‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 31 sur 86 · NOUVELLES · texte numérisé non relu

NOUVELLES

sa perfidie le condamne à mort; mais celui-ci sait se soustraire au péril et s'échappe. Toujours les fourbes et les forts se disputant Fempire du monde !

L'époque précise où parut ce livre est incertaine^ comme presque toutes les choses de TOrient ; mais, vers le sixième siècle, il était en grande réputation. Kosroës Nouschirvan chargea son médecin Bourzouyé d'aller le chercher dans Ilnde, ce qui forme un curieux épisode du Schah-Naméh. 11 fut traduit alors dans l'ancien idiome perse, et conservé dans le trésor royal jusqu'au moment où les musulmans conquirent le pays. AI-Mansor put alors se le procurer; il en fit faire une version arabe , et voulut même qu'on le mit en vers. De l'arabe il passa dans le persan moderne au douzième siècle, rajeuni successivement à l'aide d'additions et d'altérations continuelles. Déjà, à la fin du onzième siècle, il avait été traduit en grec par Siméon Seth, et en hébreu par le rabbin Gioêl. Jean de Capoue, juif converti, fit sur le travail de ce dernier, entre 1262 et 1278, une version latine, qu'il intitula Direetorium humanas rfto, alias parabolœ antiquorum sapientium. H paraît que l'absence de points diacritiques fit lire au traducteur juif le nom de Sendebad au lieu de celui de Bilpaî, et que cette erreur passa dans la version latine; ce qui a fait confondre quelquefois ce livre avec celui de Sendebad, C'est de la traduction latine que sont dérivées les nombreuses versions ou imitations qui en ont été faites dans les langues modernes de l'Europe.

Telles sont les sources où les poètes français ont puisé les nombreuses compositions dites fabliaux^ contes souvent naïfs, originaux, pleins de vivacité, souvent obscènes et mordants. La moisson s'accrut, et le goût en augmenta par suite des rapports qui continuèrent entre l'Europe et les pays occupés par les Arabes, toujours avides de ce genre d'ouvrages. Il n'y eut plus de banquets sans récits; parfois même les convives devaient raconter à la ronde quelque histoire intéressante ou récréative. Quelquefois aussi elles étaient débitées par un ménestrel qui s'accompagnait d*un instrument, ou en jouait seulement par intermède. Ce genre de récréation tenait la place du théâtre et des jeux de cartes, qui n'étaient pas encore en usage. Ces récits, qui songe encense à les rappeler? et pourtant, c'est la mine qu'ont exploitée non-seulement Boccace et la reine Marguerite de Navarre, mais encore La Fontaine et les comiques du premier ordre.

Les troubadours provençaux ne manquèrent pas sans doute d'en foire leur profit; mais, en même temps qu'Us cultivaient la langue d'oe dans le midi de la Gaule, la langue d'otï, c'est-à-dire le

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ONZIÈME iPOQUE.

roman wallon ou français, était employée dans le reste d|i pays. Les Normands établis dans les provinces septentrionales, loin d'étouffer l'ancien langage de la Neustrie, l'enrict^irent de formes et d'expressions teutoniques; les premiers essais delà littéra* ture française sont venus de la Normandie. Les lois données à l'Angleterre par Guillaume le Conquérant sont le plus ancien monument de cette (angue ; vinrent ensuite les récits merveilleux auxquels se complaisaient les Normands, toujours avides d'aventures. Ils eurent alors leurs poètes et leurs conteurs ; de même que les troubadours brillaient dans le palais des grands et dans les

TTooTérw. cours d'^mour, les trouvères récitaient leurs vers dans les assem* blées àliespuys d'amour et aux gieuxsous l'ormeilf où ils se réunissaient au mois de mai ; Ip vainqueur obtenait pour récompense une cou|*onne de roses. Les Provençaux traitent plus volontiers les sujets tendres et aipoureux> tapdis que les poètes du Nord préfèrent les chants graves et épiques (i). Les premiers sont fameux par leurs propres aventures, et c'est tout au plus si l'on connaît le nom des autres ; mais ils sont plus naïfs, et, quoique souvent licencieux, leur cynisme rebute mpins, à cause d'un certain vernis d'antiquité et de ce qaturel qui se perd dans la traduction, fût-elle faite par Boccace ou 1^ Fontaine,

C*est à eux que coqmience le roman moderne, nom appliqué d'abord à toute comppsitipn de quelque étendue en langue française, mais dont la signification se restreignit ensuite au récit d*aventures fictives (2).

Ronani. Siméon Seth , protovestjaire 4^ la cour de Constantinople au onzième siècle, traduisit du persan en grec une histoire fabuleuse d'Alexandre le Grand, qui, mise ensuite en latin, fit naître le goût de récits semblables. Nous ayons vu combien l'imagination orientale s'était complu à parer c|e ses inventions le nom du héros macédonien (3). Quinte-Curce lui-même déclare qu'il raconte, en ce qui le concerne, plus de cho^s qu*il i^'encroit; Mai a publié dernièrement un itinéraire d- Alexandre etle récit d'un certain Valérius, où Ton trouve Ip germe de toutes les aventures répétées

(1) lit comptèrent cependant des poëte» lyrique», et entre autre» le célèbre Thibaut,^rote de Champagne, dont on connatt l'amour pour la rehie Blanche, m^re (|e saint Loui^. M. T^oma^ Wright a publié récemment ( 1842) les poésies de Philippe de Thaun, troMvère anglo-normand du douzième siècle, et d'autres poésies lyriques françaises de ce temps, ain<!| qu'un recueil des cliansons politiques du moyen âge, la plupart en Trançais.

(2) HuRu, évi^que anglican, lettres sur la chevalerie et les romans ; 1765. P4NIZII, Bssay on ike romaiic nanadte poetry o/ (he Hnlians.

' (.i) Voy. t. Il,

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