‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 6 sur 46 · GAGMIER, id. ; Amsterdam · texte numérisé non relu

GAGMIER, id. ; Amsterdam

La première est une diatribe; la seconde, un panégyrique; là troisième est la meilleure.

Savary, Abrégé de la vie de Mahomet ; Paris, 1783.

OELsxFR, Mohamed, mémoire couronné par l’Institut de France en 1809.

De Brequiexy, Dissert. sur la fondation de La religion de Mohamed et de son règne. Mém. de l’Acad. des inscript., t. XXXII. |

Sizv. DE Sacy, Vie de Mahomet, dans la Biographie universelle.

Rawroint, Ann. müusulmani ; Milan, 1822.

Mur, History of Mohammedanism.

W. CC. TayLoR, The History of Mohammedanism and ils sects, descrived chiefly from oriental sources ; Londres, 1834. Il considère l’islamisme comme un travestissement des doctrines hébraïques et chrétiennes.

HAMMER-PURGSTALL, Gemüldesaal der Lebensbeschreibungen grosser moslimischer Kerrscher der ersten sieben jahrhunderie der Hidscyret.

1 ne faut pas oublier dans cette nomenclature les travaux du savant orientaliste français M. REINAUD.

(1) On raconte que cæ Sergius fut le principal auteur du Coran; supposition qui n'est fondée sur aucun déturhent antieh. D’autres le distinguent de Bahira.

furent élevées à la hautcur où devait être mise la pierre noire, il naquit un différend entre les tribus pour savoir à laquelle appartiendrait l'honneur de placer cet objet révéré. On en venait déjà des paroles aux voies de fait, quand les vigillards proposèrent de s'en remettre au premier qui se présenterait au seuil de la maison carrée. Le hasard ou l'adresse y conduisit Mahomet : il conseilla de mettre la pierre sur un tapis, et d'appeler un homme de chaque tribu pour la tenir par les bords et la soulever jusqu’à hauteur d’homme, comme il était convenu ; alors il la prit de sa main et la posa.

L’habilcté de cet expédient accrut la considération que déjà lui avaient acquise son esprit, la beauté de sa personne, sa longue barbe, son œil vif et pénétrant, l’expression de sa physionomie, l'influence de sa parole. Doué d'une mémoire aussi vaste que sûre, d’une riche imagination, d’un jugement droit, il parlait le dialecte le plus pur, et avail appris dans la première fiunille de la nation à discourir avec élégance; il avait donc tout à la fois des manières polies ct graves, quoiqu'il n’eût point recu d'éducation ct ne sùt même ni lire ni écrire. U ne lui manquait que la richesse; mais une veuve opulente, nommée Kadija, ayant besoin d’un homme habile et loyal pour diriger ses affaires de négoce, le prit à son service; puis, charmée de sa fidélité non moins que de sa beauté, elle lui donna sa main, malgré la différence d'âge, puisqu'elle avait quarante ans, et lui vingt-cinq. Abou-Taleb paya la dot de douze onces d’or et de vingt chameaux, et Mahomet se trouva l’égal des premiers habitants de la Mecque.

Son génic avait un but bicn plus élevé. Fier de descendre du patriarche fondateur de sa nation, il s'était montré, dès ses premières années, enclin aux méditations religieuses et aux discussions dogmatiques. Chaque mois de Ramadan, il se retirait au fond de la caverne de Héra, afin de puiser une vigueur nouvelle dans les fortes leçons de la solitude. Là il acquit la conviction que l’idolätrie n’avait pas été le culte primitif de l'Arabie ; mais il est possible qu'il eût pris dans ses entretiens avec des étrangers, chrétiens, juifs ou perses, lors de ses courses commerciales à Bosra et à Damas, des idées plus saines sur la Divinité, et qu’entendant parler des diverses croyances rivales, 1l se fût proposé de les réduire toutes en une seule qui, lrès-simple dans ses dogmes, n’en exelût aucune. Il put même savoir que l’état du monde était favorable à une grande innovation ; en effet, les Hébreux soupirsient après le libé-

rateur promis, les Perses languissaient épuisés par des dissensions civiles sans fin, l'Arabie se trouvait divisée entre des tribus rivales, ct la Grèce livrée à des hérésics aussi vaïines qu'opiniâires.

Jl passa à mûrir son dessein les quinze années durant lesquelles l’histoire se tait sur son compte. Peut-être cette ar-

dente conviction, nécessaire à quiconque s’engage dans une vaste entreprise, lui fit-elle penser qu'il était destiné par le ciel

à réformer le monde; qu'il était aussi un prophète envoyé au peuple noir et au peuple rouge pour abolir, pur sa religion, toutes les religions antérieures.

À l'âge de quarante ans, une nuit qu'il était en prière, durant la retraite habituelle qu'il faisait avec les serviteurs de sa maison, l'ange Gabriel lui apparut ct lui dit : Lis. Et sur sa réponse qu'il ne savait pas lire, Gabriel reprit :

Lis au nom du Dieu créateur; il forma l'homme en réunissant les deux sexes.

Lis au nom du Dieu adorable : il enseigna à l'homme à se

servir de la plume ; il lui mit dans l'âme un rayon de sa

sagesse, qui est la vérité, et il se révolte contre son bienfaiteur.

Les richesses accroissent son ingratitude ; certainement le

genre humain reviendra à Dieu (1).

Mahomet raconta sa vision à Kadija, et lui dit comment une voix l’avait déclaré apôtre du Seigneur. Joyeuse de se trouver femme du prophète de Dieu, elle rendit compte de l’événement à Varca, son parent, qui, versé dans la sainte Écriture comme chrétien et prêtre, trouva, d’après d’autres exemples, le récit probable, ct proclama Mahomet prophète des Arabes.

De retour à la Mecque, Mahomet fit sept fois le tour de la Kaaba, feignit d’être en communication avec le ciel, et acquit des prosélytes. Le premier fut Ali, son cousin, âgé à peine de

douze ans, et qu'il regardait comme son fils; puis Saïd, son

esclave, qui mérila d'obtenir de lui la liberté; mais le plus important fut Abou-Bekr, un des dix magistrats de la Mecque, qui, jouissant de beaucoup de crédit dans la ville, répandit parmi ses amis la nouvelle croyance.

Mahomet la communiqua pendant trois années en secret, jusqu’au moment où il déclara que Dieu lui avait enjoint de la proclamer au genre humain. Il chargea Ali de servir un agneau et un vase de lait, en invitant tous les descendants d’Abdol-

(1) C’est le chapitre 96 du Coran.

HIST. URIV. —T. VI. 3

Motalleb, qui vinrent au nombre de quarante; mais lorsque, à la fin du repas, Mahomet se mit à les entretenir de sa croyance, Abou Lahcb l’interrompit en plaisantant. Affigé sans être découragé, le prophète renouvelle le banquet le lendemain, et annonce à ses convives le don le plus précieux qu’un homme puisse jamais offrir, le contentement sur la terre, le bonheur dans le ciel, s'ils abandonnent l’idolâtrie pour croire à un Dicu unique et sans égaux. Il ajoute : Qui de vous veut étre mon lieutenant (visir)? Tous se taisant, en proic à l’étonnement, Ali rompt le silence et s’écrie : Mot! Et si quelqu'un ose s'élever contre toi, je lui briserai les dents, je lui arrachera les

eux, je lui romprai les jambes, je lui ouvrira le ventre. Maou l'embrasse et le présente aux convives, en leur disant : Voici mon calife (vicaire); respectes-le, obéissez-lur.

L'assemblée entière se mit à rire : Voila qui est bien, disaientils en se tournant vers Abou-Taleb; {u devras désormais obéir à ton fils.

Comme les Koréischiles tiraient leur autorité de la garde de la Kaaba, Mahomet sapait le pouvoir decette familleen combattant l'idolâtrie. Dès lors, loin de prêtcr l'oreille à ses prédications, . ils devinrent ses ennemis ; seul, Abou-Talcb prenait sa défense, bien qu’il refusät d’embrasser ses doctrines ; mais, comme ilne pouvait s’opposcr à toute la parenté conjuréé, il exhorta son neveu à sc désister de son entreprise, s’il ne voulait s’exposer aux plus grands dangers. Mahomet lui répondit, avec la résolution que doit avoir un novateur : Quand ils mettraient le soleil dans ma main droite, la lune dans mu main gauche, je ne renoncerais pas à ma lâche.

Il se retira dans un endroit écarté; mais là il fut outragé par un Arabe, el Amza, fils d’Abdol-Motaleb, frappa de son arc de chasse le téméraire en pleine assemblée; puis, voyant les parents de celui-ci se préparer à la vengeunce, ilse proclama musulman (1) en leur présence.

Les Koréischiles, irrités, résolurent d’exterminer le prophète, et le farouche Omar se mit en marche dans ce dessein ;

. (1) fslam signifie, en arabe, résignation à Dieu. Le participe de séilama est moslemon, d'où le nom de musulman. Les sectateurs de Mahomet s'appellent entre eux muminins , c’est-à-dire croyants, fidèles ; c'est pourquoi les premiers sucoesseurs du prophète prirent le titre de émir al-muminin, prince des croyants, estropié par nos historiens en miramolin, 4A{-Korqn veut dire la lecture. Le Coran est appelé aussi Ki£ab ou Kilab-Allah, le livre de Dieu; Kélam scheryt, la parole sainte, etc.

mais, sur sa route, étant entré chez une de ses sœurs, il entendit lire quelques chapitres composés par Mahomet; il en fut tellement frappé qu'il se fit aussi musulman et mit sa valeur au service du prophète.

La constance de Mahomet croissait avec les obstacles : il produisait de temps à autre quelques chapitres que lui apportait du ciel l’ange Gabriel, et qui formèrent ensuite le Coran; il appuyait son apostolat sur ce livre et sur les traditions antiques, représentant comme de véritables musulmans Abraham, Ismaël et tous les patriarches antérieurs. Les Juifs appelaient toujours de leurs vœux la venue prochaine d'un Messie, et plusieurs sectes chrétiennes attendaient encore le Paraclet promis par le Christ; Mahomet put donc se persuader ou persuader aux autres que c'était lui-même. En effet, plusieurs passages du Coran font allusion à cet esprit divin, à l’effusion d’une grâce surnaturelle, à un affermissement de la religion.

Il avait contre lui les intérêts des habitants de la Mecque, qui, outre leur attachement aux divinités nationales, craignaïent de voir cesser les pèlerinages dont ils tiraient leur richesse. La persécution devenant plus violente, Mahomet consentit à ce que ses partisans prissent la fuite, et quatre-vingttrois hommes, dix-huit femmes et quelques enfants obtinrent sur sa recommandation un asile hospitalier du négusc de l’Abyssinie, qui refusa de les livrer aux Koréischites, et, sans renier le Christ, reconnut l’apostolat de Mahomet. Alors les Koréischites profèrent des imprécations terribles contre les Haschémites, jurent de n'avoir plus ni liens ni commerce avec eux, et déposent ce pacte de colère écrit sur parchemin dans la Kaaba. Les fils d'Haschem, musulmans ou non, se retirèrent donc tous sur la montagne avec Abou-Taleb et Mahomet, et y restèrent trois ans. Ce temps expiré, Mahomet annonça que cet anathème avait déplu à Dieu, et que, pour le prouver, il avait envoyé les vers ronger l'écrit homicide, à l'exception

du nom de Dieu, qui était tracé en tête. Abou-Taleb rapporta .

le fait à l'ennemi, en demandant qu'il le vérifiât, cet que, s'il était exact, l’anathème fût levé. Les choses ayant été trouvées précisément comme Mahomet les avait annoncées, les excom-

muniés furent réintégrés dans leurs droits.

Peu après mourut Abou-Talcb, qui fut bientôt suivi par Kadija, le plus grand appui et la première croyante de Mahomet. Abou-Sofian, schcik des Oinmiades, devenu le principal

personnage de la Mecque, ne cessait, idolâtre fervent, qu'il -

Première hégire.

Année du deuil.

était, de molester Mahomet, à la prière, à table, durant la prédication. Puis, au temps du pèlerinage, lorsqu'il expliquait sa doctrine à la foule, Abou-Laheb le frondait ou tournait ses paroles en moquerie :

« Que te semble de celui qui trouble leserviteur de Dieu quand « il prie, quand il accomplit l'ordre du ciel, quand il recom- « mande la piété?

« Que penser de l’infidèle et de l’apostat? Ignore-t-il que « Dieu le voit ?

«Il le sait, et s’il n’abandonne pas l’impiété, nous le traîne- « rons par les cheveux, par scs cheveux méchants et menteurs. « Qu'il appelle ses fidèles, nous réunirons nos gardiens.

«Ces paroles sont la vérité; n’obéis pas à l'impie, adore le « Seigneur et approche-toi de lui. » (Coran, c. 96.)

C'estainsi que parlait l'ange au prophète, qui, ne se désistant pas, finissait par convaincre beaucoup de gens de la vérité de sa religion; les nouveaux convertis, de retour chez eux, la répandaient parmi leurs voisins, et juraient'de la soutenir en toute occurrence. Mahomet trouva surtout des, partisans à Yatreb (Médine), ville importante ct riche, ci douze des plus zélés vinrent à la Mecque s'offrir au prophète. Jusqu'alors il n'avait exigé de ses prosélytes que de reconnaître un seul Dieu, et de s'abstenir du vol, de la fornication, de l’infanticide ; mais il demanda à ceux-ci, qui furent nommés Ansaricns, c'est-à-dire auxiliaires, de soutenir sa religion de tout leur

pouvoir. Si nous mourons pour ta cause , 6 prophète de Dieu!

quelle récompense sera la nôtre ?— Le paradis!

Satisfait de s'être assuré un asile, il les fit repartir pour Médine, où il envoya ses fidèles, en gardant seulement près de lui, à la Mecque, Abou-Bekr et Ali; mais les Koréischites, résolus de faire cesser ce scandale, songèrent à tuer Mahomet, et, pour que la haine et la vengeance des siens nc tombassent pas sur une seule tribu, ils choisirent, pour le meurtre un homme de chacune. La troupe des assassins environne la tente

du prophète, qui fait placer sur sa couche Al, en le couvrant

de son cafetan vert, et, tandis qu'ils attendent son réveil, Mahomet trouve moyen de sortir avec Abou-Bekr, et s’élance dans le désert. Lorsque ses ennemis s’aperçoivent tardivement de la substitution, ils laissent Ali sans lui faire aucun mal, ct courent sur les traces du fugitif, qui se réfugie dans une des nombreuses cavernes de Thur. Comme il voit son compagnon effrayé, il le rassure en lui répétant souvent ces paroles du

Coran : Pourquoi es-tu triste et découragé ? Dieu est avec nous. Et Dieu les protégea, car une araignée fila sa toile entravers de l’antre (1), les abeilles y firent leurs rayons, et un pigeon y déposa ses œufs ; ce qui fit que ses persécuteurs n’y entrèrent pas même pour la fouiller.

Quand la première fureur de l'ennemi fut passée, les fugitifs purent arriver sans danger à Yatreb. Cinq cents habitants vinrent à la rencontre du prophète, qui fit son entrée sur une. chamelle, la tête nue protégée par un parasol, parce que son turban déroulé était porté devant lui en guise d'étendard. Cette ville, rivale de la Mecque par jalousie de commerce, mit une maison et une mosquée à la disposition du prophète, que vinrent rejoindre Ali et les autres fidèles. Yatreb, devenue dès lors la ville bien-aimée et comme le centre de {a nouvelle foi, fut nommée Médinat al-Naby, Cité du prophète, ou simplement : Médine.

L'ère des mahométans date de la fuite de Mahomet, c’est-àdire du premier du mois Moharram correspondant au vendredi 46 juillet 622 (2).

Si jusque-là on peut voir chez Mahomet un zèle sincère dans son projet de purifier le culte national; s'il ne cesse, selon l'usage des faibles, de recommander la tolérance, son ambition ne tarde pas à s’accroître avec ses ressources, et il songeenfin ‘à établir par la force le règne de son Dieu. Comme des querelles de prééminence s’élevaient entre les Ansariens et ses disciples de la Mecque (3), il les fit cesser en exigeant que chacun des derniers choisit un habitant de Médine pour en faire son compagnon de cœur dans la défense de la foi ; puis il leur dit : Embrassez dans son entier la divine religion ; ne formez point de schismes, et souvenez-vous des faveurs de Dieu. Vous éliez ennemis, el il vous a mis au cœur un amour fraternel; remerciez-le loujours.

Lui-même choisit Ali, auquel il donna pour femme Fatime ,

(4) La tradition judaïque raconte la même chose de David, quand il fuyait devant Saül. Le second verset du psaume LVII a été ainsi paraphrasé : « Je prierai le Tout-Puissant, qui fit venir une araignée afin qu'elle lendit sa loile, par amour pour moi, à l'entrée de la grotte. »

(2) Al-hégirah signifie émigration. Cette ère fut introduite par Omar dixsept ans après l'événement. L'évasion arriva réellement le 13 septembre 622; mais Oroar, ne voulant pas modifier l’année introduite par Mahomet, laissa commencer l’hégire à la lune nouvelle de Moharram, c'est-à-dire cinquante-neuf jours avant le jour véritable.

(3) Moadgériens, de Mahadgerim, ceux qui émigrèrent avec le prophète.

14 mai.

et, bien qu’il eût cinquante-quatre ans, il épousa Aïscha, fille d’Abou-Bekr, âgée de douze ans, la seule qui lui apporta sa vir. ginité, Alors il organisa le culte, imposa le jeûne du Ramadan, et prescrivitque l'heure des prières fût annoncée, non pas au son de la trompette, comme chez les Hébreux, ni par les cloches, comme parmi les chrétiens, mais de vive voix par le muézin ; pendant cet acte de dévotion, chaque fidèle devait se tourner vers Jérusalem. Son intention était peut-être de se concilier ainsi les chrétiens et les Juifs, pour lesquels cette ville est égalemént une cité sainte; mais, lorsque cet espoir lui eut échappé, il enjoignit aux croyants, pour flatter le patriotisme des siens, de. tourner la face, en quelque lieu qu'ils fussent, vers la Kaaba,

Établi dans une cité dont la position était favorable pour interrompre le commerce de l'Arabie avec la Syrie, Mahomet se mit à inquiéter les caravanes, et le brigandage devint un mérite ; car le ciel avait dit : La clef du paradis est l'épée ; une goutte de sang répandue pour la cause de Dieu, une nuit passée sous les armes à ciel découvert, ont plus de mérite que deux mots de jeûne et de prières. Les péchés de celui qui meurt dans le combat lui sont pardonnés, et ses blessures exhalent un parfum d'ambre et de. muse. Informé de l’arrivée d’une riche caravane escortée par les Koréischites, il alla l’attendre avec trois cent treize des siens à Beder, près de la mer Rouge; après avoir vaincu neuf cent cinquante ennemis commandés par Abou-Sofian, il en fit décapiter deux, indépendamment des soixante qui avaient péri dans le combat, Par son ordre, donné au nom de Dieu, un cinquième du butin fut laissé au prophète pour être employé en œuvres de piété ; le reste fut distribué par portions égales aux soldats qui avaient combattu ou étaient restés à la garde du camp, aux veuves et aux orphelins des morts ; la cavalerie eut double part.

Quatorze des siens, tombés à la journée de Beder, brigands tués dans une agression violente, furent les premiers martyrs, les premiers saints de l'Islam, qui ne devait se propager qu’à force d'agressions. Il défit encore plusieurs fois les Koréischites, qui se réunirent à la fin au nombre de trois mille, sous les ordres d’Abou-Sofian. Henda, femme de ce chef, avec quinze autres de ses compagnes, battait le tambour et encourageait les guerriers en leur rappelant le sang versé à Bedcr; ils s'avancèrent contre Médine. Bien que Mahomet n’eût avec lui que mille hommes et un seul cheval, il les combattità Ohod ; mais, ses or-

dres n'ayant pas été bien exécutés, les siens furent mis en fuite, et lui-même n’échappa qu'avec la plus grande peine. Ge revers ébranla Ja foi dans son apostolat ; mais Gabriel envoya du ciel sa parole : « Il nous plaît d’alterner les succès, afin que Dieu con- « naisse les croyants, et choisisse parmi vous ses martyrs... Coma bien de prophètes combaîitirent des armées nombreuses sans « se désoler pour des défaites ! Ils ne se découragèrent pas avec « lâcheté, et Dieu aime celui qui est constant. Ils se contentaient a de dire; Seigneur, pardonne-nous nos fautes et nos devoirs a transgressés, et assiste-nous contre les infidèles... O croyants | « si vous écoutez les infidèles, ils vous ramèneront à l'erreur, « et vous périrez, Dieu est votre protecteur ; qui mieux que lui « pourrait vous secourir? Il a accompli ses promesses quand « vous poursuiviez les ennemis défaits; mais, en écoutant les « conseils de la peur, vous disputâtes sur les commandements « du prophète, et vous les violâtes après avoir obtenu le butin, « but de vos vœux. Plusieurs d’entre vous aspirèrent aux biens « de ce monde, d’autres à la vie future. Dieu se servit de vos en- « nemis pour vous mettre en fuite et vous éprouver; vous n'a= « vez pas écouté la voix du prophète qui vous appelait au com- « bat, et Dieu vous a punis de votre désobéissance, Mais que

« la perte du butin ct l’infortune ne vous désolent pas ; chacune

a de vos actions est connuc de Dieu. Après l'événement, il fit ‘« descendre la sécurité et le sommeil sur quelques-uns d’entre « vous; les auires osalent, dans leurs inquiétudes, taxèr Dieu « de mensonge, Sont-ce là, disaient-ils, les promesses du pro- « phête? Réponds-leur : Le Très-Haut esi l'auteur de la déroute. « Is répliquent ; St les promesses qui nous furent failes avaient « été fondées, aucun de nous n'aurait succombé. Réponds : Les « guerriers pour qui celte journée a élé fatale, fussent-ils restés « chez eux, seraient venus tomber au lieu où ils sont morts, afin a que le Seigneur connüt leurs cœurs ; c'est à lui que la connats- «a sance appartient... (À croyants! ne ressemblez pas à ceux a qui, devenus infidèles, ont dit : Nos frères ont péri à la guerre; a s'ils élaient restés parmi nous, tls ne seraient pas morts. Pa- « roles impies qui coûlcront des soupirs à beaucoup. Dieu donne « la vie et la mort; il voit nos actions. Si vous êtes tués en dé- « fendant la foi, la miséricorde de Dicu vaut mieux que les ria chesses. Mourez ou soyez tués, Dicu vous recevra tous devant e son tribunal. Ne croyez pas que ceux qui ont suceombé soient a morts; non; ils vivent, ct reçoivent leur aliment de la main « du Très-Haut. Ivres de joie, comblés des grâces du Scigneur,

« ils se réjouissent , et quiconque marche sur leurs traces sera « exempt de peines et d'épouvante. Ils se réjouissent, parce que « le Seigneur, qui ne laisse pas les fidèles sans récompens®, a a versé sur eux les trésors de ses bicnfaisances.» (Coran, c. 3.)

Ces paroles rendirent le courage aux musulmans, et les Koréischites n’osèrent poursuivre leur victoire. Ils préférèrent recourir aux trahisons et à une persécution acharnée, à laquelle le prophète eut beaucoup de peine à échapper; mais il ranima la confiance des siens par de nouvelles victoires, qui lui soumirent plusieurs tribus sur les confins de la Syrie.

Il avait d’abord espéré se concilier les Juifs, et il aurait pu beaucoup s’il avait réussi à leur persuader qu'il était le Messie attendu, en confirmant cette croyance par des victoires ; mais ils ne purent se décider à reconnaître dans un étranger celui qu’avaient annoncé leurs prophètes. Mahomet leur voua dès ce moment une haine mortelle, et Gabriel lui ayant enjoint d’exterminer la tribu juive des Koraïdites, il les attaqua avec une armée nombreuse. Ils Jui dirent, comme à Caligula: Nous ne savons pas munier les armes, maïs nous avons conservé la croyance de nos pères. Pourquoi veux-tu nous réduire à la nécessité d'une juste défense ? Poussés bientôt aux dernières extrémités, ils s’en remirent à la décision de Saad, prince des Awasites, le supposant leur ami; celui-ci, qui avait changé de foi, condamna les hommes à mourir, les femmes et les enfants à être esclaves, ct adjugea tous leurs biens à l'ennemi. Sept cents malheureux désarmés furent plongés vivants dans une fosse, ct ensevelis sous les yeux du prophète. Par privilége du cicl, tout ce qu'ils possédaient fut donné à Mahomet, qui en gratifia les musulmans les plus braves, en se réservant la plus belle captive.

D'autres peuplades furent encore soumises, et jusqu'aux Mostaléchites, l’une des tribus de l’Arabie les plus anciennes. Djawaïra, fille de leur chef, accru le nombre des femmes dont l'apôtre guerrier et voluptueux peuplait son harem. Les Koréischites, prenant ombrage de l’augmentation de sa puissance, appelèrent aux armes tous leurs alliés, et vinrent assaillir Médine au nombre de dix mille hommes ; mais l’intrépide chef des croyants, après avoir pris les dispositions les plus habiles pour sa défense, fit échouer le long siége de la place, et, à force de harceler l'ennemi, le contraignit à se disperser.

Il résolut alors de prendre sa revanche, et prépara en secret une expédition contre la Mecque. Ses adversaires en eurent avis, et lui envoyèrent Arva, prince dés Takifites, qui lui dit : Les

Koréischites ont revétu la peau de léopard, et tu n'entreras à la Mecque que de vive’ force. Quand le prince idolâtre fut de retour auprès de ceux qui l’avaient envoyé, il leur parla ainsi : J'ai vécu à la cour d'empereurs ; j'ai vu Chosroës dans tout l'éclat de sa gloire ; j'ai vu Héraclius entouré du faste des Césars ; nais aucun roi n'est révéré de ses sujets comme Mahomet l’est de ses compagnons d'armes. S'il fait ses ablutions, l'eau dont il se sert est recueillie de manière qu'il ne s'en perde pas une goutte; s'il lui tombe un cheveu, il est conservé comme une relique ; s'il crache, on est là pour recevoir sa salive.

Ébranlés par ce récit, les Koréischites en vinrent à un arrangement : il fut convenu que les tribus seraient libres de s’allier soit avec eux, soit avec les musulmans, et que ceux-ci pourraient visiter la ville sainte, à la condition d'être sans armes, et de ne pas y rester au delà de trois jours.

Comme les siens murmuraient de se voir frustrés du pillage de la Mecque, Mahomet les conduisit contre les Juifs du Kaïbar, et, après avoir tué leur chef, épousa sa veuve. Dans cette expédition, Ali avait fendu en deux le gigantesque Marah; mais, comme la vengeance est une religion chez les Arabes, Zéinab, sœur de la victime, servit au prophète un agneau empoisonné ; il s’aperçut promptement de la présence du poison, mais le peu qu'il en avait absorbé le mit en grand péril, et lui laissa des souffrances tant qu'il vécut. Interrogée sur les motifs de ce forfait, Zéinab répondit : Si fu étais prophète, tu aurais échappé au danger; sinon, je délivrais le monde d'un imposteur.

Cependant la nouvelle croyance se répandait beaucoup au détriment de l'idolâtrie. Ommiah, prince versé dans la connaissance des livres saints, séduit par le succès de Mahomet, résolut de tenter aussi la fortune et de se faire passer pour prophète. Il partit donc de la Syrie pour la Mecque, et passa près du champ de bataille de Beder; là, quand on lui eut montré la fosse dans laquelle avaient été jetés les chefs de Koréischites, 1l mit pied à terre, coupa les oreilles de son chameau, et chanta une longue élégie, dans laquelle étaient ces vers :

« N’ai-je pas pleuré sur les nobles fils des princes de la « Mecque ?

« À la vue de leurs ossements brisés, comme une tourterelle « cachée dans la forêt profonde, j'ai rempli l'air de mes gémis- « sements.

« Mères infortunées, mélez, le front prosterné, vos soupirs « à mes pleurs.

« Et vous, femmes qui suivez les convois, chantez des la- « mentations funèbres, interrompues par de-longs sanglots.

« Que devinrent à Beder les princes du peuple, les princes « des tribus?

« Le vieux et le jeune guerrier gisent nus et sans vie,

« Comme la Mecque aura changé d'aspect !

« Ces plaines désolées, ces déserts inhospitalicrs, semblent . « prendre part à mon affliction, »

Saisi de douleur en prononçant ces paroles, il expira (1).

En apprenant les victoires de Jeur maître, les Arabes qui s'étaient réfugiés en Abyssinie revinrent auprès de lui avec des présents et des félicitations du négusc. Les généraux de Mahomet portèrent jusque dans l’Yémen l’étendard de l'Islam ; alors, décidé à propager sa foi hors de la péninsule, il écrivit aux princes limitrophes, en scellant ses lettres d’un sceau d'argent sur lequel était gravé : Mahomet, apôtre de Dieu. A la réceplion de ce message, Chosroës, irrité de voir que les titres et les expressions de respect dus à son rang y étaient omis, déchira la

. lettre en morceaux. Quand Mahomet en fut instruit, il s’écria :

C'est ainsi que Dieu mettra son royaume en pièces ! Héraclius, empereur de Constantinople, reçut l’épitre avec respect, et ne s’en occupa pas autrement. Mou-Kaukaus, intendant de l'Égypte, qui s'était soustrait à la domination impériale en prenant le titre de prince des Cophtes, envoya au prophète une mule blanche, un âne, des habits de lin, du miel et du beurre, sans toutefois accepter sa religion... Badan et Al-Mondar, gouverneurs de l’Yémen et du Bahréin au nom du roi de Perse, embrassèrent l’islamisme, et il en fut de même de plusieurs autres. Lo prophète adressait des menaces terribles À ceux qui refusaient de croire en lui. Le gouverneur grec de Muta ayant tué un de ses ambassadeurs, il fit la guerre aux Grecs, prélude des combats que l’étendard du prophète devait livrer durant tant de siècles à la croix impériale. On dit que cent mille Roumi, c'est-à-dire sujets de l'empire grec, se réunirent en armes, et qu'ils furent défaits par une poignée de musulmans.

Mahomet profila du traité conclu avec les Koréischites pour

* entreprendre le pèlerinage de la Mecque ; il se rasa donc les

cheveux, et s’y rendit avec soixante-dix chameaux qui furent immolés. Plusieurs de ses adversaires crurent alors en lui; mais il gémit en voyant l’idolâtrie dans le sanctuaire d'Abraham.

(1) AsouL-Fépa, Vie de Mahomet, p. 63.

Ce qui peut-être le toucha le plus, ce furent les trésors de cette ville, et la haine inextinguible que lui avaient vouée les Koréischites ; il résolut donc de les assaillir dans leurs foyers, arbora l’étendard sacré, et vint attaquer la Mecque. Sofian, son eunemi mortel, ayant été fait prisonnier, embrassa l’islamisme; après lui avoir montré les préparatifs formidables du prophète, on le renvoya pour qu'il en rendit compte aux siens. Les Mec- “quois furent alors informés par une proclamation que quiconque se renfermerait dans sa maison ou se réfugierait, soit dans la Kaaba, soit dans la demeure d’Abou-Sofan, aurait la vie sauve. Le prophète lui-même, vêtu de rouge, se met à la queue de l’armée, et, après avoir fait la prière, monte sur un chameau et fait commencer l'assaut. La prise de la Mecque ne coûta la vie qu’à deux musulmans, et Mahomet se rendit au temple, dont il renversa les trois cent soixante idoles; puis ayant conxoqué les principaux habitants : Quel traitement attendez-vous de moi? et lorsqu'ils lui eurent répondu: De toi, généreux frère, fils d’un généreux père, nous n’attendons que du bien ; il reprit : Atlez-vous-en en liberté.

Sa clémence, comme celle de tous les princes, s’exerça sous quelques réserves ; bien qu'une loi du ciel déclarât que le tcr- … ritoire sacré ne devait pas être souillé de sang, Mahomet s’en fit révéler une autre, qui, pour cette fois, lui permit de mettre à mort quatre hommes et trois femmes des plus opiniâtres. Proclamé seigneur spirituel et temporel sur la colline Al-Safa, il reçut le serment du peuple ; puis, descendant à la Kaaba, il en fit sept fois le tour, toucha et baisa la pierre noire, et se tourna vers les quatre points cardinaux, en s’écriant : Dieu gst grand! il fit l’ablution et la prière au dedans et au dehors, puis précha le peuple qu'il avait amené à l’unité.

Pendant les quinze jours qu'il resta dans la ville, il assit sur une base solide la religion et le gouvernement ; il envoya dans les environs pour abolir l’idolâtrie, reçut la soumission de quelques tribus, en réduisit d'autres par la force, calma l’impétuosité inquiète des Koréischites, et donna satisfaction aux Ansariens.

Les ambassadeurs arrivèrent alors de tous côtés à Médine, et Mahomet les accucillait, mettant pour première condition à tout traité d'alliance le renversement des idoles. Il se prépara ensuite à faire la guerre à une ligue d’Arabes et de Grecs qui s'était formée sur la frontière de la Syrie. Après avoir expliqué aux croyants les nouveaux périls et les difficultés d’une entre-

12 Janvier.

LE

Année des Ambassades.

prise qui ne consistait plus en excursions dont la rapidité et l’imprévu suffisaient pour assurer le succès, mais en batailles rangées entre des armées nombreuses, il les exhorta à l'aider de tout leur pouvoir. Ses amis rivalisérent de zèle pour le seconder ; mais le peuple murmurait, alléguant les chaleurs excessives. Il eut beau répondre : {! fera bien plus chaud en enfer!

et en excommunier quelques-uns, l’expédition ne put être cou-

ronnée du succès que semblaient lui promettre dix mille cavaliers et le double de fantassins ; cependant plusieurs princes firent leur soumission sur le passage de l’armée et dans le voisinage de la frontière. Ce fut la dernière expédition dirigée en personne par le prophète (1).

Afin que l'imagination des Arabes ne se refroidit pas, il envoya un nombreux pèlerinage à la Kaaba, sous la conduite d’Abou-Bekr, avec toutes les cérémonies qui, prescrites par le prophète, devaient devenir rituelles à perpétuité. Ali récita alors le chapitre de la pénitence, ou de la conversion, récemment révélé à Mahomet ; il est important de le citer, comme résumé des principaux faits et du droit public de la nätion.

« Annonce ceci, de la part de Dieu et du prophète, aux ido- « lâtres avec lesquels vous contracterez alliance.

« Voyagez en sûreté pendant quatre mois, ct pensez que vous « ne pouvez arrêter le bras de Dieu, et que Dieu couvrira d'op- « probre les infidèles.

« Dieu et son envoyé déclarent ceci : Après les jours du grand « pèlerinage, plus de rémission pour les mécréants. Conver- « tssez-vous donc. Si vous persistez dans l’incrédulité, vous ne « pourrez détourner la vengeance céleste. Annonce de doulou- « reux supplices aux infidèles.

‘« Maintenez jusqu'à h fin l'alliance contractée avec les ido- « lâtres, si eux-mêmes l’observent et ne secourent pas vos enne- « mis. Dicu aime qui le craint.

« Les mois sacrés expirés, mettez à mort les idolâtres partout « où vous les rencontrerez. Prenez-les, assiégez-les, tendez-leur « des embâûches de toutes parts. Se convertissent-ils, accom- « plissent-ils la prière, payent-ils le tribut sacré, laissez-les en « paix ; le Seigneur est clément et miséricordieux.

« Accorde un sauf-conduit aux idolâtres qui t’en demandent « pour entendre la parole divine ; donne-leur sécurité pour le

(1) Coran, c. 9.

« retour, parce qu'ils sont plongés dans les ténèbres de l’igno- «rance.

« Dieu et le prophète peuvent-ils pactiser avec les idolâtres ? « Si pourtant ils observent le iraité conclu dans le temple de la « Mecque, maintenez-le aussi. Dieu aime qui le craint.

« Comment l'observeront-ils? S'ils l’emportent sur vous, ni « liens du sang, ni sainteté d'alliance ne les retiendront d’être . «parjures. Ils ont vendu pour un intérêt sordide la sainteté du « Koran, détourné les croyants du salut, et toutes leurs œuvres « sont iniques ; ils ont brisé tout frein, ils violent parenté et « scrments. |

« Si, revenus de leur erreur, ils font la prière et payent le « tribut sacré, ils seront vos frères en religion. J’enseigne les « préceptes du Seigneur à qui sait les comprendre.

« Si, violant la solennité du pacte, ils troublent votre culte, « attaquez leurs chefs, et que le serment ne vous arrête pas. « Qui refuscrait de combattre des gens parjures qui ont tenté « de chasser votre apôtre, qui les premiers vous ont attaqués? « Les craindriez-vous? Vous devez craindre Dieu davantage, si « vous êtes fidèles.

« Attaquez-les : Dieu les punira par votre main, couvrira « leur front d’opprobre, vous protégera contre eux, et forti- « fera le cœur des fidèles ; 1l dissipera leur colère, fera grâce « à qui 1l veut, parce qu'il sait tout et qu'il est sage dans ses « décrets.

« Croyez-vous être abandonnés, et que Dieu ne distingue pas « ceux qui ont combaitu généreusement, lorsque, sans alliés, «ilne vous restait que le bras du Seigneur, celui de son apôtre « et de quelques vrais croyants ? Le Très-Haut connaît vos ac- « tions.

« Que les idolâtres n’entrent pas dans le temple saint ; ils en « sont indignes par leur irréligion. Leurs œuvres sont vaines ; « le feu sera leur séjour dans l'éternité.

« Mais celui qui croit en Dicu et au jour nouveau, qui prie «et paye le tribut sacrf, sans craindre personne que Dieu, « visitcra son temple. Pour ceux-là, la voie du salut est aiséc.

« Croyez-vous que le fidèle qui porte de l’eau aux pèlerins « ou visite des lieux saints ait un mérite égal à celui qui défend « la foi par les armes ? Le Seigneur apprécie diversement leurs « œuvres, et il ne dirige pas les pervers.

« Les croyants qui abandonneront leur famille pour se ranger « sous les étendards de Dieu, en sacrifiant leurs biens et leur

« vie, auront une place honorable dans le royaume des cieux, « et jouiront de l’éternelle félicité. Dieu leur promet miséri-. « corde, et fera d’eux sa propre joic; ils habiteront des jar- « dins de délices, où la béatitude sera perpétuelle, les plai- « sirs sans fin, parce que les récompenses du Seigneur sont « magnifiques.

«O croyants ! cessez d’aimer pères, mères ‘ct frères, s'ils « préfèrent l'incrédulité à la foi. Si vous les aimez, vous de- «viendrez pervers. Si pères, enfants, frères, époux, parents, « richesses acquises, commerce pénible, habitations chéries, « ont sur vous plus d’empire que Dieu, son apôtre et la guerre « sainte, attendez le jugement du, Très-Haut; il n’est pas le « guide des prévaricatcurs.

« Combien de fois le Tout-Puissant vous a fait sentir les ef- « fets de sa protection! Qu'il vous souvienne de la journée « d'Honéin, quand votre nombre vous enorgueillissait : à quoi «vous servit cette formidable armée? La terre vous parut « étroite dans votre fuite précipitée.

« Dieu prit sous sa tutelle le prophète ct les croyants ; il fit « descendre des bataillons d’anges invisibles à vos yeux, pour « punir les infidèles : un. sort parcil attend les prévaricateurs. - « Il pardonnera à qui il veut; il est indulgent et miséricor- « dieux.

« O croyants! les idolâtres sont immondes ; qu'après cette « année ils n’approchent pas du temple de la Mecque. Si vous « craignez de vous appauvrir, Dicu vous enrichira de sa grâce; « Dieu est sage et prévoyant.

« Combattez celui qui ne croit pas à Dieu et au dernier jour, « celui qui ne s’interdit pas ce qu'ont défendu Dieu et son pro- « phôte, celui qui, parmi les Juifs et les chrétiens, ne professe «pas la religion véritable. Combattez-les jusqu'à ce qu'ils « payent de leurs mains le tribut et qu’ils solent soumis.

« Les Juifs disent qu'Ozaï est le fils de Dicu; les chrétiens di- « sent que le fils de Dieu est le Messie ; ils parlent comme les « infidèles qui les précédèrent, et le ciel punira leurs blasphè- « mes. Is appellent scigneurs leurs pontifes, les moines et le « Messie né de Marie, tandis qu’il leur est commandé de servir «un seul Dieu, hors duquel il n’en existe pas. Anathème à « qui s'associe à leur culte !

« Is voudraient étcindre de leur souffle la lumière de Dieu, « mais il la fera briller, malgré l’horreur qu'elle inspire aux « infidèles. 11 envoya son apôtre précher la vraie foi et établir

« son triomphe sur les ruines des autres religions, malgré « tous les efforts des idolâtres.

« O croyants ! la plupart des moines et des prêtres dévorent «en vain les biens d'autrui, et détournent les hommes du « salut. Prédisez à ceux qui entassent l’or dans leurs coffres «et le refusent au soutien de la foi, qu'ils subiront des « tourments douloureux. Cet or, rougi au feu de l'enfer, leur « sera appliqué sur le front, sur les flancs et sur les reins ; « on leur dira : Voilà les trésors que vous avez accumulés, jouisu ses-en ?

« L'année est de douze mois devant l'Éternel, et ce nombre « fut écrit dans le livre saint. Quatre mois sont sacrés, telle « est la croyance constante. Dans ces jours-là fuyez l’iniquité ; « mais combattez les idolâtres, en quelque temps qu'ils vous « combattent. Le Seigneur est avec celui qui le craint ; c'est « une infidélité de transposer les moins sacrés.

« O croyants! combien vous fûtes consternés alors qu’on « vous dit : Allez, et combattez pour la foi ! Préféreriez-vous la « vie du monde à la vie future ? mais que sont les biens terres- « tres auprès de ceux du ciel? Si vous ne marchez pas au com- « bat, Dieu vous en demandera un compte sévère ; il mettra un «autre peuple à votre place, et vous ne pourrez arrêter sa « vengeance, parce que sa puissance est infinie.

« Si vous refusez secours au prophète, son appui sera Dieu, « dont le bras l’a protégé quand les infidèles le chassèrent. a Un compagnon de sa fuite l'assista dans la caverne, et alors « Mahomet lui dit : Ve perds pas courage, le Seigneur est avec « nous / Le ciel lui envoya une escorte d’anges cachés à vos « yeux ; les raisonnements de l’impie furent anéantis, et la pa- « role de Dieu exaltée. Il est puissant, il est sage.

« Pesants ou légers, courez au combat ; sacrifiez richesses et « vie pour la foi; il n’est pas de meilleur profit, si vous le saviez !

« L'espérance d’un succès prompt et facile les aurait fait « voler au combat, mais la longueur du chemin les effraya. Ils « jureront par Dieu, disant: Si nous l'avions pu, nous aurions «suivi les étendards} mais ils perdent leurs âmes, parce que « Dieu connaît leur mensonge. Puisse le ciel te pardonner ta « condescendance à leurs désirs. Il te fallait du temps pour dis- « cerner les menteurs de ceux qui parlaient avec vérité.

«Ceux qui craignent Dieu et le dernier jour ne te demande- « font pas d’exemption ; ils donneront richesses et sang pour « Dieu ; il connaît ceux qui le Se ni Mais celui qui ne croit

« pas à Dieu et au dernier jour, qui vacille dans le doute, te « priera de le dispenser du combat.

« S'ils avaient pensé à suivre l’étendard de la foi, quelque « chose aurait été préparé; mais le ciel refusa leur service, «leur lâcheté s’en accrut, et il leur fut dit : Restez avec les « femmes.

« S'ils se fussent mis en marche avec vous, ils auraient oc- « casionné des dépenses et fait naître des divisions ; plusieurs « auraient prêté l’oreille à leurs discours séditieux, mais le « Seigneur connaît les méchants. Ils voulurent exciter la ré- « bellion, et ils entravèrent tes desseins, jusqu’au moment où, « la vérité étant descendue du ciel, la volonté de Dieu se ma- « nifesta contre leur opposition.

« Plusieurs d’entre eux te diront : Dispense-nous de la guerre, «ne nous expose pas à la tentation. N'y sont-ils pas tombés « également? mais l’enfer entourera les infidèles. Vos victoires « les affligent, et ils s’écrieront, en apprenant vos revers : « Nous avons bien pourvu à nous-mêmes ; ils retournerontf alors « à l’infidélité, et se réjouiront de vos désastres.

« Dis-leur : Il nous adviendra selon que Dieu l’a décrété : il « est notre Seigneur, les fidèles se confient en lui. Quelle. espé- « rance est la vôtre ? nous serons martyrs ou victorieux. C’est «là ce que nous espérons ; que Dieu vous punisse et nous «confie sa vengeance. Vous attendez, nous attendrons avec (« VOUS.

« Dis-leur : Que vous offriez vos biens avec joie ou à contre- « cœur, ils seront refusés, parce que vous êtes des impies. Dieu « rejette leurs offrandes, parce qu’ils ne croient pas en lui el “en son apôtre, parce qu'ils sont tièdes à la prière et de « mauvaise volonté quand il faut prêter secours. Ne crains pas « leurs trésors et le nombre de leurs fils; ce sont de funestes « dons desquels le ciel se servira pour les punir, en les faisant « mourir dans l’infidélité. *

« Ils jurent par Dieu de suivre votre parti; mais ils se parju- «rent par crainte de vos châtiments, et cherchent les antres « et les cavernes pour s’y cacher lâchement.

« D'autres t’accusent au sujet de la distribution des aumô- « nes, contents lorsqu'ils y ont part, irrités dansle cas contraire. « Ne devraient-ils pas être satisfaits de ce qu'ils reçoivent de « Dieu et du prophète? ne devraient-ils pas dire : La faveur du « ciel nous suffit ; Dieu et le prophète nous combleront de biens, « parce que nous ne désirons que le Seigneur ?

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« Les aumônes doivent être employées pour le soulagement « des pauvres, pour les fidèles qui bornent leurs désirs à Dieu, « pour racheter les captifs, pour secourir ceux qui sont en- « dettés, pour Îles voyageurs, pour la guerre sainte. Ainsi le « prescrit le Seigneur, qui est sage et sait tout.

« La calomnie s’attaque au prophète en disant : Z/ est tout « oreilles. Réponds : Il écoute tout ce qui peut vous être utile ; « il croit en Dieu et aux fidèles. La miséricorde est réservée « aux croyants, des tourments éternels à ceux qui calomnient « l’apôtre du Très-Haut.

« Ils prodiguent les serments pour acquérir votre bien ; ils « feraient mieux de rechercher la faveur de Dieu et du pro- « phète s'ils avaient la foi. Ignorent-ils que ceux qui se sépa- « rent de Dieu et de son apôtre resteront éternellement dans « l’enfer, et seront couverts d’ignominie ?

« Les impies craignent que Dieu n’envoie un chapitre où il « relève ce qu'ils ont dans le cœur. Dis-leur : Riez; Dieu ma- « nifestera ouvertement ce que vous tenez caché. Si vous les « inlerrogez sur cette peur, ils répondent : C’éfait une feinte « de notre part ; nous voulions plaisanter. Réponds-leur : Vous « vouliez donc plaisanter de Dieu, de sa religion, de son « apôtre ?

« Plus d’excuses : vous laissâtes la foi pour l'erreur; si quel- « ques-uns de vous peuvent espérer le pardon, les autres seront « abandonnés aux peines éternelles. Les impies s'unissent pour « commander le crime et abolir la justice ; ils ferment les mains «à l'aumône, ils oublient Dieu; mais Dieu ne les oublie pas, « parce qu'ils sont des prévaricateurs.

« Dieu promit aux méchants et aux infidèles le feu de l’en- «fer; ils y expieront leurs méfaits sous le poids de sa malé- « diction, et seront dévorés par des tourments sans fin.

« Vous êtes semblables aux impies qui vous ont précédés ; « plus que vous forts et puissants par leurs richesses et le « nombre de leurs fils, ils ont joui des biens terrestres qui « furent leur partage. Vous jouissez comme eux de votre part, « vous parlez comme eux ; leurs actions furent vaines dans ce « monde et dans l’autre, et Dieu les réprouva.

« Ne savent:-ils pas l’histoire des peuples primitifs, de Noé, « de Ad. de Témoud, du peuple d’Abrahain, des Madianites et « des cités renversées? Ils eurent des prophètes qui opérérent « des miracles sous leurs yeux ; Dieu ne les traita pas injuste- « ment, et ils furent eux-mêmes les auteurs de leur ruine.

« Les fidèles forment une société d'amis ; ils font fleurir la « justice, prescrivent l’iniquité, sont assidus à la prière, « payent le tribut sacré, et obéissent à Dieu et à son apôtre ; ils « obtiendront la miséricorde du Seigneur, parce qu'il est « puissant et sage. Il leur destine des jardins arrosés par des « fleuves ; admis au sein des délices de l’Éden, ils jouiront « éternellement des grâces du Seigneur et de la suprême « volupté.

« O prophète! combats les mécréants et les impies, traite- «les avec rigueur ; l'enfer sera leur demeure, horrible « demeure !

«Jls jurent par Dieu qu’ils ne t'ont pas calomnié ; ils sont « perfides dans leurs discours comme dans leur croyance. « Leur vœu se perdit évanoui ; ils furent ingrats, après avoir «été comblés de biens par Dieu et le prophète. Ils auraient « grand avantage à se convertir ; s'ils diffèrent, Dieu les punira « ici-bas et dans l’autre vie; ils n'auront sur la terre ni pro- « tecteur ni ami.

« Quelques-uns promirent à Dicu, s’il leur prediguait ses « bienfaits, de faire des aumônes et de suivre sa vertu : Dieu « les exauça, et n'obtint en retour qu’avarice et mécréance. « 1] perpétuera l’iniquité dans leur cœur, jusqu’au jour où ils «comparaîtront devant lui, parce qu'en oubliant leurs ser- « ments ils se parjurèrent.

«a Ne savaient-ils pas que Dieu connaissait leurs secrets, leurs « raisonnements clandestins ? car rien n’est caché à ses yeux. « Les hommes qui blâment les aumônes de ceux qui vivent du «travail de leurs bras, et raillent leur crédulité, seront raillés « de Dieu et envoyés aux lourments.

« Quand tu implorerais soixante-six fois pour eux miséri- « corde, Dieu ne pardonnera point, parce qu'ils refusèrent de « croire en lui et en son prophète; il n’illuminë pas les préva- « ricateurs.

« Satisfaits d'avoir laissé partir le prophète, ils refusèrent « de soutenir de leurs biens et deleurs personnes la cause du «ciel, disant : Nous n’allons pas combaltre pur une pareille «chaleur. Réponds : Le feu de l’enfer est bien autrement cui- « sant que celui de l'été. S'ils pouvaient le comprendre !

« Qu'ils rient quelques instants, de longs gémissements « viendront après. Si Dieu t’appelle au combat et qu'ils de- « mandent à te suivre, réponds : Je ne vous recevrai pas parmi « les miens, vous ne combattrez pas sous mes bannières ; à la

« première rencontre vous préféreriez à la bataille l’asile de « vos maisons. Restez avec les lâches.

« Si quelqu'un d’eux meurt, garde-toi de prier pour lui, ne « t'arrête pas sur sa tombe, parce qu'ils refusèrent de croire « à Dieu et à son envoyé, et périrent dans l’infidélité. Que leurs «richesses et le nombre de leurs fils ne t'éblouissent pas; Dieu «s’en servira pour les punir ici-bas, et ils mourront dans leur « iniquité. 2

« Quand Dieu envoyait un chapitre qui prescrivait de croire « en lui et en son apôtre, et de le suivre au combat, les plus « robustes d’entre eux demandaient d’en être dispensés pour «rester dans leur famille. Ils voulurent demeurer avec les « Tâches ; Dieu ferma leur cœur; ils n’entendront plus la (« Sagesse.

« Mais le prophète et lescroyants, qui sacrifièrent leurs biens « et versèrent leur sang pour la défense de l'Islam, seront « comblés des faveurs du ciel et jouiront de la félicité. Ts « habiteront l’éternel séjour préparé par Dieu, les jardins de « délices arrosés d'eaux limpides, où est le comble de la « béatitude.

« Plusieurs Arabes du désert vinrent s'excuser de marcher « à la guerre ; ceux qui croient que Dieu et le prophète sont «trompeurs resteront chez eux, et ils en porteront la peine. « Les faibles, les infirmes, ceux qui ne pourraient pas se suf- « fire à eux-mêmes, ne sont pas obligés de combattre ; pourvu « qu'ils soient sincères envers Dieu et son prophète, ils éprou- « veront l’indulgence et la miséricorde du Seigneur.

« Que les croyants qui te demandèrent des chevaux et s’en « retournérent en larmes quand tu ne pus leur en donner, « désolés de ne pouvoir verser leur sang pour Dieu, ne craignent «point de reproches ; les coupables sont les riches qui de- « mandent des exemptions, parce qu'ils préfèrent rester dans «leurs maisons ; Dieu les a marqués de la réprobation, et ils « l'ignorent.

« À votre retour, ils viendront avec des excuses. Dis-leur : « Nous ne vous croyons pas; Dieu nous a manifesté ce que « vous êtes: Dieu et son ministre vous examineront. Vous « serez conduits à celui qui connaît tous les secrets ; il révélera «à vos yeux ce que vous avez fait. Quand vous reviendrez de « la mélée, ils vous conjureront de ne pas vous éloigner d'eux ; «fuyez-les, ils sont immondes, et l’enfer récompensera leurs « œuvres. Îls vous conjureront de les réadmettre dans votre

« amitié; si vous condescendez à leurs désirs, qu'il vous « souvicnne que lc Seigneur est saus pitié pour les prévari- « cateurs.

« Les Arabes du désert sont les plus obstinés parmi les infi- « dèles et les impies ; il faut qu'ils ignorent les lois que le « ciel dicte au prophète : Dieu est sage et prudent.

« Parmi les Arabes pasteurs, il y a beaucoup d'impies ; tu « ne les connais pas, mais nous les connaissons. Un double « châtiment leur cst destiné; puis ils seront livrés au grand « supplice. D’autres se confessèrent; ils voulurent se racheter « par de bonnes œuvres; peut-être que le Seigneur jettera « Sur eux un regard propice, lui qui est indulgent et miséri- « cordieux. Accepte une partie de leurs biens en aumône, pour « les purifier et expier leur désobéissance. Prie pour eux; tes «prières rendront la paix à leurs âmes : Dieu sait et entend «tout. Ignorent-ils que Dieu reçoit la pénitence et les au- « mônes de ses serviteurs, parce qu'il est indulgent et miséri- « cordieux ?

« Dis-leur : Mettez-vous à l’œuvre; Dieu, son apôtre et les « fidèles verront vos actions ; vous comparaîtrez au tribunal de « celui devant qui il n’est point de secret ; il vous montrera vos « œuvres.

« D'autres attendent le jugement de Dieu, préparés à rece- «voir châtiments ou faveurs. Le Très-Haut est sage et pru- « dent. |

« Les hommes qui édifièrent un temple, séjour du crime et « de l’infidélité, germe de zizanie parmi les fidèles, ou bien « ceux qui portèrent les armes contre Dieu et son ministre, «ceux-là tendent des piéges, tout en jurant d'avoir des inten- «tions pures; mais le Tout-Puissant atteste leur mensonge. « Fais en sorte de ne pas entrer dans cet édifice; le véritable « temple a pour base la piété. C’est là que tu dois faire la prière; « c'est Ià que les mortels doivent désirer d’être purifiés, parce « que le Seigneur aime ceux qui sont purs. Des deux temples, « l’un fondé sur la crainte de Dieu, l’autre sur l’argile rongée « par le torrent et prêt à s'abimer dans l'enfer ; quel est le « plus solide ? Dieu n’est pas le guide des méchants.

« Leurs cœurs seront déchirés quand l'édifice élevé par eux « s'écroulera. Dieu est prévoyant et sage.

« Dieu a acheté la vie et les biens des fidèles, et le paradis «en est le prix. Ils combattront, ils mettront à mort les infi- « dèles. Les promesses du Pentateuque, de l'Évangile, du

«Koran seront remplies ; car qui plus que Dieu est fidèle à son «alliance? Réjouissez-vous de votre marché; il est le sceau « de votre félicité.

«Ceux qui font pénitence, qui servent le Seigneur, le louent, « le prient, l’adorent, jeûnent, veulent la justice, empêchent «le crime, et observent les commandements divins, seront « bienheureux.…

« Tous les fidèles ne doivent pas prendre les armes à la « fois; qu'il reste une partie d’entre eux, afin qu’en s’instrui- «sant dans la foi, ils puissent instruire les autres au retour.

« O croyants! combattez vos voisinsinfidèles; qu'ils trouvent «en vous des ennemis implacables. Souvenez-vous que le « Très-Haut est avec qui le craint.

« Chaque fois qu’un nouveau chapitre vous sera envoyé du « ciel, ils diront : Qui de vous peut accorder foi à cette doctrine? a mais elle renforcera la croyance des fidèles, qui y trouveront « la consolation Elle accroîtra la plaie de ceux dont le cœur «est gangrené, et ils mourront dans leur impiété.

« Au milieu de vous s’est élevé un prophète insigne, destiné «à vous arracher à vos erreurs; le zèle de votre salut l’en- « flamme, et les fidèles ne doivent attendre de lui qu'indula gence et miséricorde. S'ils refusent d'ajouter foi à la doctrine « que tu enseignes, dis-leur : Dieu me suffit; il n'y a pas d’autre « Dieu que lui. J'ai mis en lui ma confiance; il est le Seigneur « au trône majestueux. »

La solennité de ce pèlerinage redouble le zèle des croyants pour le nouveau culte, qui fut embrassé par les tribus les plus lointaines. Basan et Shar se convertirent et fermèrent la série millénaire des rois de l’Yémen.

Lorsque Mahomet fit de nouveau le pèlerinage de la Mecque, il traînait avec lui quatre-vingt-dix mille dévots. II leur précha du haut d’une colline les cérémonies du rite et leur signification; du sommet d’une autre, il leur enseigna le dogme de l'unité de Dieu, et dit: Malheureux qui renie votre religion! Ne craignes pus lui, mais moi. J'ai mis aujourd’hui la perfection à votre loi et accompli ma grâce sur vous, et je désire que l’islamisme soit votre foi. Il immola soixante-troix chameaux, nombre égal de celui de ses années, et Ali trente-sept. Il réforma le calendrier, en rétablissant l'année lunaire sans intercalation, et accomplit avec précision, dans tous leurs détails, les pratiques dévotes du pélerinage.

De retour à Médine, il s'apprétait à attaquer la Syrie et les

Pèlerina d'adieus 22 février.

6 juin.

Roumi, quand il fut pris d’une fièvre qui s’accrut à la nouvelle des progrès faits par deux apostats. Il dit à ses femmes, auprès desquelles il séjournait alternativement, qu'il souhaitait rester avec une seule pendant sa maladie, et toutes se réunirent pour désigner Aïscha. Le prophète ne cessa de prier tant qu'il en eut la force; il se fit porter à la mosquée, où il pria pour ceux qui étaient morts pour la foi, loua Dieu, demanda pardon de ses péchés, et puis il dit : Æst-1l parmi vous quelqu'un que J'aie frappé? Voict mes épaules, qu’il me rende la pareille. Ai- Je blessé quelqu'un dans sa réputation? Qu'il en fasse autant à mon égard, Ai-je causé quelque dommage en argent? Voici ma bourse. Un homme du peuple se leva, et dit: Tw me dois trois drachmes (1) depuis longtemps. Et le prophète les lui fit rendre avec les intérêts, en ajoutant : Mieux vaut endurer la honte en ce monde que dans l’autre /

Quand les forces lui manquèrent, il chargea Abou-Bekr de faire la prière dans la mosquée. Il dit aux Ansariens : Extirpez tous les idolâtres de la péninsule; accordez aux nouveaux convertis les mêmes privilèges qu'aux musulmans, el soyez assidus à la prière. Après quinze jours de souffrances, Gabriel vint le consoler en lui annonçant la mort d’un des deux aposiats rebelles; alors le prophète permit à l’ange de la mort de le frapper. Il expira sur les genoux d’Aïscha, en s’écriant : Sesgneur, reçois-moi dans in miséricorde ; accorde-moi place parmi ceux que lu ax élevés dans ta grâce et dans tu faveur! 1] avait vécu soixante-trois ans (2), sur lesquels il en avait prophétisé vingt-trois et dominé dix.

Il était de stature moyenne, avait la tête grosse, la peau brune et colorée, des traits prononcés, les yeux grands et vifs, le front large et proéminent, le nez aquilin, les cheveux d’un noir d’ébène, la barbe épaisse, la physionomie d’une douceur mujestueuse ; mais, quand il étaiten proie à la colère, on voyait une veine entre ses sourcils se gonfler d’une manière effrayante. Affable avec ses inférieurs, enjoué avec ses amis, il se nourrissait, même après avoir acquis tant de trésors, de pain d’orge dont la quantité était exactement mesurée ; parfois même il restait deux mois sans faire de feu chez lui, se contentant de

(1) La drachme des premiers temps mahométans est plus large et plus mince que celle des Grecs, mais presque du même poids. Il en est de même de la monnaie d’or.

(2) Il s'agit ici d’années lunaires, qui équivalent à environ soixante et une annéts solaires,

dattes et d'eau pure. Simple dans ses habitudes, il trayait luimême les chèvres, balayait, allumait le feu, raccommodait ses vêtements, et s’occupait d’autres soins de ménage. Jamais il n’affecta le faste d'un roi.

Il ne savait ni lire ni écrire, ou du moins il feignait d'être illeittré, pour inspirer une plus grande foi dans les révélations qui, disait-il, lui étaient faites par écrit. La forme de ces révélations tendait à faire vénérer l'écriture, puisque Dieu même y avait recours. Mahomet recommande d'ailleurs l'étude de temps à autre. Tout mal, dit-il, noft de Pignorance ; il y a cependant un plus gran'i mal : c'est d'ignorer sa propre ignorance. L'ignorant ne fait pas attention à tout ce qui se passe autour de lui, ni à ce que font les autres; s’il possède une vertu, il croit en avoir cent; s’il a mille défauts, il ne s'en connaît pas un. Il avait aussi sans cesse cette sentence à la bouche : L’ignorance est une mauvaise monture, qui rend ridicule celui qui la monte et celui qui la conduit. Comme un Arabe se plaignait de ce qu’un savant s'était arrêté deux jours dans sa demeure, Mahomet lui dit : Les montagnes manifestent par l'écho le plaisir qu'elles ressentent aux accents d'une voix mélodieuse ; Les roses et les jasrnins s'épanouissent aux chants des rossignols (1), et les chameaux eux-mêmes se raniment à la chanson du chamelier. Celui-là est Ptus dur que le roc, plus stupide qu'une béte, qui ne se plait pas à l'entretien du savant.

Patient dans la mauvaise fortune, et, ce qui est plus rare, dans la prospérité, il s’écria, quand il apprit la mort de sa fille Bakia : Qwe Dieu soft béni! Recevons de lui comme un bienfuit méme la mort de nos enfants. Cruel quand sa sûreté l’exigeait, il sut aussi pardonner; il traita avec générosité ses ennemis et observa scrupuleusement les conventions.

Au dire des auteurs arabes, Mahomet surpassa en quatre choses tous les autres hommes : en valeur, à la lutte, en libéralité et en vigueur maritale. La /ibéralité, disait-il, esf une branche de l'arbre de la béatitude, dont la racine se trouve dans le paradis, où elle est arrosée par les eaux du fleuve Kauster. I] disait aussi : La félicité consiste ici-bas à faire du bien à ses amis, et à souffrir avec constance le mal de la part de ses ennemis.

Il resta jusqu'à cinquante ans fidèle à Kadija, envers laquelle il se proclamait redevable de sa fortune, et il la respecta toujours; îl la plaça au nombre des quatre femmes miroirs de

(1) La poésie orientale célèbre souvent les amours du rossignol et de la rose,

vertu, avec Marie, sœur de Moïse, Marie, mère du Christ et Fatime, sa fille. Comme il ne cessait de parler d'elle avec ses femmes, Aïscha l’interrompit un jour en s’écriant : Quoi qu’il en soil , elle était vieille, et une qui vaut mieux l’a remplacée. — Non, par Dieu, reprit le prophète, aucune femme ne peut étre préférée à Kadija, qui crut en moi quand les hommes me méprisaient, el qui pourvut à mes besoins alors que j'élais pauvre et perseculé.

Lorsqu'elle eut cessé de vivre, il épousa successivement jusqu'à quinze femmes, bien qu'il n’en eùt permis que quatre dans le Coran ; il se fit même autoriser et ordonner par le ciel de se marier à la femme d’un autre. Il eut en outre onze concubines, et dans le même moment il passait dans les bras de plusieurs. IL s’éprit d’une esclave cophte nommée Marie, que lui avait envoyée Mou-Kaucas, gouverneur de l'Égypte ; mais, surpris avec elle par Afssa, fille d'Omar, une de ses femmes, il lui jura, pour la conserver, qu'il ne toucherait plus cette Cophte, et que son père gouvernerait les croyants après Abou-Bekr, si elle gardait le silence sur ce quis’était passé. Afssa confia le secret à Aïscha, qui le rapporta à Abou-Bekr, son père. Mahomet s'étant aperçu du mécontentement de l'une et de l’autre, répudia Afssa, et se tint un mois éloigné de ses femmes pour se livrer à de nouvelles amours ; puis il ajouta dans le Coran un chapitre qui permet aux musulmans de manquer à leurs serments.

Le châtiment infligé à Afssa était terrible, car une femme répudiée par le prophète ne pouvait passer dans la couche d’un autre époux, craignant donc de s’aliéner Omar, Mahomet fit courir le bruit que Gabriel lui avait ordonné de récompenser les jeùnes et la piété de la jeune femme, en la reprenant. Une fois, dans une marche de nuit, Aïscha resta en arrière, et, le lendemain matin, reparut au camp accompagnée d’un guerrier, ce qui donna naissance à beaucoup de suppositions parmi les Arabes. Mahomet, quoique très-jaloux, voulant peut-être, comme César, que ses femmes ne fussent pas même soupçonnées, se fit assurer par une révélation qu'Aïscha était immaculée, punit les médisants, et inscrivit dans la loi qu'une femme ne pourrait être condamnée pour adultère qu'autant qu'elle aurait été vue en faute par quatre hommes. Aïscha fut celle de ses femmes qu'il aima le plus; elle resta la confidente des mystères de son agonie, et fut ensuite considérée comme la mère des croyants (Om el-moslem) et l'interprète des pensées du prophète.

Il ne laissa d’autre enfant légitime que Fatime, femme d’Ali. Les nombreux musulmans qui se vantent de descendre de lui, et qui seuls ont le droit de porter le turban vert, son issus de ses enfants naturels.

Les révélations furent le principal instrument de la puissance de Mahomet, qui fit sans cesse intervenir la Divinité, selon qu'il était nécessaire à ses fins; mais il faut condamner le honteux abus qu'il fit de la parole divine pour autoriser ses propres désordres, à tel point que sa vie fut une exception continuelle aux règles posées par lui-même, et que l'ange Gabriel dut chaque fois venir le dispenser de les observer. Animé d’abord du zèle de l’indignation contre l'idolâtrie, il eut ensuite recours à l’imposture en simulant des communications répéiées avec la Divinité, à laquelle il attribua toutes ses résolutions, ainsi que sa farouche intolérance envers les Hébreux et les chrétiens. Lui-même prononça sa condamnation, quand il écrivit : Quelle impiété pire que de faire Dieu complice d’un mensonge, que de s’attribuer des révélations que l'on n’a pas, que de dire : Je ferai descendre un livre égal à celui que Dieu envoya !

I ne prétendit pas au don des miracles, et, si ses ennemis lui cn demandaient pour attester son apostolat, il citait les victoires remportées à l’aide de bataillons d’anges qui combattaient avec ses guerriers. «Ils jurèrent que, s'ils voyaient un seul « miracle, ils croiraient au livre qui te fut envoyé. En effet, « les miracles, bien que les infidèles ne l’avouent pas, sont dans « la main de Dieu. Dis-leur : Celui qui fait croître les moissons, « qui alimente l’homme avec le pain, et le façonne en chair et « en os, ne pourrait-il planter un jardin dans le désert et faire « jaillir des eaux vives d’un rocher? Oui, sans doute, sa toute- « puissance abat le raisonnement des infidèles. O prophète! « dis-leur que, même alors qu'ils verraient des millions d’an- « ges, quand les morts parleraient, ils ne croiraient pas plus « qu'ils ne croient à cette heure aux bienfaits divins.

« Peuples, les arguments abondent pour vous convaincre de « Ja vérité. Je n’emploierai de prodiges que pour l’effroi des «méchants. Ne suis-je pas un homme comme les autres ? à «quoi bon les miracles? J'ai été envoyé pour vous inviter à «embrasser le bien qui vous était offert, et à craindre le mal « qui vous menaçait. Je dis uniquement ce qui me fut prescrit. « Malhieur à qui refusera de m'écouter! » |

Malgré une déclaration si précise, ses sectateurs associèrent

un prodige à chacun de ses actes : ce sont des pierres et des arbres qui lui rendent hommage, des sources qui jaillissent de ses doigts, des affamés qu'il rassasie, des malades qu'il guérit, des morts qu’il ressuscite.

Parmi ces miracles, rapportés en foule dans la Suna, le plus célèbre est son voyage au ciel. Une nuit, pendant qu'il dormait sans autre abri que le ciel, l’ange Gabriel lui ouvrit le cœur (4), et, après en avoir exprimé la goutte noire, l’emplit de foi et de science; agitant ensuite soixante-dix paires d'ailes, il lui amena la jument Al-Borak, sur laquelle chevauchent les prophètes dans les missions divines: plus rapide que l'éclair, aussi intelligente que l’homme, il ne lui marque que l4 parole. Aussitôt qu'elle fut informée que celui qu'elle devait porter était le médiateur, l’intercesseur, l’auteur de l'Islam, elle se calma, et, l'ayant reçu sur son dos, elle le conduisit à Jérusalem. Dans le temple de cette ville, il rencontra Abraham, Moïse et Jésus, avec d’autres saints qui lui firent un joyeux accueil et se mirent à prier avec lui. Mahomet et Gabriel, au moyen d’un escalier qu’ils trouvèrent, parvinrent au premier ciel, d’argent pur, où ils virent, suspendues à des chaînes d'or, les étoiles grosses comme le mont Noho, près la Mecque. Les anges y faisaient sentinelle, afin que les démons n’approchassent pas du paradis. D'autres anges avaient la forme de tous les animaux, et chacun d'eux priait pour l'espèce dont il avait revêtu l’aspect. Immense entre tous était le coq blanc, dont la tête atteignait le second ciel, distant du premier d'un voyage de cinq cents ans (2). Trois voix résonnent continuellement à l'oreille de Dieu : celle du croyant qui lit sans cesse le Coran; celle du pécheur qui tous les matins implore le pardon de ses fautes, et celle du coq gigantesque, la plus agréable de toutes.

Mahomet fut reçu dans ce séjour avec de grands honneurs, et salué par Abraham comme le plus grand de ses fils et des prophètes; puis, en moins de temps qu'on n’en peut mettre à le dire, il arriva au second ciel, de fer, où il rencontra Noé, Jésus et Jean. Dans le troisième, tout en pierres précieuses, se tenait le Fidèle de Dieu, ange qui commandait à cent mille autres, et si grand qu’un espace de soixante-dix mille journées de marche s’étendait d’un de ses yeux à l’autre. Îl avait devant

(1) Quelques-uns croient que cette phrase fait allusion à l’épilepsie, à laquelle il était sujet, suivant les Grecs.

(2) Fable tirée, comme tant d’autres, du Talmud babylonien.

lui une table sur laquelle il ne cessait d'écrire et d'effacer : c'était l'ange de la mort. Dans ce séjour habitaient David, Salomon et Joseph, qui honorèrent leurs successeurs. Dans le quatrième ciel, tout d’émeraude, vivait Hénoch, avec une foule d'anges plus nombreuse encore. L'un d’eux, si grand qu'il touchait au cinquième ciel, éloigné de cinq cents ans de chemin, gémissait incessamment sur les péchés des hommes.

Le cinquième ciel, demeure d’Aaron, est en or pur, et le feu de la colère de Dieu s’y conserve pour les pécheurs obstinés. Dans le sixième, Moïse salua Mahomet comme son frère, mais s’affligea en pensant qu'il ferait entrer dans le ciel plus de musulmans que lui-même n'ÿ avait introduit de Juifs. Dans le septième, composé de la lumière la plus limpide, il vit la plus grande créature de Dieu, un ange avec soixante-dix mille têtes, dont chacune a soixante-dix mille bouches, et chaque bouche de soixante-dix mille langues, parlant chacune soixante-dix mille idiomes pour célébrer les louanges du Seigneur.

Mahomet fut élevé jusqu'à l’arbre Lotos, passé lequel il n'est pas donné aux anges eux-mêmes de s’élancer. Gabriel laissa donc là le prophète, qui fut conduit par Asrafel jusqu’au : trône de l'Éternel, à travers deux mers de lumière et une de ténèbres, et il entendit une voix qui lui disait: Mahomet, avance-toi, approche-toi de Dieu puissant et glorieux !

Marchant donc en avant, il s'approcha à deux portées d'arc de la Divinité, et lut à la droite du trône : Z! n'y a pas d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. Dieu le toucha, le pénétra d’un saint frisson, et lui ouvrit ses secrets; puis, revenant sur ses pas, il retrouva Gabriel, qui le ramena à Jérusalem, où Al-Borak l’attendait.

Tout cela s’était accompli en quelques heures; Mahomet ayant manifesté à Gabriel la crainte que le peuple ne refusât croyance à lant de merveilles et ne l’accusât de mensonge, Vange lui répondit : Abou-Bekr, témoin fidèle, justifiera les prodiges que tu raconteras.

Telles furent les belles inventions de ses croyants ; maïs il avait raison de dire : « J'étais pauvre, et je suis parvenu à dominer sur la moitié du monde; voilà le miracle que j'ai accompli. » Marchand, prophète, prédicateur, héros, législateur, poëte, il forma le projet d'établir, au milieu de la lutte des religions, un dogme de la plus grande simplicité; sa force s'accroit par la patience avec laquelle il poursuit des succès lents,

et par les épreuves que lui suscite la résistance; la persécution lui assure un refuge en Abyssinie et à Médine ; l’obstination lui fait rejeter les chrétiens et les Juifs, pour favoriser uniquement ses compatriotes ; puis, levant l’étendard, il propose l'alternative de victoires glorieuses 6u d’un martyre plus glorieux encore. Sous cet étendard, Mahomet conduisit ses guerriers aux premières victoires, inspirant la confiance que donne le succès, et créant ces illustres capitaines qui terminèrent son œuvre. Get étendard {4) ne dut plus se reposer. Porté par le général lui-même, qui le tenait d’une main et combattait de l'autre, il fut d’abord déposé à Médine, capitale de l'Islam, puis à Bagdad, à Damas, au Caire, d’où la maison d'Othman ou Osman le fit passer à Pruse, à Gallipoli, à Constantinople. Un exemplaire du Coran, d’un caractère très-fin, copié de la main d’'Omar, est enveloppé avec une clef d'argent de la Kaaba ; on ne le déploie que lorsque le sultan ou le premier vizir se met à la tête de l’armée, ou quand on veut raviver l’enthousiasme national et religieux.

Lorsqu'il eut rendu le dernier soupir, ce fut une désolation universelle parmi ses fidèles; puis s’élevèrent des murmures - de mécontentement et de doute. Quelques-uns dirent que le prophète ne pouvait mourir, et que, comme Moïse, il reviendrait après quarante jours, ou ressusciterait après trois comme le Christ. L'impétueux Omar alla même jusqu’à menacer de son épée quiconque émettrait une opinion contraire; mais le prudent Abou-Bekr, tout en louant son zèle, en désapprouva les effets. Adorez-vous, dit-il, Mahomet ou le Dieu de Mahomet ? Dieu vit éternellement; mais son apôtre élait mortel comme nous, et il a lerminé sa carrière.

Cette sentence, confirmée par un commencement de putré-

(1) Les musulmans l’appellent Oucab Sandjak Schérif. Lu bannière de Mahomet, qui se trouve à Constantinople, dans la salle des reliques, est enveloppée de quarante couvertures de soie, et les vètements du prophète de cinquante. Le 19 du Ramadan, la cour est admise à baiser l’étendard, et cette solennité se répète chaque année. Après chaque baiser, le grand écuyer l’essuie avec une pièce de mousseline, que conserve précieusement celui dont les lèvres viennent de toucher la relique. La cérémonie terminée, on lave le bord que les dévots ont baisé dans un grand vase d'argent, dont l’eau est distribuée dans des fioles qu’on envoie cachetées aux princes et aux grands. Le porteur reçoit un cadeau. On verse quelques gouttes de cette eau dans la première gorgée que prennent les musulmans le soir même de ce jour, pour rompre le jeûne ; elle est regardée comme un préservatif contre le feu et les maladies. (HAMMER, Slaatsvers. und Slatsverw. der Osm. R. I., 19.)

faction, calma les esprils, et l'on prépara des funérailles splendides au prophète. Au lieu de pleurs et de gémissements, ce ne furent que louanges décernées à ce grand homme, qui avait réuni le laurier du poëte, le sceptre du législateur et l’épée du guerrier.

Mais une nouvelle contestation s'éleva lorsqu’il s'agit de désigner le lieu où il serait enseveli. Les Moadgériens voulaient qu'il füt porté à la Mecque, sa ville natale ; les Ansariens, le posséder à Médine, qui lui avait donné asile ; d’autres, le déposer à Jérusalem, au milieu des prophètes. Abou-Bekr trancha encore la difficulté, en déclarant que le prophète avait exprimé la volonté d’être inhumé au lieu où il mourrait.

Sa fosse fut donc creusée sous le lil même où il avait expiré, et c’est là qu’on l’ensevelit ; auprès de cette fosse, on éleva ensuite une magnifique mosquée, sur le modéle de celle de la Mecque, en forme de tour, ceinte de galeries à couvert, avec un petit édifice au centre. Elle est soutenue par deux cent quatrevingt-seize colonnes, différentes l'une de l’autre, s’élevant de terre, et ornées d’arabesques, de pierres précieuses et d’inscriptions en or.

À l’angle sud-est de la mosquée est le tombeau de Mahomet, dans un carré de pierres noires que soutiennent deux colonnes; à côté de lui reposent ses deux premiers successeurs, dont les tombes sont toujours couvertes de précieux tapis.

Mahomet, pour s'être écrié avant de mourir: Maudits les Juifs, qui convertirent en temples les sépulcres de leurs prophètes ! ne pouvait avoir un temple comme Dieu; mais visiter son tombeau est un des principaux devoirs de l’islamisme. Le ” fidèle qui s'y rend doit répéter assidûment certaines formules, surtout lorsqu’il aperçoit les arbres du territoire de Médine. Avant d'entrer dans la ville, il se purifie par des ablutions, revêt ses plus beaux habits, se parfume des aromates les plus précieux, et fait des aumônes. En approchant de'la mosquée, il doit dire : O Seigneur! soyez propice à Mahomet et a la famille de Mahomet. O Seigneur! remettez-moi mes péchés, et ouvrez-moi les portes de votre miséricorde. Il s’avance ensuite vers le parterre glorieux des fleurs, c’est-à-dire vers le tombeau, et va prier dans les différents lieux consacrés par des souvenirs, en accomplissant les cérémonies que pratiquèrcnt les premiers apôtres.

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