‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 41 sur 46 · LE CAFÉ · texte numérisé non relu

LE CAFÉ

Ma, se noiosa ipocondria ti opprime,

O troppo, intorno alle vezzose membra,

Adipe cresce, de’ tuoi labbri onora

La nettarea bevanda ove, abbron:ato,

Arde e fumiga il grano a te d'Aleppo ©

Gtunto e da Mocca che, di mille navi

Popolata mai sempre, insuperbisce, PAR, Mattinso,

Le cafier est une plante de la famille des Rubiacées, toujotrs verdoyante, aut tiges verticales, rameuses, de einq à huit mètres de hauteur, aux feuilles ovales, pointues, luisantes, semblables à cetles do lacrier, produisant des touffes de fleurs blanches d’uné odett qui rappelle eelle du jasmin, d’où naissent des baies rouges peu différentes des cerises. Dans l’intérieur se trouvent deux par deux ces graines qui, torréfiées et moulues, fournissent la décoction parfumée dont l'usage est devenu si général.

On veut que cette plante soit otigitiaire de lt haute Éthiopie, d’où elle passa dans l'Arabie, qui en possède les meilleures qualités. Elle prospère entre les tropiques, sar le penchant des mornitagnes, dane les lieux où elle a de l'humidité et de l'ombre. On voit dans l'Yémen sa verdure s'élever sur des terrasses disposées en amphithéâtre, et arrosées par des filets d’eau ou à force de bras.

Le priett d’un monastère de l’Arabie cortnat le premier, dit-on, là propriété que possède cette plante de chasser le sommeil, en observant cet effet sur les boucs et sur les chèvres qui en avaient rongé le feailluge. 11 en donnait, ett conséquence, une infusion à so moires pour qu'ils ne s’endotmissent pas dutunt les psalimodies nocturries Seton d’autres, ce serait le cheik Omar, mollah ou moine de l'ordre des Schatziles, qui en aurait fuit usage le prenrier pout vaincre sa propre Bemnolence. fl fut imité par d’autres detviches, et bientôt on reeonnut l'action douce du cafè sur l'estomac; on apprit à le préparer, et le goût, agréablement flatté, s’empara du remède. |

Quelques-uns veulent qu'il ait été employé plus anciennement en Perse, et que le mufti d’Aden, voyageant dans cette contrée vers la moitié du quinzième siècle, en ait appris l'usage. Reporté dans sa patrie, par les pèlerinages de la Mecque, le café aurait été bientôt répandu en Égvpte, en Syrie, aux Indes, et de là en Europe.

Un navire indien aborda un jour sur la plage de Théama, en Arabie; les hommes de l'équipage, apercevant un ermitage à peu de distance, y entrèrent, et trouvèrent Schédeli, vieil ermite, qui, les ayant accueillis avec affabilité, leur offrit du café. Cette boisson, qu’ils ne connaissaient pas encore, leur plut beaucoup, et ils pensérent qu'elle pourrait procurer du soulagement à leur capitaine, qui était malade. Schédeli leur assura que, par elle et la prière, il guérirait promptement, prétendant même que, s'ils débarquaient leurs marchandises en cet endroit, ils feraient un bénéfice énorme, et ajoutant d’un ton prophétique qu'il s’y éleverait une ville d’un grand commerce.

Le capitaine voulut faire connaissance avec l’ermite, et se sentit ranimer en vidant avec lui quelques tasses de café. Sur ces entrefaites, quelques dévots, descendant des collines de l'Yemen, vinrent en pèleæinage à l’ermitage de Schédeli; comme c'étaient des marchands, lorsqu’ils eurent vu le chargement de l’indien, ils en traitèrent avec lui. Les deux premières prophéties de Schédeli se trouverent ainsi vérifiées ; puis, comme le bruit s’en répandit dans l’Arabie et dans l'Inde, bon nombre de gens vinrent le visiter, et des cabanes, des auberges, furent construites autour de sa demeure.

Après sa mort, une mosquée fut érigée près de son tombeau, et plusieurs familles ne tarderent pas à s'établir aufenvirons, favorisées par des puits dont l’eau était bonne, et par les palmiers qui prospèrent en cet endruit. Telle fut l’humble origine de la ville de Moka, semblable à tant d’autres en Europe, auxquelles donnèrent naissance des ermitages et des monastères. Schédeli devint le saint tutelaire des cafetiers musulmans, qui chaque jour en font commémoration à la prière du matin, en remerciant Dieu d’avoir, par l'intervention de l’ermite, fait connaitre hors de l'Arabie cette précieuse boisson. Le café qui croît dans les environs de cette ville fut toujours considéré par la suite comme le meilleur de tous.

Nous nous dispenserons de rapporter toutes les traditions et les chants débités à la louange du cafe dans les pays musulmans; les Persans vont jusqu’à dire que Gabriel lui-n.ème di di du ciel au prophète, pour rétablir sa santé.

Un poëte arabe s'exprime ainsi :

« O café! tu dissipes tout souci; à toi les vœux de l’homme adonné « à l'étude! Le sage qui goûte la coupe où pétille ton écume, connait « seul la vériié.

« C'est un vin auquel ne saurait résister aucun chagrin, quand « l’échanson présente à la ronde la tasse parfumée qui le contient.

« Buis-le en toute sûreté, et n’écoute pas les insensés qui le réprou- « vent sans raison. »

« Sacy dit qu’il fut introduit dans l’Yémen au commencement du neuvième siècle de l'hégire, par le cheik Dabani, et connu peu après en Égypte, où s’ouvrirent des maisons pour le vendre. Il ne fut apporté à Constantinople que sous le règne de Soliman. fils de Selim, vers 1556, et il devint dans cette viile un germe &e discussions. Les ulémas, gardiens de la lui, prétendirent que cette boisson enivrante était prohibée par le Coran, comme les autres spiritueux. Ébou-Suoi, mufti, fit droit à leurs arguments, et rendit un fefwa pir lequel il déclara proscrite toute boisson faite avec des légumineux torréfiés.

Les individus, et ils étaient nombreux, qui avaient pris goût au café, élevèrent des réclamations; d'autres, versés dans la connaissance de la loi, soutinrent qu'il ne se trouvait nulle trace d'une défense semblable ni dans la loi écrite, ni dans la tradition, et la décision du muofti, que ne valida point la sanction impériale, resta sans vigueur. Bientôt Constantinople vit s'ouvrir une cinquantaine de cafés dans le genre de ceux qui déjà existaient en Perse; ce furent des rendez-vous pour les désœuvrés comme pour les gens occupés, qui venaient y chercher un moment de distraction. Le nombre s’en accrut jusqu’à six cents sous Sélim et Amurat. Plus tard, étant devenus des asiles de débauches en mème temps que des foyers d’intrigues, Amurat III tes fit fermer, et interdit mème l'usage du café en 1578.

Les ulémas se remirent alors à discuter sur l'orthodoxie légale de cette boisson; mais, l'opinion qui la déclarait licite ayant prévalu, Amurat abrogea la défense. L'usage en augmenta alors, bien que le renouvellement des mèmes désordres fit tenter plusieurs fois d'en supprimer au moins la vente publique. Durant la guerre de Candie notamment, un prédicateur fanatique, nommé Wani, voulut démontrer que le café était contraire à l’I-lam, et le fameux Koprili le fit defendre. Cependant le goût général l’emporta toujours.

En 1523, Abdallah Ibrahim, mufti au Caire, s’éleva contre le café ; les habitants, prenant parti pour et contre, commencèrent par discu— ter, et finirent par recourir aux armes. Le commandant de la p'ace, ayant apaisé le tumulte avec beaucoup de peine, réunit les chefs des deux factions, et, après les avoir écoutés longuement argumenter dans les deux sens avec la mme obstination et la mème inutilité que de coutume, il trancha la difficulté en faisant verser du café à tout le monde.

L'usage en resta donc très-répandu en Orient, et il n’est pas de misé: rable hameau où il n'y ait boutique ouverte pour en débiter ; pas un homme, de quelque âge ou de quelque condition que ce soit, qui n’en boive; pas une maison si pauvre où l’on ne commence par en servir une tasse à celui qui vient en visite ou pour affaires. On peut évaluer à quatre onces par jour la consommation que chacun en fait. Jamais les Orientaux ne le prennent ni avec le sucre, ni avec le lait ; ils croiraient en gâter ainsi le goût; mais ils le savourent chaud à toutes les

heures du jour, alternant les gorgées du liquide avec les aspirations de la fumée du tabac.

À Constantinople et dans les autres grandes villes, on trouve un grand magasin où l’on ne fait que brûler et moudre du café. Quant aux boutiques où on le vend, elles sont à peu près comme en Europe. On y voit paraitre, surtout en hiver, des bateleurs ou des conteurs d’histoires, qui débitent des récits avec la grâce et la vivacité propres aux langues orientales; les musulmans les écoutent avec cet intérèt plein d'anxiété, particulier aux habitants de ces contrées,

Venise, qui était en relations continuelles avec l'Orient, fut probsblement la première qui introduisit le café dans la chrétienté ; cette ville et les pays de sa dépendance sur la terre ferme eurent pour ce breuvage la même passion que les Orientaux. Pierre della Valle en but pour la première fois à Constantinople en 1615, et il écrivait à Mario Schjpano ; « Quand je me disposerai à revenir, j'en emporterai avec moi, ‘get je ferai connaître à l'Italie cette plante qui, jusqu’à présent, y est « peut-être inconnue, Si l’on en buvait aves Le vin comme on le boit «avec de l’eau, j'oserais supposer que c’est le népenthes d'Homére, « qu'Hélène, comme il le raconte, tira jadis d'Égypte, etc. » 11 5e trompri en ne le croyant pas connu, car le medecin allemand Léonard

uwolf en avait déjà parlé en 4573, et plus exactement Prosper Al pino, qui avait été médecin du consul de Venise en Egypte, dans les ouvrages de Plantis Ægypti et de Medicina Ægyptiorum, 1591- 1592. Londres et Paris ne virent s'ouvrir des cafés que vers la moitié du dix-septième siècle. En Angleterre, sous le règne de Charles JE, il fut rendu une loi, le 27 décembre 1676, qui les supprimait comme des rendez-vous pour les séditicux, des foyers de médisanees et de mensonges politiques. En France, Suliman Aga Mutelerrika, ambassadeur en France en 1669, régalait de café tous ceux qui le fréquentaient, et en répandit ainsi le goût, Trois années après un Arménien nommé Pascal ouvrit le premier café à la foire Saint-Germain, puis dans la rue de la Monnaie ; mais il eut peu de succès, attendu qu'il n’y voyait guère venir que des chevaliers de Malte, ou quelques personnes qui avaient habité les pays étrangers. il dut donc transporter sen établissement à Londres; mais, comme il arrive d'ordinaire, ce qui avait mal réussi au premier fit la fortune de ceux qui vinrent après lui, et qui bientôt se multiplièrent. Étienue d'Alep fut le premier qui changea l’humble boutique en une belle salle avec des tables de marbre et des glaces ; la tasse de café s’y payait deux sous et demi. Ce ne fut pas La moindre gloire du ministère de Colbert,

C'étaient, en général, des Levantins, des habitants de la Turquie on des Vénitiens qui ouvraient des cafés dans les primeipales villes, durant tout le siècie passé.

Lorsque l'usage du calé se fat répaudu sur une large échelle, en dut vaturellement songer au moyen de s'affranchir d'un tribut qui chaque jour dexenait plus pesant envers l'Orient, Les États qui avaient des possessions entre les Lrapiques eonçurent la pensée d'y asclimater est arbrisseau dans des sites analogues à ceux de l'Arabie Heureuse. Les

Hollandais les premiers en transplantérent quelques rejetans de Moka à Batavia. Les magistrats d'Amsterdam en présentèrent à Louis XIV un pied qui, déposé au Jardin des Plantes, devint la souche des immenses plantations qu’en fit la -France dans ses colonies d'Amérique. Il en fut expédié une plante à la Martinique; mais, l’eau étant venue à manwuer dans ce long trajet, l’arbrisseau aurait péri si un amateur passionné n’eût partagé sa ration avec lui. | arriva ainsi dans les Anfilles, où il prospéra. Il en fut distribué des graines aux colons, qui &-hâtèrent de les semer et d'en accroître la culture. De là il se propa- ” gea à Saint-Domingue, à la Guadeloupe, et successivement dans les autres iles.

Il en fut envoyé des boutures de la Guyane hollandaise à Cayenne ; la compagnie des Indes françaises en expédia directement de Moka à l’ile Bourbon, où le grain étant long, menu et vert plus que dans l’Arahie mâme, quelques uns l'y crurent indigène.

Nous avous donné les caractères particuliers de l’arbrisseau,

Lorsque la baie est parvenue à maturité, on Ja fait sécher dans des Siuxes, ou mieux au soleil, pour séparer la fève.de la pulpe; .opération qui se dait avec des meules. Dans les Antilles, on jette la pulpe où paxesshyme, comme inutile; les Arabes en font ne infusion. On aghèxg de dessécher Jes grains dans des fours et à l'air libre ; puis on les ex- Jodie.

-Quead Napoléon voulnt faire la guerre à la Grande-Bretagne, .en prohibant dans toute l’Europe l'importation de ses manchaudises, le @n£é, comme les autres denrées coloniales , s’éleva à des prix exorbiéaats, et cette boisson devint un objet de luxe. On inventa alors difféenis procédés pour y suppléer; mais aucun n'eut un heureux résu- #at.Quaud la mer fut rouverte, la consommationn devint. plus grande que amas.

On classe les différents cafés, d’après lenr qualité, dass l’ordre œuivant : de Moka, de la Martinique, fin vert, de la Guadeloupe, de File de Bowrbon, de Cayenme, Saint-Domingue, Ceylan, Marie-Gabande, de la Havane, de Caba, de Porto-Rico, du Brésil, de Java et de tSamatre.

La consemmation du café dans la seule Angleterre, en :1789, a été -6valuée à 900,000 livres ; en 1834, à 24,000,000.

Veici les quantités qu'on en exporte des différents lieux :

Tonneaux.

De Moka, Odéida et autres ports de l’Arabie..........., 10,000 De avais seu des eneans ce ndannetsan de 13,000 De Sumatra et autres ports de l'archipel Indien.......... 8,000 Du Brésil et de l’ancienne Amérique méridionale espagnole. 42,000 De Saint-Domingue...................... den ues 50,600 Des Indes occidentales. — Colonies anglaises. :.....,.... 11,000 Colonies jadis hollandaises......,.....,,.... Sense 5,000 Colonies françaises, y compris l'ile Bourbon... soso 8,000

Total. : 447,000

La consommation, selon quelques-uns, dépasserait de beaucoup ce “chiffre :

Tonnessz.

Re Nes La Hollande et la Belgique. De Tnde +. + + + 40,000 L'Allemagne et les pays voisins de la Bâltique. … + + + + 32,000 La France, l'Espagne, l'Italie et les pays du Levant . . . 35,000 L'Amérique. . . . . . . . . +... . + + + . + + + 20,000

Total.. 242,000

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