CHAPITRE XIX
UyrBAIRB Ut — CONRAD Q. ITAUE*
ONZIÈME ÉPOQUE
trône. Ce fut entre les deux maisons le commeDcement de l'inimitié qfxiy après même qu^elle eut changé de nature et d'objet, troubla l'Allemagne et Fltalie sous le nom de guerre des Guelfes et des Gibelins, les premiers appelés ainsi de la famille à laquelle appartenait Henri^ les autres du château de Waiblingen, propriété des Hohenstaufen. lits. Conrad, duc de Franconie^ frère de Frédéric et héritier des biens allodiaux de la maison Salique, prit le titre de roi dltaiie, et se fit couronner à Honza et à Milan par Tarchevéque ; mais Honorius 10 refusa de le reconnaître^ ce que firent aussi les villes de Novare^ Pavie^ Crémone^ Plaisance^ Brescia, toujours contraires à Milan. Conrad fut obligé de repasser les monts, les mains vides.
Lothaire ne jouit pas non plus tranquillement du royaume dltalie. Tandis qu'une partie des cardinaux reconnaissaient pour pape Innocent H, d'autres avaient proclamé Anaclet II, fils de Pierre- Léon (1). Le premier, ayant passé les Alpes^ se fit reconnaître,
1181. grâce à l'éloquence de saint Bernard^ par les rois de France et d'Angleterre ainsi que par l'empereur, qui , après s'être abouché avec lui àLiége^ descendit en Italie pour lui prêter assistance contre l'antipape, sans être accompagné d'aucun chevalier de Souabe ni de Franconie; mais, Milan lui ayant fermé ses portes, Une put se fiure couronner roi d'Italie. A Rome, Anaclet repoussa par les armes celles de son adversaire^ en se fortifiant dans Saint-Pierre et dans
11». le château Saint-Ange. Innocent s'établit dans le palais de Latran où il couronna Lothaire^ et convoqua le onzième concile général, composé de deux mille prélats : Vom savez, leur ^tril, que Borne est la capitale du monde; que les dignités ecclésiastiques sont reçues, comme fiefs, avec la permission du pontife suprême, et que sans elle on ne saurait les posséder légitimement.
La question de l'héritage de la comtesse Mathilde fut alors traitée. Innocent en investit Lothaire sa vie durant^ et, après lai, le duc de Bavière^ pour tenir ces biens comme fiefs de l'Ëglise, à laquelle ils devaient payer cent marcs d'argent par année ; à la mort du dernier duc, ces domaines devaient faire retour ausaintr siège. L'empereur était ainsi devenu le vassal du pontife (2).
(1) Voltaire 8*est donné carrière sur le pape juif; il savait c^>eiidaDt qo'Anaclet n'était pas lui-même, et qu'il ne fut pas réellement pape.
(2) Cet éTénement est représenté au palais de Latran, dans un tableau oà U>thaire reçoit la couronne des mains du pape , et où on Ht ces vers :
Rex venu ante fores, jurons prius urbis honores; Post hamofit papxy redpit^ quo dante^ coronam.
LOTHÂIRB III.
Le parti d'AnacIet ayant bieniAt rdevé la téte. Innocent réclama le secours de Lotbaire^ qui, réconcilié avec la maison deHohenstaufen, revint avec des forces considérables ; mais le résultat ne fot pas beaucoup plus heureux que la première fois. ConmieMihn se déclara pour lui, il eut pour adversaires Crémone, Parme, Plaisance^ qu'il réduisit par force à l'obéissance; puis, s'étant avancé vers le Itfidi pour combattre les Normands» il contraignit Roger à s'enfub en Sicile. Peut-être aurait-il réussi alors à anéantir la domination normande, s'il ne se fût engagé dans une contestation avec le pape concernant la suprématie sur les duchés de Fouille et deCalabre. Après de longs débats^ il fut convenu que le nouveau duc Rainolf, comte d'AveUino, recevrait l'investiture à la fois du pape et de l'empereur, qui tous deux tiendraient le gonfalon en le remettant entre ses mains.
Les droits d'Innocent et de son compétiteur Anadet avaient été soumis à l'examen de saint Bernard, qui, à cette époque, apparaissait conune le régulateur des affaires italiennes ; il donna gain de cause à Innocent n, et fit refuser obéissance à l'antipape. Lothaire regagnait ses États avec peu de gloire et moins encore , ^i^Sitte, de profit, lorsqu'il mourut près de Trente. Vaillant et homme d'honneur, il aimait la justice ; mais il n'avait pas toute la vigueur nécessaire en ces temps orageux.
Le prince guelfe Henri de Bavière, son gendre, qui rapporta sesoniements impériaux, aurait été élu son successeur si ces richesses n'eussent porté ombrage aux barcms; ils lui préférèrent CSonrad de Franconie, avec lequel monta au trône la famille de Hohenstaufen, qui* l'occupa jusqu'en 1254. Élu sans avoir obtenu « ttytxtt. le suffrage de la faction contraire, il jugea à propos d'affaiblir la puissance de Henri ; il lui ordonna donc de résigner un de ses duchés, et destina la Saxe à Albert l'Ours, de la maison d'Anhalt. Sur le refus de Henri, il le fit mettre au ban de l'Empire, et assigna le duché de Bavière à Léopold lY d'Autriche, son frère utérin. De là, une guerre qui dura jusqu'au départ de Conrad pour la croisade ; car, de querelle de famille, le différends de Welfen et des Waiblingen (Guelfes et Gibelins) était devenu une affaire de parti (i).
(1) Dans le coan de cette guerre , Conrad, ayant mis le siège devant le chàtean de Wetnsberg, près d*Heilborn , le réduisit à capituler; mais, par sentiment chevaleresque , tout en stipulant que les hommes demeureraient prisonniers de guerre, il accorda aux femmes la faculté de se retirer avec ce qu'elles pourraient emporter. U vit alors chacune d'elles sortir des portes chargée de son mari : Bpectacle qui excita la générosité de Conrad , et inspirala verre des poètes.
omsiiini ifOouE.
La croit tde ayant été publiée sur ces «otreCûtcfi, Coimid acoorda aux juifa, peraéoutés aiileura, un refuge dans laa vitteaiiiK périales. Lui-même prit ensuite la croix, à la léte da soixante^lix mille ehevaliers et d'une infanterie innombrable; raais^ après d'horribles souffrances, bien peu aeoompagnèrent l'empereur à son retour. Il s'apprêtait à faire la guerre à Roger de Sicile, rentré dans la possession de ses États de terre ferme^ettqui, malgré les efforts de Mdnt Bernard, entretenait le sohiame, quand il mourut à Bamberg.
Conrad n'était pas venu ceindre la couronne impériale en Italomurdef. j.^^ ^ révolution des communes put parvenir à maturité duraot son règne. Nous avons vu comment les vaincus et les conquérants, dépendant du roi, de l'évôque ou des seigneurs, se OQttstitoèreDt en communes , dans les villes d'abord^ sous la direction des évéques, puis en s'affranchissant aussi d'eux. Délivrés ainsi du ser* vage jde la glèbe^ les trois ordres ne comptent plus que des ci- . toyens réunis en communes , qui ohmsisseni laurs consuls dans tous les rangs de la société. La suprématie du p^e rattacjui les communes à une espèce d'unité qui, sans nuire à leur variété, forma de ritalie une nation plus constituée que k| France ou TiJkmagnB d'alors. Elle n'était pas condensée autour du palais d'un roi, mais vigoureusement groupée autour des trois grands foyers do toute autorité, l'Église, l'hôtel de ville et le château ; grftœ à ces avantages, elle serait parvenue à de hautes destinées, à les empereurs ne rayaient pas bouleversée afin de s'y créer un parti. La Lombardie est le premier pays, dans les temps modernes, qui fournisse à l'histoire de ces pages où les âmes trouvent un attrait puissant, parce que l'on y voit un peuple multiplier ses efforts contre les oppresseurs^ grandir par son courage, et se consolider par de sages institutions.
Parmi les villes de la Lombardie qui avaient reconquis leur li* berté, les deux principales étaient Milan et Pavie, rivales entre eiles^ la première penchant pour le pouvoir pontifical, l'autre pour l'aMtorité innpériale. Durant la querelle des investitures, Lodi, Crémone, Plaisance, se joignant à Milan, avaient juré^ à l'indigotion de la comtesse Mathilde, de combattre pendant vingt années contre le roi Henri , puis de soutenir Conrad quand il se révolta contre son père ; mais, comme les forces des deux partis se balançaient, la prédominance appartenait tantôt à l'un, tantôt à l'autre, et, de l'été ii l'hivor, les villes changeaient de bannière selon la faction qui triomphait dans leur sein. En effet, dans l'espace da peu
GONKAD. — ITÂIIE.
fmnéMj nous voyons Crème^ Toptone^ Parme^ Modène^ Brescia^ unies à Milan, tandis que Crémone^ Lodi, Novafe^ Asti^ Plaisance, Reggio, sont avec Pavie. Or^ comme rien ne venait réprimer cette déplorable rage de voisins à voisins, qui semble être encore le funeste héritage des Itàliens, elle se développa librement. Les villes o'ayaient pas fini d'abattre leurs comtes qu'elles se faisaient déjà la guerre, Crémone à Crème, Pavie à Tortone, Milan à Novare et à Lodi; Tambition et la force inspiraient aux puissants le désir et la hardiesse d'opprimer les faibles.
Lodi eut à soutenir un siège qui dura quatre ans. La manière dont OQ faisait la guerre était loin de produire les résultats rapides Auxquels conduisent les expéditions dirigées par une volonté unique et forte. Une république avait-elle éprouvé un tort, et la goerreétait-elle résolue dansle conseil, on sonnait la cloche durant plusieurs jours, afin que les hommes en état de porter les armes eussent à s'équiper. A la saison propice, on faisait sortir le carmeio, que nous avons vu inventé par l'archevêque Aribert pour maintenir en bon ordre des milices inexpérimentées. A la suite et tuteur, les bourgeois, armés^ s'avançaient sur le territoire ennemi^ ravageant la campagne, renversant les habitations, enlevant les troupeaux qu'on n'avait pas eu le temps de mettre à l'abri. Puis ils assiégeaient la ville en cherchant le plus souvent à s'en emparer par famine; mais, comme les assiégeants avaient des champs à cultiver, des métiers à exercer, une famille et des intérêts à surveiller, ils supportfttent difficilement une longue campagne , et , à lâ moisson ou aux approches de l'hiver, ils allaient faire leurs affaires chez eux, pour recommencer au printemps.
Ce fut ainsi que les Milanais assiégèrent Lodi ; ayant' enfin réduit la place par famine après quatre ans d'efforts, ils la démantelèrent, dispersèrent les habitants dans les bourgades des environs, et frappèrent d'interdiction le riche marché qui s'y tenait, objet principal de leur jalousie.
Une guerre plus mémorable encore est celle de Milan contre Côme, comparée, par le poëte grossier qui l'a chantée, au siège de Troie pour sa durée, mais qu'il aurait pu lui comparer encore pour la coalition des forces lombardes contra une seule ville. Elle eut pour cause le conflit habituel soulevé par l'élection des évêques, les habitants de Côme ayant élu canoniquement Guido do Cavallasca, tandis que l'empereur avait désigné le Milanais Landolphe de Carcano ; chacun des deux prélatsse prétendait légitime. Pour terminer le schisme, les consuls de Côme, avec les vassaux de GuidO; vont assaillir Landolphe dans lechftteau de Saint-Geoi^e
ONZdBME iPOQUE.
1116. deMaliasO) et le font prisonnier; maison capitaine milanais, nommé Othon, est tué dans la mêlée, et Jourdain de Clivio, ar^ chevéque de Milan, fait apporter ses vêtements ensanglantés, et comparaître dans la basilique Ambrosienneles veuves de ceux qui avaient péri, en demandant vengeance à grànds cris ; bien plus, il fait fermer les portes de l'église, en déclarant qu'il ne les rouvrira point, et que les sacrements resteront suspendus jusqu'à ce que le sang versé ait été vengé.
Aussitôt chacun prépare ses armes ; le carroccio est tiré de son saint asile, et la Martinella sonne pendant plusieurs jours. Enfin les Milanais vont assaillir Gôme, et engagent une guerre qui pendant dix ans mit en feu la Lombardie. Le plus grand nombre prend fait et cause pour Milan, qui voit sejoinÂ^ à elle Crémone, Pavie, Bergame, Brescia, la Ligurie, Verceil, Asti, la comtesse de Biandy*ate avec son fils dans les bras. Cette ligue se renforça de Novare, qui s'y rallia spontanément ; de Vérone, qu'il fallut appeler , et de Bologne, déjà célèbre par son école de droit. Ferrare et Mantoue envoyèrent leurs archers; Guastalla et Parme, les cavaliers de la Garfagnana; Pise et Gênes, des ingénieurs habiles (1). Les habitants de Côme firent une résistance vigoureuse; mais ils durent
1117. ^^^^ évacuer la ville, qui fut livrée aux flammes et devint vassale de Milan.
Peu après arrivait en Lombardie Conrad de Hohenstaufen, pour réclamer ses droits à la couronne d'Italie comme héritier de la maison Salique, et assistance contre Lothaire de Saxe, déjà élu. Un prince dont toutes les forces consistaient dans celtes que le pays pouvait lui fournir n'avait rien de menaçant pour la liberté; il fut donc bien accueilli. A l'instigation du peuple, l'archevêque iitt. Anselme le couronna à Monza et à Milan, et toutes les villes loi
(f) MUtunt ad cunctas legaios agmina partes
Jhicere; Cremonx, Papiœque mittere curant; Cum quUnu et veniunt cum Brixia Bergama; totas Ducerejussa suas simul et Liguria gentes ; Ntc non adveniunt Vereellm, cum quibus Astum Et comitissa, suum gestando bracfUa naium : Sponte sua tota cum gente Novaria venit ; Àspera cum multis veMt et Verona vocata : Doeta suas secum duûHt BononUi leges.
Attulit inde suas Ferraria nempe sagittas, Mantua cum rigidis nimium studiosa sagittis; Venu et ipsa simul qux Guardastalla vocatur. Forma suos equUes eonduxU Car/anienses , (Àim, CuiiÀinjs, Rer, It. Script^ Y.)