FÊTES DES VILLES
continuelles et des dîners avec grandes et belles dépenses (i).
Les illaminations étaient très-fréquentes, ainsi que les bals avec leurs danses variées et les coarses de chevaux barbes, tantôt libres, lantM montés par un valet. Comme le premier prix consistait ordinairement dans un manteau de soie ou de laine, appelé palio (de pallium), on disait, Courir le palio, quoique souvent à ce prix on ajoutât des chevaux, des porcs, des faucons, des coqs, des chiens de chasse , des gants et autres choses. On considérait comme on outrage sanglant pour une ville assiégée , de faire courir le palio sous ses murs ; c'est pourquoi Castruccio, après avoir vaincu les Florentins, assigna les portes de Florence pour but à une course de chevaux, puis d'hommes à pied, enfin de prostituées.
Laf(^tedu bœuf gras à Paris, mentionnée déjà par Rabelais, dérive probal)lement des païens. Le bœuf, paré comme une victime, est promené dans la ville par les garçons bouchers, revêtus de riches costumes; leur roi était jadis représenté par un enfant qui, avec une écharpe bleue, Tépéenue et le sceptre, était porté sur le dos de Tanîmal; au milieu de violons, de fifres et de tambours, il allait visiter le parlement et d'autres magistrats, qui lui Élisaient des largesses.
Les divertissements se multipliaient à Tépoque du carnaval, root qui, dérivé, selon quelques-uns, du prochain abandon des aliments gras, signifierait: Âdieu, chair [carne, vale) (2). Il én est qui croient qu'anciennement il finissait partout au dimanche delaQuadragésime, comme cela continue de se pratiquer dans le diocèse de Milan , où saint Charles eut la plus grande peine à faire cesser en ce jour les fêtes profanes.
Qui ne connaît le vendredi des Boulettes (gnoccolare) y à Vérone? A Florence, dit Varchi , a les jeunes gens, de la noblesse « surtout, avaient Tusage, au jour de carnaval, de sortir traves- « tis , précédés d'un ballon gonflé , et de venir dans le Marché i vieux, puis dans tous les lieux où étaient les boutiques des < artisans et des marchands. Là , frappant à grands coups sur ce c ballon , ils se mêlaient avec les autres citoyens, le poussant sur
• eux, et cherchant à le lancer dans les boutiques pour les faire
• fermer, et mettre ainsi fin aux affaires pendant ces jours de c gaieté. Ils ne causaient pourtant d'autre mal aurgens que de « les désœuvrep; parfois ils s'arrêtaient en cercle dans le Mardi G. ViLL\M, X, ils.
(î) On trouve dans des documents anciens , earnisprivium, privation de la chair, on camis laxalio, carnïs levamen, carnem laxare, mortificaUon de la chiir, d*où le camasciale des Italiens. Chez les Grecs , àir6xpe#;, sans chair.
a chéneuf^ et ^ se partageant^ ils se mettaient à jouer au calcium. « Le ballon sortait le plus souvent deux heures avant la nuit Cet <s usage innocent dégénéra ensuite^ Bt les joueurs en vinrent a partout à mettre le désordre , à jeter même de la boue aux pascf sants (1). »
Rome a ses moccoletii^ petites bougies que Ton est tenu de tenir allumées à un certain moment^ et que chacun cherche à éteindre dans la main de son voisin. Plus anciennement', on faisait la procession des chars y qui ^ le dernier dimanche de carnaval , se dirigeait vers Monte-Testaccio.
Venise partageait pour les fêtes le goût des anciens. Pierre OrseoloP'' , en 978, abandonnant le monde et la couronne ducale pour le cloître , disposa de mille livres d*or pour ses parents^ autant pour les pauvres, et autant encore pour les divertissements publics (â). Le carnaval de Venise était en renom dès i094, et^ jusqu'à ces derniers temps ^ il attira de tous les pays ceux qui aiment les libres et joyeux ébat^. Le masque ^ à Tabri duquel on échappait aux espions des inquisiteurs d'État, qui rapprochait le plél)éien du gentilhomme , la simple marchande de la femme du doge , était protégé par les lois ; elles punissaient môme avec trop de rigueur l'insulte faite à un homme masqué , qui pouvait même se permettre de pénétrer dans le grand conseil. Lorsque les Vénitiens euBent vaincu et fait prisonnier, avec un grand nombre de nobles, le patriarche d'Aquilée, ils l'obligèrent à envoyer au doge, tous les mercredis gras y douze porcs et autant de gros pains ; puis le jeudi, en commémoration de cette victoire, se faisait une féte où l'on tranchait la tôte à un bœuf et à plusieurs porcs dont le peuple se régalait. Ce même jour, le doge et les sénateurs démolissaient de petits forts en bois construits dans la salle du Piovego; puis on attachait à la vergue d'un navire un cftble qui allait gagner le haut du clocher de Saint-Marc. Un marin montait , à Taîde de certains engins, par cette voie aérienne, jusqu'à la logette, où il offrait au doge un bouquet de fleurs.
Mais, en dehors même du carnaval , Venise était particulière-
(I) Varcui, Storie.l, LXIll.
Lasca, Prefazione aile Novelle :
(c Nous sommes en camaTâl, temps dans lequel il est permis aux religieaxde « se i^jonir. Aussi les moines s^amusent-ils entre eux à lancer le ballon, àjooer « des comédies, à se déguiser, à faire de la musique instrumentale et Tocale, à « danser. Les nonnes elles-mômes se livrent à la joie, en sliabillant en hommes « aTec des bonnets de velours , des culottes hkn serrées aux jambes, et Tépéc n au cété. ^
(7) Sagornimo, Chronique,
FÉT£S 1»£S TILLES.
ment renommée pour ses fêtes , jouets offerts par la noblesse au peuple y afin de détourner sa pensée des droits qu'il avait perdus.
Le rapt des fiancées (1) donna origine à une autre fôte^ où douze Marie étaient dotées aux frais de TÉtat ; mais , comme Tall^resse avait dégénéré en turpitudes, on substitua douze mannequins aux jeunes filles qui figuraient anciennement dans cette cérémonie. Le jour des rameaux, on donnait la volée, du haut du portail de Saint-Marc, à des oiseaux et à des pigeons que chacun se faisait une féte de poursuivre , pour raconter ensuite ses aventures. Un certain nombre de ces derniers , échappés à cette chasse, firent leur nid dans le clocher, où Fon voit encore leurs descendants, respectés par les révolutions et le despotisme.
A L'Ascension , époque à laquelle un grand concours de monde ae rendait à Venise pour la foire, on exposait aux regards un mannequin dont la toilette servait de modèle pour toute l'année à la parure des femmes , qui ne variait pas à chaque instant comme aujourd'hui. On offrait aussi à Tadmiration les ouvrages d'art les plus remarquables; dans l'une des dernières foires, Canova annonça la renaissance de la sculpture en exposant son groupe de Dédale et d'Icare. Ce môme jour, le doge , gagnant la pleine mer sur le Bveeniaure garni de cent soixante rames , au son des cloches , des instruments de musique et de Tartillerie , jetait son anneau dans les flots, en disant : Mer y nous t'épousons en signe de domimUion perpétuelle.
Les tables qui , pour le jour de Sainte-Marthe , étaient dressées le long du canal de la Giudeca, et servies presque* uniquement en poisson ; offraient une occasion d'amitiés nouvelles ou de réconciUations. A certains jours , la république traitait solennell^nent les patriciens , déployant alors un grand luxe de cristaux et prodiguant les bonbons et les friandises de toute sorte, que les convives emportaient chez eux.
Il y avait aussi des divertissements destinés à former de bons marins, et \ss régaies ^ courses et joutes nautiques, étaient fréquentes; la première date de 1315. On en faisait notamment le jour de Saint-Paul , par ordre ex])rès du sénat. Une fois par semaine, les nobles et le populaire devaient s'exercer au tir sur le Lido. De septembre à Noël, on se livrait au pugilat sur des ponts sans parapet. Les Castellani , vêtus de rouge, et les Nicolotti , vêtus de noir, étaient fameux pour leurs luttes , qui représentaient les travaux d'Hercule ; les vainqueurs étaient ceux qui gravissaient
(1) Voy. t. iX, vers U £n du cbap. xit.
OîfZtÊME ÉPOOUB.
un plus grand nombre d'échafaudages {aggeres). La lutte terminée, on apportait des sabres émoussés pour un combat à la moresque , ou bien Ton dansait la furlane.
Dans les bois de Tabbaye de Saint-Hilaire , entre Gambarare et la Lagune , les chasseurs devaient aux moines la hure et un quartier de chaque sanglier qu'ils prenaient; en revanche, les moines devaient fournir au doge des chiens et des chevauî^ quand il venait chasser, et veiller à l'entretien de sa meute et de ses faucons. Le lendemain de Noël, on faisait une grande chasse, et le doge donnait à chaque magistrat père de famille cmq pièces de gibier, qùî furent remplacées sous Antoine Grimani par les oselle, pièces de monnaî(v d'argent qu'on frappait exprès pour cette ôccasion. Le jeudi saint, il recevait un tribut de poisson, qu'il distribuait également.
Rolandino rapporfe qu'en 1214 on représenta à Trévise le château de l'Honnêteté. Au lieu de remparts et de créneaux , il avait pour défense des fourrures de petit-gris, des étoffes de pourpre, de soie , des draperies fines , de l'hermine ; à l'intérieur, étaient les plus jolies dames et demoiselles , portant , au lieu de casques et de cuirasses, des vêtements pompeux. A cette fêle étaient accourus les jeunes gens de Padoue, de Venise et des alentours, tous élégamment costumés. Après s'être partagés en différentes troupes sous la bannière de leur patrie, ils entreprirent l'attaque de la charmante forteresse. En guise de projectiles, on se lançait des grenades, des bonbons, les fleurs et les fruits les plus rares, des eaux de senteur et force doux propos. La bataille se prolongeait avec ce genre de munitions, quand les Vénitiens changèrent les leurs en sequins. Les belles Trévisanes ne purent tenir au désir de les ramasser, et se laissèrent vaincre. Déjà l'étendard de Saint- Marc franchissait les postes sans défense, quand les Padouans, prenant la chose en mauvaise part, commencèrent à donner sur les vainqueurs et déchirèrent leur drapeau , si bien qu'on mît les airmes à la main. La rixe fut apaisée; mais Venise exigea une réparation. En conséquence on imposa aux Padouans l'obligation d'envoyer tous les ans à la ville trente poules , auxquelles on donnait la liberté. Le peuple alors coinrait après, et c'était à qui attraperait les poules padouams.
A Padoue , par concession d'Henri IV, on promenait autour des murs le carroccio^ traîné par des bœufs et des chevaux couverts de housses rouges aux armes de la ville, et entouré d'hommes armés. Plus tard , quand les Padouans se furent remis en liberté en chassant Pagano, podestat de Frédéric Barberousse , ils célé-
FÊTES ECCLÉSIASTIOtJES.
br^renl tous les ans la fête des Fie ors; on promenait le carroccio, monté par douze jeunes filles nobles, ornées de guirlandes et répandant des fleurs, tandis que , de toutes les fenêtres , on en jetait sur le char et sur le chemin qu'il devait parcourir. Vingt-quatre cavaliers Tentouraient; lorsqu'on était arrivé au pré de la Vallée, les cavaliers et les jeunes filles commençaient à se lancer des fleurs , et la lutte continuait à l'arme blanche entre les cavaliers eux-mêmes. Venaient ensuite des combats entre champions armés de massues et de boucliers de bois, et d'autres entre braves armés seulenaent de sacs de sable. Les nauniachies, qui remontaient au temps de Tite-Live, avaient encore lieu sur le canal Saint- Augustin , ou sur celui qui baignait le champ de Mars à l'occident.
A Vicence, on rattache à des événements incertains du temps des communes laféte de la Rue^ qui a lieu le jour de la Fête-Dieu, Bt pendant laquelle on promène dans la ville , en la traînant à force de bras, une énorme machine couverte do bannières, d'armoiries et de personnages : sorte de carnaval dans un jour saint. A Messine, le jour de TAssomption , sans parler des illuminations et des courses, on promenait et on promène encore dans les rues im mannequin en forme de chameau ; c'est un souvenir traditionnel ^ du comte Roger, qui , après avoir chassé les Sarrasins, entra dans la ville avec une pompe orientale. Les deux statues colossales qu'on porte aussi à grand bruit représentent Zancle et Rea, fondateurs fabuleux de la cité.
Ces fêtes continuèrentlongtemps chez les Italiens , et contribuèrent à leur inspirer ce caractère gai et facétieux dont on retrouve les personnifications dans les masques du théâtre moderne. Les diverses tyrannies ménagèrent au pays un grand nombre de ces • fêtes, sachant combien il est facile de conduire un peuple qui aime à s'amuser. Nous verrons, dans le seizième siècle , les divertissements embellis de toute la splendeur des arts.
Un élément indispensable aux réjouissances , c'étaient les bouf- Bouffons, fons, bagage nécessaire non-seulement dans les cours, mais encore dans les palais de la commune ; on les rétribuait si richement qu'ils devenaient parfois une charge très-lourde pour le trésor (I). Nous en avons trouvé à la cour d'Attila (2). Il est fait
(1) Lochino Yisconti économisa au trésor de Milan trente raille florins d'or, que kl seigneurie employait chaque année en salaires poar les boufYons. (3) Le sophiste Priscus, qui nous a Mt le récH de famtoassiMe à ÂttSIa, en-
ONZIÈME ÉPOQUE
mention , au temps dé Totila^ d'un certsdn André qui se rendit à Constantinople avec un petit chien aveugle , dressé à distinguer les monnaies^ à trouver des anneaux cachés^ à distinguer les femmes enceintes y les mauvais sujets et autres gentillesses qui valurent à son maître la réputation de sorcier.
Depuis lors les bouffons ne manquèrent jamais dans les cours, où parfois ils mettaient à profit les privilèges de la folie pour faire passer des vérités qui n'auraient pu trouver autrement accès près des grands. Quelques-uns sMUustrèrent sous le nom de ménestrels; c'étaient souvent des nains qui , par des traits mordants, cherchaient à se venger des railleries auxquelles les exposait leur difformité.
Berdri^ bouffon de Guillaume le Conquérant , obtint trois villages dans le Glocestershire , avec exemption d'impôt. Galfrid , ménestrel de Henri l", touchait de l'abbaye de Hide une pension annuelle; un autre, qui suivit à la croisade Édouard P', couchait sous la même tente que le roi , et il put le sauver du fer d'un assassin. Roher, aussi ménestrel de Henri P% fonda le prieuré et l'hôpital de Saint-Barthélémy à Londres. Un mausolée érigé à Senlis, en 1375, atteste que des honneurs même étaient décernés à des bouffons , tant est capricieux et fou ce fantôme que nous appelons la gloire. Quelques-uns ont obtenu dans cette carrière rimmortalité, refusée aux inventeurs des arts Jes plus utiles. De ce nombre , le Triboulet de François !"% le Gonnella du duc de Modène, et le fameux Ângely de Louis XIII, le dernier bouffon en titre au service des rois de France, qur amassa une somme de vingt-cinq mille écus.
Fêteteed^ Aux diverses solennités de l'année se rattachaient certains sia»uques. ^^^^^ partie dérivés de l'antiquité, en partie récents, et qui ne sont pas encore oubliés tous. A Florence , lors de l'Épiphanie, on promenait, au milieu de flambeaux, un mannequin couvert de haillons , et d'autres étaient exposés aux fenêtres. Le même jour, à Milan, une compagnie nombreuse, figurant le cortège des rois mages , partait de Saint-Eustorge , précédée d'une étoile ; aux colonnes de Saint-Laurent » elle rencontrait le roi Hérode , à qui elle demandait des nouvelles du Messie nouveau -né ; puis , se dirigeant vers la cathédrale, elle y trouvait une crèche magnifique,
voyée par Théodose le jeune en 449, vit dans cette cour un Maure du nom de Zercon, lequel» par rëtrtngeté de son Yîsage, de son bêtement et de ses gestes, excitait le rire de tous les courtisans : origine de VarleçMîn italien. '
FÊTES EGGLéSIASTIOUES.
oii elle oflrait ses dons ; avertie ensuite par un ange , elle revenait par la porte de Rome (IJ.
A Noël , la joie était plus intime et plus affectueuse; le chef de la famille prenait sur ses épaules une grosse bûche ornée de feuillages verts, et, après ravoir promenée dans la maison, la mettait dans le foyer, autour duquel la famille était réunie (2).
René de Provence invonta une procession de la Fêle-Dieu qui durait huit jours. Le prince d'amour, en habit de moire et d'or, bonnet de velours à plumes, collerette de dentelle, épée ornée de soie et de diamants, représentait les nobles; le roi de la Bazoche, avec la simarre garnie d'hermine, la justice; l'abbé de la ville, les bourgeois ; chacun avec sa cour, ses officiers, ses hérauts d'armes. Les dieux de l'Olympe y figuraient : on voyait ensuite l'Écriture sainte personnifiée, avec les rois mages guidés par rétoile; les apôlres et la reine de Saba accompagnée d'un écuyer portant un château de carton fiché sur la pointe d'une épée; Hérode harcelé par une troupe de diables, puis des épisodes politiques relatifs aux Razal, célèbres dans les guerres intestines de la Provence. Le duc et la duchesse d'Urbin venaient au-devant du cortège à cheval. A cette procession succédaient les jeux plus populaires du chat, des chevaux frais, et chacun avait son rôle tant en paroles qu'en actions (3). A certain jour, le roi de France délivrait quelques prisonniers pour dettes, puis leur donnait un repas somptueux, tandis qu'il ne prenait qu'un potage aux herbes.
A Pavie, la veille de Saint-Sirus, on offrait à l'église des cierges énormes, et les cabaretiers, portant un château sur une table, marchaient à la téte de la procession ; derrière eux s'avançaient les chasseurs, avec un arbre aux branches duquel étaient attachés des oiseaux de toute espèce, qu'on lâchait dans Téglise. Après FofKce , venaient les courses des écuyers au coq vivant et au cochon de lait rôti ; puis celle aux saucissons, par les filles de joie;
(1) Naples offre encore divers exemples de ces pompes da moyen âge. Nous y avons to, en 1841, une procession où figurait Moïse avec les tables de la loi, le grand prêtre Aaron et Tarcbange saint Michel, en maillot couleur de cliair et les ailes déployées, suivant par les rues la croix et les bannières.
(2) Dans la Provence, on brûle aussi le calignau on calendeau, gros tronc de chêne arrosé de vin el dMiuile, en criant : CaUne ven , ton ben ven ! Vienne ealende, que tout aille bien I Cest le mattre de la maison qui le met sur le feu, en faisant le signe de la croii .
(3) L'usage s'en est conservé à Aix.
ONZIÈME ÉPOQUE
le tout terminé par des bombances (1). A Florence , on faisait pour la Saint-Jean un char dont la hauteur atteignit une fois jusqu'à dix-sept coudées, tout rempli de saints et de figures symboliques. On élevait jusqu'à cent tours dorées sur la place des Seigneurs, toutes garnies d'hommes : c'étaient partout des étendards , des bannières déployées , des machines chargées de cierges et d'autres dons; enfin des feux d'artifice dont les artistes les plus distingués ne dédaignaient pas de fournir les combinaisons variées.
Dans plusieurs endroits , à la Pentecôte, on donnait la volé© dans l'église à des pigeons blancs, au milieu d'un nuage de fleurs^ de langues de feu et des bruyants applaudissements de la foule. A Rouen , au moment du Gloria, on lâchait des oiseaux avec des bonbons attachés aux pattes.
Il est inutile d'entrer à cet égard dans de plus grands détails, car il n'est peut-être pas une ville ou une bourgade , surtout en Italie et dans la France méridionale, où le patron du lieu ne filt fêté à l'aide de moyens plus ou moins dramatiques. Quelquefois on célébrait avec pompe une solennité extraordinaire; ainsi, en 1304, les Florentins firent publier au loin que ceux gui voulaient savoir des nouvelles de Vautre monde eussent à se trouver j le jour des calendes de mai , sur le pont à la Carraia et aux aleU' tours de VAmo. Des échafaudages construits sur le fleuve offrirent aux spectateurs une représentation de l'enfer et des tourments des damnés; mais l'affluence des curieux fit crouler le pont, qui était en bois, et Ton eut beaucoup de malheurs à déplorer. Cette plaisanterie devint delà sorte une vérité, et , « ainsi a que le ban l'avait annoncé , beaucoup s'en allèrent, par mort, « savoir des nouvelles de l'autre monde, d
De même que chez les anciens les spectacles avaient pour objet d'accroître le courage et d'exciter les sentiments patriotiques, au moyen âge ils se ressentaient de Tinfluence ecclésiastique qui dominait partout , et ils inspiraient la dévotion ; c'est pourquoi ils se donnaient d'ordinaire dans l'église, ayant pour acteurs des diacres et des prêtres, abus où se révèle de plus en plus ce mé- . lange de grave et de plaisant , de componction et de gaieté qui apparaît dans toutes les œuvres du moyen âge.
A certaines fêtes, tous devaient se montrer travestis en renards, et chacun , quelque habit qu'il portât , robe de magistrat ou soutane ecclésiastique, laissait passer la longue queue du niao-
(l) Anon. Ticm. de Land*Papï9^ ch. xt.