THEATRE
les Juifs (I). Elles se réunissaient au choeur et se dirigeaient vers le tombeau ; qn ange debout devant le sépulcre^ en tunique dorée, la mitre en tête, une palme dans la main gauche et un chandelier avec m cierge dans la droite^ récitait des vers rimés.
Pemard P^zio (3) rapporte un Ludus pasqwUis sur la venue de t^Anteabrist , joué au douzième siècle, dans lequel figurent le pape y Temper^ur^ les différents rois, la Synagogue, TÂntecbrist. Dans le mystère des Vierges folles et des Vierges sages, certains personnages s'expriment en latin, d'autres en prpvençal.
n existe à la Bibliothèque impériale un manuscrit en deux volumes in-folio, rempli uniquement de titres de mystères représei^tés dans les trei^iènie et quator»ème siècles. Ainsi, par exemple : « Ici commence un miracle de Notre-Dame , d'un fils c qui fut donné au diable quand il vint au monde. » Personnages :
et 2^ diables, une voisine, saint Michel , saint (]rabriel, le fils, les deiu^ sergents, deux cardinaux, le pape , trois ermites, Dieu, chceor d'anges.
« Une dame du nom de Tbéodora prend Thabit d'homme pour c pécher; puis, afin de faire pénitence, elle se fait moine, et est « tenue pour hon^me jusqu'à sa mort. »
a Conmient la fille du roi de Hongrie se trancha la main parce c que son père voulait Tépouser, et comment un esturgeon 1^ e garda sept ans entre ses dents (3). »
Telle e^t, on l'aura compris, l'origine du théâtre moderne. Théâtre. L'ancien était tombé avec la culture intellectuelle des Romains , sans pourtant qu'on eût cessé entièrement d'écrire dans le genre dramatique. Une érudition patiente produisit quelques compositions dont la forme et parfois même le sujet étaient antiques (4). On fit surtout des dialogues à la manière des Bu^liques de Virgile, destinés à être lus , peut^tre même à être mis en action, pendant les banquets , chez les évêques notamment , ainsi que des drames
(1 ; Beu nequam gens judaica.
()) Tkês. anecd. novUs., ptrt. H, t. H, p. 1S5.
(3) Beaucoup de pièces de ce geare, en italien , ont été liné^ à i'impreistftn ; les prâclpeles «ont celle de Feo Belcari, réimprimées à Florence en 1833. La collection la plus considérable est celle qae possède la price bibliothèque particolière da grand-duc de Toscane.
(4> Pareiemple^le/tf^emen^ de Vulcainy YOcipuSf la Clyie^iie9trej^ etc.
YoyexsortoatMAGNm, Origines du théâtre , etc.; 1839.
Quam dira pra$ên$ veiania, Plebs êxeeera^da l
ONZIEME ÉPOQUE
pour exciter à la dévotion , ou pour apporter quelque distraction aux ennuis du cloître. Si la muse tragique elle-même^ dans ses jours de splendeur, n'avait rien inspiré de durable aux Latins^ pouvait-on alors espérer quelque chose de mieux? En effet, on ne trouve dans ce fatras que de grossiers vêtements à Fantique^ habillant des idées nouvelles; il suffit d'en avoir mentionné Fexistence. Néanmoins^ dans des siècles incultes , nous avons vu la religieuse Hrosvita composer sur des sujets sacrés des comédies qui ne sont pas tout à fait dépourvues de mérite (i).
Vinrent ensuite les troubadours^ trouvères et ménestrels^ qui représentaient dans les salles des grands seigneurs de petites pièces dialoguées. Les statuts de Bologne font défense aux chanteurs français de s'arrêter sur les places de la ville pour réciter. Une chronique milanaise mentionne le théâtre où <r les histrions chantaient, comme on le fait aujourd'hui pour Roland et Olivier ; le chant terminé^ des bouffons et des mimes touchaient de la guitare, et tournaient avec un mouvement décent du corps ( 2]. b Albertin Massato cite^ comme ancienne, la coutume de chanter, sur une estrade et dans le théâtre, des prouesses de rois et de capitaines. Le Provençal Anselme de Faydit retirait jusqu'à deux et trois mille livres de la vente d'une de ses comédies ou tragédies^ et quelquefois plus; il écrivit pour Boniface, marquis de Mohtferrat, VHeresia dels Preyres, qui fut représentée (3). D'un autre côté, les conciles défendaient souvent ces spectacles , et saint Thomas d'Aquin discutait la question de savoir si un individu pouvait; à défaut d'autre métier, se livrer à celui d'histrion. L'art en lui-même était donc loin d'avoir péri.
Les formes de ces théâtres devaient être grossières, à coup sûr; les décors et les costumes étaient à l'avenant. On doit se rappeler qu'en Angleterre^ même au temps de Shakspeare, un homme vêtu de blanc devait figurer la muraille, et que tous les acteurs venaient s'asseoir sur des bancs disposés autour de la scène^ de manière qu'à la première vue ils s'offraient ensemble aux regards des spectateurs.
Les représentations se prolongèrent jusqu'au milieu du seizième siècle, malgré les plus étranges anachronismes et les nombreuses inconvenances ; le tout soutenu par un appareil de machines qui charmait le vulgaire. Une fois le fait principal choisi, les scènes se suivaient sans qu'on s'inquiétât de l'unité et de l'art ; si un jour ne
(1) Voy. l. IX, ch. XXIII.
(2) NosTRADAHus et Cresciihieni , t. II, part, r, p. 44.
(3) Antiq.Ual.; dis». XXIX.
THÉATBB.
suffisait pas^la représentation continuait le lendemain et plus longtemps encore. Le mystère des Actes des apôtres dura quarante jours à Bourges^ et sept mois à Paris. Les personnages étaient innombrables, et quand Tun d'eux avait cessé deparler,il s^asseyait sur Tun des bancs rangés des deux côtés de la scène. Le peuple ne subtilise pas sur les convenances des mœurs ; il applaudissait quand il voyait les héros de Troie passer d'un échafaudage à l'autre, sur lesquels on lisait : Mansa, ville de Pélée; Salamine y ville de Télamon ; Pylos, royaume de Nestor ; lorsque Satan restait confondu en entendant Jésus lui parler hébreu ; alors que Pilaie s'émerveillait de recevoir d'un soldat romain une réponse en latin y et quand les apôtres^ dans leur incertitude^ tiraient à la courte paille pour donner un successeur à Judas. De pareilles scènçs devaient répugner à coup sùr au siècle d'Érasme et de Luther; mais il n'en était pas de même dans des temps de foi naïve.
La compagnie de Saint-Luc , en Flandre, se composait de peintres et d'autres artistes. Les cordonniers de Paris représentaient le mystère des saints Crépin et Crépinien; les tapissiers, la vie de saint Louis. Le public n'était pas seulement spectateur^ il se faisait acteur. Quand le roi de France Charles YI célébra splendidement son mariage avec Isabelle de Bavière en 1390, quelques bourgecHs de Paris , qui étaient dans l'habitude de se réunir les jours de fête, s'entendirent pour donner des spectacles et des mystères; celui delà Passion ayant plu particulièrement, ils s'intitu- , lèrent confrères de la Passion.
Chez les anciens , le drame était aussi dérivé de la poésie théologique et sacerdotale ; nous avons vu la même chose chez les Indiens (1); Platon (2) nous apprend qu'antérieurement à Thespis, à Phrynicus et à la fondation d'Athènes ^ on représentait les mystères invisibles de Dieu et de la nature, les forces de l'univers, les puissances célestes^ terrestres^ infernales, en les personnifiant^ e]} Surfaisant parler le langage de l'homme^ que l'on montrait en lutte avec ces puissances inexorables, et qui finissait par en triompher. La marche commune des nations se reproduit dans le renouvellement du théâtre ; il semblerait que cette institution, déclarée impie par les Pères de l'Église^ avait eu besoin de se régénérer comme la société elle-même.
confrères de la Passion élevèrent donc un théâtre grossier,
(1) Voy. t. IV/
(2) Dans le Minos, vers la Ûn.
soulenii par le concours de la foule, par le privilège royal ët la faveur du clergé. L'Église , qui ne songeait qu'au choik des sujets sacrés j alla d'abord jusqu'à avancer l'heure dès vêpres pour laisser le champ libre aux représehtatiohâ; mais, trouvant énsuite qu'il était inconvënaht de traduire lës choses saintes sur la scène > elle défendit les mystères , puis les pehbit de kibuveau, et fittii par les prohiber entièrement.
C'étiait une profanation, en effet , que ce mystère de là Passion, qui se continuait plusieurs jours, vu sa longueur, avec un spectacle pompeuk ét un grand nombre d'acteurs. Les quatre-vingtsept qui débutaient le pt*emier jour s'augmentaient les jours suivants d'anges, de démons , de la foule , qui paraissaient pélemêleau milieu de scènes décousues, dans lesquelles l'indécence et l'immoralité prenaient souvent la place de la dévotion [i).
Antérieurement à la coniVérie de la Passion, existait celle de la Bazoche , formée des jeunes gens employés comme clercs chez les avocats et les procureurs au parlement. Le soin d'ordonner les cérémoniés publiques leur était laissé de temps immémorial. Philippe le Bel leur donna, en 1302, des règlements , sous le nom de royautne de la Bazoche; tout litige s'élevant entre les clercs , greffiers et autres employés subalternes du pariement, ainsi que les actions qui leur étaient intentées, étaient jugés en dernier ressort par ce tribunal. D'après leurs statuts , ils avaient le droit d'évdquer en carnaval une cause grasse , qui était piaidée au milieu des rires et d'un scaAdale que le parlement essayait en Vain de réprimer. De là naquirent les farces dramatiques.
Les Bazochiens, voyant les succès obtenus par les confrères dé la t^assion, conçurent la pensée d'exploiter le même genre de divertissements publics; ils donnèrent aux drames qu'ils représentèrent le nom dBtnoràlités, parce qu'ils choisissaient défi sujets où dominait une idée morale. Mais leur goût exagéré pOur les personnifications gâta tout; ils finirent par représenter en corps fet en Ame le sangd'Abel, la veille des morts, les quatre états la vie. La reine de Navarre composa la Dispute de Peu et de Màinà, contre Trop et Asset;it9Xi Molinet, celle de Rond contre Cafre.
Des jeunes gens de familles distinguées fondèrent une troisième confrérie, et, prenant le nom d'Enfants sans soUcy , annoncèrent hautement leur intention de vivre en joie et de rire des folies des
(1) Le Père étemel dort; un ange s'approche et lui dit : Eh! Père éternel, n*aveZ'Vous pas honte? Vous dormez là comme un ivrogne, et pendant et temps votre fils est mort»^ Comment! mort ? — Je vous le dis, sur ma parole d'honneur. — U diable m'emporte si fen aï rien su.