ONZIÈME £K)0UE
et songer à la défense conunune. Après avoir réuni leurs forces à celles du roi Baudouin , ils mirent le siège devant Damas; mais de perfides conseils et peut-être la trahison des chevaliers de Syrie firent échouer l'entreprise , malgré des prodiges de valeur de la part de Conrad et des autres guerriers.
Alors les chrétiens perdirent courage^ tandis que les infidèles relevaient oi^ueilleusement le front. Louis, à son retour, fut fait prisonnier par la flotte grecque qui assiégeait Corfou , dont les Siciliens s'étaient rendus maîtres; mais, dans le même moment, l'armée navale de Roger de Sicile s'était avancée sous les mun da Ck)nstantinople^ lançant des flèches enflammées jusque sur le palais impérial ; pendant qu'elle revenait , elle rencontra les vaisseaux grecs et leur reprit le roi captif. Roger lui fit dans la Basilicate un accueil royal , et lui fournit une escorte pour vegàffua la France.
Quand on vit les princes les plus puissants de la dirétienté rentrer dans leurs Ëtats sans autre profit que le renom de valeur et de patience qu'ils avaient acquis (i) ; quand on vit à quel point cette expédition avait mis les deux rois en danger, épuisé leurs États , laissé des vides funestes dans les plus illustres familles, le crédit de Tabbé Suger, qui l'avait désapprouvée, s'accrut outre mesure, tandis qu'on reprochait à Bernard d'avoir envoyé deux cent mille hommes périr en Orient, comme s'il manquait de tombeaux en Europe.
Le saint publia alors son apologie, dans laquelle il établit que le mauvais succès avait eu pour cause l'inexpérience des généraux, la nature diRërente du pays , le manque de discipline, mais surtout la colère de Dieu, qui rejetait des instruments indignes d'exécuter ses décrets.
Nous qui considérons cette expédition de plus loin et sous le rapport politique, nous pouvons signaler des motifs d'un ordre plus humain. Les chrétiens établis en Syrie avaient alors perdu de la valeur et de la piété désintéressée des premiers conquérants; ils s'étaient attachés à leur nouvelle patrie en acquérant des propriétés, en contractant des mariages, en adoptant en partie le langage des indigènes. Quelques-uns, arrivés pauvres, étaient devenus riches propriétaires; des barons, à qui dans leur pa^ il ne restait que leur titre de noblesse , se trouvaient en possession
(1) Void un échantillon de véracité numismatique. Deux médailles fureot fripées en rhonneur de Loais VII , Tune avec cette légende : turcis ad vfàS MEANDRi cssn pcGATis; Tautre avec celle-ci : régi mvicro ab orikite as»^
IRBIICNTES L^TTHA CrVES.
LES JUIFS
de fertiles domaines. Leur désir commun était de conserver par la paix ce qu'ils avaient^ plutôt que de s'exposer aux chances de nouveaux combats. Les Poulains , comme on appelait les Latins oés en Syrie ^ composaient une population efféminée , en mauvais renom pour son luxe , son indolence et sa basse jalousie ; il n'y avait donc rien d'étonnant à ce que de pareilles gens ne se fussent point souciés de venir en aide aux croisés, et les eussent même arrêtés dans leurs tentatives.
Seuls, les ordres militaires conservaient l'esprit guerrier; mais, enorgueillis par leurs richesses et par une vaillance dont ils donnaieot journellement des preuves, ils prirent ombrage des seigneurs d'Occident /et auraient vu de mauvais œil leurs victoires.
De plus , bien que cette seconde expédition eût été conduite avec moins d'ignorance militaire, Tenthousiasme avait encore prévalu sur les conseils de la raison. La prudence aurait voulu, non que Ton marchât seulement sur Jérusalem , mais que Ton s'occupftt de toaàer des colonies sur toute la côte , comme les Italiens en avaient conçu la pensée. Ces établissements auraient en même une grande influence sur l'avenir de l'Europe ; car, servant de barrière contre les Turcs, ils les auraient empêché^ de pénétrer en Eurppe et de menacer l'Italie et l'Âllemagne.
Pour arriver à ce résultat, il aurait fallu que l'empereur grec entrât dans la confédération européenne avec franchise et loyauté ; mais une jalousie sordide l'en tint séparé au contraire, et le rendit mèoie l'adversaire des croisés. De là, une série d'actions tortueuses et de trahisons , supportées par les Francs avec une patiaace qu'on peut bien louer comme vertu religieuse , mais non comme une qualité politique (1).
Les persécutions contre les juifs, dont nous avons dit un mot précédenunent, se reproduisent durant tout le cours des croisades; c'est pourquoi nous croyons devoir réunir ici quelques notions sur ce peuple malheureux et intéressant.
(1) Toyei à rédaircissement D ia liste des seigneurs français qui prirent part aox croisades.
(2) G. B. Dbppikg, Les Juifs dans le mojfen dge; Paris, (83't.