‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 17 sur 86 · FESTINS · texte numérisé non relu

FESTINS

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«r mains, dë l'eau distillée avec des odeurs précieuses. Les services a vinrent ensuite^ apportés au son des Irompettes et d'autres insa truments. Le premier fut de massepains et de confitures dorées^ € avec les armoiries du sérénissirae empereur et du nouveau duc^ c dans des tasses d'or avec du vin blanc. Puis vinrent des pouc lets à la sauce violette, un par écuelie, avec du pain doré ; c ensuite deux grands porcs dorés, et deux veaux aussi dorés; c puis, sur deux grands plats d'argent, quatre poitrines de veau, a huit morceaux de mouton , quatre de sanglier^ quatre chea vreaux entiers, huit poulardes, huit chapons, deux jambons^ c quatre saucissons, avec sauce blanche et vin grec. Puis, sur c deux plats pareils, huit morceaux de veau rôti, quatre chea vreaux, quatre lièvres, douze gros pigeons, quatre oiseaux. « Puis huit paons cuits et revêtus de leur plumage, quatre jeunes « ours dorés, avec sauce aigre-douce et vin fort délicat. Puis, huit c foisans cuits et revêtus de leur plumage. Puis, dans des conques c d'ai^ent , un cerf doré, un daim également doré, et deux chea vreuils en gélatine. Puis, sur des grands plats d'argent, un grand « nombre de cailles et de perdreaux, avec sauce verte. Puis c des tourtes dorées, et composées de viande et de poires cuites, c Alors on présenta de nouveau à chacun des convives, pour se ç laver les mains, de l'eau distillée avec des odeurs précieuses. a Puis, des confitures argentées, en forme de poissons, des petits ff pains aussi argentés, des citrons confits, dans des tasses d'argent, a et argentés de même, des petits pâtés d'anguilles argentés ég£(lea ment, du poisson avec sauce rouge sur de petites écuelles d'art gent, et du malvoisie. Puis, sur des plats d'argent, des lama proies et des esturgeons argentés, et de grandes truites avec c sauce noire. Puis, de la pâtisserie couleur vert-argenté, des a amandes tendres, des pêches et des dragées de toutes formes, c Finalement, le dtner achevé, on apporta sur la table une grande a quantité de vases d'or et d'argent , de boucles, de colliers, a de bagues, de pièces de drap d'or, de soie et de pourpre, que c l'on distribua aux convives selon le rang de chacun, d

n nous arrivera de temps à autre de rappeler quelques-uns de ces repas solennels, dont le mélange donnera aux gastronomes d'aujourd'hui une singulière idée du goût de nos pères. On aura surtout remarqué la folie de dorer et d'argenter les mets; de plus, comme le paon se trouvait l'oiseau de la chevalerie, on était dans l'usage de le servir avec l'ornement de sa queue déployée.

Les rois de France faisaient cinq repas le jour : le déjeuner, le dîner à dix heures, le goûter plus tard, le souper, la collation à

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une heure avancée de la naît. Les jours ordinaires^ Xem dtner se oomposait d'une soupe au rh avec des poireaux et des cboux^ de boraf, de porc salé, d'un entremets de six poulets ou de douze en deux platS; d'un rôti de porc, de (romage et de fruits. Ils avaient à souper éxk boeuf rftti, des cervelles, des pieds de bœuf au vinaigre, du ihunage et des fruits. Au moment de se mettre à table, on appelait les convives au son du cor pour l'ablution des mains, par laquelle on commençait, ce qui s'appelait camer Feau. Les barons de service à la cour avuent moitié de la portion du Dau* phin^ les chevaliers un quarts les écuyers et les chapelains un huitième.

Quand l'empereur Charles IV alla rendre visite à Charles roi de France^ il lui fut donné un festin célèbre. La salle du pfdais était tenduede draperies, ornée de tapis et de figures , le tout déposé de manière à laisser voir les statues des rois de France, qui, placées dans des niches, sembiaioit présider au banquet. Cinq buffets étalent dressés et remplis de toutes sortes de friandises : le premier^ près de la salle^ était garni de vases d'or et de flacons d'argent émaillé y le second chargé de poterie et de vaisselle blanche ; sur tes trois autres on voyait toutes sortes de vins et de vases divers. Le roi s'assit au milieu^ l'empereur à droite^ le roi des Romains à gauche^ sous un baldaquin de drap d'or brodé aux armes dePrance. A la suite venaient les évéques de Paris et de Beauvais, puis à d'autres tables les ducs et les princes, sous des tentures de diverses couleurs.

Le roi avait ordonné quatre services de quarante paires de mets; mab, pour ne pas allonger le repas^ il fit don du quatrième à l'empereur. On représenta pour intermède la conquête de Jérusalem parJGrodefroi de Bouillon. A un bout de la salte^ on voyait un navire avec ses voiles , ses agrès , ses rameurs^ ses armes et ses bannières; il était monté par Godefroi et douze autres^ dans l'équipage militaire du temps; à la poupe se tenait Pierre l'Ermite. Ce navire était mù par des gens cachés à l'intérieur, et semblait voguer. Le second intermède représentait la ville de Jérusalem, avec le temple et les minarets; un Sarrasin criait du haut de l'un d'eux, et aussitôt tous les murs se garnissaient de soldats arabes avec des armures et des étendards. Cette décoration se mit en mouvement à son tour; lorsque le navire et la ville se trouvèrent en face Tun de l'autre, les croisés débarquèrent et assaillirent les murailles, qu'ils emportèrent après beaucoup d'efforts. Huit cents chevaliers figuraient dans cette réprésentation .

n serait trop long de rapporter toutes les extravagances dont on

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ftisaii étalage dans ces sortes de solennités. Quelquefois, à U première atteinte du couteau du sénéchal, l'oiseau qui semblait rôti s'élançait vivant du plat, et mettait tout en désarroi. Une autre fois^ c'était un nain qui sortait d'un pàté^ au grand étonnement de la noble compagnie. Dans un banquet du cardkial de Saint-Sixte, en 4473, on voit apparaître imit couples de nymphes,, et au nrilîeti d'elles Hercule avec Déjanire, Jason et Médée, Thésée et Pbè- <be, qui dansent au son des fifres, quand soudain les Centaures s'élancent pour enlever les femmes ; mais Hercule les combat, et remporte la victoire.

En général^ le roi, le seigneur suzerain de ce temps, offrait la table à tout son entourage, comme cela se pratiquait précédemment dans les châteaux féodaux ; de là Tusage de ces immenses banquets et des énormes portions qu'on y servait, profusion reproduite ensuite par luxe. A un festin abbatial de 4310, on vit siéger six mille convives, devant lesquels étaient rangés trois mille plats. Le souvenir de ces re^as monstrueux du moyen âge se conserva plus tard dans certaines fêles , surtout en Allemagne. Dans celle des bouchers, donnée à Nuremberg par Charles-Quint en 1548, figura un boudin de six cent cinquante aunes. En 4583 , les bouchers de Kœnigsberg en portèrent en triomphe im de cinq cent quatre-vingt-seize aunes et du poids de quatre cent trente-quatre livres; quatre-vingt-onze garçons bouchers le soutenaient en l'air sur des fourches de bois. Celui de 1601 eut mille cinq aunes et pesa neuf cents livres; il fut nuingé en compagnie des boulangers qui firent pour la circonstance des pains de dix brasses.

Le brillant Frédéric-Auguste I" de Saxe offrit à ses convives, dans le fameux champ de liesse qu'il donna en 1730 près de Hublberg, et où il dépensa quatre millions, un pâté de quatme aunes de long , six de lai^e, et d'une aune et demie de hauteur; il fut apporté sur un char long de dix aunes, trahié par huit chevaux (1).

L'usage de boire à la santé des convives est des plus anciens (2),

(1) L'aune du i&ys est à peu près la moiUé de celle de Paris.

(2) Chez les Grecs du temps d'Homère» on se souhaitait tour à tour Joie et santé entre amis, pour s*exciter à boire ; le mot philothésia , dérivé de (çl\6rtr^ç, qui signUie amiiié, était consacré 2i cet usage. Afin de procéder régulièrement, on élisait au commencement du repas un roi de la table, qui déterminait le moment de porter les toasts. Après aroir fait remplir sa coupe, il Teffleuraitdu bout des lèvres , puis il la faisait circuler de main en main jusqu'à ce que diacon en eût goûté, comme pour s'obliger, dès le début, à passer amicalement le temps du repas. Tant qu^l durait, on s'adressait des voeux particuliers, et on

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et, jusqu'au siècle dernier, on continua dans les repas solennels de porter celle des rois et des princes. En Angleterre^ les santés prirent le nom de toaslsy parce que^ lorsqu'on les portait à la fin du dîner^ on mettait une petite croûte de pain au fond du verre qui circulait autour de la table^ et celui qui le vidait mangeait la croûte. Plus d'une bizarrerie se glissait dans ces cérémonies^ et finit par devenir un usage respecté malgré son extravagance. Par exemple, le gentleman qui buvait à la santé d'une dame devait jeter au feu quelque pièce de son vêtement ou de ce qu'il portait sur lui, et tous les convives étaient tenus de l'imiter (i).

réputait malheureux celui que personne n'avait provoqué à boire. A la fin venaient les toasts solennels , pour lesquels il fallait boire plus copieusement, ou quitter la table, ou bien on Tersait sur la tête du récalcitrant le Tin qu'il avait refusé de boire. Le roi du banquet portait les santés , et aussitôt elles étaient échangées au milieu des chants et au son des instruments. On finissait par des libations en Thonneur des dieux ou des liéros.

Les choses se passaient ainsi chez les Grecs. Les Romains les imitèrent; ils s'étaient d*abord contentés depropiner, c'est-à-dire de prononcer cette formule : Je fais des vœux pour que vous et nous, toi et moi, nous nous portions bien ; mais, lorsque le luxe de l'Asie se fut introduit parmi eux, on mit aussi de la recherche en cette affaire ; vers la fm de la république surtout , c'était une cé* rémonie très-importante que de boire les coupes ou d'envoyer les coupes, c'està-dire de boire à la santé de quelqu'un. Youlait-on faire honneur à un conTire, on Tersait du Tin dans sa propre coupe, on la portait à ses lèvres, et, après avoir aspiré quelques gouttes, on la lui euToyait pour qu'il la Tidât ; puis le serviteur la rapportait. Dans hîs banquets solennels, les coupes, comme les convives, étaient couronnées de fleurs, et parfois on effeuillait des roses dans la liqueur, ce que l'on appelait boire les couronnes. Ce n'était qu'à la fin du repas que se buvaient les coupes et les couronnes, et toujours en faveur de parents, d'amis, de patrons ou de Tempereur, quand il y en eut un. On rivalisait alors de plaisanteries et de jeux ; on écrivait avec du vin le nom de sa maîtresse sur la table, ou l'on vidait autant de rasades qu'il contenait de lettres.

Les Celtes, les Gaulois, les Bretons, les Germains, procédaient avec plus de simplicité : la cruche comnrane faisait le tour de la table ; celui qui la portait à sa bouche disait, Je bois à toi, en nommant celui auquel il la passait ensuite, et qui le plus souvent était son voisin. Parfois 11 en résultait des rixes et du sang versé.

Cest peut-être le motif pour lequel saint Ambroise réprouvait cet usage, et ce qui fit que l'Église interdit aux ecclésiastiques de prendre part à ces plaisirs bruyants, ainsi que de boire à la santé des convives. Le concile de Petricaw en Pologne, du li novembre 1510, défend expressément aux clercs de s'exciter à boire durant le repas, et de boire à la santé de qui que ce soit

(1) On raconte une anecdote à ce sujet : sir Moloolm Sidney se trouvait un jour à dîner avec des amis. Un d'eux, lui ayant vu au cou une magnifîqne cravate de dentelles, porta un toast à une dame, et en même temps jeta sa propre cravate au feu : tous les autres furent obligé) de faire de même; mais Sydney, qui regrettait sa cravate, résolut de se venger. Peu de temps après, soupant avec les mêmes amis, il but à la santé d'une dame, et, faisant entrer un cliirurgîen, il se

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