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CHAPITRE XXIII

DYNASTIES VU, VUL, IX, x, Xi, xu ET x. (265-907.)

Le dernier des Han orientaux ayant été déposé par Songchao, Zou-wou-ti, fils du vainqueur, commença la dynastie des

(1) Voyez t. 1, p. 337,

dynastie,

Tsin. Après d’énergiques résistances, il triompha de ses rivaux et des Tartares leursalliés. Il soumit aussi Nankin et leroyaume de Hou, ramenant à l’unité l’empire, qui comprenait alors cinq cent vingt-trois villes ou bourgades, défendues par deux cent trente mille guerriers.

Cinq mille actrices, chargées d’amuser la cour de Hou, corrompirent entièrement Zou-wou-ti, au point qu’il ne songea plus qu’à vivre dans d’insouciantes voluptés. Il se faisait tratner dans un char léger, à travers des parcs immenses, par des moutons dressés à cet effet, et descendait où ils s’arrêtaient, pour souper auprès d'une de ces femmes, qui lui servaient à l’envi des friandises, et cherchaient à faire arrêter les moutons à leur porte, en leur donnant les herbes qui leur plaisaient le plus.

Au milieu de ces lâches loisirs, il laissa les guerres se ra- viver, et son long règne, comme celui de Hoëi-ti, son fils incapable, fut sans cesse bouleversé; il périt, dit-on, cent mille Chinois dans ces troubles civils, dont profitèrent les petits princes pour relever la tête, et les ennemis pour faire des incursions.

Liéou-yuan, l’un des chefs des Hiong-nou, après avoir servi dans de hauts emplois les empereurs de Tsin, songea à se rendre indépendant, et peut-être à rétablir la famille des Han, dont il prétendait descendre par les femmes. S'étant appliqué à civiliser ses sujets et à établir des lois, il obtint le comimandement de cinq hordes des Hiong-nou, avec lesquelles iT se dirigea contre la Chine, dont il se fit proclamer empereur ; il eut bientôt fait Hoëi-ti prisonnier, et il le dégrada au point de l’obliger à le servir à table comme échanson; puis il le fit périr par le poison. 1l se livra aux plus grandes cruautés, et malheur à qui aurait osé lui adresser des représentations ! Cependant les ministres vinrent une fois le trouver, en faisant apporter leurs cercueils à la porte du palais, et lui montrèrent qu'il méritait le titre de tyran. Il les écouta et les récompensa; mais il ne changea rien à sa manière d’agir.

Les grands du royaume jurèrent, en buvant du sang, de réunir leurs forces pour soutenir la famille impériale. Liéou-yuan étant mort, son fils Liéou-tsan fut tué par son ministre, qui, après avoir insulté et brülé les cadavres de ses prédécesseurs, proclama Yuen-ti, rejeton des Tsin; comme ce prince transporta le siége de l'empire de Ho-nan à Nanking, les men-

bres de sa famille furent désignés sous le nom de Tsin orien- (aux.

Le calme ne se rétablit pas. Le fils de Liéou-tsan, qui donna à sa dynastie le nom de 7Z'chao, continua la guerre contre les Tsin, secondé par la vaillance de Chi-lé, chef intrépide des Hiong-nou; mais ce guerrier, récompensé par des outrages, songea à employer son épée dans son propre intérêt; ayant donc renversé Liéou-tsan, il substitua sa famille à celle de Tchao ; elle domina trente-trois ans dans le nord-est de la Chine, et fut enfin renversée par les Uei.

On raconte que le prince de Tchao construisit dans Yé un palais d’une somptuosité inexprimable, avec des murs de marbre fin, et des plafonds enduits de vernis splendides; les clochettes suspendues autour des corniches étaient d'or, les colonnes d'argent, les portières couvertes de perles. Quand cet édifice, auquel travaillèrent les artistes les plus habiles, eut été terminé, le prince y plaça de belles jeunes filles qu'il avait choisies dans les familles des mandarins et même parmi le peuple. Mille d’entre elles, montant des chevaux magnifiquement enharnachés, formaient sa garde et l'accompagnaient dans ses voyages. Ce palais était habité par plus de dix mille personnes, astrologues, devins, artisans, et tous étalaient continuellement la parure la plus brillante.

Plusieurs empereurs, dont les règnes furent troublés par - des soulèvements continuels, portèrent successivement la couronne; circonvenus par des eunuques et leurs ministres, ils s’occupaient d'argumenter avec les bouddhistes, ou de chercher avec les Tao-ssé le breuvage d'immortalité.

Liéou-you, né de parents pauvres, mais doué d'un esprit vif et intelligent, apprit à lire et à écrire sans maître, et s'enrichit de connaissances variées ; honteux d'une position qui le réduisait à vendre des sandales de bois pour vivre, il s’enrôla comme soldat, et se signala par sa valeur, surtout contre Soung-hen, pirale redoutable, qu'il débusqua du Kiang, d'où il voulait remonter jusqu’à la métropole de l'empire. Mis à la tête de l’armée, Liéou-you repoussa les nombreux compétiteurs au trône des Tsin, et fut, en récompense de ses services, nommé prince du Sung. Il poursuivit le cours de ses victoires; mais ayant marché contre le prince de Hia, il vit son entreprise échouer par la faiblesse de l’empereur Nang-ti; pour se venger, il le fit étrangler, ct lui substitua son frère Kong-ti, qui, redoutant un sort pareil, traça sur un feuillet de papier rouge son abdi-

ats.

m9. cation; ce fut ainsi que finit la dynastie des Tsin, après cent cinquante ans d’une domination faible et agitée. Liéou-you ordonna à Tciang-uel de porter le poison au monarque déchu; mais Tciang-ueï, n'osant ni désobéir à son nouveau mattre ni donner la mort à l’ancien, but lui-même le breuvage fatal. Alors Liéou-you ordonna à Kong-ti de se tuer, et, comme il répondit que la religion de Fo lui défendait le suicide, il le fit égorger.

VII dynastie Liéou-you commença la nouvelle dynastie des Sung ; héros sur le champ de bataille, habile dans le gouvernement, sans orgueil ni ostentation, fidèle aux anciennes doctrines, magnanime et bienfaisant, il aspirait au titre, si souvent prodigué et si rarement mérité, de père du peuple ; mais il mourut après avoir régné deux ans. Chao-ti, son fils dégénéré, fut bientôt déposé, mis à mort, et remplacé par son frère Uen-ti, auquel les

»n. historiens ne reprochent que la protection qu'il accorda aux bonzes.

Un lettré lui dit un jour : Z/ y a quafre cents ans que la secte de Fo s'est glissée dans l'empire, où elle s'est tellement étendue qu'iln'y a pas de bourgade où elle n'ait des tours et des temples: que de bois, que de pierres, de briques, de fer et de plomb consommds / Combien de bronze, d'or et d'argent employés pour les idoles qu'on y adore! Votre Majesté ferait bien de démoir ces édifices el de réparer ses monuments publics avec leurs matériaux. L'empereur n'en fit rien; mais il construisit un vaste collége, qui fut une pépinière de personnages illustres. 1] renouvela l’usage d'élever à la cour des vers à soie avec les mûriers desjardins royaux, effeuillés par l’impératrice elle-même; c'était elle aussi qui travaillait de ses mains la soie dont on tissait les étoffes pour le grand sacrifice au ciel.

Dans le changement de dynastie, divers princes s'étaient soulevés, et, dans le Nord surtout, les Ueï fondèrent un empire. Uen-ti soutint contre eux des guerres continuelles, jusass. qu'au moment où il fut tué par son fils aîné, qui lui-même reçut la mort da son frère Hiao-wou-ti. Parvenu au trône par un crime, ce prince songea à détruire le foyer des troubles intérieurs, en disciplinant ses parents, qui, possesseurs de vastes domaines, étalaient un luxe impérial et commandaient despotiquement à leurs vassaux. il leur représenta que leurs divisions pourraient frayer la route à quelque autre famille, et les engagea à renoncer à cette puissance excessive, ce qu'ils firent. Cette coneession ayant forüflé l'autorité impériale, il se vit

respecté par les Ueï et les États voisins, et lè pays prospéra. 8on fils Fi-ti, libertin effronté, gâta son ouvrage et eut un digne successeur dans Ming-ti, prince cruel et sans pudeur, qui introduisait des amants auprès de ses femmes, qu'il était impuissant à féconder. Il laissa le trône à Liéou-you, engendré de la sorte, en le recommandant à Siao-tao-ching, qui était son premier ministre et le général de ses armées ; mais celuici, qui aspirait au trône, se débarrassa des deux fils supposés de Ming-ti, et de tous ceux qui pouvaient traverser ses projets. La dynastie des Sang fut alors éteinte, et celle des Tsi commença avec le nom de Kao-ti (1).

Kao-ti établit sa eour à Nankin ; il disait : Que je règne s-wdement dix années, et je rendrai l'or auxsi commun que la fange; mais il mourut la quatrième année de son avénement. Wou-ti, son fils, décréta que les mandarins ne resteraient pas en fonctions plus de trois ans, et que leur administration serait soumise à un contrôle.

Sous son règne parut le lettré Fan-tchin, adversaire acharné des bonzes; pour les contredire, il enseignait la fatalité, et proclamait que tout périssait avec le corps. Un fils de l’empereur, qui l’avait toujours à ses côtés, lui demanda un jour comment il pouvait expliquer par sa doctrine la condition diverse des hommes : La vie, réponditil, ressemble aux fleurs des arbres, qui d'abord sont des boulons, puis éclusent, s’épanouissent, e! finissent par étre emportées par le vent. Parmi les Roms, quelques-uns sunt comme les draperies du lit; d'autres, comme les tréteaux qui le soutiennent. Prince, vous êles la couveriure ; mes pa: cils sont les tréteaux par lesquels vous êtes soutenu. Quuique différents par la rivhesse et l'usuge, Lrur principe et leur fin sunt les mêmes. L'aspect de l'homme est l'indice de ses pensées. Les pensées sont les instruments duni dl se sert paur entreprendre quelque chose. Les pensdes sent comme le tranchant du

IX° dynastie.

sabre. Quand le sabre est détruit, le tranchant ne l'est-il pas

aussi ? |

Il ne manquait pourtant pas d’à-propos et de sagesse dans les conseils qu’il donnait. Un jour le prince vit, en revenant de la chasse, un champ d'épis mèrs; il en cueillit quelquesans et les montra à Fau-tchin : {is sont beœuæ, dit le lettré ;

(1) Tsi-tsouw-cao-hoang-ti, c'est-à-dire le grand empereur très-sublime , titre commun à plusieurs fondateurs de dynasties. Les Chinois disent seulement, par abréviation, Kao-ti, ou bien, pour ke distingner des autres empereurs du inêtue nom, is y ajoutent celui de sa dynastie, et l'appellent Tsi-bau-li.

A° dynastie.

416 NEUCVIÈME EPOQUE.

mais vous ne faites atlenlion qu'à leur beauté, non aux fatigques qu'ils coûtent. Si vous pensiez de combien de sueurs votre peuple les a baignés durant trois saisons, vous prendriez ces chasses en dégoit.

Les empereurs Ueï restaient en possession de la partie septentrionale du Chan-si. Ils avaient, en conséquence, de fréquentes relations avec l’Asie moyenne et occidentale, recevant des ambassades de la Perse, de la Transoxiane, du pays des Alains ct de l'Inde; mais les partis, sans cesse aux prises, ne purent jamais avoir la paix ni en laisser jouir les autres. Le pays néanmoins se trouvait alors gouverné par un prince . dont les intentions étaient les plus pacifiques, et qui disait : Si mes predécesseurs prolongèrent autant la guerre, ce fut pour consolider la pair. Maintenant que tout est tranquille, je n’approuverai jamais que l'on trouble cet état de choses pour un léger motif. 11 s'occupa de préférence à rétablir la discipline et à abaisser des favoris indignes. Désireux de s’instruire, il avait toujours, soit à cheval, soit en litière, un livre à la main; il réunit un jour tous les vieillards de ses États, leur donna un banquet, où il s’assit avec cux, et interrogea leur prudence et leurs souvenirs, tant sur le gouvernement que sur les mandarins.

Un ambassadeur, questionné par lui au sujet de la dynastie des Tsin, répondit : Elle n'a pas fait grand bien au pays ; elle s’est élevée non par le mérite, mais par la fortune, et ne pourra se maintenir longtemps. Elle gouverne d’une manière rude et vulgaire. Il y a une infinité de charges, el il ne se trouve personne pour les bien remplir. Rien ne parait slable et regulier. Le peuple murmure, el aspire à changer de mattre.

En effet, les Tsin ne durèrent pas. Mung-ti, un des pires tyrans, acquit le trône et s’y soutint par la cruauté. Pao-kiouan, son fils, se souilla de toutes les ignominies. Siao-y, son général, avait bien défendu l'empire contre les Ueï, mais l'empereur le fitempoisonner. Alors son frère Siao-yan, craignant le méme sort, prit les armes, et, appuyé par les mécontents, déposa Hoi, frère de Pao-kiouan, se fit reconnaître empereur, et commença la dynastie des Liang.

Wou-ti (c'est le nom qu'il prit) rendit à l'empire son éclat. Il rétablit les communications avec l’Asie méridionale, en envoyant fréquemment des vaisseaux à lile de Ceylan et dans les ports de l'Inde ; il reçut aussi des ambassades de la Perse ct du centre de l'Asie. Voyant les croyances nationales altérées

par le bouddhisme ct les Tao-ssé, les disputes incessantes et les persécutions ajouter sans cesse aux maux qui minaient le pays, il songea à raviver la philosophie de Confucius, considérée toujours comme la seule légale; alors il fit construire une salle en honneur de ce grand homme, ouvrir des colléges

dans chaque ville pour donner des leçons d'histoire, pour .

commenter l’antiquité et les King. 1l ne finit pourtant pas son règne sans s'être laissé séduire par les bonzes, à tel point que, afin de pouvoir discuter avec eux, il se renferma dans un monastère pour y vivre selon leurs règles. Les grands se plaignirent et voulurent qu’il revint au gouvernement; mais Îles bonzes s’y opposèreut, soutenant qu’il avait fait profession, et il ne put se délicr qu’en payant une grosse somme. De son côté, l’impératrice, ayant coupé ses cheveux, s'était faite aussi bonzesse, et avait bâti un monastère, pouvant contenir mille religieuses, sous le nom de Paix éternelle; mais, reconnue coupable de graves méfaits, elle fut noyée, une grosse pierre au cou. L'empereur ne tarda point à reprendre sa vie rigoureuse. Il mangeait une seule fois par jour, et seulement des herbages, du riz et des fruits; il s’habillait de simple toile, parlait avec modestie, même à ses domestiques et aux eunuques. Il ne condamnait personne à mort, par respect pour la métempsycose ; il défendit même qu’on luât des bœufs et des moutons , fût-ce pour le sacrifice, et ordonna de leur substituer de la farine.

Ses sujets en conçurent du mécontentement; le général Héou-king, s'étant révolté, s'empara de Nankin et de l’empereur lui-même, qu'il laissa mourir de faim, à l’âge de quatrevingt-seize ans.

Héou-king s’intitula roi de Honan, et plaça sur le trône impérial Kian-nen, fils de Wou-ti; néanmoins, peu de temps après, il le déposa pour l’étouffer, et prit lui-même le titre d’empereur de Han; mais Huen-ti, autre fils du Wou-ti, fut soutenu par les grands, qui saisirent le rebelle, lui coupèrent la tête, et livrèrent son cadavre, après l’aVoir accablé d’outrages, aux fureurs sauvages de la populace. Yuen-ti transféra . sa capitale à Kiang-ling; mais Tchin-pa-sien, le général qui avait vaincu Héou-king, s'étant allié avec les Ueï septentrionaux, l'attaqua et l’enferma dans la ville où il faisait sa résidence. L'empereur sortit alors de la solitude dévote où il vivait dans le vasselage des bonzes, et tenta la chance des armes ; mais, voyant que tout espoir était perdu, il brisa son épée, et

DIST. UNIV. — T. VIH. 27

XIe dynastie.

en

XIIe dynastie.

mit le feu à la bibliothèque, qui contenait cent quarante mille volumes, en s’écriant que c’en était fait des sciences et de l’art militaire ; puis il alla se livrer au vainqueur, qui le fit mettre à mort et traita de même King-ti, qui lui succéda et fut le dernier des Liang.

Ce prince avait cédé ses droits à Tchin-pa-sien, premier empereur de la dynastie Tchin, qui régna trente-trois ans, et protégea les sciences et les bonzes, tandis que l’empereur du pays septentrional les persécutait.

Uen-ti, son fils, sut se faire aimer et respecter ; il ordonna d'annoncer les heures de la nuit en frappant des coups sur un tambour, comme on le pratique aujourd’hui encore ; mais il eut des successeurs insouciants et dissolus. Dans le nord aussi, l'empereur Eou-tchéou se livrait à un faste immodéré. II édifia trois tours dont la hauteur dépassait cent pieds, avec plusieurs salles ornées de tout ce qu'il y avait de plus précieux, et où jaillissaient des eaux limpides, au milieu de fleurs de toutes les saisons ; c'était à qu’il consumait ses jours au milieu de plaisirs somptueux. Yang-kien, son beau-père et son promier ministre, déjà prince de Soui, le déposa, puis marcha contre les Tchin, dont l'empereur ne crut pas d’abord au péril; mais, lorsqu'il le vit approcher, il descendit avec ses femmes au fond d’un puits, d’où on le tira avec risée. Il fut déposé, et, la dynastie des Tchin finissant avec lui, celle des Soui commença.

Le nord et le midi se trouvèrent ainsi réunis en decà et au delà du Kiang, et la Chine redevint une nation puissante. Le nouvel empereur, qui prit le nom de Uen-ti, était illettré, mais doué d’un esprit ferme ; il mérita d’être compté parmi les meilleurs princes. Tempérant et bienveillant, il obtint la confiance de ses sujets, réforma la musique et l’éloquence, promulga un nouveau code, conforme aux prescriptions des trois premières dynasties ; trouvant qu'il y avait trop de colléges entretenus aux frais de l’état, il les supprima, à l’exception de celui de 14 capitale, et convertit les églises en greniers, que l'on remplit au moyen de l'argent qui servait à l'entretien des colléges et avec la portion de riz et de blé que chaque famille devait y déposer comme fond de prévoyance.

Ennemi, non des lettrés, mais de la tourbe qui en usurpait le vom, aux dix mille volumes réunis par les Eou-tchéou il'en ajouta autant, qui avaient été achetés ou conquis par lui. Le lettré Vang-tong lui proposa douze moyens de conser-

ver la paix; mais il ne les approuva point. Alors ce conseiller, quittant la cour, se mit à enseigner, et acquit un tel renom que Uen-ti désira l'avoir près de lui; mais le sage refusa, en disant : Je suis né dans une muison ouverte au vent et à la pluie. Peu de terrain suffit à me nourrir, tant bien que mal; occupé du reste à l'étude des livres et à la recherche de la véritable doctrine, je vis avec mes disciples, et je suis l'homme le plus content du monde. Quant à ce qui est de gouverner les peuples, ayez le cœur droit et sincère, sans désirer autre chose que le bien. Ma plus grande joie est celle de vous savoir soigneur de conserver la pair. Je ne souhaite pas d'emplois; ils sont trop dangereux; en instruisant /a jeunesse, je rends à l'Etat un service d'una grande importance.

Uen-ti fut assassiné, avec son fils aîné, par son second fils, qui régna sous le nom de Yang-ti. Aux plaisirs de la chasse, de : la musique et des femmes, le nouvel empereur associa le soin des affaires publiques. Il fit réparer la grande muraille, et défendit de porter les armes, loi qui n’est pas encore abolie. Les trésors paternels lui servirent à bâtir Lo-Yang, où il transféra sa résidence, et deux millions d'individus furent employés à transporter des pierres d’une distance très-éloignée. Il fit reviser par cent lettrés et réimprimer tous les livres de guerre, de politique, de médecine, d'agriculture. La bibliothèque impériale s’accrut par ses soins jusqu’au nombre de cinquantequatre mille volumes, et il exclut des emplois militaires et civils quiconque n'avait pas le grade de docteur. Il vainquit les rebelles du Ton-kin, envahit le royaume de Siam, et trouva dans la capitale d'immenses richesses, ainsi que dix-huit idoles d’or massif. Le roi de Corée fut contraint de lui rendre hommage, et d’autres princes étrangers se mirent sous sa protection.

Ce Sardanapale de la Chine passait tour à tour des voluptés à l'exécution de grands desseins; on ne pouvait rien voir de plus magnifique que son palais, dont le jardin avait vingt lieues de cireuit. Au milieu était un grand lac entouré de collines, sur chacune desque!les s'élevaient de beaux kiosques ouverts et de vastes appartements de bambous; des fleurs cultivées avec art y entretenaient un éternel printemps. Il se rendait aux différents palais construits dans cette vaste enceinte, accoinpagné par des troupes de concubines , à cheval, comme lui, jouant des instruments et caracolant. Les barques somptueuses à son usage auraient occupé une longueur de soixante

milles. Au faste des édifices il ajouta l'utilité de deux greniers publics, dont l’un avait deux lieues de tour. Afin de se procurer les matériaux nécessaires à ses constructions, il ouvrit des canaux qui, en réunissant les rivières de second ordre avec le fleuve principal, contribuèrent encore à la prospérité de l’empire du Milieu. Il fit fleurir le commerce intérieur, et les peuples d'Occident accoururent trafiquer dans la ville de Kantchou, sous l’inspection de magistrats particuliers. D'après les renseignements fournis par ces fonctionnaires, on put tracer une carte représentant les quarante-quatre principautés qui subsistaient alors, avéc les routes conduisant de l'Empire Céleste au centre de l’Asie : une de ces routes se dirigeait vers le pays des Oïgours orientaux ; une autre, vers celui des Oïgours occidentaux; une troisième, vers la principauté de Chen-chen, envahie maintenant par les sables.

Ces informations inspirèrent à Yang-ti le désir de se voir révéré de l'Occident; alors, tant par ses ambassadeurs et ses dons splendides que par la force, il rendit à la Chine la prépondérance qu'elle exerçait sur l'extrême Asie avant d'avoir été morcelée. |

Mais ses nombreuses constructions le contraignirent à charger les peuples de nouveaux impôts ; chaque famille dut fournir un homme de quinze à cinquante ans; les soldats euxmêmes furent obligés de travailler, moyennant un supplément de solde. Tous finirent par se fatiguer ; le pays fut bouleversé ; cent compétiteurs aspirèrent au trône, et formérent autant

Siteéynsstie d'États indépendants. Li-yuan, de l'antique famille des Li, rassembla des forces imposantes, battit plusieurs chefs rebelles, et déposa Yang-ti; puis, après avoir détruit les Soui et les douze petites dynasties , il commença celle des Tang, sous le nom de Kao-tsou. En voyant le magnifique palais des rois ses prédécesseurs, il s’écria : Périsse un édifice qui n'est propre qu'à amollir le cœur d'un prince et à fomenter sa cupidité! et i y fit mettre le few

1 fit élever un temple à Lao-Kiun, pour lequel il avait une grande piété; par ses ordres, cent mille bonzes durent se marier, afin de fournir des hommes à son armée. Après avoir dompté ses ennemis, il abdiqua en faveur de son fils Li-chi- .min, auquel il avait dû une partie de ses victoires, et qui sut répondre par la générosité aux attaques envieuses de ses frères; aux calomnies, par de nouveaux triomphes, en repoussant les invasions réitérées. Assailli enfin les armes à lu main

par ses frères eux-mêmes, il fut réduit à leur faire la guerre et les extermina.

Il'est compté parmi les plus grands héros de la Chine, qu’il gouverna sous le nom de Taï-sung (1), en l’étendant vers l'Occident; pour teniren bride les Tou-kou-koen, descendance des princes de Sian-pi, ainsi que les Thibétains, qui commençaient alors à s’agiter et menaçaient d'interrompre les relations commerciales avec l'Occident, il établit au centre de l’Asie quatre schin ou gouvernements militaires, dans les contrées entourées des montagnes neigeuses de Tsung-ling et de Tian-Chan. Les pays à l’ouest et au nord de ces gouvernements se soumirent aux Chinois, qui, dès lors, eurent sous leur obéissance tout le vaste espace compris entre le grand empire et la Perse, laquelle, avec à mer Caspienne, forma leur limite à l’ouest ; vers le nord, ils touchaient à l’Altaï et au Tang-nou en embrassant la Sogdiane, le Turkestan, partie du Khorassin , et les pays traversés pâr la chaîne de l’Indou-kousch.

A l’intérieur, le fils du Ciel était le chef d’un grand nombre d'États féodaux gouvernés par des princes , dont seize de premier rang, appelés vice-rois ({ Tou-tou-fou), et soixante-douze de moindre importance. Ses troupes étaient réparties en centvingt-six camps militaires. Ces princes recevaient de l’empcreur leurs lettres patentes, le sceau et la ceinture; muis, du reste, ils administraient à lcur gré, envoyant à certaines époques des ambassades et des présents à la cour, ct s’obligeant à maintenir leurs provinces en paix.

Ces vassaux n'étaient pas les seuls qui rendaient hommage à Taïsung ; il faut y joindre encore ceux du Népal ct et du Magada (Behar), dans l'Inde. Yiezdedgerd, schah de Perse, chassé par . les Arabes, chercha un refuge à Fergana; le Fou-lin luimême, c'est-à-dire l’empereur romain, envoya en présent à Taï-sung des cristaux couleur de pourpre (rubis\ et des émeraudes. Les agrandissements des Arabes (Taschi) ne restérent pas ignorés des Chinois; leurs annales mentionnent qu'ils envahirent le territoire des Romains, défirent leurs armées et les soumirent à un tribut : tant volait au loin la re-

(1) Klaproth l'appelle Wen-vou-ti, nom qui ne lui est donné dans aucun livre chinois. Cet écrivain s’est écarté pour d’autres noms encore de la leçon commune, sans motif; il donne, par exemple, au fils de Taï sung le nom de Hiao-{i, au lieu de celui de Kao-tsung.

1422 ap, J.-C.

nommée de ces Bédouins, resserrés naguère entre deux golfes et le désert !

Taï-sung eut aussi des démélés avec La Corée (Kao-li). Cette vaste péninsule oblongue, qui a la Chine à l'Ouest et le Japon à l'est, environnée de cent cinquante îlots épars dans la mer Jaune et dans celle du Japon, aussi étendue que l'Italie, se trouve sous la même latitude; mais elle est si froide à cause des montagnes, qu'il faut, durant l'hiver, y creuser des galeries sous la neige, pour communiquer d’une maison à l’autre (1). Elle renferme environ huit millions d'habitants, distribués dans quarante et une principautés, où l’on compte trente-trois villes de première classe, trente-huit de second ordre, et soixante-treize plus petites.

Elle doit sa culture intellectuelle aux Chinois, dont la langue, l'écriture et la doctrine y sont en usage parmi les lettrés, que distinguent deux plumes sur leur bonnet; le peuple parle un idiome qui lui est propre, et dans lequel se trouvent mêlés beaucoup de mots chinois et mantchoux. Il s'habille à la manière des Chinois : une robe longue ouverte avec de grandes manches, un bonnet carré, et des espèces de guêtres en cuir, en coton ou en soie. Les riches se coiffent d’un chapeau à trèslarges bords et de forme pointue; ils ont la barbe longue, les cheveux ras, et les femmes réunissent les leurs en grosses tresses à la nuque. Les Coréens bêchent soigneusement le sol jusqu’au sommet des montagnes, soutenant la terre à l'aide de petits murs. Le riz est la culture ordinaire et l'aliment le plus général.

Ts paraissent descendre d'une nation jadis très-puissante au cœur de l’Asie, et appelé Sian-pi, au sud de laquelle habitait un peuple désigné par le nom de Han.

Ki-tsou, oncle du dernier empereur Chang, avait été mis en prison par l'ordre de celui-ci, parce qu’il désapprouvait sa conduite ; Wou-uang espéra donc, lorsqu'il eut usurpé le trône, trouver en lui un ami et le faire son premier ministre. Mais il répondit qu'ayant servi les Chang, auxquels sa famille était

(1) KLarrora a publié en 1832 la traduction du San-kok/-tsou-ran-to-sets, ou Aperçu général des trois royaumes. HAMEL avait publié en 1668, Rotterdam, un précis de ce pays : Journal van de ongelukkige voyagie van liacht de Sperwer, gedeslineerd nu Tayvwan in l'iaar 1653 : koe, l'srlve iacht opt’ Quelpaerts eyland is gestrant; als mede een pertinente beschryvinge

der landen, provinlien, steden ende fortem leggende in &' koningryk Corea.

redevable de toute sa fortune, jamais il ne passerait au service du destructeur de ses maîtres. Wou-uang, admirant sa fidélité, le fit roi de la Corée, dont il civilisa les habitants. On ignore les vicissitudes du pays sous ses successeurs, qui régnèrent dans le nord-ouest de la péninsule jusqu’au quatrième siècle avant J.-C., époque à laquelle ils furent assujettis aux petits rois de Yan. Quand les Tsin eurent .été détrônés, beaucoup de Chinois cherchèrent la tranquillité dans cette contrée; plus tard, l’empereur Wou-ti en fit une province dela Chine.

Trente-huit ans avant J.-C., un homme né miraculeusement s’empara de l’ancien royaume de Ki-tsou, qu’il nomma Kao-li, et y fonda une dynastie qui dura jusqu’en 667; elle fut renversée par les Chinois, qui établirent des vice-rois dans le pays. |

Dix-huit ans avant J.-C., le royaume de Pé-tsi s'était formé au sud-ouest ; il fut détruit en 660 par les Tang chinois.

Le royaume de Sin-lo, au nord-est, était plus ancien ; fondé cinquante-sept ans avant J.-C. par des étrangers venus par mer, il se soumit dans le troisième siècle aux Japonais, qui étendirent leur domination sur une grande partie de la péninsule. | ;

La religion de Bouddha fut introduite dans le Kao-li en 379, douze ans après dans le Pé-tsi, et dans le Sin-lo en l’an 528. Bien que les bonzes soient tenus dans la sujétion et contraints de bâtir leurs temples en dehors de l’enceinte des murailles, le mépris qu’on leur témoigne ne les détourne pas de leur vié austère et de leurs cérémonies multipliées. Ils ont des couvents qui comptent jusqu’à cinq cents cénobites, dont quelques-uns sont rasés tout à fait etne mangent jamais de viande ; s'ils font mine de regarder une femme, ils reçoivent la bastonnade et sont chassés du monastère. Une fois admis, on leur applique une marque indélébile pour les faire reconnaitre s’ils rentraient dans la vie Civile. La plupart subviennent comme ils peuvent à leur entretien, soit en instruisant de jeunes garçons, soit en se livrant à quelque menu trafic, et les vieux mendient. Le gros du peuple $’en tient à une espèce d'idolâtrie grossière, sans autre culte que de brûler devant des idoles quelque bois odorant et de leur faire des saluts,

Les habitants de ce pays étant depuis tant de siècles assujettis à la Chine, surtout depüis l'avénement des Tartares à l’eëmpire, ils ont conträcté les vices de la servitude, le goût des plaisirs ignobles, la fraude, la lâcheté. Les femmes, moins gardées

qu’à la Chine, peuvent aller à pied et prendre part à la conversation. Le commerce y est très-actif avec le grand empire et le Japon ; comme la mer entoure le pays, chaque ville est obligée de tenir toujours un navire équipé. Les Coréens ont des connaissances si restreintes que le monde, selon eux, ne sc compose pas de plus de douze royaumes, qui se sont soustraits à la domination de la Chine, et leurs cartes n’indiquent point de terres au delà de Siam. Si les Européens vicnnent à leur parler de tant d’Étals florissants dans les différentes parties du monde, ils se mettent à rire, en répondant : Quoi donc? faudra-t-il compter chaque flô! pour un royaume , chaque hameau pour une ville ? Comment, s'il en était autrement, le soleil pourrait-il éclairer tant de pays dans un seul jour ?

Kaï-sou-wen, grand de cette contrée, ayant assassiné le roi, Taï-sung marcha contre lui pour le punir, et entra dans la Corée, qui fut ensuite (650) soumise par Kao-tsung, son successeur (1).

Tai-sung était aussi valeurceux à la guerre que généreux et prudent durant la paix. Je crains sur toutes chose, disait-il aux grands, que la yaieté ou la mauvaise humeur ne mn'entraine à recompenser ou à punir mal à propos. Je vous invite donc de nouveau à m'exposer franchement en quoi je pèche, et vous deres de rnéme écouter les avertissements qui vous sont donnés par d'autres sur vos défauts.

Avant de signer une sentence capitale, ils’imposait un jeûne de trois jours, s’abstenant de musique et d’autres divertissements ; ayant lu que la bastonnade appliquée sur le dos est nuisible aux parties nobles, il ordonna de l'infliger plus bas. N destina aux leltrés un vaste édifice dans son palais, afin qu’ils pussent composer à loisir, ou recueillir ce qu’avaient de mieux les ouvrages publiés ; à certaines heures, la multitude pouvait y venir entendre l'explication des livres saints, donnée quelque-

(1) On lit ce qui suit dans le Tong-kué-tong kien, ou Miroir général des pays orienlaux : « Dans la dixième année du règne de Mou-sing, roi de Corée (607 de J.-C.). une montagne s'éleva du fond de la mer, au midi de la Corée Quand elle commença à surgir, les nuages et la vapeur obecurcirent l'air, et la terre trembla avec un fracas semblable à celui du tonnerre. Au bout de sept jours et de sept nuits, l'obscurité se dissipa. La montagne avait cent changs (mille pieds) de hauteur, et quarante {à (quatre lieues) de tour ; on n’y voyait ni herbes ni plantes. Une fumée épaisse enveloppait sa cime. L'empereur envoya pour l'examiner le savant Tien-kong, qui, en étant descendu, en leva le dessin et le présenta au monarque. » (Mémoire de M. Julien à l'Académie, lu le 8 juin 1840.)

fois par le roi lui-même; en outre, il construisit dans sa capitale un collége où l'on élevait jusqu’à dix mille jeunes gens, parmi lesquels les fils de plusieurs princes étrangers; il fit faire pour leur usage une édition des livres canoniques et classiques, dont le texte fut accompagné de commentaires d’une grande autorité, qu’un grand nombre de savants tirèrent des meilleurs auteurs en tout genre, surtout de ceux qui fleurirent sous les Han.

Afin que la paix ne fit pas perdre l'habitude de la guerre, il jastitua partout des académies militaires, où l'on devait s'exercer principalement au tir de l'arc, l'arme spéciale du grand empire ; lui-même prenait part à ces exercices, et il répondait à ceux qui l’exhortaient à ne pas exposer sa personne : Je me considère dans mon emjire comme un père dans sa famille, et je porte tous mes sujeis dans mon sin comme mes fils. Pourquoi donc craindrais-je ? I] diminua les impôts, ordonna et résuma le code civil, le code criminel et les coutumes; il partagea l'empire en dix provinces, dans lesquelles on comptait mille neuf cent soixante-neuf villes, et distribua l’armée en huit cent quatre-vingi-quinze corps, avec des magasins pour leur entretien; il pourvut à la subsistance des vieillards et des infirmes, combla les hommes de mérite de ses dons. Il gratifiait ceux qui montraient de la piété filiale de cinq grandes mesures de riz, et faisait graver sur le seuil de leur maison le nom de la vertu dont ils étaient les modèles.

I écrivit lui-même le #iéroir d’or, traité sur l’art de régrer, dont quelques maximes pourraient être méditées utilement par: plus d’un souverain : « Appliqué chaque jour aux affaires pu- « bliques, écrit-il (1), je me plais le reste du temps à pro- « mener ma vue et ma pensée sur l’histoire du passé ; j'exa- « mine les mœurs de chaque dynastie, les bons ou mauvais « exemples de chaque prince, les révolutions et leurs causes, « et j'y trouve toujours du profit. Quand je recherche pour- « quoi, tous les princes désirant régner tranquillement et « transmettre leur rang à une postérité nombreuse, on ne « voit partout que des troubles et des bouleversements, je « trouve que la cause en est le plus souvent dans le peu de « soin que les princes apportent à méditer sur eux-mêmes, et « dans leur répugnance à entendre la vérité; ce qui, en les

(1) Le père Hervieu a traduit quelques passages de ce livre pour le recueil du père Du Halde,

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aveuglant sur leurs devoirs et sut leurs fautes, entraine leur ruine.

« Pour éviter cela, après avoir lu dans l'histoire les règles d'un bon gouvernement et les causes des révolutions, je m'en fais un miroir pour ; apercevoir mes défauts et m’appliquer à les corriger.

« Le premier point d'un gouvernement juste est de n'élever aux grands emplois que des personnes vertueuses et dignes. L'empereur, porté au comble des honneurs, doit aimer ses

« peuples et chercher à les rendre heureux, ce qui réclame

deux choses, le bon ordre et la sécurité. Pour assurer le premier, il doit faire des règlements et les fortifier par

« l’exemple; pour l’autre, il lui faut avoir des armées qui « Ôtent à l’ennemi la volonté d’envahir ses frontières.

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