‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 14 sur 86 · G0UB8 B AMOUR · texte numérisé non relu

G0UB8 B AMOUR

les monastères à des ouvrages manuels et inteliectaels , en même temps cpi'elles y recevai^t l'instruction morale.

Les couvents procurèrent à la femme une sorte d'émancipation ; elle y rem{^ssait toutes les fonctions , administrait la justice et les ftmes^ accomplissait des voyages qui auraient compromis une laïque , et résistait à toutes les attaques par des prodiges de pudeur et^ de chasteté. Ce fut encore un grand bonheur pour elle quand TÉglise devint le tribunal des mariages; le fléau des répudiations fîit supprimé^ et, dès que la femme avait à se plaindre, le prêtre accourait à son secours. Sous cette influence, les lois barbares firent un progrès que les codes de la sagesse antique n'avaient pas accompli; elles prirent sous leur protection l'honneur des femmes libres et jusqu'à la vertu des femmes esclaves (i).

Dans la loi ripuaire et dans la loi féodale , la femme participe aux biens acquis par le mari; c'était proclamer Teflicacité de son concours dans l'œuvre de la prospérité domestique, et considérer la fiimille comme l'union de deux êtres qui marchent avec une intelligence égale vers un but commun. Le tnundium donné à la femme mariée la constituait propriétaire, et par conséquent libre. Les lois barbares s'occupent beaucoup des biens de la femme , et les protègent même plus que la personne. Dans les pays où persistait le droit romain, la femme n'avait que l'administration de ses biens paraphemaux; la loi barbare fiaisait le mari administrateur, mais non propriétaire (2). Le Miroir de Souabe dit que le mari et la fi^me ont un seul corps et une seule vie ; le Miroir de Saxe déclare qu'ils ne peuveut rien posséder à part l'un de l'autre, et que «leurs biens sont communs une fois qu'ils ont couché sous la même couverture. »

Le système féodal imposait à la femme une lourde condition; elle ne pouvait être mariée que par son père , chef de la famille , ou par le roi , et même il est ^rit que le seigneur peut contraindre sa vassale à épouser qui il voudra, pourvu qu'elle ait accompli ses douze ans (3). Cette rigueur était nécessaire du moment que le mari devenait l'homme-lige du seigneur; autrement^ la main de la femme aurait pu apporter le fief à un étranger, à un ennemi.

La veuve était d'abord tenue de payer toutes les dettes du mari; mais^ plus tard , elle en fut quitte moyennant une cérémonie. Le jour de l'enterrement, elle suivait le cortège jusqu'au cimetière; arrivée là, elle ôtait sa ceinture et la laissait tomber par terre,

(1) Voy. I. vn.

(2) Voy. LOITPRAKD, IV.

(S) LtTTLBTON.

(rt, prônant le trousseau des clefs de la maison, le jetait sur la fosse : de cette spiaiûère elle était exempte des dettes. De (rios , eile pouvait emporter de la mmùa le meilleur lit , les meilleures bardes, les joyaux les plus précieux, le vêtraient qu'elle portait durant la maladie de son mari^ un lit pour sa suivante et une pièce de bétail vivant (1).

Enfin voici la chevalerie qui inscrit au nombre de ses premiers devoirs celui de protéger les femmes partout et contre tous, qui livre combat à leurs oppresseurs, et se soumet pour elles au jugement de Dieu contre des champions qui braveraient leur Âûblesse. De là ^ cet idéal de vertu et de prouesse dont firent ensmte abus non pas seulement les amants et les poêles , mais encore les philosophes et les historiens. Les croisades elles*mémes, par les longs veuvages dont elles furent la cause , altérèrent le système des familles ; il fallut laisser aux femmes l'administration des biens, et même la régence des États; elles prirent ainsi l'habitude de l'action, et le monde s'accoutuma à les voir agir.

Les femmes , dès lors , furent en possession de droits dont jamais elles n'avaient joui. Louis Vn datait ses actes du couronnement de la rdne Adèle , sa femme. Saint Louis nous apparaît toujours entre l'austère figure de Blanche de Gastille et le doux visage de Marguerite. Les unes siégeaient comme juges dans des causes graves, d'autres se couvraient de l'armure pour aller à la croisade, et Alix de Montmorency conduisait une armée au Cameux Simon de Montfort , son époux. A cette époque, elles recouvrèrent la faculté d'hériter, dont elles avaient été exclues par les exigences féodales (3). Le Yermandois et PAmiennois édiurent à des femmes en 1077 et 1141 ; de 1115 à 1345, sept femmes se succédèrent dans le comté de Boulogne -y des femmes possédèrent en 1303 TAnjou, en 1318 la Touraine, le Perche en 1340, et l'Artois en 1303. £n Italie, avant cette époque, les comtesses Béatrix et Matbilde avaient présidé des assemblées , investi des abbesses, cité des accusés et jugé des contestations (3).

Bien phis , la galanterie passa dans les lois. Jacques d'Aragon ordonna de laisser passer sain et sauf tout honune, chevalier ou

(1) Bbacmanoir, Grand Coustumier, c. xnr.

(2) Apud voê deeiduntur negotia legUm» imperaiarum ; btni§Mior Imige est ewiuetudo regni nostri^ «M, ti melior $êxus d^erit, mulierUms «mccedere et fiœredilatem administrare conceditur. ( Réponse de Louis le Jeune,

ap. DCCUESNE, t IV. )

(3) Gotefridus divina clementia dux et marchio, etc, BeaU^ix, tiu$ cm^ jux, sub nostro mundbtirdio recipimus. (Muratoih, àntig» mtd* MV. , 9ô7.)

ffimis. 443

non 9 qui accompagnertii une fenme^ à moiiit qu'a ne Ai coupable de meurtre (1). Louis H, duc de Bourbon, eo instituant l'ordre de I*Écu d'or^ impoia pour oondUkm d'honorer prîDoip»iement les dames , de ne pas louCfiir qu'elles ftmeni cakumMcs, parce que d'elles ^ après Dieu , vient tout l'iioaneur q«e les bomaies peuvent acquérir*

Boberid'AArissel fonda l'abbaye dePontevrault^ où les femmes étaient supérieures aux hommes. L'abbesse administrait^ recevait eo religion, décrétait les peines ecdésiastiquesetciviles^et à tous les degrés les hommes étaient inférieurs aux femmes. Il y eut dans ce couvent jusqu'à cinq mille religieuses et un nombre infiai de moines. Les abbesses soutinrei^ leurs droits contie les usurpateurs les plus puissants.

Les idées r^[>andues par la i^alerie sur les feounes sont empreintes dans un vieux fragment cité par Sainte-Palaye^ que nous transcrirons ici : o Le temps de lors estoit en paix, et demenoient c grant festes et grant joyeusetés; et toutes manières de cheva- . c krie , de dames et damoiselles se assembloient là où ils sçavoient « les festes qui estoient faictes menu et souvent. Et là venoient f par grand honneur les bons chevaliers de oelluy tems. Mais, s'il c adv(Nioit par aucune adventure que dame ne damoiselle que c eust mauvais rcuiom, ne qui fust blasmée de son honneur, se « mist avec une bonne dame ou damoisdle de bonne renommée, f combia) qu'elle fust plus gentil-femme , ou eust plus noble et f plus riche niary, tantost ces bons chevaii«rs, de leurs droits, « n'avoient point de honte de venir à elles devant tous, et de € prendre 1^ bonnes ei de les mettre au-dessus des blaamées, et m leur disoient devant tous : Dame, ne irons de$plaiie m ceste Cl iawie OH danuriieUê va devatU; ear^ combien qvfelle ne soit ni c noble et si riche comme vousj elle n'est point blasmée^ eâns est m mise au nombre des bontieSf et oins ne du Von pas de vous, e dont il me d^fMst; mais l'en fera Fkomiim à g%d l'a desservi f a et ne vous en merveillez pas^

n Ainsi parloient les bons chevaliers, et mettoieni les bonnes et « de bonne renommée les premières, dont elles meroioieBt Dieu « en leur cueur de elles estre tenues nettement, par quoy elles « étoient honorées et mises devant. Et les autres se prenoient au « nés, ei baissoient le visage et recevoîent de grant vergognes. Et c pour ce est<Mt bon exempte à toutes gentil-femmes; car pour « la bonté qu'elles oyoient dire des autres femmes, elles doubf toient et craignoient de faive mal à point.

(1) Ds M4SCA, Bfarca Msp., p. 1428.

ONZiiMB ÉPOQUE.

« Mii&, Diea mercy, aujoord'huy on porte aussi bien honnetBir a aax blasmées comme aux bonnes, dont mainte» y prenn^t « mal exanpley et di^ que c'est tout ung^ et que Ton porte oc aussi grant honneur à celles qui sont blasmées et diffamées , « comnie l'oa en fait aux bonnes. Il n'y a force à mal faire > tout « se passe. Hais toutefois c'est mal dit et mal pensé , car en bonne a foy combien qu'en leur présence on leur fasse honneur et cour- « toysie , quand l'en est parti , d'elles l'en s'en bourde. Mais je « pense que c'est mal fait^ et qu'il vaulsit encore mieux devant c tous leur montrer leurs fautes et folies^ comme on faisoit en « celuy tems dont je vous ai parlé.

« Et je vous diray encore plus comme j'ai oui raconter à plu^ a sieurs chevaliers qui virent celuy messire Geoffroy, qui disoit « que quand il chevauchoit par les champs, et il veoit le chasteau € ou manoir de quelque dame , il demandoit toujours à qui il « estoit; et quand on lui disoit y II eit à celle, se la dame estoît c blasmée de son honneur, il se fust avant tort d'une demi-lieue « qu'il ne fust venu devant la porte ; et là prenoit un petit de croye « qu'il portoit , et notoit cette porte , et en faisoit ung signet, et f s'en venoit. Et aussi, au contraire, quand il passoit devant « l'hostel de dame ou damoiselle de bcome renommée, se il n'aa voit trop grant haste, il la venoit veoir et huchoit : Ma banne « amye, au ma tenue dame au damaieelle, je prie à Dieu fue en <( ce bien et en cest hanneur il vous veuille maintenir au nombre a des bannes; car bien devez estre louée et honorée.

c Et par celle voye les bonnes se craignoient, et se tenoient « plus fermes de foire chose dont elles peussent perdre leur bona neur et leur estât. Si vouldroye que celui tems fut revenu , car « je pense qu'il n'en seroit pas tant de blasmées, comme il est à a pr^nt. »

Déplorable nature des choses humaines, qu'il nous faille, aux louanges d'une bonne institution , faire succéder de si près l'aven des abus auxquels elle fut entraînée I

De même que le sentiment guerrier avait introduitdans l'amour les bizarreries des chevaliers errants, les académies et les habi^ tudes des universités qui se dévelojqpaient alors le réduisirent en système, en véritable science , avec sa terminologie, ses lois, ses rites spédaux. Cette science fut appelée jayj mot qui ne signiBe pas gaieté, mais exaltation amoureuse, principe de belles et grandes choses. Les Provençaux, les Itdiens l'appelaient gais science , et le code espagnol recoounande au chevalier la jo^, non pour lui dire de se montrer toujours de bonne humeur, mais pour

aAlE SCIENCE.

IiN recommander d'ouvrir son âme à l'enthousiasme qui engendre les grandes actions, dans le sens précisément opposé à celui où nous disons un triste homme pour un homme de mauvaise conduite.

La gaie science consistait donc dans la connaissance des raffinements les plus exquis de l'art d'aimer, en considérant toutefois l'amour comme un bienfait da ciel , comme la plénitude de l'exis« teoce du chevalier, la source des prouesses^ l'ensemble, en un root, des vertus sociales (1). ,

Elle était aussi l'objet d'une initiation à laquelle on arrivait par différents grades î il y avait les feigncdresj hésitants ; les prrf- ^otre^^ suppliants; les entendaires, écoutants, et les druz ou galants, mot d'une signification alors toute naïve.

L'association des idées religieuses, chevaleresques et féodales avait fait établir en principe que tout chevalier devait avoir sa dame pour lui consacrer ses exploits; contractant à son égard un lien de féodalité, il devenait son honmie lige, comme il pouvait Tétre de son suzerain. La première règle de cette union excluait le mariage entre les deux amants, qui d'ailleurs pouvaient se marier chacun de son cdté. Charlemagne , dans un poème publié par Fauriel, aime et épouse une parente de l'empereur de Gonstantinople. Gérard de Roussillon , qui aimait la princesse depuis assez longtem[>s et était payé de retour, aurait pu disputer au roi sa possession; mais il se réjouit de la voir devenir impératrice , et prit pour femme Berthe, sa soeur. Au moment où les deux couples doivent se séparer, Gérard conduit sous un arbre Berthe et la reine, que deux comtes accompagnent : c Que pensez-vous, c lui dit-il , 6 femme d'empereur, de ce que je vous ai échangée « pour un objet inférieur à vous? — Oui, répondit«elle; mais tu c m'as faite impératrice , et pour Tamour de moi tu as épousé ma « sœur, qui est aussi d'un grand prix. Vous, comtes, écoutez ;

< et toi aussi écoute , ma sœur, confidente de mes pensées; et

< toi principalement , ô Jésus mon Sauveur ! Je vous prends tous

< pour témoins et garants que par cet anneau j'engage pour touc jours mon amour au duc Gérard, et le constitue mon champion c et mon chevalier ; j'atteste devant vous que je l'aime plus c^ue « mon père et que mon époux, et qu'en le voyant partir je ne puis « maîtriser mes larmes. »

(1) Les Doaimenti d'amore de Barberino sont un traité de belles manières. ^ k>is palaUncs da roi de Majorque. conUennent aussi quelques prescriptions ' de courtoisie, parce que « leur office est de Taire naître la Joie, que les princes doifent recliercher avant tout. »

llisn ITHIV. — T. X. 10

ONZIÈME ÉPOQUE

Dès lors l'amour réciproque de la reine et de Gérard se perpétua comme un sentiment tendre, source chérie de secrètes pensées, mais rien de plus. Chacun d'eux conserva la foi conjugale sans donner ipatière au moindre soupçon.

De cette manière de penser et d'agir devait résulter une compassion religieuse pour les chagrins d'amour, une facile indulgence pour les égarements et une sorte d'horreur pour les maris qai les punissaient. Dans Tristan^ l'intérêt se porte continuellement sur le héros et son Yseult , malgré leurs fautes. Cabeslaing, qui tire vengeance de Marguerite , reste en abomination , et Caine attend celui qui tua Françoise de Rimini et son bien-aimé Paul.

n en résultait aussi une exaltation voisine de la folie , si ce n'était tout à fait de la démence. Un troubadour outrage une dame , laquelle exige en réparation qu'il s'arrache unongle. Ulric. de Liditenstein est blessé à un doigt dans le tournoi qu'il donne en l'honneur de sa dame; mais, comme elle fait mine de ne pas le croire , il se coupe ce doigt et le lui envoie. Que dire encore de la frénésie des Galois, confrérie amoureuse d'hommes et de femmes, formée dans le but de montrer que l'amour était au-dessus de toute influence des saisons et des éléments? on les voyait donc allumer des feux ardents en été et porter en hiver de légers vêlements , si bien que plusieurs moururent transis aux pieds de leurs dames.

Godefroy de Rudel, bien qu'il ne la connaisse pas , s'éprend de la comtesse de Tripoli d'après les récits foits sur elle par les pèlerins qui reviennent d'Antioche; il (r^r« plusieurs chansons en son honneur, puis se fait croisé pour la voir; mais il est atteint sur le vaisseau d'une maladie si grave que tous le considèrent comme mort. On parvient cependant à le conduire à Tripoli , où il est déposé dans une hôtellerie; informée aussitôt de son arrivée^ la comtesse accourt embrasser son amant inconnu, qui reprend connaissance, remercie Dieu d'avoir conservé ses jours jusqu'à ce moment, et rend le dernier soupir. La comtesse elle-même prit le voile, delà douleur qu'elle en ressentit.

Le troubadour Raimbaud de Vaqueiras raconte que le marquis de Montferrat , compagnon de Baudouin à la conquête de Constantinople , puis roi de Thessalonique , ayant laissé son cœur à Jacqueline , apprit que la famille de sa dame voulait l'entraîner en Sardaigne pour la marier contre son gré; il accourut la délivrer, et la donna pour femme à un de ses amis.

La gaie science naquit en Provence. Les fêtes du mariage de Constance, tille de Guillaume P**, comte de Provence et d'Aqui-

GOUftS D'aXOCH.

taine , avec le roi Robert la conduisîrent en France en compagnie des jongleurs et des histrions que cette princesse emmena du Midi au nord de la Loire. Une des formes les pliis brillantes sous lesquelles se produisait la gaie science était celle des tenserut ou Jenxpmtiîs, qui consistaient Ik controverser et à juger une question roalant le plus soutent sur la galanterie.

L'époque la plus brillante pour les femmes fut celle des cours J^Soii d'amour , où leur puissance apparaît à son plus haut degré. Cette institution , utile dans Torigine pour faire pénétrer dans les mœurs la courtoisie et la loyauté, en punissant ceux qui s'en écartaient par k seule mais redoutable peine de l'opinion y dégénéra plus tard en un mélange stupide de pédanterie, d'irréligion et de frivolité. Avant le onzième siècle, on en rencontre déjà des exemples (I) ; mais sa splendeur ne dure que de 4150 à 4900 envi* ron. Les dames les plus en renom , assistées de nobles chevaliers, teoaioit ces tribunaux à l'imitation ou , si l'on aime mieux , comme une parodie des véritables cours jndidaires ; quelquesuns étaient permanents , les autres temporaires. Les dames de Gascogne tenaient une cour permanente : Hermengarde y vicomtesse de Narbonne (4443-4494), à laquelle le troubadour Pierre Roger, son ami , décerna le nom mystique de Tort rCavez; âéonore de Poitou , la galante moitié de Louis YIl, puis de Henri II ^ roi d'Angleterre; la comtesse de Champagne et la comtesse de Flandre, avaient également la leur. Il s'en ouvrait aussi d'éphémères, à l'occasion de fétcs et surtout de cours plénières, ou lorsqu'un fait éclatant de galanterie ou de déloyauté réclamait une décision (2). Il ne manquait pas de magistrats inférieurs dans cette juridiction , et nous les voyons désignés par les noms de Bailli de joie^ àe Vicaire d* amour dans le district de beauté^ de Podeslat des bois verts, de Conservateur des hauts privilèges

(1) Sur les Cours d'amour, ooasoltei :

IUtrouàrd, Choix des poésks originales des troubadours, II, p. Lxxxni et soirantes; Paris, 1317.

ARETif, Ansprûche der Minnegerichte ans alten Bandschriflen herausgegeben, undmiteiner MttorUchen Aihandlung ûber die Minnegerichte des MUUUUters begleUel; Munich» 1803. Les oiiTragea antérieort aont incomplets et inexacts.

(1) « Les iensons étoient disputes d'amour qui se faisoient entre cheTaliers et dames poétesses» en discourant sur quelque heWe et subUle question d'amour ; et quand Ils ne poo?oient s'accorder, ils envoyoient, pour la définition , aux illustres dames présidentes, qui tenoient cours d'amour ouvertes à Signe, à Pierrefeo , à Romanino on ailleurs *, et à ce sujet se faisoient des procès, appelés Lous arrests d'amour, « ( Jba9 ne NosntEDAiiE , Fies des poètes provençaux, p. 15.)

ONZIÈME iPOQUE.

d'amour, et autres titres plaisants. L'appel de leurs décisions était ensuite formé à la requête du Procureur d'amour ou des parties (I ).

Ces jugements avaient pour règle un code qu'André Gapella, historien de ces futilités^ dît avoir été apporté par un chevalier breton 9 qui Tavait^ trouvé dans le tombeau du fameux roi Arthur. Il fut adopté et promulgué^ pour servir de loi à tous les servants d'amour. Au nombre de ses. trente et un articles^ nous citerons les suivants : a Le mariage n'est pas une excuse légitime « contre l'amour. — Qui ne sait cacher ne sait aimer. — L*a- «r niour doit toujours croître ou diminuer. — Les plaisirs ra- «t vis à contre-cœur sont insipides. — L'amour n'a pas coutume « d'héberger au logis de l'avarice. — La facilité diminue le prix; « la difficulté l'accroît. — L'amant véritable est toujours timide. 0 — Rien n'empêche qu'un homme soit aimé de deux femme&, a ou une femme de deux hommes. »

Des questions bizarres étaient soumises à ces étranges consistoires; elles roulaient en général sur4a morale , sur les courtoisies chevaleresques et les querelles amoureuses. Lequel vaut mieux j posséder ou jouir? Lequel est préférable, boire, chanter et rire^ ou pleurer^ aimer et souffrir ? Lequel vaut mieux, l'amour qui s* al" lume ou celui qui se ranime ? Une dame avait imposé à son amant de ne jamais la louer en public ; mais un jour, se trouvant en compagnie de chevaliers et de dames ^ où Ton se mit à maltraiter sa dame^ il ne put s'empêcher^ après s'être contenu un moment , de violer ses ordres pour défendre son honneur attaqué. Doit-il perdre ses faveurs, comme ayant forfait au traité?

La comtesse de Champagne rendit sur cette question un arrêt en ces termes : La dame a été trop rigoureuse dans ses commandements; la condition imposée est illicite; elle ne peut être opposée à l'amant qui repousse les, calomnies dirigées contre sa dame.

La même comtesse , ayant à statuer sur le point de savoir s'il peut y avoir un amour véritable entre époux, décida ce qui suit : Parla teneur des présentes ^ nous disons et soutenons que V amour ne peut étendre ses droits entre mari et femme. Les amants s^clccordent toute chose réciproquement et graiuitemeiit , sans aucune obligation de nécessité, tandis que les époux sont tenus par devoir à toutes les volontés l'un de l'autre. Que ce jugement que nous prononçons avec une extrême maturité , après avoir oui

(1) Bien plus tard, dans la France méridionale, le Prince d*amour avait le droit dMmposer une amende, dite pelote, auK chevaUers qui se mariaient hors du pays, ou aux demoiselles qui épousaient un étranger.

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