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parmi ses membres, que tous s'appellent rois. Personne ne consent à payer tribut à qui que ce soit, et l’on a en horreur la pensée d’une soumission qui ressemble à l’esclavage.
« Tu as fait exception en faveur de l’Yémean. O Chosroës ! ton aïeul et ton père ont su ce que vaut un roi d'Imyar, et le roi d'Imyar sait ce que valent les Arabes du désert. Quand le roi d’Imyar, vaincu par l’Éthiopien et chassé de son royaume, vint demander secours à ton aïeul, la chose lui parut si misérable que le grand Nouschirvan ne daigna point s'armer pour lui. Ïl s’adressa donc à ses voisins du désert, qui heureusement répondirent à son attente; mais, s’il n’avait trouvé parmi eux des hommes sachant frapper de la lance, cribler de dards les Abrar et serrer de près les Kuffur, jamais il n'aurait revu son pays. »
Chosroës admira l’éloquence de Nouman, et lui fit don, en le congédiant, d’un habillement complet de sa garde-robe (1).
Nous ne. voulons pas accorder à cette amplification plus d'importance qu’à celles dont les historiens classiques ont
(1) Ce récit fut traduit en 1839 par Fulgence Fresne!, l’un des orientalistes qui ont le plus étudié les documents relatifs à l'Arabie. Il a visité récemment cette péninsule, en observant surtout les coutumes et les traditions qui peuvent servir de commentaire à celles de l’antiquité. La langue des Imyarites se parle encore à Mirba et à Zafar, mélangée d'un grand nombre de mots hébreux; de même, un grand nombre de traditions patriarcales s’y sont conservées. Les habitants de la ville, de la campagne et du désert sont tout à fait distincts. Les premiers sont, comme partout ailleurs, commerçants, propriélaires. artisans, légistes. Ceux de la campague, réunis par villages, s’adonnent à la culture ; ceux du désert vivent tout à fait à part des autres, toujours libres de la domination étrangère, comme jadis les naturels de l’Assir, pays montueux, entre l'Hedjaz, le Tiama et l’Yémen proprement dit. Les Turcs regardent comme une entreprise des plus difficiles de soumettre ces Suisses de l'Arabie, que la ferveur de l'Islam n'entraina pas à porter au loin leurs armes et leur religion. Vers le Djézan, la circoncision est une opération atroce, parce qu’on ‘écorche toute la partie quand l’homme est déjà aduite, et en présence de sa fiancée, qui le refuserait s’il poussait un gémissement. Ces moutagnards détestent les Turcs, et ne manquent pas une occasion de se jeter au midi sur l’Yémen, et au nord sur le Haram sacré. L’'Yémen est partagé entre plusieurs scheiks, et ses habitants, loin de haïr les étrangers, ne désirent, dans leur mollesse, que de dépendre d’un gouvernement assez fort pour les protéger. Le pacha d'Égypte tient donc facilement dans la sujétion les villes opulentes de l’Yémen, tandis qu'il ne fait la guerre aux pauvres villages de l’Assir que pour assurer le passage des caravanes. Les Wahabites orientaux, qui demeurent entre Médine et Nedjid, échappent aussi à sa domination. Cette population, qui unit la vie du Bédouin à celle de l’agriculteur, possède les meilleurs chevaux et des chameaux sans nombre, avec lesquels elle s'enfuit dans le désert quand le vice-roi prétend en recruter pour ses armées. (Voy. Bulletin de la Société de géographie, mai et juin 1839.)
orné leurs récits; mais, comme ces dernières, elle nous révèle les mœurs et les opinions du temps, d’autant plus précieuse qu’elle date de douze siècles, et nous représente encore avec vérité la société moderne. Les Arabes, en effet, tiennent extrémiement à leurs usages, comme tous les peuples orientaux, et continuent leur ancien genre de vie (sauf l’infanticide) dans les contrées où les Turcs n’ont pas pénétré ; ce qu’on voit surtout chez les Anazés, au nord de la péninsule, et les Jafés, mattres de l'Hadramaout, les derniers représentants de l’indépendance ismaélite.