CHAPITRE II
Il y avait dans la tribu des Koréischites, issue d'Ismaël, fils d'Abraham, et l’une des principales parmi les Arabes, parce qu'elle était chargée de la garde de la Kaaba, une famille illustre, celle de Haschem, qui, durant une grande disette, avait employé ses richesses, gagnées dans le commerce, à nourrir tous les habitants de la Mecque. Abdol-Motalleb, son fils, défendit la ville lors d’une invasion des Abyssiniens. Il vécut cent vingt ans, et engendra six filles et douze fils, parmi lesquels Abdallah, l’objet de sa prédilection, devait être immolé
par suite d’un vœu imprudent fait aux dieux de la patrie; |
mais Abdol racheta sa vice au prix de cent chameaux. C'était le plus beau des fils d’Ismaël, et, quand il épousa Amina, fleur de l'illustre famille des Zarites, deux cents jeunes filles moururent de jalousie.
Dans la solennité par laquelle on célèbre la naissance d’un mâle, l’aieul voulut que l’on donnât au nouveau-né qui fut l'unique fruit de cette union, non pas un nom en usage dans la famille, mais celui de Mahomet (1), dans la confiance que
(1) Mahamad, loué, glorifié ; il eut pour surnom Abou’! Kassem. On ne sait pas précisément la date de sa naissance, qu'on place de 570 à 578. Les almanachs musulmans la mettent au 12 du mois Rabie premier.
Nous ne possédons pas une seule vie de Mahomet écrite par des contemporains. Le meilleur de ses biographes, ABou’L FÉDA (de Vila et rebus gestis Mohamedis, ed. Reiske, Copenhague, 1789), vivait dans le quatorzième siècle.
Dieu le gloritierait. À deux mois cet enfant perdit son père, sa mère à six ans, et il resta sans autre héritage que cinq chameaux, une esclave noire, et la protection d’Abdol-Motalleb ; celui-ci le recommanda eñn mourant à Abou-Taleb, son fils; qui detint le chef des Koréischites et le premier de la Mecque. Taleb le destina au commerce, et, à l’âge de douze ans, l’emmena avec lui en Syrie. Là, dans un monastère de Bosra, un moine nestorien nommé Bahira ou Sergius, étonné des réponses sensées, des expressions précises et de la franchise du jeune Arabe, lui prédit un glorieux avenir, et invita son oncle à le préserver des piéges des Juifs (4).
Lorsqu'il eut atteint l’âge d'homme, il combattit contre les Chénanites et les Avazenites, qui avaicnt violé le territoire sacré de la Mecque, et fit preuve de courage; il montrait aussi un esprit judicieux dans la conversation des principaux citoyens qui se réunissaient chez son oncle. La franchise qu'il mettait dans ses paroles et ses actions l'avait fait surnommer par eux le Sincère ( Al-Amin). Une femme ayant incendié la Kaaba en brülant des parfums, les Koréischites résolurent de la reconstruire sur le mêrne plan, sauf à l'agrandir, à cause du nombre toujours croissant des dévots. Lorsque les murailles
La source la plus sûre est le Corän, quoique son authenticité ait été aussi mise en doute.
Voyez : EL MACIN (EL-MACKiN), Historia Saracenica, arabice et laline ; Leyde, 1625.
PRipeaUx, Life of Mahomel ; Londres, 1697.
BOULAINVILLIERS, Vie de Mahomel; ibid., 1730.