THÉÂTRE
autres, tèur chef prenait le nom de prince des sols^ et ils appelaient soUies les pièces qa*ils représentaient ; c'est ainsi que le théâtre , dont là liberté est Tâme, naissait au milieu des associations et des privilgées.
Lorsque les fesprits , après s'être appliqués à l*étude de Tantiquilé y se Furent imaginé que rien n*était beau hors de ses productions , on essaya d'imiter les œuvres scéniques des anciens. Le plus vieux des monuments dont lltalie ait gardé le souvenir, est r^ccmnwd'AlbertinMussato, espèce d'imitation de Sénèque, quoique mélangée de récit et de dialogue. Dans le premier acte, la mère d'Ezzelin et d'Albéric leur raconte qu'elle les a engendrés du démon; dans le second, un messager expose les maux de la patrie et les prospérités du tyran; dans le troisième, Ezzelin est dans Vérone, où il projette avec son frère de nouvelles expéditions; puis, à la nouvelle de la prise de Padoue, tous deux courent aux armes; le chœur, resté à s'entretenir de Texpédition, rend compte de la victoire d'Ezzelin , de son retour à Vérone et du massacre des prisonniers, bans le quatrième, un messager raconte la guerre de Lombardie, la croisade et la mort du tyran. Le cinquième roule sur la mort d'Albéric. Les passions y sont exprimées avec une certaine force. L'histoire est bien retracée, ainsi que les mœurs du temps; l'inspiration nationale s'y fait sentir, et la latinité n'est pas sans mérite. Puis, le choix d'un sujet contemporain et cette manière de le traiter sans l'assujetlil* aux trois unités dramatiques, fournissent une preuve des commencements originaux de la littérature italienne.
Mussato écrivit six autres drames, dont il ne reste que la Mort d'Achille. On cite de la même époque une comédie sur la prise de Gésène, et une Médée, qu'on veut à tort attribuer à Pétrarque.
On donne à Pomponius Laetus la gloire d'avoir relevé le théâtre classique ; il fit jouer à Rome des comédies de Térence, de Plaute et des pièces modernes. Certaines cours voulurent déployer le luxe des représentations dramatiques, notamment celle des princeâ de Ferrare , dont le théâtre surpassa les autres en magnificence , et fut le premier où l'on joua des comédies en vers. On vit ensuitfe à Mantoue une production qui l'emporta sur toutes les précédentes. YOrphée de Politien. Mais, à cette époque, l'histoire sacrée était encore le principal sujet des représentations théâtrales ; à Rome , . on joua h Passion du Christ, par Julien Dati, Bernard di Mastro , Antoine Romano et Mariano Particappa ; à Florence, on donna V Abraham et haac , de Feo Belcare ; à Modène , les Miracfes tfe mtnt Gémin^n; Bernard Pulci composa Barimm ei
ONZIEME iPOQUE.
Josaphat, et Antoine Âlamanni^la ConoersUm de la MadeleiM.
Cependant le peuple continuait à se plaire à des scènes bouffonnes et grotesques. A mesure que les dialectes nouveaux se développaient^ il s'introduisait dans ces farces un perscmnage comique qui, s'exprimant dans le langage vulgaire du pays^ représentait le caractère des différentes populations italiennes. Ainsi Bologne avait son Docteur; Venise, le Pantalon» honnête négociant; Bergame, son joyeux Arlequin; Naples^ son malin Polichinelle ( Pulcinella ) et d'autres (1). La face noircie^ chaussés et accoutrés à la manière des paysans, ces personnages et d'autres encore amusaient le peuple, et faisaient rire^ aux dépens les unes des autres^ les villes ennemies ou rivales.
L'Espagne était parcourue par des troupes de comédiens dont il est fait mention dans les Partidas, ainsi que de leurs privil^es. Quelques-uns {hufones^ truhones) chantaient dans les rues, divertissant la foule pour un modique salaire; d'autres, avec plus de décorum, se transportaient dans les maisons des riches [jug lares ) ; d'autres composaient des danses, des vers et de petites pièces en musique (trobadores). Les Partidas enlèvent aux premiers tous droits civils, comme infâmes , et défendent aux jongleuses d'être les concubines des grands. Il est interdit aux prêtres de jouer dans les farces {jugeos de escarnio), d'assister à leur représentation, de la tolérer dans les églises, où l'on peut toutefois représenter la naissance de Jésus-Christ, les mages, la résurrection, a choses a qui excitent l'homme à la foi, aux bonnes œuvres, et lui rap- « pellent ce qui est arrivé en réaUté. Mais elles doivent se faire a avec ordre et recueillement, et dans les grandes villes où il y a a des évêques, des archevêques, et par l'ordre de ceux-ci j non a dans les villages et Ueux peu considérables, par envie d'ar- « gent. D
Les défenses ne supprimèrent pas les farces profanes^ et le concile de Tolède se plaignait encore, en 1565 , que l'on représentât dans les temples a des choses qui seraient à peine permises a dans les lieux les plus ignobles et les plus dissolus. » n abolit la fête des Innocents, et ordonna que les pièces fussent soumises aux évêques avant leur représentation, qui ne dut point avoir lieu durant les offices divins. Mais Jean Mariana, qui rapporte ce canon dans son Traité des spectacles, ajoute qu'il resta sans effet : a On introduit des femmes de mauvaise vie dans les églises^ ou
(1) Le don Pascal et le Cassandrino des Romains, le Stenterello des FloreiiCiBs^ les Tra? igliani des Siciliens» le Giangaigiolo des Calabrais, le Bertrand des Milanais, devenu plus tard Medegliino, le Jérôme et le Giandina des Piémontais, tU.
THiATEE.
c Ton représente des choses que les oreilles ont horreur d'entenc dre, et qu'on ne saurait répéter sans effort et sans honte. » Ces
pièces produisirent 9 au surfrius^ une forme particulière de Tart
dramatique espagnol, les aiti sacramentali (1). * Mais nous reparlerons de tout cela plus loin ( liv. XV ). Conten-
tons-nous ici d'avoir indiqué les origines du théâtre moderne.
Nos aïeux ne se plaisaient pas seulement aux jeux bruyants ; Aotret jem. ils avaient aussi beaucoup de goût pour ceux de hasard^ pour lesquels ies.Germains étaientdéjàpassionnés avant de sortir de leurs ioréts natives. Ce fut en vain que l'Église et les républiques voulurent y mettre obstacle ; mais quelques États songèrent à en faire un objet de spéculation, en affermant le droit de tenir des maisons de jeu ou tripots. Jean Galéas les prohiba sévèrement à Milan; Venise en concéda le privilège à ce Nicolas Barattieri qui , dit-on , éleva en 1180 les deux colonnes que Ton voit sur la Piazzetla.
La première mention de la loterie se trouve dans un édit du 9 janvier 1448^ lorsqu'on offrit aux chances du hasard ( procédé dont Christophe Tavema, banquier de Milan, fut l'inventeur ) sept bourses, dont la première contenait cent ducats, la seconde soixante-quinze , en diminuant ainsi successivement. Chaque mise coûtait un ducat. Le prospectus contenait une invitation pressante de profiter de ce bienfait signalé de Dieu , et de ne pas laisser échapper l'occasion de s'enrichir à bon marché. Tant est vieux l'art d'abuser la foule; ce qui ne l'empêche pas de s'y laisser prendre encore dans les pays où les gouvernements ne rougissent pas de continuer à spéculer sur la loterie (2).
Ce jeu de hasard se propagea en Italie, sous le nom de frcmrseê du hasard; puis il fut constitué régulièrement, en 1550, à Gènes, où il devint si lucratif pour les entrepreneurs que la république exigea d'eux une taxe de soixante mille livres, laquelle
(1) Voy. liv. XV.
(2) On Toit dans les Diarn de Marin Sanuto, manuscrits^ toI. XXXn, foi. Ml, que les loteries étaient en usage à Venise dans le seizième siècle et qu^elles 7 étaient réprouvées : n Dans la matinée, rien n*a été fait qui vaille la peine d'être « mentionné. On s'est uniquement occupé d'une autre loteriç. . . qui va être « tirée le dimanclie, après diner, cliez les religieux de Saint-Jean et Paul.. .
Notez que dans l'église du même couvent, an sermon d'aujourd'hui , le pré- « dlcaleur, qui est un liomme très-considéré, a fortement blâmé les loteries , « recommandant au peuple de ne pas s'y laisser entraîner. Et moi, Marin Sanuto, « palamlocutus sum omnibus que si j'Otais dans un lieu où cela me tût permis, « je ferais bientôt finir ces scandales. Je l'ai même, fait dire au sérénissime « prince, etc. »
ONZIÈME ÉPOQUE
s'accrul ènàulte [)h)gre8éiveinetit, âû point d^en ^âppbHer tfote cent soixaille mille en 1730. Les autres gouvernements se hâtèrent dMmiter belui de Gëhes^ àfin d'èttipôcfaer l'argent de sortir du pays (1). En Franbe, lé premier décret étaané dli conseil d'Étal, sous le règne de Louis XIY, en faveur de la loterie, s'exprime ainsi : Sa Majesté, aydhî observé le penchant hatnf'el dé là plupart de ses sujets à mettre de V argent dans les loteries particulières^ et voulant hsHir proc^ef' un fnôyen ûgréahle et eommdde de sé faire un retenu àssUté pbur te reste de leur vie^ et aussi d'enrichir leur fàMltè... à fugé à propos d'éttlblii^ une lotisrie royale de dix millionÈ... Clériienl XI publia une bulle très-sévère contre la loterie danâ sfes États, prononçant la peine des galères contre les contre- Venants, el disant qu'il voulait préserver les peuples de cette per* nicieuse sangsue ; mais, sous Innocent Xtll, la loterie à Rome augmenta de vingt pour t^nt le prix des ambes, et de quatre-vingts celui des ternes. Cette tàxe inunorale se propagea jusqu'au moment où la Révolution fhmçaise la frappa de i*éprobation ; de nos jours , ëlle est Sabolie par tous les gouvernements qili ne préfèrent pas la dépravation de leurs sujets à un lucre sordide.
Il est souvent parlé des ébhecs, inv'entibti brrëntale, et probablement rUsage s'en introduisit en Europe au temps des croisades (2).
carteji. L'autl^uité classique est entièrement muette sur les cartes h jouer; itiaià il ten est fait mention chet les Chinois et chez les Arabes, qui vraisemblablement les firent connaître aux Espagnofe, et ceux-ci au reste de l'Europe. En 1339, Charles V,^ dit le Sage, prohibe non-seulement les jeux de hasard, mais encore les jeux d'adressé, c*efet-à-dîre le ballon, les oiselets, les boules, etc., sans foiré encore mention des cartes. Un compte de Chartes Poupart, trésôt*ier de Charles VI, porte, sous la date dé 1392, une somme dë eihquante-icinq sous parisis payée pour trois jeux de cartes, pour amuser le roi quand il eut perdu la raison. Les Français sont
(I) Tonti, bànqaier flaliea établi en France en 1550, y importa les loteries, qui prirent le nom de tontines.
{2) Quod videns Carhaght (général persan ^ là première croisade ) a ientoriis suis, ubi scaccis ludebat, vocavit quemdam Turcum. Ricard. Chron.
PiERAE Damien (T, ép. 10) reproche aux prêtres la chasse, les dés el les échecs. — CoRTusio (dp. Miiratori, Xlî, 7S) dit que les nobles s'amusaient à Jouer aux échecs. — Galtano FiAmiA fait mention aussi du jeu de dé», de cartes. — F. ViixoT ( Origine astronomique du feu des échecs, expUqué par le calendrier égyptien ) prétend démontrer la parfaite correspondance du jeu des échecs avec les combinaisons des années , des jours, des heures du triple calendrier égyptien.