‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 22 sur 86 · FÊTES ECCLÉSIASTIQUES. H · texte numérisé non relu

FÊTES ECCLÉSIASTIQUES. H

gear de poules. À Reims ^ le jour de Pâ(fues ^ tous les chanoines à la file traînaient derrière eux le hareng carésimal , en évitant de marcher sur celui du confrère qui les précédait , et de laisser fouler le leur aux pieds de ceux qui les suivaient. Â Paris ^ le clergé conduisait un renard vêtu pontificalement, avec la tiare sur la tête; comme on mettait des oiseaux à la portée du sire, il oubliait le rôle imposant qu^il avait à jouer, et se jetait dessus pour les manger; on raconte que Philippe le Bel, voyant dans cette fête une épigramme en action contre le pape, qu'il baissait, y prenait un grand plaisir (1 ) .

La féte des ânes fut introduite en Thonneur de la fuite en Ëgypte ; on la célébrait avec solennité le jour de Noël dans la cathédrale de Rouen. Une belle jeune fille, placée avec un enfant dans ses bras sur un àne richement enharnaché , se dirigeait en procession vers une église , suivie du clergé, dont quelques membres représentaient les prophètes , Balaam , Jean-Baptiste , Nabuchodonosor, la Sibylle et autres persomiages. Lorsqu'elle était arrivée près de l'autel, on célébrait la messe, durant laquelle tous les chants du chœur se terminaient par un braiement; au lieu de prononcer Vite , missa est , l'officiant se mettait à braire par trois fois , et les assistants lui répondaient de même ; puis on chantait les louanges de ràne , dans un hymne bouffon (2).

(1) Grégoire IX condamna ces paroles profanes : Fiunt ludi théâtrales in ecclesia,€t non solum ad ludibrlorum spectacula introducuntur monstra lar» varum, verum etiam in aliquibus fèstivitatibus diaconi, presbyteri ae ittbdiacmi ir^amix sua ludibria exercere prxsumunt,

(2) Hez, sire asne, car cliantez , Belle bouche rechignez ; Vous aurez du foin assez ,

Et de l'avoine à plantez.

Orientis partlbus Advenlavit asinus Pulchcr et fortissimus , Sarcinis apUssimus.

— Hez, sire , etc.

Lentus erat pedibus

Nisi foret bacalus.

Et eum in clunibus Pungeret acoleus^

— Hez, etc.

Âmen dicas, asine,

Jam satur de gramine; Amen, amen itéra * Aspernare vetera.

liez va 1 hez va 1 hez va hez 1

il6 ONZTÈJtflS ÉPO0UJ5.

Ces choses se faisaient sérieusement^ et nous-mêmes dans notre enfance nous avons pu voir des processions on des fêtes qui aujourd'hui font naître le sourire sur nos lèvres, mais qui alors excitaient en nous la dévotion. Personne ne riait en Allemagne quand le prêtre , après la messe dinstallation , descendait de Tautel pour prendre sa mère et faire avec elle un tour de valse, ni quand les chanoines se mettaient à jouer à la balle. Cet élément grotesque, qui se mariait alors à ce qu'il y avait de plus saint , se trouvait reproduit sur le marbre et sur le bois; les façades des églises , les stalles du chœur, offraient des créations monstrueuses et même des détails indécents.

A la fête des Innocents, l'office et le chœur étaient livrés à des enfants, qui jouaient des scènes burlesques , revêtus d'ornements déchirés et retournés, et chantaient des antiennes comiques devant les livres ouverts la tête en bas. La fête des Fous vient des païens, qui se masquaient à o^tte époque de Tannée ; elle dégénéra en sept jours de saturnales au premier de Tan ou aux Rois. Une foule de jeunes gens travestis en prêtres, en femmes, en bêtes, et dans l'attirail de gens en démence, se réunissaient dans une église, où ils élisaient un évêque des fous. Après avoir conduit le nouveau dignitaire en procession dans la ville, ils revenaient à l'église pour célébrer une messe grotesque (1), au milieu de danses et de chansons licencieuses. Les autels étaient chargés de viandes ; on mangeait, on buvait, on jouait aux dés, et Ton brûlait de vieilles savates en guise d'encens; puis tous sortaient'entassésdans des tombereaux, dans des carrioles, étourdissaient les oreilles de leurs hurlements, du son des grelots et des cloches fêlées, se livrant à des gestes lascifs , se moquant des passants et leur jetant de la boue. Le concile de Tolède avait défendu celte fête dès 633; en France, le roi Eudes la proscrivit de même; mais nous la voyons encore

Biax sire asne car allée , Belle bouche car chantez.

Ce chant est conservé dans la cathédrale de Sens. On lit en tète de VOf/iee de Vdne :

tox hodie, lux IsUtiœ. Me judice, tristis Qaisquis erit, remoTendos erit soleimiitmfl iatis. Sint bodie procnl invidi», procalomnia oMBsta; Lseta Yolunt quicumque colunt asinaria testa.

(1) Le grand aumônier s'écriait: Monseigneur Vëvégue vous souhaife, de la part de Dieu notre Sauveur, le mal Se rate et un panier de pardons, avec , la gale en masse. Et le lendemain : Monseigneur ^ ici présent, vous fait don * de vingt corbeilles de mal de dents et d'une queue de bête morte.

FÊTES ECGliSIÂSTTQUES.

célâ>rée à Paris en il98^ et beaucoup plus tard dans le reste de la France. Que si le bon sens s'élevait contre elle, il ne manquait pas de docteurs pour démontrer qu'une solennité de ce genre était non moins agréable à Dieu que Tétait à Marie celle de llmmaculée Conception. « Nos ancêtres, disait l'un d'eux , furent pruc dilemmes et très-saints, et pourtant ils la célébraient; pourquoi c pas nous? Tous nous avons un grflin de folie qui a besoin de f s'évaporer. Ne vaut-il pas mieux qu'il fermente dans l'élise , f sous les yeux du Très-Haut , que dans l'intérieur de nos maic sons! La sagesse est liqueur si forte ^ et nous sommes d'un verre c si fragile^ que nous ne saurions la contenir; il faut donner un c peu d'air à ce vin généreux pour diminuer sa vigueur, afin c qull ne tourne pas à mal (i). b

Qudquefois des cérémonies moins religieuses avaient pour objet de mettre en action les faits dont l'Église célébrait la commémoration : c'était ce qu'on appelait des mystères. Tous les arts coDtribuaieDt à donner de l'éclat à ces représentations, qui se faisaient non dans l'enceinte méphitique d'un théâtre, mais en plein sdeii, sur les places^ et parfois en transportant d'un lieu à DO autre la scène et les acteurs. On en rencontre dès le commenoemeat de notre ère; un juif nommé Ézéchiel fit un drame sur Moiae au troisième siècle; Grégoire deNazianze en composa un avait ponr sujet le Christ souffrant; Grégoire de Tours raconte qu'aux funérailles de sainte Radegonde deux cents religieuses chantèrent une scène dialoguée. Les croisades rendirent cet usage plus fréquent; les pèterins, voulant à leur retour reproduire au lutoel les événements sur lesquels ils avaient médité aux lieux inêmes qui en furent témoins^ choisissaient de préférence des situations qui leur rappelaient le Calvaire , Bethléem , Jérusalem , et se costumaient suivant ce qu'ils avaient vu en Orient.

La première mention des mystères se trouve dans Matthieu Pftris^ qui parte d'un incendie arrivé à Londres au commencement du douzi^e siècle, à l'occasion d'une représentation de SakUe Catherine f œuvre de Godefroy, abbé de Saint-Alban. Ce cbromqueor^ étant Français, avait déjà vu sans doute de ces essais dramatiques dans son pays. Lebo^f parle d'un mystère représenté au temps de Henri I*^^ dans lequel Vii^le allait avec les prophètes adorer Jésus-Christ. A partir de ce temps, il en est

(1) Do TiLioT, Mémoire pour servir à VhUtoire de la /éle des Fous ; Uu-

UW. CMT. — T. X. ^2

t'ès-fréquemment question.

ONZIÈME ÉPOQUE

Une société du Gonfalon était instituée à Rome , en 4264, pour représenter la passioD de Jésus-Cbrist. A Trévise, les chanoines devaient fournir chaque année à la compagnie des Battus deux clercs bien instruits à chanter, pour faire Marie et l'ange dans la été de TAnnonciation (1).

Rolandino rapporte^ dans la chronique de Padoue^ à l'année 1244 y que la passiop de Notre-Seigneur fut représentée dans le pré de la Yallée. Daqs 1^ même yille^ il fut ordonné^ en 1331 , de représenter chaque année dans Tamphithéâtre le mystère de TAnnonciation. On lit dans la chronique du Frioul du chanoine Julien qu'en 1298 le clergé représenta, à la cour du patriarche, la Passion , la Résurrection , l'Ascepsion du Sauveur, la venue du Saint-Esprit, le Jugement dernier, et que le chapitre de Cividale donna, en 1304, la Création, l'Annonciation de Marie, l'Enfantement, It^ Passion et l'Apparition de l'Antéchrist*

Ces spe(ïtacles dévots se continuèrent assez tard , car il y ea ent un à Metz, en 1437, où Ton vit up dragoi) sortir de Teofer, et diriger son vol si près des spectateurs qu'ils en furent effrayés (2). En 1473 , lors du passage d'Éléonore d*Ajragon à Ron^e, le cardinal Pierre Riario donna de grandes fêtes où furent représentés Susaqne, saint Jean-Baptiste, saint Jacques, et le Christ descendant aux limbes ; puis on vit déftler soixante-dix mulets chargée, couverts de housses armoriées, figurant le tribut que le monda entier envoyait à Roipe (3). Quelques années après, en 1492, lorsqu'on apprit la conquête <}o Qrf ns^de, le cardinal Riario la fit représenter dans ^on p^ais,

Nous avpnsle manuscrit de quelqMeg mystères, ou, pour mieux dire, un caqev^is, dftws le genre de fceux que l'op donnait pour les comédies sujet. Dans l'Adoration des Mages, les personnages étaient l'enfant Jésus, un #nge, les trois rois, Hérode*, son fils, un écuyer, np chœur d'anges, ^e§ bergens, des orateurs ou interprètes, (les scribes, des femmes, des sages-femmes, le peuple et un chanteur avec son chqeur. Pans le mystère de 1^ Résurrection tlgur^itle Christ, tantôt spus l'aspect d'un jardinier, tantôt sons a forme véritable; vpnaiept ensuite les trois Marie, saint Pierre, saint Jean , les apôti'e? et Ip penple. Trois religieuses paraissaient d'abord, vêtqes pn l^arie, qui prpnoQcaient doucenaent et avec tristes^ strophe altepoées en manière d'imprécations contre

(1) Mémoires du bienheureux Henri^ part. I, p. 21.

(2) BOUTBRWECI, p. 103-106, t..V.

(3) mario delV ïnfessura, ap. Rer. iial. Script., U III, part, ii, p. 1 143.

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