CHAPITRE IV
CHEfALBRia.
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de cafactère rdigieux qui déterminait les actions , consacrait les exploits^ en épurait le but. Dans des temps où régnait la force, ces idées devaient s'appliquer aux combats ^ non pour assouvir des passions égoïstes^ pour acquérir des richesses ou des terres^ mais pour l'amour de la gloire^ pour la générosité, en un mot pour cet ^isemble de sentiments que comprend le mot honneur.
Hector combattant pour la défense de la patrie; Hercule et Tb^ée courant le monde pour tuer des monstres et des géants; AcbiUe qui , par dépit, reste sous sa tente, laissant massacrer les àeoSy puis reprend les armes par vengeance; d'autres figures encore de Fancienne histoire poétique ont bien des traits de ressemblance avec les paladins du moyen ftge : comme ces derniers, ils parcourent la terre pour la purger des tyrans qui ont pris la forme des centaures, des chimères, des Cacus, de même que les passions vuncuespar les saints prennent celle de serpents et de dragons : chez les uns et les autres un amour passionné, des amitiés immortelles; Achille et Patrocle, Thésée et Pyrithoûs se châ*issent comme Brandimart et Roland; celui-ci est invulnérable comme le fils de Pélée; Yulcain fabrique des armes impénétrables comme le magicien Atlas ; Persée fend les airs sur Pégase, comme Roger sur l'hippogriffe; Hercule et Thésée descendent aux enîers comme Guérin le pauvre et Astolphe; Linus et Orphée célébraient les exploits dans leurs chants , comme les troubadours; les héros de Pantiquité sont retenus par les Calypso, les Circé et les Médée , ainsi que les chevaliers du moyen âge par les Armide , les Horgane , les Alcine.
Néanmoins, si l'on pénètre au-dessous de la surface, combien ils sont difTà^ts 1 Tandis que les héros modernes consacrent leurs prouesses à la femme ^ elle n'ad*importanceaux yeux des anciens qu'autant qu'elle est belle. La guerre fut portée à Troie pour venger Toatrage fait à un roi , non pour la vertu d'Hélène. Andromaque détourne son mari d'aller se battre; Didon veut empêcher Énée d'accomplir les hautes destinées auxquelles il est appelé. Les beautés modernes, au contraire , ornaient le cimier de leurs amants pour leur donner plus de courage au combat. Pénélope abuse ses prétendants, qui aspirent moins à sa personne qu'à sa dot ; Phèdre et Médéese livrent à des énormités fatales ; Chryséis et quelques autres n'apparaissent que comme des esclaves destinées aux voluptés de leurs maîtres. Les femmes libres sont renfermées dans le gynécée, quand elles ne sont pas jetées au lupanar. Les héros eux-mêmes se rendent coupables de faits bien opposés à l'écrit de la chevalerie moderne. Andromaque, méconnaissant um, cwiv. — T. X. B
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la dignité de veuve d*un grand homme, accepte les embrassements d'un ennemi; Hector s'enfuit devant la lance d'Achille, qui , vainqueur^ sévit sur son cadavre et marchande ensuite la pitié. Quand Glaucus échange ses armes d^or contre celles de Diomède^ qui sont en bronze , le poète nous prévient qu*il a été aveuglé par un dieu. Dans TÉlysée , Achille désire être le dernier des hommes et vivre encore ; dans les temps historiques, Thémistocle endure la menace du bâton; Démosthène , guerrier et magistrat, dit dans ses harangues que Midas lui a donné un soufflet en présence de plusieurs personnes. La renommée de piété d'Énée n'est en rien ternie par un abandon qui imprime une tache proverbiale au nom de Birène. On ne saurait trouver de héros accomplissant des exploits pour le plaisir d'en faire, à Texception peut-être d'Alexandre le Grand, dont le caractère se rapproche le plus des héros modernes, parce qu*il ne conquiert pas seulement pour dominer, mais associe Tenthousiasme aux projets politiques.
Il n'y a rien de chevaleresque dans la civilisation romaine. On y voit les femmes participer davantage à la vie domestique, et deux révolutions sont, sinon produites, déterminées au moins par un outrage fait à l'honneur féminin; mais les lois attestent l'infériorité de la femme, qui reste fille de son époux , sœur de son fils. Aussi, chez les Romains comme chez les Grecs, l'amour est considéré comme une bassesse, une malédiction, un châtiment des dieux , un obstacle à ce qui est grand et héroïque. Du reste , Rome nous montre les rois vaincus condamnés à être traînés honteusement en spectacle, puis à subir des supplices barbares; les nations ennemies sont détruites. Volscius racontait qu'il s'était vu frappé par Céson chaque fois qu'il l'avait cité devant le magistrat (i). Caïus Lectorius venait montrer en public les meurtrissures que le poing d'Appius Claudius avait impriiuées sur son visage (2). Lentulus crache à la face de Caton qui prononce un discours (3) ; Caton fait le commerce des esclaves et spécule sur ses femmes ;Gicéron dénigre et bafoue ses adversaires; Pompée, César, les autres héros se lancent l'un à l'autre des injures qui ne se laveraient aujourd'hui que dans le sang. On rencontre, il est vrai, des actes de généreux dévouement et de loyauté inébranlable ; mais que penser d'un peuple où l'on célèbre comme
(1) DoiYs d'Hauc., Ht. X.
(2) /d,,liv. IX.
(3) SéNÈQUE, de Ira, llf, 38.
CHEVALERIE
un acte de magnanimité incomparable la continence de Scipion épargnant rbonneur d'une princesse prisonnière (i)?
Les actions généreuses ne sont pas rares chez les peuples les plus grossiers , non plus qu'gn fier mépris de la mort ; le sauvage lié à l'arbre où il doit être percé de flèches insulte à ses meurtriers, et Guatimozin couché sur les charbons ardents réprime les gémissements de son ami en lui disant : Bt moi, suis-je sur un lit de rosei f On y rencontre aussi des faits qui prouvent une Sensibilité afTectaeuse^ comme chez ce sauvage de l'Amérique septentrionale qui , ayant surpris les enfants de 9oa ennemi ^ s'apprête à les tuer, quand ^ au souvenir des siens, il leur laisse la vie. Bien que la femme , chez toutes ces peuplades, soit réduite à la condition de béte de somme, dont on ne tient compte que pour la reproduction de la race , lorsque les Abunghis de Sumatra reviennent de la chasse aux crânes, ils vont les déposer aux pieds des jeun«s filles ; les Germains et les Scythes sont encouragés par leurs femmes et leurs sœurs à combattre en braves.
Dans les épopées indiennes » la femme joue souvent le même rMe que dans nos romans de chevalerie. Dans le Radjastan, que Todd nous a fait connaître , deux rivaiix se rencontrent et s^adressent un défi régulier. L'un d'eux^ qui a consommé sa provision d'opium^ en demande à son adversaire, qui lui en fournît ; puis , au moment d'en venir aux mains en présence de la beauté qu'ils se disputent ^ il y a entre eux combat de générosité, chacun exigeant que son rival porte le premier coup.
En général , l'amour est en Orient volupté , délire. Sità , dans le Ramâyana , est enlevée cotnme Hélène dans V Iliade ; mais l'intérêt principal , au lieu d'être dans l'amour^ est dans la tendresse conjugale. Un amour véritable respire dans \à Saeountalâ ; msiis la femme y reste de beaucoup inférieure à l'homme , de même que dans la galanterie raffinée des Chinois. Le Schah-Naméh offre des faits plutôt héroïques que chevaleresques; mais, dans les éditions originales , il est d*usage d'y joindre certains dessins représentant des scènes qui diffèrent peu de notre chevalerie.
Quelques-uns ont voulu attribuer aux Arabes l'origine de la chevalerie; bien que les prôneurs de ce peuple soient tombés dans l'exagération, et lui aient attribué souvent des idées
(1) On poorrait trouver dans la chevalerie romaine quelque rapport avec la chevalerie moderne.. Pline (Uv. VI) dit que le titre de chevalier était un honneur résenréaux hommes de condiUon libre (ingenui ). Ils prêtaient un serment de fidélité, étalent inscrits sur te rôle, et recevaient le bouclier et Pépée.
ONZIÈME ÉPOQUE
d'une époque postérieure , il faut avouer qu'on découvre chez lui beaucoup d'esprit chevaleresque. Avant Mahomet, il n'y a que violence et excès féroces parmi les fils du désert. Shansarah s'engage à égorger cent guerriers de la tribu ennemie; mais il tombe mort au quatre-vingt-dix-neuvième. Dans le poème d'Antar, postérieur peut-être à Mahomet, mais qui repose certainement sur des traditions plus anciennes, on trouve nombre de traits de courtoisie. Le héros s'érige en champion des femmes de sa tribu; il entreprend ses exploits par l'amour de la belle Ibla , pour laquelle il soupire et chante comme ferait un troubadour : c'est peut-être l'unique exemple en Orient d'une passion chevaleresque. En outre, l'hospitalité est tellement sacrée chez cette nation que le meurtrier peut rester en sûreté dans la tente de ceux dont il a tué le frère, du moment où il y a goûté le sel ; à son départ, on lui donne le coursier le plus rapide et trois jours de temps; puis, ce délai expiré ,« on court avec anxiété sur ses traces pour exterminer celui que naguère on aurait protégé contre toute attaque. Nous voyons en Espagne une délicatesse recherchée et des mœurs élégantes, tandis que les libres compagnons de Pelage sont traités comme des sauvages, Abd-el-Rhaman compose pour son harem des vers gracieux, après avoir orné de pier> reries le cou d'une belle esclave; Al-Manzor fait secouer, tous les soirs de bataille, la poussière de son manteau , et la conserve pour qu'on l'y ensevelisse.
Les chevaliers d'Aragon et de Gastille se rendirent plus d'une fois à la cour du roi de Grenade pour demander le champ clos et vider leurs querelles. Dans le livre de Pérez de Hilta sur les guerres civiles de Grenade , on voit des combats fréquents entre les Maures et les chrétiens , qui s'engagent non par haine ou motif religieux, mais par un sentiment d'honneur et avec des formes courtoises. Les membres d'une association destinée protéger les frontières andalouses contre les chrétiens , les Rabatis, réunis en corps et soumis à certaines règles, ont beaucoup de ressemblance avec les ordres militaires, qu'ils précédèrent de quelques années. Cette grande figure du Cid, qui, monté sur Babieca, fait tournoyer sa lourde épée sur les rangs des Sarrasins, a été,. plus tard, considérée comme le type des chevaliers; mais combien, dans les premiers récits, il est loin de la délicatesse chevaleresque! Il ne dédaigne pas d'aider la force par la ruse; il s'emploie longuement à recouvrer la dot de ses filles maltraitées par leurs maris, et deux épées qu'ils lui ont dérobées. Son père appelle autour de lui ses enfants^ et leur presse les mains à le
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faire crier; ik le laissent faire. Rodrigue seul bondit en arrière^ et porte fat main à son poignard^ alors le vieillard lui dit en Tembmsant : Tu me vengeras^ et lui raconte Toutrage qu'il a reçu, pour qu'il en tire vengeance.
Les germes de la chevalerie se n[K>ntrent plus nombreux chez les Germains , où la femme était Fobjet d'une vénération voisine do culte; les différends se vid aient souvent en duel^ et un prince ne pouvait s'asseoir à la table paternelle, s'il n'avait obtenu par quelque prouesse Thonnear de recevoir d'un roi ennemi répée de guerrier. Nous avons vu , dans les récits de Paul Diacre, la courtoisie hospitalière du roi des Avares l'emportant sur sa haine envers le meurtrier de son fils (i) , et le mariage bizarre de Tbéodelinde; cependant l'ancien fond de grossièreté et de cruauté y domine. Tout est farouche dans VEdda. Les rois de mer, quand ils s'éloignaient de l'Islande , se faisaient une loi de combattre avec des armes très-courtes, pour être plus près de l'ennemi ; de ne faire panser leurs blessures que vingt-quatre heures après les avoir reçues; de ne pas abaisser les voiles quand le vent était terrible; de ne point attaquer /ennemi avec des forces supérieures , de ne pas battre en retraite devant lui. Quelque étincelle d'une courtoisie plus moderne se mêle au sentiment païen dans les iVî^/«n47^. La femme y prend de l'importance, et, pour l'acquérir, il ne s'agit plus de passer le temps dans les banquets , comme les prétendants de Pénélope ; il faut combattre. Siegfried ne croit* mériter que par des hauts faits l'amour de Chriemhilde. Bronehilde triomphe de Gunther, et, lorsqu'il veut approcher d'die coflome époux, elle l'enchatne; mais, quand il lui a montré sa vigueur, elle en avoue la supériorité et se livre à lui. C'est encore le règne de la force brutale ; cependant Brunehilde n'est plus la femme antique qui passait sans résbtance d'Achille à AgamenmiHi, d'Hector à Pyrrhus; elle se donne elle-même à cdxLx dont elle a reconnu la supériorité, conmie si, chez elle, l'aoïour ne naissait que de l'admiration.
Nous ne disons pas que ces choses soient arrivées en réalité ; mais , si l'homme les a imaginées, c'est qu'il espérait, par ce genre d'invention , plaire à ses compatriotes; il existait donc dans le coeur des Germains des sentiments analogues, qui, s'étant mûris, (HToduisirent la chevalerie.
C'est encore aux Germains que l'on doit les jeux guerriers célébrés avec solennité. Quand on désigne Godefroy de PreuiUy
(I) U?re Vlif, cU. VIII.
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comme ayant inventé les tournois en 1066, il faut entendre qu'il y apporta Tordre et la forme. Déjà, en effet, le Valhalla des Scandinaves était un paradis aux combats continuels, où chaque jour, après le banquet, les dieux joutaient Tun contre Tautre, et se taillaient en pièces, pour renaître entiers et guéris le lendemain. Dès le sixième siècle, Ennodiqs parle de tournois, en faisant l'éloge de Théodoric. Louis le Germanique et Charles le Chauve célébrèrent, selon Nithard, des jeux militaires après la bataille de Fontenay, La chronique de Geoffroy de Montmouth, écrito vers la moitié du douzième siècle, parle avec détail des champions qui , a donnant le signal de l'attaque , forment un jeu a équestre; les dames regardent du haut des murailles, se plai* a sant h exciter leur courage. x>
On pourrait ^core chercher parmi les Germains d'autres usages de la chevalerie. Ainsi, dms VEdda, on fait serment sur un sanglier d'accomplir une entreprise. Charlemagne, au dire d'un écrivain du neuvième siècle, accorda au gouverneur des Frisons, outre divers privilèges , la faculté d'élever d'autres individus au rang de guerrier {miles), en leur donnant le soufflet, selon l'usage. Ce monarque lui-même ceignit solennellement l'épée, m 791, à Louis le Débonnaire ^ qui, en 838, fit de même avec Charles le Chauve. Mais Tacite dit que, a parmi les Germains, « personne n'osait prendre les armes avant que ses concitoyens a y eussent donné leur assentiment. Aloi-s , dans l'assemblée, a l'un des princes, ou le père ou bien un parent décorait le jeune a homme du bouclier et de la lance. Pour eux, c'était la toge, a c'était l'honneur de la jeunesse ] car, de membre de 1^ famille, a le nouveau guerrier devenait membre de la république (i). »
Les Germains joignirent au respect envers la femme le sentiment de l'honneur individuel, Tinviolabilité de la parole donnée, au point de se croire obligés de la tenir même alors qu'ayant tout perdu au jeu , ils risquaient leur propre liberté.
Quoi qu'il eh soit de ces éléments épars, la chevalerie no pouvait , en dehors du christianisme , conserver ni sa loyauté , ni son sentiment exquis de l'honneur, ni la fidélité à une seule femme.
Mais comment la chevalerie ne se développa-t elle qu'après le onzième siècle? Les guerres trop réelles d'attaque et de défense que les Européens furent obligés de soutenir dans les premiers temps [de l'invasion avaient offert une occupation suffisante à
(i)Z>c Morib. Germ.
CHEVALERIE
l'ardeur batailleuse, et fait prédominer les instincts brutaux; puis, quand vinrent les guerres de religion , déterminées par un motif supérieur et désintéressé, elles développèrent entièrement les germes déjà préparés.
Toutefois est-U vraiment une époque où la chevalerie ait existé? N'est-elle pas plutôt un beau songe, comme Tâged'orî ou se serait-elle produite dansla société par imitation de celle que la littérature avait créée?
Si nous consultons les écrivains contemporains, nous voyons que tous regrettent un temps meilleur, et déplorent la décadence de la chevalerie. Marcabre , le plus ancien des troubadours , se plaint déjà de ce qu'en Guienne et en France, les mauvaises doctrines l'aient emporté sur l'amour chevaleresque. On peut bien croire que la chevalerie , telle qu'elle est représentée dans les romans , comme ère de vaillance , de loyauté , de bon ordre spontané , de bonheur facile, de sacrifices désintéressés , de chastes amours, n'exista jamais, pas plus que la félicité champêtre des bei^ers d'Arcadie ; que les livres arrangèrent la réalité, et opposèrent à la vérité l'idéal, remplacé ensuite par le faux et l'imitation. On ne saurait pourtant révoquer en doute qu'il y eut quelque chose de réel , et que les chevaliers formaient un ordre dans lequel on entrait avec des formules d'initiation , et où l'on trouvait des droite et des prérogatives. Dans les procès, lorsqu'ils perdaient leur cause, ils payaient double , et recevaient double également lorsqu'ils gagnaient. La manière dont ils doivent se vêtir, se nourrir, employer leur temps, est déterminée dans les Siete partidas d'Alphonse X.
La chevalerie n'apparaît pas dans un seul pays, mais dans l'Europe entière, et même en dehors de ses limites. Les premiers exemples s'en rencontrent chez les Bourguignons ; mais certainement elle était née au temps des croisades qui , sans elle , n'auraient pu s'accomplir; dans la troisième, elle acquit tant d'éclat que Saladin ( Salad Eddin ) voulut en recevoir les insignes. Son principal théâtre fut le midi de la France , où elle était mieux organisée et chantée par les troubadours; de là elle se répandit dans la Catalogne, dans la Castille et dans toute l'Espagne, déjà chevaleresque de sa nature. Le peuple de ce pays ne se divisait pas en vainqueurs et en vaincus, mais chacun acquérait la noblesse en défendant son indépendance propre et celle de sa nation.
L'Italie, livréç aux spéculations lucratives du commerce, ou aux méditations paisibles de la science et de la religion, donita peu dans les idées chevaleresques, à l'exception de la Sicile, où
ONZiiME ÉPOQUE.
elles furent importées parles Nonnands d'abord > puis par les Souabes. Ces derniers, extrêmement étonnés de trouver les Hongrois tout à Cait étrangers à la chevalerie^ les envoyèrent prier, au nom des dames, de combattre plus courtoisement , en se servant de répée ; mais ils accueillirent à coups de flèches le messager malencontreux (1). Cependant la chevalerie n'acquit januiis, parmi les Allemands, ce brillant que lui conmiuniquèrent les Français.
Plus aristocratique que chevaleresque , TAngleterre nous otbe à peine Richard Cœur de lion, qui se forma en France aux faits d'armes comme à la poésie. Les héros de la Table ronde n'eurent vie que dans les romans; plus tard, du contact avec la France surgirent Édouard in et le prince Noir. Ni les Grecs d'Orient ni les Russes ne reçurent jamais la chevalerie , qui pourtant pénétra chez les Scandinaves et en Pologne , comme chez tous les autres chrétiens d'Occident. Il est même très-étonnant qu'elle se soit étendue autant, en l'absence d'une langue commune.
Chaque peuple modifia selon son caractère propre cette institution, qui, bien qu'elle n'atteignit jamais à la sublimité idéale de sa tâche , excita néanmoins de nobles efforts , et devint une source de générosité.
On peut distinguer dans l'histoire de la chevalerie trois époques : une héroïque , où la guerre prévaut sur la galanterie ; une presque féminine, aux douces inspirations, aux façons courtoises; puis, enfin, ime artificielle, reposant entièrement sur le faux, où l'enthousiasme est imitation, si bien que le désintéressement fait place au calcul, et que le chevalier vend son épée et trafique des prisonniers. La première phase apparaît dans les romans des Carlo« vingiens; la seconde, dans ceux de la Table ronde; la dernière fitéclore la satire de Cervantes. Il n'en faut pas conclure que la chevalerie existât du temps de Charlemagne et d'Arthur; mais, lorsqu'elle fut devenue florissante, elle voulut ennoblir son origine en la reportant au loin, et chercha parmi les paladins de l'empereur franc et les convives du roi breton les premiers exemples et les types des vertus qu'elle proclamait. Les différents ordres institué par Charlemagne et Arthur sont donc des songes. La chevalerie n'eut pas non plus pour origine improvisée le désir ;de conquérir la terre sainte, et de protéger les faibles contre la tyrannie féodale ; elle naquit de l'ensemble des anciennes idées et des circonstances nouvelles, au moment où la faiblesse des rois inspirait à
(I) Chronique d'Ottocu de Hornek.
CHEVALERIE
de jeunes héros la pensée de faire usage de leur vaillance pour venir en aide à tant de malheureux qui souffraient sans remède.
La féodalité fournit à cette institution ses châteaux et les armures perfectionnées^ qui faisaient du chevalier et de son cheval une masse de fer et de bronze , dont les joints ^ sans manquer de souplesse, étaient ûnpénétrables au fer ennemi ; ce qui fit naître ou contribua à répandre Tidée des enchantements^ des héros invulnérables, d'épées arrêtant les fleuves ou tranchant les montagnes^ de cors dont le son fendait les rochers, de tout le merveilleux enfin dont les romans sont remplis. La féodalité fournit aussi la cérémonie de l'investiture^ où le vassal recevait ses armes de la main de son seigneur, comme gage de loyauté. Combien n'y avaitil pas à se promettre de cette alliance inusitée de la commisération avec la valeur, de la force exaltée par le courage , consacrée par la religion ! Par malheur, les temps étaient grossiers , et la société avait pourlcaractère général l'incomplet et Tabsolu ; de là ce mélange singulier de mœurs contradictoires : l'amour de Dieu et de sa belle, la dévotion et la galanterie^ la sainteté et l'héroïsme , la charité et la vengeance , le cloître et le champ de bataille (i).
Si toutes choses, au moyen ftge^ étaient accompagnées de symboles expressifs^ on le peut dire surtout de la vie du chevalier. Il était généralement noble et fils de chevalier^ bien que dans les villes, où le peuple dominait, on vit parfois des plébéiens élevés k la chevalerie. A l'âge de sept ans^ le jeune garçon était retiré des mains des femmes , pour commencer une éducation mâle et robuste^ au milieu des jeux militaires, dans le manoir paternel. A la sortie de l'enfance , il devenait page ou damoisel près d'un baron renommé par son faste , par l'ancienneté de sa race ou ses exploits glorieux. Là, il était au service du seigneur et de la dame châtelaine; courtisan obséquieux, il les accompagnait dans leurs voyages, dans leurs visites , dans leurs promenades, mettant sur la table les fruits confits, les pâtisseries, le vin, l'hypocras et d'autres boissons par lesquelles se terminait le banquet, ou dont Où usait afin de prévenir le sommeil .
n poursuivait à cheval les bétes fauves ou chassait les oiseaux avec le faucon. Des factions militmres ou de feintes attaques habituaient son ftme à la guerre ; l'exemple des barons et des chevaliers
^ (I) RoEiderer a exprimé une idée non moins extravagante qae neuve quand U a représenté la chevalerie comme une grande conjoralion de la noblesse et da dergé contre la monarchie et le peuple. ( Louis XU et Français l^r^ Parié, 1825.)
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excitait on lui le goût des combats et le sentiment de Thonneur, Il apprenait, au milieu d'eux ^ à aimer Dieu et sa dame ^ et une bouche gracieuse l'initiait au catéchisme d'amour, tout en lui inculquant les règles de la bienséance et de la vertu. Souvent encore , il nouait alors une de ces premières amitiés qui se consacraient par des serments redoutables, en mêlant le sang des deux parties contractantes, et dont le souvenir, rappelé par des gages réciproques , comme une chaîne , un anneau , obligeait aux plus grands sacrifices pour toute la durée de la vie. Écuycrt. A quatorze ans, le damoisel était conduit par son père et sa mère, le cierge en main, devant l'autel ; le prêtre célébrant prenait une épée et un baudrier, et, après les avoir bénits, les donnait au jeune homme, qui, par cette cérémonie, se trouvait écuyer. Les parrains et marraines promettaient en son nom amour et loyauté, et lui attachaient les éperons d'argent. Il se mettait alors au service de quelque paladin pour le servir de corps , c'est-à-dire de sa personne, soit en découpant les mets et en lui versant à boire , soit dans les écuries; il veillait sur les chevaux, fourbissait les armes, les apportant à son seigneur quand il en avait besoin , et lui tenant l'élrier pour monter en selle. Les prisonniers étaient remis h sa garde; en voyageant, il conduisait en main le cheval de bataille (destrier) de son seigneur, qui chevauchait son palefroi. II pouvait porter la cuirasse, le gorgeron, les épaulières , les plaques pour garantir les côtés et les reins , les cuissards , les genouillères, l'écu, comme les chevaliers, et les mômes armes offensives, mais non le casque, ni l'arrêt pour la lance, ni les bottes et les éperons dorés ; il avait pour chaussure des bottines de maroquin blanc, avec les éperons argentés. Dans les tournois , il dentandait la faveur de faire quelque passes d'armes pour essayer sa vaillance; puis il suivait à la guerre son chevalier, dont il portait la lance pesante , et tenait le casque appuyé sur le pommeau de la selle. Le preux allait-il au combat, il l'aidait à se couvrir de son armure, le relevait quand il était abattu, lui présentait un cheval frais , l'emportait s'il était blessé; en le regardant faire, il apprenait la vaillance et l'art de porter et de parer les coups. Parfois, prenant lui-môme part à la mêlée, il pouvait mériter d*être armé chevalier, ce qui s'obtenait aussi, durant la paix, à l'occasion de fêtes , de noces et de cours plénières. inanguraii n. L'aspiraut sc préparait h recevoir l'ordre de chevalerie par des jeûnes, des prières, des pénitences; il communiait ensuite, et revêtait l'habit blanc en signe de la pureté qu'il avait acquise. Souvent encore, il se lavait soigneusement dans un bain, puis quittait la
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Uaocbe tunique de Tinnocence pour se couvrir du surcot'écarlate, qui exprimait son désir de verser son sang pour religion^ et OQ lui coupait sa chevelure en signe de servitude. Il faisait la veillée des armes^ passant toute la nuit en oraisons, seul ou avec des prêtres et des parrains,
A rinstant solennel» il s'avançait vers Tantel, accompagné de chevaliers et d'écuyerç, Tépée suspendue au cou. Après Tavoîr présentée au prêtre, qui la bénissait et la lui rendait, il allait s'agenouiller devant celui qui devait Tanner chevalier, et qui lui demandait : Dans quelle intention veux-tu entrer dans l'ordre? pour f enrichir F pour prendre du repos? pour être honoré sans faire honneur à la chevalerie? Fa, tu n'en es pas digne. Le néophyte répondait que c'était pour honorer Dieu , la religion, h chevalerie , et il en faisait serment sur l'épée du seigneur, qui lui octroyait sa demande; alors le néophyte était adoubé, c'est-àdire armé par des chevaliers, les dames, des damoiselles , qui lui mettaient la cotte de mailles, la cuirasse, les brassards , les gan-* telets, lui ceignaient Tépée, et lui attachaient les éperons dorés, signe distinctif de sa dignité.
Le seigneur, se levant de son siège, lui donnait trois coups du plat de son épée nue sur Tépaule ou^sur la nuque, puis un coup de la paume de la main 3urlajoue; dernière injure qu'il dût soufrir sans en tirer vengeance, et lui disait : Au nom de Dieuy de saini George, de saint Michel, je te fais chevalier; soit preux ^ courageux ^ loyal {\),
On lui apportait alors le heaume, l'écu, la lance, et Ton amenait son cheval, sur lequel il s'élançait sans se servir deTétrier; il caracolait en brandissant ses armes, puis il sortait de l'église, et allait en faire autant à la porte du château devant le peuple, qui applaudissait.
Pour faire un chevalier, il fallait l'être soi-môme (2) ; l'initié était lie envers celui qui lui avait conféré l'ordre par une parenté spirituelle, de telle sorte que jamais, pour aucune cause, il ne devait porter les armes contre lui.
Ces usages variaient nécessairement selon les peuples et les
(f ) Oet eérémonles flont encore observées dans les réceptions des clievaliers de Malte. V07. Noten addit. A.
(1) Les coamunes déléguaient parfois leur syndic pour donner l'ordre de chevalerie. Cécile, fiHe de Pliiiippe, roi des Français, venve de Tancrède, arma chevalier Genrais le Breton, fils d'Aimon, vicomte de D0I, et conféra le même grade à plnsieurs écuyers, pour qa^ils combattissent les païens. » Orderic Vital (t. IV, liv. Xi), ffist, des Fform. dans la colféciion Guisot.
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circonstances (3) ; mais toujours la réception était accompagnée de certaines cérémonies, sauf le cas où, sur le champ de bataille même, un capitaine ceignait Tépée à quelque brave^ sans autre formalité que ie coup sur la joue et le serment.
Roger de Sicile ^ en 1135, fit quarante cheva^ers, en même temps qu^il armait ses deux fils, Roger et Tancrède. En 1294, Azzo d'Esté tint cour plénière pour recevoir l'ordre des mains de Ghérard de Camino ; ensuite il arma à son tour cinquante-deux chevaliers. Charles de Naples, surnommé Martel, en' arma trois cents lors de son couronnement en 1290. La chevalerie était aussi conférée par pompe aux morts eux-mêmes ; alors le cheval était remplacé par la biëre^ devant laquelle on portait la bannière, Tépée et l'armure, comme si le défunt partait pour aller combattre Satan,
Sire, messire, monseigneur, étaient les titres dont on se servait à l'égard ^des chevaliers, et l'on appelait leur femme moderne , tandis que les autres femmes nobles n'étaient que damoiselles. Ils prenaient place à la table du roi^ honneur refusé aux fils et aux frères du prince tant qu'ils n'étaient pas armés. Les chevaliers seuls avaient le droit de porter certaines armes, et certaines magistratures leur étaient réservées^ ainsi que les ambassades, le droit de donner conseil aux rois^ d'avoir un sceau particulier^ de commander les armées, et celui de ceindre à d'autres l'épée de chevalier. On distinguait parmi eux les bacheliers et les bannerels ;
(1) « Les cbevaliers sont Taits de quatre maDières, savoir : chevaliers baignés, chevaliers d*apparat, chevaliers d*écu, chevaliers d*armes. Les clievaliers baignés se font avec très-grande cérémonie , et ils doivent être baignés et lavés de tout vice. Les chevaliers d'apparat sont ceux qui prennent la chevalerie avec llubilleinent vert foncé et la guirlande dorée; les clievaliers d*éca, ceux qni sont faits par les peuples et les seigneurs, et vont recevoir la chevalerie la barbute (casque) en tête ; les chevaliers d*arnies, ceux qui, au commencement des batailles ou durant la mêlée, sont faits chevaliers. Franco SACCHeTTi, Novella l&S. « En Sicile, la forme de l'équipage d*apparat du clievalier est, avec les épaulières et le manteaa de taffetas, Pépée garnie en argent,de la valeur de deux ou au plus de trois onces; en outre, la selle avec l'arrêt et les éperons dorés, du prix de deux onces au plus; deux babils , de quelque couleur que, ce soit, sauf récarlate, et sans doublure de vair. » Chr. sicuL, année 1323, ap. Mâbtèkb, t. III; Anecd., col. 89. — Mattliieu Villani raconte qqiB lors de l'entrée de Charles IV dans Sienne, en 135&, ce prince cliargea le patriarche de faire chevalien ceux, en assez grand nombre, qui étaient aocouras pour cela. Les aspirants se faisaient donc hausser par ceux qui étaient autour du patriarche. « Quand ils étaient près de lui sur son cliemln, on les élevait en haut, et on leur ôtait le capuce porté communément; puis, lorsqu'ils avaient reçu le souflet en signe de chevalerie, on leur mettait le capoce neuf avec la broderie d'or, on les tirait de la presse, et ils étaient faits chevaliers. »
GHEYALERTE.
il n'était permis qu'aux derniers de porter la banderole carrée au bout de la lance, et non pas seulement un pennon terminé par . une queue, comme ceux des barons; ils ne pouvaient surmonter les combles de leurs manoirs^ lever et entretenir à leurs frais cinquante hommes d'annes, aspirer à devenir barons, marquis, ducs. Chacun d'eux avait .son cri de guerre, que le chef et les soldats répétaient en chargeant l'ennemi ; ainsi celui des princes de France était : Montjoie ! Saint Denis!
Saint George était le patron des chevaliers , qui invoquaient son nom sur les champs de bataille ; comme lui, ils devaient affronter le danger, délivrer l'innocence, fouler aux pieds la tyrannie, humilier l'orgueil, venger la vertu outragée.
Leur première obligation était de défendre la religion et ses ministres, les églises et leurs biens, de combattre pour la foi, et de mourir plutôt que de la trahir. Venait ensuite celle de fidélité envers le prince ou la commune, envers le seigneur qui leur avait ceint l'épée, et pour lequel ils étaient tenus de guerroyer valeureusement. Us devaient en outre soutenir les droits du faible, en s'exposent en toute occasion, pourvu que ce ne fût pas contrairement à leur honneur et au dommage de leur ligueur naturel ; ne jamais offenser les autres par malice, ni s'approprier leurs biens, et combattre, au contraire, ceux qui le feraient; ne point agir par avarice et en vue de récompense vénale, mais pour la gloire et la vertu ; obéir à leurs capitaines, être les gardiens de l'honneur et du rang de leurs compagnons d'armes; ne pas les opprimer par orgueil ou par force; défendre leur renommée en leur absence, et les assister en toute circonstance, a Sers Dieu, et il te viendra en « aide ; sois courtois envers tout gentilhomme, en mettant l'or- « gueil à l'écart; ne flatte pas, ne révèle aucun secret, montrea toi loyal dans tes actions et dans tes discours , tiens à ta parole , « secours les pauvres et les orphelins, et Dieu te récompensera. » Telles étaient les reconunandations que Bayard,le chevalier sans peur et sans reproche, recueillait de la bouche de sa mère.
La fraternité d'armes était contractée de plusieurs manières. Frettmité. Dans Lancelot du LaCy trois chevaliers se tirent du sang et le mêlent ; d'autres communiaient ensemble^ et quelques-uns se contentaient de faire un échange de leurs armes. Ils adoptaient alors des vêtements et des devises semblables, pour courir des périls communs. Souvent ils associaient leurs bras pour des entreprises dans lesquelles un seul ne suffisait pas. La force du lien ainsi contractée était si puisssante que l'amitié l'emportait parfois sur Vamour. Un chevalier, malgré l'appel de sa dame, ne la secou-
ONZliMS ÉPOQUE.
fut point, et cependant il fitt renvoyé absouâ, parce qu'il avait dû accourir à la défense de son frère d*armes.
La générosité à laquelle ils s'obligeaient voulait qu'ils ne combatissent jamais plusieurs contre un seul, ni réunis eu un plus grand nombre que leurs adversaires, ni avec deè armes supérieures (i) j que , dans les joutes courtoises , ils s'abstinssent de frapper de pointe leur adversaire et de blesser soû cheval (î). Certains proverbes couraient parmi eux, comme lois inviolables de Thonneur : a Qui bien et mal ne sait souffrir, à grand honneur ne peut venir. — Celui qui désire un cheval d*or, eil a déjà la bride a dans la main. — Un bon chevalier doit frapper haut et para 1er bas , se jeter le premier dans la mêlée, parler le dernier a dans les assemblées (3). o
Malheur à ceux qui violaient une promesse faite à eux-mêmes ou à d'autres ! Succombaient-Ils dans un tournoi , ils devaient exécuter les conditions du combat, abandonner au vainqueur armes et cheval, et ne pas combattre sans son congé. Avaient-ils fait vœu d'accomplir quelque entreprise étrange, ils ne devaient
(1) « vede Tandtedi^ehe M pagan di/eso
« Non è da s<mdo, e il iuo lontano ei gitta. » Tancrède, lorsqu'il voit que le guerrier païen N'a point de bouclier, au loin jette le sien.
(Tasse.)
(2) « TuUo quel rispetto
« Che a buon eavallo dee buon cavaliero. »t De ce respect usant pour sa monture Qu'à bon ohe^al doit tout bon chevalier.
(Ariostb» XXVUf, st. se. A. Traduct inéd.) « B non miravan per mettersi in terra « Dore ai eavalli morte, ch' è mal alto, « Perch^ essi non han colpa délia guerra.,. « Seni* altro patto, era pergogna e fallo « B biasmo etemo a cM/éria *l tavallo, » Sur le clietal, pour se Jeter à terre» Point ne frappaient et ne ressayaient pas : Agir ainsi n*est point de bonne guerre , N'est le coursier pour rien en tels débats. Qui dit qu'ainsi quand cela se pratique, Cest par accord, ne sait Tusage antique; Convention n'ayait lieu dans ce cas.
C'était toi^ours chose, honteuse inique, Au destrier de donner le trépas.
(/(«., XXX, 60. Id.)
(3) Ûn chevalier, n*en doutet pa$, Doit férir hauli et parler bas.
CMVALEWE.
déposer leur armure que la nuit; ne point éviter^ pour la tnetier à bonne fin^ les endroits périlleux ; ne pas se détourner de leur route par crainte de chevaliers redoutables , ou de monstres , ou de tout autre obstacle dont le courage pût triompher. Se sont-ils engagés à acquérir quelque honneur^ ils ne se donneront de trêve qu'après yétre parvenus. Faits prisonniers et relâchés sur parole, ils payeront leur ran^n ou viendront se reconstituer au temps convenu, sous peine d'Infamie. Le reproche de foi mentie estTopprobre le plus grand que puisse encourir un chevalier.
La modestie était une des qualités leS plus recommandées, peut-être parce qu^elle était plus rare dans cette profession. Le chevalier qui tait les prouesses de son compagnon^ fi*aude les bien d'autrui (1). Si l'écuyer éprouve de Forguell de ce qu'il a pu faire, il n'estpasdignedela chevalerie. Tancrède, après avoir suspendu ses coups, fait jurer à son écuyer de ne pas révéler les exploits prodigieux qu'il vient de lui voir accomplir. Le roi Perceforest disait à ses chevaliers, dans les leçons qu'il leur donnait : J^ai gravé dans ma mémoire une parole que me dit, il y a déjà longtemps, un ermite pour me réprimander / c'est que, quand je posséderais autant de territoire que le roi Alexandre, autant de jugement que le sage Salomon, autant de vaillance que le preux Hector de Troie, l'orgueil seul, sHl régnait en moi, anéantirait tous ces avantages (2).
(t) Le chevaher est ravisseur des biens d'autruy, quije^ vaillant d'au* truy tait; et celuy est reprouvé vanteur qui revelk les siennes, Perge-