‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 5 sur 86 · LS9 ASSASSINS · texte numérisé non relu

LS9 ASSASSINS

tour de son palab. A quiconque s'y présmlsài, ud héraut adressait ees mots : c Qui que tu sois^ tremble de paraître devant celui qui lieai entre ses mains la vie et la mort des rois (i). »

HMsan conserva trente-quatre ans ce pouvoir infernal sans jamais sortir de sa forteresse, où il se montra deux fois seulement du hant de la plate-forme^ vivant^ du reste/dans les exercices de piété et composant des ouvrages dogmatiques. Un de ses fils ayant

(1) Mam P«lo s'eipriaw ainsi à ce soiet (MiUoll^ cap. 39) t « WSâtfAé est UM eoslrée où demcnrait apcJeoiifineat le Vieux de U MoatapM. Or nous toos coaterons ra/Iaire selon que messire Marao Ta entendue de plusieurs personnes. Le Yieui est appelé dans leur langue Alaodio. Il avait Wt Cure dans une TaUëe, entre deux montagnes, le plus beau jardin et le plus graad èm noade. 11 y avait ik tontes sortes de fruits et les plus beaux palais, iMsoraés d*or et de peintures représentant des animaux et des oiseaux. Uy avait là des conduits : par l'un venait de Teau , par un autre du miel, par d'autres du via. On y voyait aussi de jeunes garçons et des jeunes filles de la plus grande beauté , sachant chanter, jouer des instruments et danser. Và Vieux faisait croire à ees geas que c'était le paradis, n en agissait ainsi parce que Mahomet dit que ceux qui ifoat au paradis auront de belles femmes tant quMls en voudront , et qaHs y trouveront des fleuves de lait, de miel et de vin. Il fit donc son jardin semblable à celui dont a parlé Mahomet. Les Sarrasins de cette contrée croyaient que c'était vraiment là le paradis, et il n^entrait dans ce jardin que celui qui voolail deveair Assassia. A l'eatrée du jardin était un château si fort qu'il ne redoutait aocao homme an monde. Le Vieux tenait dans sa cour des giunçoos de dôme aaa, qai lui paraissaient devoir un jour devenir des hommes vaillants. Quand le Vieux ea voulait iaire mettre dans le jardin par quatre, par dix, par vingt, il leur faisait boire de l'opium, et ils dormaient bien trois jours; ils les faisait porter easuite dans le jardin, et dépouiller en même temps. Quand ces jeunes gens se réveilaieBt, quils se troavaient là et voyaient toutes ees choses , ils se croyaient vniment ea paradis, et les jeuaes fiUes vrestaient toujours avec eux en chants et en grands ébats : comme ils avaient d'elles tout ce qu'ils voulaient, ils ne seraient jamais partis de ce jardin de leur plein gré. Le Vieux tient une cour belle et riche, et il (ait croire aux gens de cette montagne qu'il en est ainsi que je YODS al dit. Quaad il vent confier quelque entreprise à quelqu'un de ces jeunes gens, il leor bit donner un breuvage pour les endormir, et apporter du jardin dans son palais. En se réveillant et se trouvant là, ils sont tout étonnés et fort tristes de se voir hors do paradis. H s'en vont incontinent devant le Vieux , le cfoyant un grand prophète, et se mettent à genoux. H leur demande : D'oA MMs-vaitf Petite répondent : Du Parûdis, Ils lui racontent ce qu'ils y ont vu et ont grande eni^ d'y retourner. Quand le Vieux veut foire tuer quelqu'un, il appelle celui qui lui parait le plus vigoureux , et le charge de donner la mort à celui qu'il désigne. Il le fait volontiers pour retourner en paradis. Si les Assassins échappent, fis reviennent auprès de leur seigneur; s'ite sont pris, ils ne désirent qa^ U aaort pour relouraer au paradis. Quand le Vieux veut faire tuer quelqu'un, il les mande et leur dit : Allez, faites telle chose ; car je veux vous faire retour Mer en paradis. Et les Assassins vont, et font tout très- volontiers. De cette manière, aucun liomme n'échappe au Vieux de la Montagne lorsqu'il veut s'en défoire; aussi je toos dis que plusieurs rois lui payent tribut, par la crainta ^Usaa «Bt. »

ONtliMI ifOQUE.

tué le dta de Kuisian, il le fit mourir à son tour; l'autre fut trtité de même pour avoir goûté du vin. Il mourut ensuite tranquillement, après avoir partagé l'autorité entre Kia-Bou2ourgomid et » Abou-Ali, laissant au premier les forces militaires et l'administration, àl'autre la puissance spirituelle. 1117. Bouzourgomid gouverna quatorze ans, et son fils Kia Mohammed Bou70urgomîd vingt-cinq ;ce furentdes ennemis redoutablespour les croisés^ et non moins pour les kalifes, dont deux périrent par par leur commandement. Ria avait promis au roi Baudouin de lui livrer Damas ; mais, le complot ayant été découvert, six mille Ismaélites qui s'y trouvaient furent passés au fil de Tépée.

Hassan II, aussi instruit que son père était ignorant, voulut se faire passer pour véritable imam, mettredecôté les mystères, l'imposture et les prohibitions superstitieuses; dès ce moment, les plaisirs, qui d'abord étaient un moyen pour obtenir l'obéissance, devinrent un instrument général de corruption , et l'opium , la jusquiame, furent employés à prolonger lesdélices des musulmans.

iier-uii. Mohammed II régna quarante-six ans, puis vint Djéialeddia Bassan in le réformateur. Opposé ouvertement aux pratiques de son aïeul, il rouvrit les mosquées, et brûla les livres qui contenaient les statuts de l'ordre homicide. Les Assassins cessèrent donc d'exister, et, de son vivant, il ne Ait considéré que comme les autres cheiks et ataheks.

^ On vit l'ancienne fureur renaître sous Alaeddin Mohammed lll^ qui, bien qu'âgé de neuf ans, lui succéda sans avoir de tuteur^ attendu que l'imam n'est jamais en minorité. H abolit les réformes de son père, et, d'un caractère faible en même temps que sombre, il abandonna le gouvernement à ses femmes, tandis qu'il passait sa vie au milieu des troupeaux, dont il était passionné. Les médecins le croyaient fou, mais n'osaient le dire par crainte des fédawiés, qui les auraient massacrés. DJélaleddin, le dernier des Solimanides, avait confié le gouvernement du Khorassan à Orkan, qui portait le rayage sur le tenritoiredes Ismaélites.Alaeddin se plaignit ; mais Orkan, après avoir entendu les menaces de l'ambMsadeur, tira des poignards de sa ceinture et de ses bottines, en lui disant : Comme vous, nous avons des stylets^ et en outre des sabres plus tranchants et mietiœ aiguisés que les vôtres. Peu après, Orkan tombait sous les coups de trois fédawiés, qui entrèrent dans la ville Gangia leur poignard sanglant à la main, en s'écriant Vive Alaeddin , Ils s'élancèrent jusque dans le palais du divan pour tuer le vizir Scfaeref-al-Moulk; ne le trouvant pas, ils frappèrent le portier, et sortirent en criant : Aux armes! Poursuivis à coups de pierres par

LIS àssÂÉmm.

kft hdAUnis, ils expirèreot en répétant : N&us m&urons martyn pomr noire maiire Àlaeddm.

Dans la crainte d'éprouver le sort d'Orkan^ Scheref-al-Moulk demanda à traiter avec le prince des Assassins, et un ambassadeur venu à cet effet dit au visir : Nous avom dans ton armée beau» tmtp de fédawiés ; il y en a parmi les serviteurs des généraux; M-mémo en as dans tes écurieSy et d'autres sont au service du ekef de tes huissiers.

Le Tirir le pria de les lui désigner, en lui dminant an mouchoir pour garantie qu'il ne leur serait fait aucun mal. L'envoyé en fit comparaître cinq ; dans le nombre était un Indien robuste et plein de résolution, qui dit au vizir que tel jour et en tel lieu il aurait pu l'expédier, s'il n'avait dû attendre des ordres ultérieurs.

Le vizir épouvanté demanda lâchement pardon et miséricorde. Djélaleddin, informé de sa conduite , lui commanda de jeter au feu les ctoq fédawiés, qui ne firent entendre au milieu des flammes que ces mots : iVoas mourons martyrs pour notre maitre Alaedr dm. Peu de temps après, un envoyé se présenta devant le vizir pour lui enjoindre , s'il tenait à la vie, de payer deux mille di« nars par an pour chacun de ceux qu'il avait mis à mort ^ ce qu'il accepta (i).

Telle était encore , à son déclin , la puissance des Assassins et sous un chef faible. Alaeddin, pendant qu'il digérait son vin au milieu des moutons, fut décapité par Hassan , jadis instrument docile de ses plaisirs, et, depuis qu'il avait vieilli, devenu le its4. ministre de ses amusements, et de ses cruautés. On supposa qu'il avait été poussé à ce crime par Rokneddin Rorscha, fils du Sire de la Montagne décapité ; en effet Jl ne le traduisit pas en jugement, mais le fit assassiner, et ordonna que trois de ses fils fussent brûlés avec son cadavre.

Cette domination durait depuis cent soixante-dix ans , lorsque les Mongols l'ensevelirent sous les ruines du califat; Rokneddin, le dernier chef, périt au milieu des ruines de quarante châteaux forts. La secte des Ismaélites survécut encore dans la Perse , bien qo'iQoffensive et opprimée; de nos jours, pourtant, le couteau qui frappait Rléber en Égypte rappelait les exploits homicides des anciens Assassins.

Tels étaient les ennemis que devaient combattre les chrétiens de Syrie , les uns et les autres considérant comme sainte la guerre qu'ils se faisaient , les uns et les autres associant à l'idée religieuse

(1> MovÀMifED DE NBIS4, dffiéli Wis és DféUUedâin.

ONZIÈME ÉPOQUE

celle du pillage et de la domination terrestre. Humilier les ealifes du Caire, acquérir et conserver les villes maritimes de la Syrie, pour que les communications avec l'Occident ne fussent pas interrompues; tenir téte aux Arabes civilisés et aux Turcs barbares; affermir les principautés nouvdles, tel était le but des chrétiens, qui cependant ne cherchaient pas à l'atteindre au moyen d'un plan calculé et suivi, mais par des élans de valeur partielle; aussi leurs exploits héroïques et leur constance dans les revers ont quelque chose de prodigieux. Les musuhnans montraient encore moins de fermeté et de persévérance , mais autant d'élan religieux ; dès lors le moindre engagement devenait une mêlée sanglante où il n'y avait ni quartier ni merci. Les mahométans réparaient leurs défaites , et se recrutaient en demandant des secours à l'Afrique et à l'Asie; les chrétiens réclamaient également des subsides en Europe, et remplissaient leurs rangs édaircis de ce qui avait survécu de fidèles dans les États musulmans; plusieurs princes arméniens notamment vinrent se joindre à eux.

Mais l'aliment le plus vital des croisades, ce qui en rend le récit plus poétique, est la chevalerie, institution dont il faut comprendre l'esprit pour se faire une idée exacte du moyen âge.

La chevalerie est l'incident le plus remarquable de Phistoire européenne entro l'établissement du christianisme et la révolution de France (i) , mélange de sentiments, d'usages, d'institutions difficile à définir, et qu'on ne peut guère connaître que par ses effets. C'était une exaltation de générosité qui poussait à respecter, à protéger le faible quel qu'il fût, à se montrer libéral jusqu'à la prodigalité, à vénérer la femme, devenue l'objet d'un amour noble qui élevait les facultés morales en les dirigeant au bien : tout cela empreint d'une teinte particulière, d'une sorte

(1) La Curnb db Sainte-Palate, Mémoire de Vaneienne chevalerie considérée comme un établissement politique et militaire, C. D*AaBftBTiixE, Bist. des ordres de la chevalerie. J. 6. 6. BuscniNO, Ritterzeit und Ritterwesen, Leipzig, 1823. Mills, A\history o/ chivalerjf, Londres, 1S25. J. J. AMPaiR, dans la Revue des deux mondai, 1838.

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