FÊTES BES VILLES
de ville, avec deux gros pains-chevaliers ^ deux brocs de vin, deux poulets, deux plats de beignets , deux morceaux de bœuf et deux de petit salé. Les courses de taureaux s'étaient introduites de TEspagne dans le Languedoc et le Rouergue.U y avait^ dans la Picardie, des concoursde poésie et de musique. A Salency, le vertueux saint Médardsut consacrer une de ces solennités en voulant qoe, chaque année, une rose fàt donnée en prix à la jeune fille que le voisinage proclamerait la plus sage.
L'origine de beaucoup d'autres fêtes appartient aux légendes. A Tarascon, un monstre était sorti du Rhône , et dévorait tout ce qu'il rencontrait; enfin une jeune fille alla le combattre, une croix à lan^in, et le vainquit. Marthe devint la protectrice de la ville, et chaque année, le jour de la Pentecôte, une procession, suivie par le clergé, rendait hommage à sa mémoire. Une figure du monstre, nommé Tarasque , sortait ensuite de Thôtel de ville, entourée de Tarasquiers vêtus de rose , avec des souliers et des hauts de chausses blancs, et traînant à sa queue une poutre dont elle frappait ceux qui s'approchaient sans précaution. Durant cette fête, il n'était pas de folie qu'on ne se permit : on faisait courir des baquets d'eau pour arroser les passants , on tendait des cordes pour les jeter à terre, on leur faisait boire du vin par force, on salissait les curieux (i).
A Poitiers, on racontait que le maire avait projeté de livrer la ville aux Anglais , quand la Vierge lui fit tomber les clefs des mains , ce qui découvrit sa trahison. En conséquence , tous les ans, un beau manteau de soie était offert à Marie par les bourgeois , et la femme du maire en exercice en parait sa statue. A Gannat , chacun savait que le chevalier Gérard de Rodez avait voulu séduire la belle laitière Procule; mais la jeune fille, ayant voué sa virginité à Marie, résista à l'amour et aux promesses de mariage du chevalier, qui , furieux , lui trancha la tête. Une foire annuelle avait été instituée en l'honneur de la vierge martyre, et c'était faire acte de dévotion que d'y porter au poing les rubans de sainte Procule; puis, le soir, on se réunissait en famille autour d'un vaste gâteau aux œufs et au fromage.
C'est probablement à ce temps que remontent divers jeux populaires qui ne sont pas encore oubUés, comme la course au vi-
(1) Une féte analogue avait Heu à Rouen pour célébrer la victoire de saint Romain sur \à Gargouille; chaque année, le 2S octobre, jour de la fête du bienbeureux évèque, on délivrait en grande pompe un condamné à mort, qui avait sa grâce après avoir levé la fierté ou ch^isse de saint Romain.
ONZIÈME ÉPOQUE
lain rouge, le tir à la marmite , à l'oie, le mât de cocagne,' la plantation du mai et autres amusements semblables.
Les communes , enrichies par le commerce et la liberté , virent se former des sociétés, des compagnies ci'hommes et de femmes^ pour organiser des partfes de plaisir et de danse. La jeunesse se plaisait particulièrement aux exercices du cheval , qui la préparaient à la guerre ; elle se réunissait par troupes pour faire des tournées, ce qu'on appelait courir la gualdane, pour aller en pèlerinage^ ou pour escorter des princes et des grands, a Dans le « bon temps de Florence, dit Jean Villani (i), chaque jour se ff faisaient des compagnies , brigades et cohortes de jeunes gens a nobles, vêtus de neuf, qui construisaient des cours closes de a charpentes , couvertes de tentures de drap et de soie , dans pluc sieurs lieux de la ville; il en était de même pour les dames et a demoiselles, qui parcouraient la ville en dansant rangées par a ordre, tandis que d'autres jouaient de différents instruments; a toutes, avec des guirlandes de fleurs sur la tête, passaient le « temps en jeux, en divertissements, s'invitaient à des soupers a et k des dîners. » Boccace dit aussi (2) : a II y avait à Florence ce beaucoup de beaux usages que l'avarice a fait disparaître, entre (c 'autres celui-ci : Plusieurs gentilshommes se réunissaient pour a avoir tour à tour compagnie, et tous donnaient leur banquet, a aujourd'hui l'un, demain l'autre, en faisant honneur à la so- « ciété et aussi à quelques étrangers. Tous ensemble se costu- 0 maient de la même manière, au moins une fois l'an, pour faire « une cavalcade par la ville. Quelquefois, ils se livraientà des jeux (( guerriers , surtout dans des occasions solennelles, d Le même auteur nous avertit que, pour plaire aux belles, les jeunes gens simulaient des combats, des manœuvres militaires, en faisant grande dépense , et que ces associations ne souffraient pas que les étrangers restassent dans les hôtelleries.
Dans la même ville de Florence, il se forma, en 1333 , deux sociétés d'artisans : Tune, de trois cents, était vêtue de jaune; l'autre avait pour couleur le blanc, et comptait cinq>cents membres. Ce ne fut, durant un mws, que jeux et divertissements dans la ville , qu'ils parcouraient deux à denx , avec des trompettes et autres instruments; ils portaient des guirlandes sur la tête. Avec eux dansait leur roi , très- richement couronné, la tête ornée d'étoffes brodées d'or; on voyait, dans leur cour, des invitations
(I) lstor„YU, 131.
(2} Journ. VI, n*» 9.