‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 31 sur 46 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Fanatiques et grossiers dans le principe, les Sarrasins ne purent être que funestes au savoir, et si l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie n’est pas prouvé, il s'accorde néanmoins avec les sentiments des premiers califes. Le pape Agathon recommande à l’empereur grec les légats qu’il envoie au concile de Constantinople comme des hommes d’un zèle intègre, chez qui la fidélité aux traditions remplace la conscience ; car, ditil, comment peut-il se trouver une connaissance parfaite de la sainte Ecriture chez des gens qui vivent entourés de barbares, et sont contrainis de se procurer la nourriture au jour le jour ? De leur côté, les Pères du synode romain écrivent : Si notre atlenlion se porte sur l'éloquence profane, nous croyons que personne ne peut se flatier de la bien connaître. La fureur de nations barbares agite et bouleverse sans relâche nos provinces, par des courses, par la guerre et le pillage. Aussi, environnés de barbares, nous 1nenons une vie pleine d'angoisses et de faligues; nous sommes contraints de gagner notre nourriture de nos propres mains, les biens avec lesquels l'Eglise nous alimentait ayant péri, el la foi étant notre seul aliment.

Plus tard, Pépin ayant demandé des livres à Paul Ir, ce pape lui envoya tout ce qu'il put rassembler. De quoi se composait cette dernière collection ? de l’antiphonaire, du responsal, de la grammaire d’Aristote, des livres de Denys l’Aréopagite, de la géométrie, d’un traité d’orthographe, tous ces livres én grec; c'était peu pour un pape et un roi.

Ne nous bâtons pas toutefois d'imputer une telle misère à l'invasion des barbares, car nous ne trouvons guëre micux dans l'Orient, épargné jusqu'alors ; les louanges prodiguées à Jean de Ravenne nous en fournissent la preuve la plus complète. L’exarque Théodore, à qui on l'avait proposé pour secrétaire, en fit d'abord peu de cas à cause de son aspect chétif, 11 lui donna cependant à lire, pour l’'éprouver, une lettre en grec

de Constantin Pogonat; mais quelle ne fut pas sa surprise quand il lui demanda s’il devait la lire en grec ou en latin ? Lorsqu’il l’eut vu la déchiffrer rapidement en grec, il le prit à-son service ; puis l’empereur Constantin, charmé des lettres que Jean lui écrivait au nom de lexarque, voulut l'avoir auprès de lui, et lui conféra les premiers emplois du ministère. 1] lui permit ensuite de retourner dans sa patrie; mais lorsque Justinien JI fit son expédition contre Ravenne, il enleva Jean avec les autres habitants, en lui épargnant toutefois le châtiment ordinaire de l’aveuglement. Néanmoins, l'ayant soupçonné quelque temps après, il ordonna sa mort, et le héraut dut crier :

L'éloquent poële Jean de Ravenne est condamné & mourir, ren-

. fermé comme ux rat entre deux murailles, pour s'être montre

Saint Jean Damascène

contraire à l’invincible empereur.

Parmi tous ces dépositaires stériles de la science antique, on ne voit aucun nom surgir du niveau de la médiocrité, et cependant ils conservaient encore intacte la plus belle des langucs ct tous les moyens qui peuvent féconder l’étude. Ik ne surent que faire des compilations où le savoir se noyait dans une monotonie fastidieuse, tandis que les Occidentaux, dans leur ignorance grossière des choses et de la forme, faisaient jaillir des éclairs d'originalité et reflétaient leur époque.

L'homme de lettres le plus illustre de l'Orient, bien qu'é-

* tranger à l'empire grec, fut Jean Damascène, né vers l’an 676.

Élevé par le moine italien Cosme, frère d’un autre Cosme qui reçut le surnom de melodos pour les chants dont il fut l’auteur, il remplit de hautes fonctions auprès d’Abd-el-Maiek ; mais Léon l'fsaurien, contre lequel il avait écrit pour la défense des images saintes, s'en vengea en le calomniant près du calife, qui lui fit couper la main. On ajoute que la Vierge la lui rendit, ct qu'il passa le reste de ses jours dans le couvent de Saint- Saba, en Palestine. Là, Jean Damascène écrivit différents ouvrages, et notamment l'Exposition exacle de la foi orthodore, premier système complet de dogmatique, dans lequel il développe la philosophie péripatéticienne, qui l'avait emporté sur le platonisme, et l’applique à démontrer les dogmes catholiques.

Ses Parallèles sacrés sont des extraits dogmatiques et moraux de l'Écriture sainte, rapprochés de passages tirés d'auteurs ecclésiastiques, parmi lesquels ä en cst plusieurs dont nous avons perdu les ouvrages. Il constate que les gentils conaurent Dieu; il cherche dans la nature des témoignages

da Verbe divin, et, comme saint Augusün, il en trouve principalement dans sa ressemblance avec notre constitution intellectuelle. La Providence, il la définit « la raison divine, par khquelle toutes les choses sont réglées avec sagesse et harmonie ; » la philosophie est «la connaissance de la nature des choses. »

Cette intelligence d’élite ne dit ricn qui ne se trouve déjà dans les auteurs précédents et surtout dans les péripatéticiens, modifiés par les saints Pères; il altéra peut-être la science divine en accordant au raisonnement humain et à l’opinion des Pères plus qu'aux saintes Écritures; mais le sens profond et l'immense érudition dont il fait preuve le rendent digne d'être placé au premier rang, non-seulement dans la théologie, mais encore dans la philosophie; il est même regardé comme un des fondateurs de la scolastique. Dans l'opinion des chrétiens d'Orient, il offre la règle infaillible de l’enseignement théologique, qui ne trouva plus dans ces contrées aucun digne interprète.

Que Charlemagne, ee promoteur de tout bon et solide savoir en Europe, ne sût pas même écrire, c’est une idée qui nous répugne aujourd'hui, habitués que nous sommes à nous instruire sur les livres ; mais ils étaient si rares alors, qu’on préférait l’enseignement oral, et, quoique Charlemagne ne fùt pas dans le cas de manquer de livres, il dut se conformer au système général, qui consistait à lire, à écouter, à discuter, en abandonnant la tâche d’écrire à une classe inférieure et, pour ainsi dire, mécanique.

Cet usage n’exista pas seulement alors; mais, quatre siècles plus tard, Frédéric Barberousse, protecteur des poëtes et poêle lui-même, ne savait pas écriré (4); ni le roi de France, Philippe le Hardi (2); ni le chevaleresque Jean, roi de Bohême, au siècle de Dante (3). Après ces exemples, nous nous dispensons de parler de tant de seigneurs qui ne pouvaient apposer sur les chartes qu’une croix pour toute signature; on trouve jusque dans le quatorzième siècle cette mention que tel personnage n’a pas signé, ne sachant écrire, vu sa qualité de gentilhomme. C’est probablement pour ce motif que les princes avaient introduit les monogrammes, chiffres artificiellement composés

(1) Sravvivs, Corpus hist. German.,T, 571.

(2) Veau, VI, 426 (3) Sisnoxbt, V, 205.

des lettres de leur nom {1}, et qui probablement étaient l'œuvre du secrétaire.

Charlemagne, n'ayant étudié que tard l'écriture, ne put jamais y habituer complétement sa main, durcie au métier des armes, bien qu'il eüt d'ordinaire près de lui des tablettes sur lesquelles il s’appliquait à tracer son nom, mais avec peu de succès (2).

Cela ne l’empêchait pas d’être fort instruit ; il s’exprimait avec une éloquence vigoureuse et abondante, parlait le latin comme sa langue propre, et composait des vers dans cet idiome, 1l comprenait aussi le grec, et discutait parfois dans les assemblées des éyêques avec une précision qui étonnait les prélats. Ce qui est plus important, il aima et protégea quiconque montrait un esprit distingué, il fonda des écoles, encouragea le savoir; puis, comme ses réformes et le gouvernement établi par lui n'auraient produit aucun bien s’il n’eût trouvé que des agents ignorants, il entreprit de propager l'instruction, d'amener les vainqueurs à apprécier les sciences dont la tradition se conservait parmi les vaincus, et à cesser d'employer comme synonymes les mots Septentrional et Barbare.

Lors de sa première expédition en Italie, ayant vu les restes de cette civilisation brillante, sinon morale, il se proposa de la transplanter en France ; il emmena donc avec lui Pierre de Pise, qui avait été professeur à Pavie, et Paul Warnefride, l'historien des Lombards. Le premier eut la direction de l'é-

cole du palais, qui suivait Charlemagne partout où il allait, et

à laquelle appärtenaient, outre l’empereur, les princes de sa famille et tous les personnages les plus distingués qui se rendaient à sa cour. Cette école intérieure fut ensuite confiée à Alcuin, homme supérieur à son siècle par la fécondité de son

. KR (1) Voici celui de Charles : K-Q-S £Kkarolus. Celui de Frédéric Barbe-

L | rousse I Aux lettres des papes on apposait souvent celui-ci : N

Bene valele.

(2) Tentabal scribere, tabulasque et codicilios ‘ad hoc in lechicula sub cervicalibus circumferre solebal, ut, cum vacuum lempus esset, manum effgiendis libris assuefaceret ; sed parum prospere successit Labor præposterus ac sero inchoatus. Ecmumanv.

Quelques-uns prétendent qu'il ne s’agit pas là d'apprendre à écrire, mais à bicu écrire, Ce passaze est pourtant très-clair.

esprit et par une activité naturelle, qui était en rapport avec celle de Charlemagne (1).

Au miliea de la barbarie introduite par les Anglo-Saxons en Angleterre, le christianisme avait fondé dans ce pays des monastères qui devinrent des foyers de piété, de zèle, de science. L'école d’York possédait une riche bibliothèque, et, dans le nombre des ouvrages qu’elle contenait, se trouvaient ceux d’Aristote. Les esprits se polissaient dans l'étude des lettres profanes; on y apprenaït la grammaÿre, la rhétorique, la poésie, la jurisprudence, l’histoire naturelle, les mathématiques, l'astronomie, la chronologie, indépendamment des saintes Écritures. Alcuin naquit à York, où il fit son éducation ;

s'étant rendu ensuite à Rome pour y chercher le pallium du nouvel archevêque de sa patrie, il vit Charlemagne à Parme. Bien éloigné de cette protection mesquine qui se borne à favoriser le savoir dans ses États, ce prince appelait auprès de lui et encourageait quiconque se distinguait par le savoir. Il détermina Alcuin à venir se fixer en France, où il lui assigna bientôt trois opulentes abbayes; il en fit son conseiller intime, et le constitua le réformateur des lettres, comme il l'était laimême de la politique.

Alcuin écrivit des commentaires sur l’Écriture sainte, destinés surtout à en dégager les allégories et le sens moral. Il se livra à des travaux de liturgie, et composa des traités dogma-

tiques : un Sur les vices et les vertus, tout pratique, et dans lequel la nature humaine est observée avec sagacité; un autre,

avec le titre de Ralione animæ. Nous avons également de lui d'autres ouvrages littéraires, entre autres un dialogue où il expose à Charles les méthodes des anciens rhéteurs et sophistes, en ce qui concerne surtout la dialectique et l’éloquence judiciaire ; il écrivit encore des vies de saints et celle de Charlemagne, qui malheureusement est perdue, tandis qu’il nous reste de lui beaucoup et même trop de poésies, la plupart sur des sujets du moment.

Sa langue est grossière, son style dur, son savoir gàté par l’affectation, outre qu'il prodigue à l'excès les ornements, qui ne relèvent pas la trivialité des pensées. Bien qu’il argumente à la manière des théologiens, il ne se laisse pas gêner par la forme, et sait s'élever jusqu'à la DAEOIGENe ei à la littérature

1) Probonlas à pablié à Raibonne La meïlour dll des ours d'a cuin ; 1777, 2 vol.

BST. UNIV. — T. VIN. 23

334 NEUVLÈME ÉPOQUE.

antique ; il se montre versé non-seulement dans la connaissance des Pères latins, mais encore dans celle des meilleurs auteurs profanes. Il sut tout ce que la saience embrassait de son temps, et il réunit les deux littératures, civile et religieuse, dont le divorce paraissait absolu.

Dans Pécole du pahis, où les auditeurs se renouvelaient chaque jour, attirés plutôt per le désir de cultiver leur intelligence que. par le besoin d'apprendre une science, il n'était pas possible de donner des Leçons enchainées et progressives sur une matière déterminée. I est donc probable que chaque fois Alcuin traitaif un sujet différent, selon les auditeurs qui venaient l’entendre, l'intérêt du moment, les questions qui lui étaient adressées et les connaissances que lui-même avait acquises. Il nous reste une conversation (dispwkwie) entre lui et Pépin, que nous bu ici en GES . pour dpuner

&) Péns, Qu'est-ce G que l'écriture à

ALCUIN. La gardienne de l’histoire.

P. Qu'est-ce que la parole? ,

A, L'interprète de l'âme.

P. Qu'est-ce qui donne naissance à la pasele?

À. La langue.

P. Qu'est-ce que la langue?

A. Le fouet de l'air.

P. Qu'est-ce que Pair?

A. Le conservateur ée là vie.

P. Qu'est-ce que la vie?

A. Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l'at-

tente de la mort.

R, Qu'est-es que là mort?

À. Un événement inévilahile, ue vayage incertain, ua oujat de: pleurs. peur les vivants, la conGrmation des, testaments, le lanvon das horapuoe..

P. Qu'est-ce que l’homme ?

‘A. L'esclave dela mort, un voyageur passager, ‘hôte dans sa demeure ;… Pr Comment l'homme est-il placé ?

- A. Comme une lanterne enpesée au vané.

P. Où est-il placé?

À. Entre six parois.

P. Lesquelles?

A, Lo dessus, R dcssoes, le devant, A CR P. Qu'est-ce qne le sommet?

À, L'image de La mart.

P. Qu'est. est-ce que la liberté de l’homme ?

À. L'innocenee. :

P. Qu'est-ce que Lu tête?

A. Le faite du corps.

P. Qu'est-ce que le corps ?

A. La dégreurs de Lime,

LITTÉRATURS. 335

une idée de cet enseignement sans suite et absolu, avec des demandes puériles et de puériles réponses; d'ailleurs elles expriment cette curiosité avide qui, dans la jeunesse de

Vingt-six questions relaliives aux diverses parlies du corps hkumaïn. sont supprimées, comme dépourvues de iout iniérét.

P. Qu'est-ce que le ciel?

A. Une sphère mobile, une voûte immense.

P. Qu'est-ce que la lumière?

A. Le flarsbeeu de teutes choess.

P. Qu'est-ce que le jour ?

À. Une provocation au travail.

P. Qu'est-ce que:-le soleil ?

À. La splendeur de l’enivers, le bssuté' de frninment, le grève de ls mature, la gloire du jour, le distributear des heures.

Cinq questions sur les astres et les éléments sent aussi supprimées.

P. Qu'est-ce que la terre?

À. La mère de tout ce qui croit, PNR eee qe, le grenier de la vie, le gouffre qui dévore tout.

P. Qu'est-ce que la mer ?

A. Le chemin des audacieux, Île frontièse de le ierre, Phôtellerie des fleuves, la source des pluies...

Sis guustiens-sur les objeis mañiricis, pris date le nature, 1onf supprimées. ’

P. Qu'est-ce que l'hiver ?

‘A. L'exil de l'été.

P. Qu'est-ce que le printentpe ?

À. Le peintre de la terre ?

P. Qu'est-ec-que l'été?

A. La puissance qui vét le terse:ot mérit les fsuits.

P. Qu'est-ce que l'automne ?

À. Le grenier de l'année.

Cing questions astronomiques sont supprimées.

P. Maître, je crains d'aller sur mer.

A.. Qu'est-ce qui te eondeit sur mer ?

P. La curiosité. .

À. Si te ae pous, je le snivrai partout où mines.

P. Si je savais ce que cet qu'un raisean, je l'en préprerals mn, ad quo vinsses avec moi.

A. Un vaisseau est une maison errente, une auberge partent, ui voyagear qui ne laisse pas de traces.

P. Qu'est-ce que l'herbe ?

A. Le vêtement de la terre.

P. Qu'est-ce que les légumes ?

: Les amis des médecins, la gloire des cuisiaiees..

P. Qu'est-ce qui rend douces les choses amères ?

P. De quoi les hommes ne se lassent-ils peist?

A. Du gain.

l'homme comme dans celle des sociétés, se porte au hasard sur tout ce qui se présente, multiplie de frivoles questions, se contente de raisons frivoles, se complaît dans des rapprochements inattendus et dans tout ce qui offre de Ia finesse d’esprit.

Cette disposition enfantine, résultat d’une nature sauvage se façonnant aux traditions classiques, apparaît dans une institution qui s’est ensuite perpéluée à travers les siècles les plus cultivés : nous voulons parler d’une académie formée de tout ce que la cour comptait d'hommes d’un esprit distingué. Cha-

P. Quel est le songe de ceux qui sont éveillés ?

A. L'espérance. ÿñ

P. Qu'est-ce que l'espérance ?

A. Le rafratchissement du travail, un événement douteux.

P. Qu'est-ce que l’amitié ?

A. La similitude des âmes.

P. Qu'est-ce que la foi ?

A. La certitude des choses ignorées et merveïñllenses.

P. Qu'est-ce qui est merveilleux ?

À. J'ai vu dernièrement un homme debout, un mort marchant, et qui n'a jamais été.

P. Comment cela a-t-il pu être ? Explique-le-moi.

A. C'était une image dans l'eau.

= Pourquoi n’ai-je pas compris cela moi-même, ayant vu tent de fois une chose semblable ?

A. Comme tu es jeune homme de bon caractère et doué d'esprit mature, je te proposerai beaucoup d'autres choses extraordinaires ; essaye si te peux Les découvrir de toi-même.

P. Je le ferai; mais, si je me trompe, redresse- moi.

A. Je le ferai comme tu le désires. Quelqu'un qui nvest inconau a conversé avec moi sans langue et sans voix ; il n’était point auparavant, et ne sera point après, et je ne l'ai ni entendu, ni commu.

P. Un rêve peut-être t'agitait, maitre ?

A. Précisément, mon fils. Écoute encore ceei : J'ai vu les morts engendrer le vivant, et les morts ont été consumés par le souffle du vivant.

P. Le feu est né du frottement deë branches, et a vonsunsé as

À. Ilest vrai.

Quatorze énigmes ont été supprimées.

A. Qu'est-ce qui est et n'est pas en même temps? -

P. Le néant. -

À. Comment peut-il être et ne pas être ?

P. Ilest de nom, et n'est pas de fait.

A. Qu'est-ce qu'un messager muet ?

P. Celui que je tiens à la main.

A. Que tiens-{u à la main ?

P. Ma lettre.

À. Lis donc heureusement, mon fils.

(Guizor, His. de la civilis. en France, L IL, p. 191-195.)

cun d'eux prenait un surnom puisé dans la littérature saorée où profane : Charlemagne s'appelait David; Alouin, Flaccus : Wala, Arsène ou Jérémie; Angilbert, Homère ; Fridegise, Nathaniel; Aroalaric, Symphosius ; Gisla, Lucie ; Gundrade, Eularie, et ils se désignaient entre eux par ces noms (1).

Quand on serait tenté, ailleurs qu’en Italie, de rire de res enfantillages, vieux de dix siècles, il faudrait réfléchir qu'ils étaient un délassement pour le plus grand homme da moyen âge et pour l'esprit le plus éclairé de ce siècle. C'était du moins chose grave que la correspondance d'Alcuin avec ses contemporains et l’empereur lui-même ; il nous reste de lui: deux cent trente-deux lettres, dont trente adressées à Charlemagne, non pour lui faire sa cour, mais sur des points importants, soit de morale, soit de politique, de science ou de religion.

Fatigué enfin de ses laborieuses occupalions, Alcuin demanda à se reposer, ct Charlemagne lui permit de se-retirer dans son abbaye de Saint-Martin, qui possédait alors plus de vingt mille serfs ou colons. Il y rétablit la discipline, fit apporter d’York des livres pour en multiplier les copies, et forma plusieurs élèves. 11 écrivit de cette abbaye à son bienfaiteur : « Moi, votre Flaccus, selon votre exhortation et votre sage a volonté, je m’applique à servir aux uns, sous le toit de « Saint-Martin, le miel des saintes Écritures; j'essaye d’enivrer « les autres du vieux vin des ançiennes études; je nourris « ceux-ci des fruits de la science grammaticale, et je tente de « faire, briller aux yeux de ceux-là l’ordre des astres. Mais il « me manque en.partie les plus excellents livres de l’érudition « scolastique que je m'étais proeurés dans ma patrie. Je de- « mande done à Votre Excellence de permettre que j'envoie « quelques-uns de nos serviteurs, afin qu’ils rapportent en u« France les fleurs de la Bretagne. Au matin de ma vie, j'ai « semé dans la Bretagne les germes dela. scisace;. mainte- « nant, sur le soir, et bien que mon sang soit refroidi, je ne «cesse pas de les semer en France, et j'espère qu'avec « Ja grâce de Dieu ils prospéreront dans l’un et dans. RE “ pays. (2). ».

Connaissant |’ ipaporlance de la littérature classique, il S "ap-

(1) On lit dans la lettre XL d'Alcuin à Ricuf : « Je suis camme un cc de ses fils : Damète est en Saxe, Homère ea Italie, Candide dans la Bretagne ; la maladie retient Martin à Saint-Josse ; je n'ai pas de nouvelles de Mopsus. »

(2) Guizor, Hisloire de La civilisalion.en France,.t. 14, p, 197.

phiqua à corriger les manuscrits altérés, mutilés où transpesés per des copistes ignorants. Il porta surtout son attention ser les livres sacrés, recomimandant l'exactitude des points -et des virgules, et trouvant plus de mérite à copier des textes qu'à planter des vignes (1). Après avoir fait lwi-mémce une copte de la Bible avec beaucoup de soin, il envoya en présent à Charlemagne, comme un tribut digne à la fois de l’esprit de cekai qui l’offrait et des encouragements donnés par le souverain auquel il était destiné.

L'exemple donné par lni maHiplia tés bons copistes, dont

Part devint une source de fortune, de gloire même; Les bibfo-

thèques des monastères s'enrichirent aussi de manuscrits profanes. Les meilleurs copistes s’efforcèrent de bannir les caractères teutoniques, pour revenir aux beaux caractères romains. Cette réforme, commencée dans l'abbaye de Fontenelle, autrement Saint- Wandrille, par les moines Ovon et Hardouin, nous a valu les beaux manuscrits des religieux de Reims et de Corbie. |

Appesanti par l’âge, Alcuin rénonça en faveur de ses élèves aux grosses abbayes dont il était investi, et ne s’occupa plus

| qué du salut de son âme et de M santé de son corps.

‘Sans parler de cet homme supérieut, Charlemagne était entouré dans son palais, non d’une cour de rois vaincus, comme Tigrane ou Attila jadis, et, de nos jours; Napoléon à Dresde, mais d'une réunion de personnages faits pour lui être enviés même dans Îles siècles les plus glorieux. En effet, aux membres déjà cités de son académie, il faut ajouter Leidrade, né dans le Norique, son bibliothécaire, qui fut archevêque ‘de Eyon, et convertit des milliers d’adoptiens ; Smaragdé, a#bb6 de Saint- Miche, qui écrivit sur la grammaire en suivant les traces de Bona, et fit aussi la: Via regfa, pour l'instruction des princes; saint Benott d'Ariane, dont nous avons parlé ; Anségise, de la Bourgogie, intendant des Mfiments, et lé premier qui at recueilli les capitulaires: l’Austrasien Ad#lard, qui, indépendamment des staluts de son abbaye de Corbie, a laissé des tettres et le traité de Pordre intérieur du palais; l'Espagnol archevêque de Lyon, auteur d'ouvrages théologiques, de kttres <t de poésies; Thégan, d'Austragie, qui actus écrivit

(1) Hst opus egregim bacres jam scribere firos,! : Mec mercede'sus scriptor et 'ibsé caret… Fodere quam vites meltus est scribere libres : Jlle eno ventri serviel, iste anime.

a vie de Louis le Débonnaire ; Raban Maur, abbé de Fulde et archevêque de Mayence, qui, par la suite, acquit une grânde renommée, et laissa cinquante et un ouvrages de théologie, de morale, de philosophie, de chronologie ; puis Théoëdulf, Gvth d'italie; Paulin d'Aquilée et queîques autres, dont nous parlerons plus Tor.

La plupart, commeonle voit, sont prêtres, et sappliquérent plus particulièrement à des matières de religion, ce qui est un des caractères de ce siècle. Charlemagne ne îles trouva point déjà formés et en renom, bonheur qui fut réservé à Angaste et à Léon X; presque tous grandirent grâce à ses institations, et fi snt les employer dans Îles missions, dans les réformes, dans sa chancellerie, dans Les sacerdoces, dans tu législation, selon l'aptitude e chacun.

Un jour, des mnarchands bretons débarquent en France, et avec eux deux Sevtts d'Hibernie, qui ne chargent point de denrées, ansis vont criant qu’ils ont avec eux la sœence. Charlemagne, en Étant informé, les fait ventr. Clément et Jean Mailors, étèves de Bède, Imi disent alors qu'its possèdent la sagesse æt ac dermandent, pour la communiquer, que da nourriture, le -étement, un Meu convenable et des créatures intelligentes. Charlemagme mit le second dans le monastère de Saïint-Augustin, près de Parie, pour qu'il y ouvrit une école ; l'autre dans les Gaules, pour mstruire un grand nombre d'enfants, tant des premières familles que de la classe moyenne et de la classe inférieure. L'erapersur, de retour après une longue absence, se Bt amener ces élèves, et voulut qu'ils lei éenuassont un échanfon de eur suvoir: ceux de base et de moyenne condition passèrent ses espéremces ; les nobles ne tui ofrirent que médio- -crrié. 11 $t alors ranger les premiers à sa droite, et Iour parta ainsi Eowenge à ous, mes fils, : d'avoir si êten second mon 2èle! Appliques-vou à vous perfectionner, et je vous domerai de Lén 1dédchés, de magniiques abbayes, ot je songerai éumjour's à voss |

Se tourñant alors vers les autres, placés à ea gruche, æn les foudroyant du regard et d’un jurement qui lui était familier : Quant à vous, leur til, nobliaur délicats, gentils, qui, fiers de votre naissance, négliger mes endres ; el préférez à la “loire de l'étude lu vuollesee, le jeu, l'otsiveté, des osompations frivoles, par le Roi du ciel, vous admire qui veut. Pour moi, je ne fais pas le moindre cas de votre naissance et de votre délicadesse, et si vous ne vous hdiez pas de réparer de temps perdu par

une application consiante, jamais vous 1 UHENRREE rien . Charles (1)!

Voici en quels termes il écrivait à laps Bugulf et à sa congrégation.:

« Que votre dévotion à Dieu sache que, de concert avec nos « fidèles, nous avons jugé utile que, dansles épiscopats et dans « les monastères confiés, par la faveur du Christ, à notre gou- 4 vernement, on prit soin non-seulement de vivre régulièrement « et selon notre sainte religion, mais encore d’instruire dans la « science des lettres, et selon la capacité de chacun, ceux qui « peuvent apprendre avec l'aide de Dieu... En effet, quoiqu'il « soit mieux de bien faire que de savoir, il faut savoir avant « de faire. Or, plusieurs monastères nous ayant, dans ces der- « nières années, adressé des écrits dans lesquels on nous an- « nonçait que les frères priait pour nous dans les saintes céré- « monies. et leurs pieuses craisons, nous avons remarqué que « dans la plupart de ces écrits, les sentiments’étaient bons et « les paroles grossièrement inoultes ; çar ca qu'une pieuse déa volion inspirait bien au dedans, une langue malhabile, et « qu’on avait négligé d'instruire, ne pouvait l'exprimer sans “faute. Nous avons dès lors commencé à craindre que l'intel- « ligence des saintes Ecritures ne fût beaucoup moindre « qu’elle ne devait être... Nous vous exhortons donc non-seu- « lement à ne pas négliger l'étude des lettres, mais à travail- 4 ler, d’un cœur humble et agréable'à Dieu, pour être en. état « de. pénétrer facilement et sûrement les mystères des saintes « Écritures. Or, comme il y a dans les saintes Écritures des « allégories, des £gures et autres choses semblables, celui-là « les comprendra plus facilement, et dans leur vrai sens spi- « rituel, qui séra bien instruit dans la science des lettres. « Qu'on choisisse donc, pour cete œuvre, des.hommes qui « aient la volonté et la possibilité d’âpprendre, et l’art d'ins- «a truire les autres... Ne manque pas, si tu veux obtenir notre « faveur, d'envoyer un exemplaire de cette lettre à tous les « évêques suffragants et à tous les monastères (2). »

ILeût été difficile que les volontés de Charlemagne restassent sans résultat ; aussi c'est de cette époque que datent les écoles d’où sortirent les hommesles plus distingués du siècle suivant. Rien qu'il paraisse s EUR particulièrement des ecclésiasti-

Le

+ Monac. Sangall. pa LR (2) Guser, Est, de la cicitis. en rence, à n, p, 188-189.

ques, il prenait des mesures analogues en certains lieux dans Fintérêt des séculiers, comme l'atteste un capitulaire de Théodulf, évêque d'Orléens, ainsi conçu : «Que les prêtres tiennent « des écoles, même dans les bourgs et dans les campagnes ; -« siquelque fidèle veut leur confier ses enfants pour les ins- « truire dans les lettres, qu'ils ne s’y refusent pes; au eon- -« traire, qu'ils les. instruisent avee une parfaite charité, sans « exiger aucun prix, sauf ce que.les.parents: leur QHET Re de « bonne volonté et. par affection (4). » be

Charlemagne fit composer, à l’usage de ces écoles primaires, des livres par Alcuin, et: par Paul Diacre un homéliaire purgé de suléeismes et.de leçons vieieuses. Il voulait, de plus, que les évêques fussent capables de prêcher etamës ds l’étudé; en général, à choisssait pour remplir les see vacants, des hommes d’un esprit éprouvé. .

La musique lui semblant propre à siloneie les âmes, il ramena d'Italie plusieurs chanteurs pour enseigner la méthode grégorienne et le jeu des orgues, Quelques instruments furent construits par le Vénitien Gorgio, à our de celui que Constantin V'avait envoyé à Pépin.

». Charlemagne ne jugea point les langues utonirnss indignes de ses soins; il eg commença même une grammaire, et fit recueillir les anciens chants nationaux, daas lesquels étaient rappelés les noms et les fastes des ançiens rois (2). Dans une vue d’uniformité, il pensa d'abord à.imposer l’usage de la langue tudesque dans ioute l'étendue de empire ; mais il reconmut que l'entreprise était impossible ou çapable de nuire à la eivilisation. On lui attribue l’introduction des noms nouveaux doanés aux .venis. (3), et c’est lui eneore qui aurait appliqué aux mois des ina significatives (4). Louis, spn Fo fit + + i ! ‘ . ' (1) Taéon., Cap. __ PATES DNA | (2) Barbara et antiquissima carmina, rs voerum regum dclus ec bella centhaatur,.scripsil, mehorirque mandavid, (Écomans, ch, 29.)

(3) Ostroni-wind ; ostsundroni-wind ; sundostroni-wind ; sundroni-wind; sundicestroni-twind; westsundroni-wind ; westroni- wind ; wesinordroniwind ; nordwestroni-wind; nordroni-wind; nordostront-tind ; ; ostnord-

droni-toind. (Eeusann:) |

(s) Winther -manoth. . … + - +, Mois d'hiver. Honing — . . . - . . — defsnge ‘:

Lentin + .. . . . . . — de priatemps.

Oster æ eee + — de Pâques. :

Winne — .... . . — ‘ d'amoar

plus trd mettre en vers tudesques, par un Saton, les deux Tes- -taments; mais ü défendit, peut-être sous l'influence d’une 4évotion étroite, de lire «et d'enseigner les anciens chnts natienaux (4), qui de ta sorte se ‘trouvèrent perdas. : |

Les évêques orésnnèrent que les Aomdtaires contenant l'ex- -position dela foi et de ia morale évangélique fusseet traduits <n langue nomane et feutonique (2). Le ‘tudesque était park des bords .de ia Semme et-de 1a iaute Meuse jusqu'aux fron-. tières slaves, et il se consetva cher les Bourguignons du Lyonnats et du Viennois Il était en usage, vonjdintement avec le ‘réa, sur les rives de da Loire: rmnis en take ÿü avait suc- .combé devant l’ancien tangage, auquel s'étaient pee — :bards eux-mêmes,

Le savoir se propageait non lot ee le.cour, mas encore par les monastères ; celui de Feñide epsegnäit la grammaire, et des couvents de Reichemau, d'Hirschau et d'Osnabruck fmrent fondés par-des moines, qui.en sortaient pour répandre l'instruction. Le grec'était spécislemedt enseigné dans ke dermer. Francs, Bavarois, Frisons, Suèves, Atiglhais, acceuraient, dans Utrecht, aux lecons de Grégeire, disciple dé saiit Boniface. L'école de Corbte (Cor:vey) fut fondée par saint Anschaire et par Ratbert pour eiviliser la Saxe. De Fécole établie per AMcuin à Tours, H sortit des évêques et des abbés que des ouvrages ne porméttent pas sans doute de compter param les Ktiérateurs, maïs qui fareht plus utites que des gens de tettres; car ds offrirent des asiles à la citfiisation, assœmilite de toutes -parts par une nouvelle barbarre. C'est sms doute parce quis <onsidéraient les convents comnre autant :de remparts contre cette barbarie, que les Arabes, quand ils s'élançaient de l'Espagné ou de la her: pour tomber:sur l’Europe, dirigesient ser eux leurs attaques ; celui de Lérins, qui avait produit tant de prélats, tomba sous leurs coups, et tous Les moines furent tués

avec Porcaire, isur abhé.

La reine des sciences était In théologie, qu port pris

Aran nv Éd Su — de tmoisemn.

Wiata = ee + — %e vents. È Wisdume — — de vonémg.

Horbit —— . . . ... — d'auteme

Heïlag :

(1) Tnécan, de Gostte. Ludovics, € 19.

(2) Conc. Turon., an. 813, c. 17.

LITTÉRATURE. 368 cipal l’expfcatien des saintes Écritures ; muis, attendu qu'elle exige-d’antres vonnuissences, celles-ei “vousient à la ‘suite, et formaient comme le cortége de la science de Dieu. La division conmue du (rivium et quadrèciem de Cassiodere et de Boëce fat portée d'Italie en Angleterre par Augustin ; en Espagne, par Isidore de Séville ; par Aleuin, en France. -Dans Yinterprétation de la Bible, tes thévlogier”s ne hasardatent rien de nouveau nie leur propre fonds, et se bornaient à accurraler les citations des Pères; du reste, comme ils ignoraient les fangues orientales et ne savaient pas exercer ha critique, ils n'auraient pu sortir de cette étroite frmsite. Nous en avons un exemple frappant dans le fait que nous avens apporté de la répugnance des églises franques à accepter te-décret du:coneile de Micée, alors que la question aurait pu être tranchée swrmédintement en recourant au texte grec.

La dixiectique s'en tenait à Aristote, maîs sans en deviner le génie ét Îles hardiescæs. L'arithméfique se trouvait entravée par Ha numératron romaine, à laquefe on suppléait par de birarres caîcuis sur les doigts (4): mais cette ressource était elle-même insuffisante quand ïl s'agissait de fractions. La science des nombres eut principalement à s'appliquer aux comptes des fêtes mobiles et des révelutions lunaires. Alcuin fut plusieurs fois questionné à ce sajet per Charlemagne. La géométrie et l'astronomie signälaient ce qu'il y avait de plus élevé dans la philosophie naturelle : mesquines répétitions de choses anciennes, sans crilique, sans expériences. Il n’est donc que plus étonnant de trouver la cause des marées indi-

quées dans Bède, telle que Newton la démôntra plus tard, et

la forme sphérique de la terre, avec Pexistence des antipodes, soufenue par l’Irlandais Virgile, évêque de Saltzbourg et disciple de saint Colomban.

Le petit nombre de chartes qui nous sont restées de cette

époque font foi de l’extrème négligence üe la langue et de la

syntaxe. Passons-uous aux livres, ils pèchent, au contraire, par un soin excessif, par une affectation de termes bizarres, de métaphores étranges et accanrælées. Les auteurs entassent pêle-mêle les expressions grecques et latines, se complaisent dans les jeux de mots, et montrent une emphase qui contraste avec la simplicité de l’image. Si l'on éxagère encore ce style, et qu’on le découpe en fragments de mesusc'inexacte, on aura

(1) Bena, de Indigitatione.

Poëtcs.

ce qu’on appelait alors de la poésie; à la fois-triviale et pleine d’enflure, elle se perd, dans les compositions légères, en puérilités et en -niaiseries dignes d’une littérature dégénérée. Lors: qu'elle chante des exploits guerriers, elle ne sait pas réunir les deux éléments nécessaires de toute épopée, l’imagination et le récit. Gela n’empêchait pas les beaux-esprits du temps de se comparer entre eux aux écrivains les plus illustres (2), dont ils n’avaient peut-être jamais vu les ouvrages. Adhelme, évêque des Angles occidentaux (709), fit trente-six vers, dans lesquels on retrouve le premier, en lisant le dernier à rebours; l’acrostiche, en descendant; le télostique, en remontant. Il composa en outre. plusieurs énigmes, où sont accumulées des diffeultés du même genre (1). .

Eugène, évêque de Tolède (657), écrivit des vers élégiaques et moraux, non sans se livrer à des jeux puérils : témoin deux épitaphes acrostiches et télostiques, dont une, destinée à himême, donne Eugenius avec les lettres, initiales, et Mficellus avec les finales, Il en est une dont les mots sont coupés d'une manière extravagante (2). Parfgis re il s se montre assez

(1) Voiti o8 ik Pierre de pise écrivait, en — à paul le Diacre :

‘ Qui ie, Paule, pociarum Vatumque doctissimum Linguis variis, ad nostram ” Lampantem provinciam ‘Misit, ut inertes aptes Fecundis seminibus 2 Græco cerneris Homerus, Latina Virgilius, - Flaccus crederis in metris, . Tibullus eloquio. &

Et Paul, en répondant, montrait, plus par le fait que par les mots, qu'il ne méritait pas ces louanges exagérées :

Peream si quemquam horum

Imilari cupio,

" À via quam suni seculi |

" Perogontes per'invilium ., at.

Potius, sed isiis erga : ar .Comparabo canibus, ne Tres aut quatuor in scholis

Quas didici syllabas, re

Ex hac mil est ferendus EE Manipulus adorea…

(2) Adhelmus cecinit millenis versibus odas. i

(3) O 3 versiculos nexos quia despicis HANNES, etc.

heureux dans la pensée, et, par moments aussi, dans l’expression (4).

Les inscriptions sépulcrales’ peuvent nous donner une idée de la poésie en Italie; celle de Cunipprt, dans Saint-Sauveur de Pavie (2), où reposaient aussi Aribert et Pertharite, est bien

: mauvaise, ainsi que celle d’Ansprand (3); il y a quelque chose de mieux dans celle d’Auduald, duc de Pavie (4), mort vers l'an 718.

(1) Ainsi que dans ces vers sur l'été :

Nunc polus Phæbi nimio calore Æstibus flagrat, fluviosque siccaf, Intorat tristis, jaculansque vibrat Fulmina dira.

Ingruit imber inimicus arvis, Flore nam suevit spoliare vires :

Spem quoque frugum populat nivosis Grando lapillis. ‘ Buffo nunc lurgel,"inimica sylvie Vipera lædit, gelidusque cimex, 2 Scorpius iclu jugulat, parilque] Stellio pesten.

Musca nunc sævit, piceaque blatla, El culex mordax, olidusque cimex, Suetus in nocle vigilare pulex, Corpora pungit.

(2) Aureo ex fonle quiescunt in ordine reges Avus, pater, hic flius ejulandus tenetur Cunigpert, fRorentissimus et robuslissimus rex, ” Quem dominum Ifalia patrem atque pasiorem Inde febilem marilum jam viduata gemet.

Alia de parte sioriginem quæras, Rex fuit avus, mater gubernacula tenuil regni : * Mirandus erat forma, ne. . si Mure Miranda. . . . .

(3) Ansprandus, honestus moribus, prudentia pole Sapiens, modeslus, patiens, sermone facundus, Adstantes qui dulcia, flavi mellis ad instar,

Singulis promeobat de pectore verba.

Cujus ad æthereum spiriius dum pergeres axe, Post quinos undecies vilæ suæ circiter ennos Apicem reliquit regni præstantissimo nato Luyiprando inelgto et gubernacuëa gentis. | Datum Papis die iduusmn jan indictione decima (4) Sub regibus Liguriz ducaltum lenuit audazx

Audoald armipotens, claris natabibus ortus, Victrix cujus dextra subegit naviter hoetes

366 NEUVLÈME ÉPOQUE.

C’est probablement à cette époque qu'appartient ce Vespa, auteur d'un dialogue entre un cuisinier et un boulanger (Judscium Coei et Pistoris), sur la préémainense de leur art. Vuleain, appelé comme juge, déclare que les deux arts sont dignes d'estime, et. menace les compétiteurs, s'ils ne s’en vont pas tous deux en paix, de leur refuser également son miaistère, sans lequel ils ne sont rien. Cette petite composition ne manque pas de finesse ni de mérite poétique.

Un certain Cresconius a chanté l'expédition du patrice Jean en Afrique (698).

Il nous reste aussi, des évêques de Tolède Iidefonse et Julien, des hymnes, des épitaphes et des épigrammes. Théodulf, Goth d'Italie, appelé en France par Charlemagne, nommé évêque d'Orléans, abbé de Fleery et employé plusieurs fois en qualité de délégué royal, fat déposé comme coupable de trames sous Louis le Débannaire, et relégué à Angers, où il mourut. Nous avons de lui un livre sux le baptême, un sur l'Esprit-Saint et quelques hymnes, parmi desquelles l'Église a adopté celle qui se chante le jour des Ranrreaux :

Gloria, laus el honor tibi sf, Fez Christe redemptor.

Sa Parænesis ad judices est un poëme dans lequel il exhorte et instruit les juges envoyés par les rois ; il expôse les moyens qu'on met en œuvre pour les corrompre, les avertit de considérer les hommes comme égaux, et leur suggère, envers * ceux qui souffrent, des égards plus délicats que l'on ne sattendait à en trouver dans un siècle où tout était force et rudesse (1).

Finitimos, el cunctos longe lateque degeniss, . Belligeras domavit acies, et hostilia castra Maxima cum laude prostravit Didymus iste, C'ujus hie ei cerpes hujus sub toymine cautis …. Et plus bas : | |

Late ut non fama silel, vuiyatie fous triemphis, Quæ vivuss, gudllis fuerik, quandusque per-urbem Innoluit laurigerum +6 vivtus belltes ducs :

Sexies qui denis pasactis- cirrider ann ie Spiritum ad æthere misit, et membre sepnichro Human dedil, primea:-cuvs indiotie essot,

Dei nonarym juliarum, feria quinta.

(1) Quis paire seu moise enbaiun, vel si qua mariée, Islorum cause ail. éus-cune sequi +

LIFTÉRATURE. 367

. Paulin du Frioul écrisit aussi des lettres et des hymnes; mais. il est plas eélèbre pour avoir argamenté contre les erreurs de Félix et d'Élipan (808). H assista à tous les eoneiles tesus dans l'empire, et c’est à lui surtout que sont dus les décrets de celui d'Aix-k-Chapelle. Charlemagne lui donna les

Controversistes.

biens d'en pertisan de Didier, mort les armes à lù main, puis

une maison & campagac et le patriarchat d’Aquilée.

Saint Jelien, évêque de Tolède (690), traita, dans les Prognestici, da.la vie future et de.l’état des.ânres avant la résurrection, établissant cinirement le dogsne du purgatoire. Il a laissé, en outre, Guerre du roë Wamba contre le duc renene Paul et d’autres ‘ouvrages em prose et en vers.

- Bède le: Vénérable obtint une plus grande renommée. Né dans le osmté de Durham; il fut mis, à l’âge de sept ans, dans le couvent de Viremont, d'où il passa dans celui de Jarow.

Toute sa vie fut employée à étudier les sciences et l’Éeriture saints, à l'etplècation de laquelle il s’appliqua spécialement une fois qu'il ext reçu les ordres, au point d'écrire plusieurs ouvrages sur cette matière. Taxé d'hérésie, parce qu’il préféraw le caleni du texte hébraïque à celui des Septante relativement à l'époqmie de ls naissance de Jésus-Christ, il se défetdit es-montrant que cette opinion ne portait aucune atteinte à la foi, tandis qu’il w’était pas permis de faire des conjeetures sur le temps eù le monde doit finir, e que Dieu a . tenir cachée sax hommes.

Outre le latin, il savait le grec. Il cultiva la poésie, l'astro-

sornis, l’artbmétique, la musique voealke, et ib éerivit sur .

presque toutes les matières, quelquefois avec une certaine: indépendance: on rencontre dans ses. vers des passages assez heureux Gh ER Grue Lo printemps avec Me one

Æbrun RUE Aorum luiele monpte :

. Pass hoc te maire nouerit, illa pirum.

Debilis, ipvalidus, puer, æger, anusva, senerve, Si veniant, fer opem, his miserando, piam ; Fac sedeat qui slare nequil, qui surgere prende; Cui cor voxque tremil, pesque, MARUSQUE, jUva ; Dejectum verbis releva, sedalo minacem ; Qui timel, huic vires ; qui furit, adde metym.

(1) Comme ceux-ci sur la mort d'un coupe :

gesmina dmia, |

An, ApwFie exumpant qua saint mecori, roquies et dulcis in argis, . dulces rami præslent umbracula fessis, PVR

ilistoriens.

Paul Diacre, ‘40 -801.

tentative du poëme bucolique en latin, lui valut les louanges qui lui furent décernées dans les temps voisins dû sien. On lit encore aujourd'hui utilement quelques-unes de ses Vies de Saints, et surtout son Histoire ecclésiastique de l'Angleterre (1); ayant conçu le projet de raconter les événements de sa patrie, il demanda des renseignements à l’abbé Albin, très-versé dans la connaissance des faits relatifs à l'Angleterre, et d’autres lui furent fournis par de Nortelme, prêtre de Londres. Il tira des archives de Rome un grand nombre de lettres qu'il inséra dans le récit, donnant ainsi l’exemple des histoires érudites. Riche de ces documents. puisés à de honnes sources, il écrivit cinq livres, à partir de Jules César jusqu’en 731, quatre ans avant sa mort; bien qu'il se soit proposé de raconter seulement les faits ‘ecclésiastiques, ceux-ci se trouvent tellement unis aux faits pONques que son ouvrage devient une Re précieuse:

On retrouve à peu près la même physionomie dans l'Abrégé d'Histoire universelle que l'abbé George Syncelle, de Taraise, patriarche de Constantinople, avait entrepris d'écrire, en commençant à la création. Sentant sa mort prochaine lorsqu'il n’est encore arrivé dans son livre qu’au règne de Domitien, ül pria l'abbé Théophane de continuer son travail, ce que celui-ci fit en le conduisant jusqu'à son temps. Cet abrégé donne des renseignements assez étendus sur Îles affaires ecclésiastiques dans l'empire d'Orient, dont elles faisaicnt alors toute la vie intérieure.

Nous ne trouvons pas d'autre historien qui ait écrit en grec; mais, parmi ceux qui ont ernployé l’idiome latin, Paul Warnefride mérite une mention spéciale. Il était né à Cividal, dans le Frioul, et fut diacre de l'Église d’Aquilée. Des souvenirs encore vivanis lui servirent à compôser son histoire des Lombards; mais il n’alla que jusqu’à Rothaire, Peut-être fut-il retenu par la difficulté et le péril de retracer des événements récents, d'autant plus que <cs jugements pouvaient étré altérés par la faveur ct le dépit; Erchempert la continua pour ce qui concerne les princes de Bénévent.

Uberibus plenis veniantque ad mulctra capellx, Et volucres varia Phæbum sub voce salulent. :

(1) De Sex mundj xlatibus. Elle est aussi remarquablé en ce qu'elle est le

premier ouvrage dans léquel les:années soient disposées selon l'ère devenue ensuite vulgaire.

Quand le trône des vois lombards se fut écroulé, Paul, s’étant retiré dans le monastère du mont Cassin, resta dévoué à la cause nationale, et prêta la main aux tentatives d’Adelchis pour recouvrer la couronne. De lâches conseillers, qui jamais ne manquent pour souiller de leur abjection la générosité d’un prince, excitaient Charlemagne à laisser subir au diacre la perte des yeux et des mains, en punition de sa prétenduc trahison; mais il leur répondit: Où frouverons-nous une main aussi habile pour écrire l'histoire? et il l'emmena avec lui cu France, où il lui fit rédiger l’Homéliaire pour toutes les fêtes. Il le traitait avec une bienveillance amicale, et lui adressait des énigmes en vers, que Paul expliquait aussi en vers; il lui envoyait encore, lorsqu'il fut retourné au mont Cassin, des saluts affectueux (1). Paul composa l’His{yria miscella, dont les dixhuit premiers livres sont une amplification d’Eutrope. Le dixhuitième arrive jusqu’au règne de Léon l'Isaurien ; les six autres, qui furent ajoutés dans le neuvième siècle par Landolf, chanoine de Chartres, conduisirent le récit jusqu'à Théophane.

Ni fut dépassé en mérite par Éginhard, qui, né de race franque, peut-être au delà du Rhin, s'appelle lui-même un barbare peu exercé dans la langue des Romains. Charles le fit élever avec ses enfants dans l’école du palais, puis il le chargea de la surintendance des travaux publics, et il en fit son conseiller et son secrétaire particulier. Si nous en croyons les chroniques, il le tint en si haute estime que, le sachant épris de sa fille Emma,

il la lui donna en mariage (2): {l est certain qu'il le garda tou-

(1) Parvula rex Carolus seniori carmina Paulo Dilecto fratri mitlil honore pio.

Et s'adressant à sa propre lettre :

Illic quære meum mox per sacra culmina Paulum : Ille habitat medio sub grege, credo, Dei.

Inventumque senem devola mente saluta, Et dic : Rex Carolus mandat aveto tibi… Colla mei Pauli gaudendo amplecte benigne, Dicilo mulloties : Salve, pater optime, salve.

(2) La chronique du monastère de Lorch raconte qu'Éginhard, étant devenu amoureux d'Emma et ne pouvant maîtriser sa passion, pénélra dans la chambre de la princesse, où il lui ouvrit son cœur. Pendant que les amants oubliaient l’un près de l’autre que la nuit s'écoulait, une neige épaisse s'était étendue sur la terre ; quand il voulut se retirer, Éginhard recounut qu'il ne pourrait le faire sans que ses traces révélassent son secret. 11 se désolait de ce contretemps, quand Emma, prompte, comme toutes les femmes, à trouver des expé-

Éginhard.

Beaux-arts.

jours à ses côtés tant qu'il vécut, et que Louis le Débonnaire l’eut aussi en grand honneur; mais l'ami de Charles, témoin de la splendeur dont ce monarque avait entouré l’empire, la voyait avec douleur s’éclipser sous son fils dégénéré ; il se retira donc dans le monastère de Seligenstadt, où il resta jusqu'à sa mort.

Il entreprit, par reconnaissance, de retracer la vie de Charlemagne, et son sujet le fit s'élever de beaucoup au-dessus des misérables chroniques d'alors; procédant avec un ordre que l'on ne rencontre plus depuis que l’ancienne littérature s'est éteinte, il croit nécessaire de commencer par jeter un coup d'œil sur les règnes des prédécesseurs de Charles. Il passe ensuite au récit de ses guerres, puis à son gouvernement intérieur; enfin il aborde sa vie domestique. Nous ne parlons pas de ses Annales, qui ont peu de valeur. Son caractère d’historien impérial peut diminuer notre coufiance en sa véracité; mais il est bien loin de se livrer aux adulalions éhontées que certains écrivains jugent indispensables quand ils parlent de rois vivants. Acteur lui-même dans les événements auxquels il avait pris part l’épée ou la plume à la main, confident des secrets du grand homme, il ne s'en tient pas aux faits extérieurs ni à leurs conséquences superficielles ; il scrute les causes lointaines, et souvent avec bonheur. Il pèse le mérite des institutions, et montre dans sa grandeur monumentale ce Charles qui, sous la plume des autres, apparaît rapetissé dans un style trivial, ou gonflé à force d'exagérations.

Les beaux-arts eurent à s'exercer dans de nombreux édifices commandés ou exécutés par Charlemagne, lorsqu'il eut vu les restes de l’ancienne magnificence italienne. Vasari lui-même, idolâtre de la forme, trouve d’un très-beau style le temple des

dients, lui offrit de le prendre sur son dos et de le porter ainsi jusqu'à sa demeure; ce qu'elle fit. Mais Charles, qui, par la permission de Dieu, avait passé la nuit sans sommeil, vit sa fille et son secrétaire daus ce trajet aveztureux. 11 se contint cependant, en songeant que cela n'arrivait pas saus ure disposition d'en haut; ayant ensuite réuni son conseil secret, il exposa le fait et demanda l'avis de chacun. Les uns voulaient qu'il subit uu châtiment terrible, les autres qu'il fût exilé ; d'autres étaient d’avis de pardonuer, pour me pas divulguer le ééshonneur de la famille royale. Charles ecdepta te éernier parti : il fit venir Égimhard, et tui donna pour femme sa portruse, vec une grosse dot.

Ce fait n’est nas raronté ailleurs; il paraît même contredit par l'histoire: ais, comme fl a servi de sujet à des romens, à des poëmes, à des drernes, mous ne pouvions le passer ici sous silence. Les comtes d'Erbeoh se prébenaient issus de ces amours.

Saints-Apôtres, qu'il fit élever à Florence, et dont le plan originaire tenait de la simplicité antique. Saint-Michel de Rome est du même style. Un magnifique pont, qu'il avait construit à Mayence, fut détruit par le feu peu de temps après. Il avait à Nimègue et à Ingelheim des palais d'une grande magnificence, et deux oratoires à Francfort et à Ratisbonne ; mais il se complut particulièrement à embellir Aix-la-Chapelle, peu éloigné du berceau de sa famille, et où il se trouvait à portée de faire la guerre aux Saxons. Îl y édifia ou fit agrandir un palais, qu’il nomma Latran, en souvenir de celui de Constantin à Rome, avec des maisons et des édifices publics alentour, notamment la chapelle de Notre-Dame, d’où l'endroit prit son nom d’Aixla-Chapelle. Cette église forme au centre un octogone circonscrit par un mur extérieur de seize côtés ; la coupole, percée de fenêtres, est également octogone : ectte disposition et surtout les sculptures, font supposer que des artistes grecs y ont travaillé (1). Elle eut pour architecte Anségise, abbé de Fontenelle, qui l’enrichit de mosaïques et de colonnes tirées de Rome et de Ravenne. La source thermale qui jaillit au pied de la monagne, et qui porte eacore le nom de Source de l'empereur, fait penser aux :

Ove, deposta l orrida Magie, il guerrier sovrano Scendea del-campo & tergsre Il mobile sudor (2).

Ces monuments périrent dans les désastres du siècle suivant; nous ne pouvons donc savoir ce qu'il y a d’excessif dans l'admiration des contemporains, qui les comparent à ce que l'antiquité nous a laissé de plus splendide.

Charlemagne répandit aussi en Germanie l’amour des miniatures coloriées dans les livres manuscrits, art dans lequel les Allemands deviarent ensuite célèbres (3).

(1) Meinwercus quandam capellam prope majorem ecclesiam Paderbormensem; quindam per Geroldum consanguineum el signiferum Carol magni, per græcos operarios constractam in honore B. Mariæ, desolatam

mourui en 1036. Un passage des chroniques du quatorzième siècle (ap. Meibonium, Seripé. rer. germ., |. I, 257) atteste que la tradition, au suj-t des artistes grecs employés par Charlemagne, s'était conservée jusqu’à cette époque.

(2) Manzon, Chœur, dans lAdelchis.

(3) Un certain Ingvbertus de 0e temps se venait, Graphe Atronidos æquans superansve {enore.

Quand il n’agissait pas par lui-même, il inspirait les autres, et déterminait les abbés et les comtes à favoriser les artistes, qu'il faisait venir d'Italie pour la plupart; il tirait parfois de cette contrée les ouvrages antiques eux-mêmes.

Il est possible que les artistes appelés par lui de la Péninsule aient fordé une école, qui aurait été l’origine des loges où les francs-maçons se transmettaient certaines doctrines et des procédés particuliers sur l'art de bâtir. De là peut-être l’étonnante

rapidité avec laquelle se propagea plus tard l’architecture gothique.

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