrent ou repri-

(1) Godefridus adéo vana sbe inflatus erat, ut totius sibi Germaniæ promitterel potestaiem. (ECnmanb, c. 14.)

Armement maritimes.

1Tle

rent ces habitudes sauvages qui les distinguent encore aujourd’hui. Majorque fut défendue contre les musulmans par Irmingard, comte d’Ampurias, qui coula bas huit de leurs vaisseaux, leur fit cinq cents prisonniers et leur prit tout le butin fait en Corse et en Sardaigne. ;

Les Sarrasins exercèrent aussi leurs ravages sur la terre ferme, en Italie; ils saccagèrent Nice et Civita-Vecchia, et quelques-uns d’entre eux prirent même position sur Île rivage de la mer Ligurienne, comme pour se ménager la facilité d’un débarquement.

Charlemagne eut affaire directement avec les Arabes d’'Espagne. La longue et généreuse lutte des indigènes contre les conquérants continuait toujours dans ce pays, où les derniers, maîtres des principales villes, s’amollissaient dans les jouissances du luxe et dans les habitudes d’une civilisation adoptive, tandis que l'énergie des autres avait pour se fortifier, sur les monts cantabres, des périls renaissants, l’amour de la patrie et de la religion. Les dissensions qui s'élevèrent entre les conquérants, lorsque Abd-el-Rahman, le dernier de la race d'Omar, se détacha du calife de Bagdad et se rendit indépendant en feignant de prendre parti pour les Ommiades dépossédés, tournèrent au grand avantage des chrétiens. Au nombre des chefs qui furent disgraciés pour avoir soutenu la famille déchue, se trouva Soliman-ebn-el-Arabi, émir de Saragosse, qui se rendit à la diète de Paderborn pour implorer le secours de Charlemagne contre le prince des croyants.

Cette expédition sourit au roi des Francs, qui, indépendamment d’une guerre contre les ennemis de la foi, y voyait la possibilité, sinon de chasser de l’Europe les infidèles, au moins celle d'opposer la barrièré des Pyrénées à leurs incursions continuelles.

Il convoqua donc à Chasseneuil, sur le Lot, un champ de mai, le seul qu'il ait réuni dans la France romaine, où les ahrimans d’Aquitaine et les leudes d’Austrasie approuvérent l’entreprise projetée. L'armée, partagée en deux corps, traversa les Pyrénées; celui que Charlemagne commandait en personne prit Pampelune et assiégea Saragosse, défendue par Abd-el-Mélek-ben-Omar, qui avait tué son fils pour avoir vu son courage faiblir dans un moment difficile. Le héros ne put vaincre sa résistance, étant rappelé au nord par de nouveaux soulèvements des Saxons, ou peut-être par suite des trames de Lupus, fils de Waïffre, qui soupirait après le moment de ven--

CONQUÈÊTES DE CHARLES. 293

ger sa famille (4). Ce fut lui du moins qui, dans l'espoir de cou- Déroute de per la retraite aux Francs, réunit contre eux Basques, Astu- ur riens et Sarrasins, puis les embusqua dans les défilés de la Navarre, où l’attaque est mortelle et la défense impossible. Au moment où l’armée se déroulait comme un énorme serpent de bronze à travers les roches escarpées des Pyrénées, le long de sentiers étroits et boisés, les conjurés fondirent sur l'arrièregarde et sur les bagages ; favorisés par les difficultés du terrain et par les hauteurs dont ils étaient maîtres, ils tuèrent les plus vaillants guerriers de Charlemagne, et dans le nombre Roland, «oland. comte de la frontière de Bretagre, dont l’histoire ne faitmen- © on que cette seule fois, tandis que le roman de Turpin et les poëmes chevaleresques sont remplis de ses exploits. La tradition orale et les chants populaires répétèrent qu’une immense ouverture dans les Pyrénées, sous la tour deMarboré, provenait d’un coup asséné par la Durandal de Roland; quand elle se fut brisée dans ses mains, il prit son cor pour appeler à son aide l’insouciant Charlemagne et le traître Ganelon de Mayence ; il le sonna d’une telle force que le monde en trembla, et que les veines du cou du héros se rompirent. Ce siècle dévot lui décerna dans sa défaite même le triomphe le plus solennel, en le comptant au nombre des saints (2).

Les perfides Gascons se dispersèrent, et leur duc, Lupus, fut pendu ; mais les résultats de l'expédition furent perdus, car les . Arabes ne tardèrent pas à recouvrer tout ce que les Francs avaient occupé de l’autre côté des Pyrénées, et beaucoup de familles, qui probablement s'étaient déclarées pour eux, durent émigrer. Quoi qu'il en soit, les contrées entre l'Ébre et les Pyrénées demeurèrent sous l’autorité ou sous la protection de Charlemagne ; les émirs de Huesca, de Jaca et de Girone lui restèrent fidèles, et Barcelone devint le chef-lieu de la Marche de Gothie, qui comprenait la Catalogne et le Roussillon ; la Navarre, l’Aragon etle pays basque formèrent la Marche de Gascogne, ayant pour chef-lieu Pampelune démantelée : domination incertaine toutefois quant à ses limites et à sa force, bien que Charlemagne, dans l'intention de la consolie s1, der, érigeñt l’Aquitaine en royaume. U

(1) Ille omnibus pejoribus pessimus ac perfidissimus, operibus ei normine Lupus, latro potius quam dux dicendus, Wifari patris scelestissimi, avique apostalæ Hunoldi improbis vesligiis inhærens. (Charta Alaon. BOUQUET, VIII, 472.)

(2) On lit dans un martyrologe : Rolandi comilis el martyris.

394 | NELVISME ÉPOQUE.

Les Aquitains ne voyaient point d’un œil favorable l'agran: dissement des Francs; ils se souvenaient des luttes qu'’avaient soutenues leurs ansôtreg contre les Arabes, et dans lesquelles leurs troupes armées à la légère et habituées à la guerre d'embuscade, avaient cambatiu avec un zséle religieux qui ne le cédait pas à celui de l'ennemi. Charlemagne n'en voulut pas moins traiter l’Aquitaine eomme l'Italie, en faisant d'elle un royaume partioulier, mais dépendant de l'empire, et qu'il soumit à Louis, son troisième fils. int par le pape, ce prince y fut conduit à cheval avec des armes proportionnées à sa taille, et suivi d’un conseil aidé de hauts dignitaires. Outre l’Aquitaine proprement dite et la Gascogne, ce royaume comprenait la Septimanie qui farmait la frontière dy côté de l'Espagne orientale ; ce qui lui fit donner ls nam de Marche de Gothie. Selon la coutume des princess francs, le roi devait séjourner alternativement dans les différentes parties de ses États, où il avait des résidences ; cependant Toulouse, à cause de son ansienne renommée, eut une sorte de suprématie. Le pays ragut une organisation qui répandait à sa destination militaire, de manière à surveiller l'Espagne. Charlemagne mit dans les villes des gouverneurs éprouvés st dont l'expérience lui était connue, et ses bienfaits lui concilièrent le clergé, taujours contraire à la domination des Francs.

Mais les Rasques préféraient au gouvernement d'un roi une indépendance turbulente. La Navarre tarda peu à retomber sous le joug musulman ; Pampelune et Barcelone furent gouvernées au nom de l'émir de Cordoue. Les comtes de la frontière, appelés par les chrétiens, repassérent les Pyrénées, et furent accueillis dans Girane et dans d’autres villes: mais les gouyerneurs musulmans repoussaient également le patronage du roi franc et celui des émirs arabes, lesquels, ascupés d'affaires plus graves, laissaient leura subordonnés se débattre au sujet de leurs limites contestées. Charles, retenu par la guerre contre les Avares, eonfia la défense des provinees méridianales à Guillaume de Toulouse, lorsque Hescham prociama ja guerre - sainte paur exterminer les chrétiens.

‘1 fit lire dans toutes les masquées l’exhortation suivante, en prose rimée et entremêlée de passages du Coran : « Gloire à «jDieu, qui a relevé la gloire de l'Islam avec l’épée des cham- « pions de la foi, et qui, dans son livre, a promis expressément a aux fidèles son secours et une victoire éclatante. L'éternelle- « ment Adarable a dit : Vous qui eroyes, prélez anrisiance à

a Dieu, el il prolégera el affermira vos pas. Consasres donc à u Dieu vos bonnes actions: lui seul peut, par son aide, réunir . “95 étendards.… Il n’y a point d'autre Dieu que Dieu il est « le Dieu unique et sans partage; Mahomet est son apôtre et

« son ami de prédilection. O hommes! Dieu a voulu vous pla-

« cersous la conduite du plus noble de ses prophètes, et vous a

« gratifiés du don de la foi. Il vous réserve dans l’autre vie une

« félicité telle que jamais rien de comparable n'a été vu par

« œil humain, ni entendu par une oreille, ni senti par le cœur.

« Montrez-vous dignes d’un tel bienfait, le plus grand dont sa

« bonté vous ait pu combler. Défendes la cause de votre ima mortelle religion, et suivez fidèlement la voie droite. Dieu « vous le commande dans le livre de ses préceptes. N’a-t-il pas e dit: O croyants, combattez vos voisins les infidèles, et soyes « pour eux sans pilié ! Volez donc à la guerre sainte et rendez- « vous agréables au Seigneur. Vous obtiendrez la victoire et la « puissance, car l'Éternel a dit: G’est une obligation pour nous u que de secourir les fidèles (1). » Les vassaux francs se réunirent sous la bannière du comte de Toulouse; mais ils furent défaits, les faubourgs de Narbonne incendiés, et les Sarrasins repassèrent les Pyrénées avec un grand nombre de prisonniers et un si riche butin que le cinquième, qui revenait à Hescham, se montait à six cent cinq mille mistacals d’or, qu’il destina à relever la grande mosquée de Cordoue.

Quand la guerre civile se ralluma à la mort d’Hescham, Abdallah, son frère, et Zéid, émir de Saragosse, vinrent demander des secours à Charlemagne : en même temps, Alphonse II lui faisait proposer une alliance contre les Sarrasins, se disant vassal et serf du roi des Francs, auquel il offrit les prémices du riche butin qu'il avait rapporté d’une incursion poussée jusqu’à Lisbonne.

Charles chargea son fils Louis de faire la guerre aux Arabes. Le jeune roi s’empara de vive force de Girone, de Lérida, de Pampelune, et, par capitulation, de Huesca ; puis, il releva Ausonia (Vich) et d'autres villes, qu'il peupla de nouveaux habitants, et confia leur défense au comte Borel; mais, dès que les musulmans se furent accordés entre eux, ils reprirent aux Francs leurs conquêtes et ravagèrent leurs frontières. Louis

(1) Raxavp (Invasion des Sarrasins en France) a tiré 00 passage d'un fee mulaire imprimé au Caire.

Voyez aussi Nouveau Journal asiatique, t. VILI, p: 338,

réussit pourtant encore à se rendre maître de Barcelone, place trop importante comme centre des expéditions des musulmans contre la Septimanie ; dès qu’ils en furent sortis avec , sa permission, il la peupla de chrétiens, faisant ainsi de cette ville une barrière contre les Arabes et un arsenal protégé par une forte garnison, sous le commandement de Béra, qui en fut le premier comte.

Après une alternative de pertes et de conquêtes, Hakem et Charlemagne conclurent une trève de trois ans, qui fixait à l’'Ébre leur limite respective.

Les récits eurent donc raison, à l'époque des croisades, de donner à Charlemagne des proportions gigantesques, puisque ces expéditions de religion et de civilisation peuvent être considérées comme ayant commencé sous son règne.

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