FEMMES. — COURS D^AMOUR
plusieursnobiesdamesy passe pour vérité constante et irréfragable. Donné VaniiH, le troisième des calendes de moi, indiction Vil.
Un chevalier s'éprit d'une dame qui ^ se trouvant déjà engagée avec un autre , lui promit son coeur si jamais elle venait à perdre l'affection de son rival. Peu après elle épousa ce dernier. Alors le chevalier la requit d'amour, ce qu'elle lui dénia » prétendant n'avoir pas perdu l'amour de celui dont elle avait d'abord accepté le servage. L'arrêt de la reine Éléonore» s'appuyant sur la décision précitée , condamna la dame à octroyer le sentiment promis.
Un amoureux, se préparant à la joute , fit faire sa devise au gré de sa dame ^ et prit ses couleurs. Au moment de partir, il alla pour réclamer sa bénédiction; mais elle , feignant d'être malade, refusa de lui parler. Plainte fut portée au tribunal d'amour ; elle fut condamnée à revêtir te chevalier de l'armure et du surcot la première fois qu'il irait jouter, à mener son cheval par ia bride tout autour de la lice, et à lui présenter sa lance, en disant : Adieu, bel ami y bon courage; ne redoute rien, car on prie pour toi.
Une dame se plaint de ce que son amant lui offre des anneaux et autres dons> qu'elle ne veut pas accepter par doutance de simonie en amotir. Le commentateur qui examine cette cause (1) trouve qu'elle eut raison d'agir ainsi, attendu que la
(1) Benoit de Coar, qai commente les décrets d*amour de Martial d'Aa- ▼ergne.
Ce dernier, procareor an parlement de Paris dans le quinzième siècle, a mis en proee les anciens tenions provençaux, et en a extrait un recueil des décisions rendues par les cours d*amour, jugeant dans les différents degrés d'instances. Les formes sont celles d*un légiste de 1400; l'esprit et les décisions appartiennent au siècle des troubadours.
En Toici deux courts exemples :
« Par-devant le podestat des Bois verts, fut introduit procès entre un amant et sa dame. La susdite dame se plaignait au sujet d'une robe verte , disant qu*il la lui avait baisée de façon très -inconvenante, à la fiiire affoler; qu'en tombant sa colerette s*était ouverte, et qu'on avait pu voir le bord de sa chemise. Ëllc demandait, en conséquence, qu'il fût défendu à l'amant de plus badiner avec elle ni la toucher sans licence, et que, pour la fknte commise , il fût condamné à faire amende honorable; qu'il lui fût interdit de plaisanter avec elle en aucune façon, et d'approcher du lien oû elle se trouverait, sans congé ou sans en être requis. Comme elle eut obtenu les fins de sa plainte, l'amant, se trouvant lésé, en appela à la cour ici siégeant, où le procès fut reçu pour être jugé. Cria cour, sur le vu du procès, et le tout bien considéré, déclare qu'il a été bien jugé et mal appelé : bien jogé par le susdit podestat, mal appelé par l'appelant ; pour- , qnoi elle le condamne aux dépens de l'appel et h la taxe réservée.»
« An sujet d'une taxe de dépens que deux conseillers de la cour ici siégeant
QRZliMB ÉPOQUE*
troisième loi du Dtgesle^ Ik d^Mlione mt^ virum et «mrem, reconnaît dans W loariage quelque chose de divin; que, l'aniottr étant chose sainte en efTet» l'obtenir par des présenta serait foute non moins grande que d'acheter à ce pris: les choses sacrées.
Un autre amant se plaint m contraire d'usure dans les conventions qui le lient à &a dame^ envers laquelle il est tenu de services, d'homuaages ^ de cadeaux sans fin^ et tout cela pour n'en obtemr rien de plus qu'un baiser. La cour déclare qu'il n'y a point là cas d'usure; mais le commentateur blâme oet arrét^ en s'étayant du Digeste et des conciles ^ qui condamnent l'usure.
Un écuyer appelle sa dame en justice pour l'avoir féru d'un baiser^ et la cour la condamne à panser chaque jour la blessure avec ses lèvres, a Bien jugé, remarque le commentateur^ aux termes du titre De reliquiis ac vetieratioue sanctorum (1). »
a? aient impMée pour une jeuae dam^ contre an ami d'icaUe, de. la soBiine de dix-Dfiuf livres trois sous et six deniers parisis, pour cause d'un vojage et pèlerinage dont elle avait fait vœu avec une extrême ardeur pour Tami susdit, et s'en était allée pieds nus pour lui, afin quil guérit d'une grave maladie de fièvre blanche dont alors il était affligé, et pour avoir aussi acheté des bouquets de romarin et dû gienièvre, avec lesquels elle Pavait traité dans sa maladie. L'aoaant se trouva lésé, et appela devant celte cour. Le- procès a été reçu pour être jog^ et la cour, vu la taxe des dépens susdite* et la diminution requise par la parUe adverse , et tout considéré , a déclaré quMl avait été bien taxé par lesdits conseillers, et mal appelé par l'appelant; pourquoi elle le condamne à l'amende. Il est coudamné en outre aux dépens de l'appel et à la taxe réservée. » (1) Yoici«encore quelques-unes de ces questions :
Demande. <t Une dame mariée est à cette heure séparée de son époux par divorce. Celui qui a été son mari requiert d*elle, avec instance, son amour. »
La vicomtesse de Narboaae prononce en ces termes : « L*amour entre ceux qui Turent coiyoints par le lien conjugal, lorsqu'il leur est arrivé ensuite de se séparer de quelque manière que ce soit , n'est pas estimé coupable, mais honnête au contraire. »
Demande, n Un amant heureux avait demandé à sa dame la permission d'ofrir ses hommages à une autre ; il y fut autorisé, et cessa de sentir pour sa première amie la tendresse qu'il lui avait portée d'abord. Un mois après il revient à elle, proteste de ne pas s^étre épris ailleurs, et de n'avoir pris aucune liberté avec l'autre dame, mais d'avoir voulu seulement mettre à l'épreuve la constance de sa maîtresse ; celle-ci l'a privé de son amour disant qu'il s'en est rendu indigne en implorant et en acceptant pareille licence. »
Arréi de la reine Éléonore. « Telle est la nature de l'amour : les amants Teignent souvent de souhaiter d'autres nœuds , pour s'assurer davantage de la fidélité et de la constance de la personne aimée. Ce^i léser les droits des amants que de reftiser, sous un prétexte semblable , ses embrassements ou sa tendresse, liormis le cas où il y aurait certitude que l'amant eût manqué à ses devoirs et à la Toi promise. »
Dmande, « L'amant d'une dame était parti depuis longtemps pour une
COUAS D'AMO^ft.
Kit mibeu de ees discuftsîoQS oa frivoles ou (d[)6cèQ6s , arrir ^mk ^parfois tm iBoîoe, dont la robe grossière traDchtU à côté te uAeltos Caatuea&es des dames; il proposait des questions
exfédiQoa outM-mer, et ceUe-d» ne croyant plus à son retour, en déiespénnt mètutj chercha un nouTel amant. Un confident de Pabsent s'y opposa, en aectmnt la ^me dinfidâité. Les raisons de ceHe-ci furent exposées comme ni : 81 In éame ve«m é^Nrit àtmx a» de tan ansant, est déliée de son pre* ■ier MBMT, et pent céder à une affirtian BovfeUe, à eonbien plus ferle laiaoa nVt-eUe pas le db-oit, après longues années» de mettre un autre au lieu et place de l'amant absent, qni n*a ni consolé ni rejoui sa dame par quelque écrit ou message , spécialement quand tes occasions étaient si fidles et fré-
CeUe affaire deona lieu de part et d^mtre k de iongUM discussions, jusqu'au BMuoeat où elle tut saumise à la cour de la comtesse de Champagne, qui pro- Booça cet arrêt :
• Une dame n'a pas le droit de renoncer à son amant sous le prétexte de sa longoe abeence, sauf le cas oè elle a preare certaine qu'il a Tiolé sa foi ou MBfaé iraes devoirs; nais Tahaence de l'aasant, par nécessité ou pour que^ que cause honorable, n'est pas un motif légitime. Rien ne doit plus flatter une dame que d'ouir répéter, des lieux les plus lointains, que son aoiant acquiert de la gloire, et qu'il est bien tu dans les réunions des grands. L'absence de lettres et de messages peut être interprétée connue un effet de prudence extftee, fBiee ^l'il n'aura pas imuIu confier son secret à un étranger, et qu'N aara craini, en eafoyant des lettres sans mettre le messager dans sa confidence, que les mystères de Paniour ne fussent en danger d'être rétélés , soit par l'infidâité do messager, soit par la possibilité de sa mort dans le cours même du Toyage. »
Demande, « Un die^alisr impiowit l'amour d'une dame sanspouTaIr mioen sa répugnance. Il loi euToy a quelques honnêtes présents, que la dame accepta ■vue autant de grftce que de reconnaissaace, sans pourtant rien diminuer de sa rigueur envers le cheYslier ; il se plaignait d'avoir été leurré d'une vaine espérance que In daaoe lui avait Mi concevoir en acceptant ses présents. >
Jugement de la reine Éléonore, « Il convient qoHine femme ou refuse les éoM qui loi sont offerts k fin d'amour, ou qu'elle le paye de retour, ou bien qu'elle se résigne k être mise au rang des plus abjectes cevtîaanee. »
Demande. « Un autant, déjà Ké par no honnête attachement, requit d'aoMor uae danae, comme SU n*eM pas déjà promis sa foi 4 une autre, et fut exaucé. Las de son bcmbeur, il revient à sa première amante, et chercha quereUe à la seconde. Gummenl rmidèle doiM être puni ? «
Jugement de la conUeese de Flandre. « Le fâen doit être privé des faveurs duadeax dames, et même aucune dame honnête ne peut ph» lui accorder d'amour. ■
Demande, « Un clievaller aimait une dame, et, n'ayant pas souvent l'occ»- •ien de lui parler, il convint avec elle de se communiquer leurs vmx par 1*hitermédiaire d'un confident; moyen qni leur procurait Tavantage de s'akner avec mystère. Mais le confident, manquant à ses devoirs de loyauté, ne parla que pour Ini, et fut écouté favorablement. Le chevalier dénonça la chose k la comtesse de Champagne, en implorant humblement que le délit fût jugé par elle et par les autres dames. Le coupable lui-même accepta le tribunal.
ONZEBME ÉPOQUE.
graves, par exemple celles-ci : Vaut-il mieux prodiguer l'argent à des bouffons , ou l'employer à nourrir des pauvres? — Yaut-Q mieux jouir un instant et pâtir toute l'éternité , ou suivre le parti contraire (1)?
La galanterie, arrivée à de pareils excès, ne pouvait que se convertir en niaiseries , en libertinage et en profanations. Les choses en vinrent au point qu'on vit un de ces soupirants d'amour se faire accorder dispense par les prêtres , au pied des autels, de pouvoir aimer une femme mariée, c'est-à-dire de se livrer à une flanmie adultère; un autre , allumer des cierges à tous les saints pour obtenir de vaincre les rigueurs de sa belle. Et cependant, au milieu de toutes ces frivolités, on trouve dans les cours d'amour une protestation contre le mariage purement matériel, et l'on y voit poindre les doctrines de l'amour spirituel.
Enfin ce culte pour la femme tomba lui-même avec la chevalerie; mais , de même qu'elle se prolongea parmi leS' gentilshommes amollis du dix-septième siècle, ainsi l'amour revêtit le caractère de ces paladins dégénérés. De là sortirent, en Espagne surtout et en Italie , ces chevaliers servants voués au ridicule dans les vers de Parini, chevaliers qui disparurent euxmêmes à mesure que des pensées plus graves vinrent occuper les esprits; les femmes, en cessant d'être des idoles, devinrent un objet d'amour, et obtinrent des hommages moins fastueux, mais en retour empreints de plus de tendresse et de dignité.
La comtesse, ayant réuni soixante dames pour statuer avec elles , prononça ce jugement:
« Que ramant déloyal qui a rencontré une femme digne de lui jouisse, s'il lui couTient, de plaisir si mal acquis, puisqu'elle n*a pas eu lionte de se prêter à une faute seoaîblable; mais qu'ils soient tous deux exclus à perpétuité de Tamoar de toute autre personne ; que ni l'un ni Tautre ne soient plus appelés jamais aux assemblées de dames, ni aux cours de cIiCTaliers, puisque l'amant a fiolé sa foi de chef alier, et la dame les principes de la pudeur féminine, en s'avilissant jusqu'à répondre à Tamour d'un confident, m
(1) A Paris même, dans le siècle des philosophes, La Harpe souleva dans sa chaire de professeur, à propos d'une tragédie de Voltaire, la question de saTOir si Orosmane est plus malheureux quand il croit Zaïre infidèle, ou lorsqu'après l'avoir tuée il la reconnaît innocente. Plusieurs beaux esprits discutèrent le pour et le contre, et La Harpe lut tout au long leurs lettres h son auditoire, puis inséra la conchision dans son Cours de liUérature, (Voy. le Cours de littérature française, par M. Villemain, 1. 1, p. 108.)
OITUIISSEMENTS.