CHAPITRE XXI
IBAIKB. — nOIBIÈMI kACI.
oNZiin ÉPOOUC'
Autour de bi capHife s'étaidaient les terres des seigneiin de Montmorency et de Damniartin, à Touest les domaines des comtes de Monifort, de Mantes et de Meulan^ tous seigneurs indépeodants 9 qui ne se faisaient aucun scrupule d'arrêter le voyagear pour le rançonner.
Le duc de France tefûi en outre de redoutables vassaux dans les comtes de Ponthieu , d'Amiens , de Vermandois et de Vahm , de Soissons et de Glermont. L'Église occupait aussi un rang imposant dans la hiérarchie féodale. L'archevêque de Reims était seigneur de sa ville et suzerain des comtes de Rethel et des seignean de Sedan. L'évéque d'Aueh partageait avec le comte d'Armagoïc la seigneurie de cette ville ^ et recevait Phommage de ce seigneur et des barons les plus considérables de la Gascogne. Moitié de la ville de Narbonne relevail de son évéque^ beaucoup d'autres évêques étaient seigneurs de la ville et la banlieue : celai de Langres exerçait sa souveraineté sur tout le diocèse , et recevait l'hommage de plusieurs comtes ; celui de Troyes avait parmi ses vassaux six barons^ celui de Nevers, quatre; celui (TOrléaoi, cinq ; celui d'Angers , trois. L'évèqoe d'Auxerre fut longtemps le seigneur temporel de tout son diocèse ; puis il lui resta pour vassaux tous ses bénéficiers. Huit cents petits fiefs relevaient de révôque de Lodève; bien d'autres évêques possédaient des villes. Les abbés exerçaient enoore çà et là 1^ juridiction , sans parler des seigneuries temporelles , et les abbés de Saint-Germain, de Sainte-Geneviève , de Saint-Victoi*» avaient chacun un quartier de Paris.
Autour de ce petit royaume de France grandissaient les poissantes principautés de Flandre, de Normandie, de Bretagne, d'Anjou , de Champagne , de Bourgogne ; l'Aquitaine était érigée en royaume, et se trouvait subdivisée dle-méme en fiefe souverains, par la grâce de Dieu,
Mais il est dans la nature d'un pouvoir central et permanent , avec succession non contestée ni divisée , d'absorber les petits États qui l'avoislnent, parce que les faibli y cherchent toujours un appui; ceux qui ne peuvent se soutenir contre la jalousie de leurs voisins se soumettent au roi. Cest à lui que reviennent les fiefs vacants ou confisqués; il en conquiert d'antres, oonchit des traités de paix, s'allie aux plus paissantes maisons par des mariages illustres, et se concilie non -seulement Popmion publique en mettant un frein aux vexations arbitraires , mais l'affection particulière des individus auxquels il accorde ou fait espérer des fiefe et des bénéfices.
FRANOB* TBOTSliXB UGE.
Hugues commença à s'&ever arec de faibles moyens ; H fendit quelque lustre à la couronne dépouillée de ses fleurons en 7 réunissant ses vastes possessions, et laissa les hauts seigneurs s'affaiblir à son avantage par des guerres continuelles entre eux. Quant au cl^gé^ le seul peut-être qui pût soutenir la légitimité des Carlovingiens dépossédés, il sut se rattacher en se faisant couronner à Reims , en lui prodiguant des faveurs , en lui donnant ou en lui restituant des privilèges , en n'intervenant pas dans les élections ecclésiastiques^ en Fapp^ant parfois à corriger les abus de la force , en introduisant enfin les évéques et les abbés dans le conseil^ ce qui ^ d'un c6té, aiugmentalt la popularité du roi ^ et, de Tautre, diminuait la hardiesse des barons. Les évéques , à leur tour^ ne demandaient pas mieux cpie de se rapprocher du souverain, dans le besoin qu^ils éprouvaient d'avoir un appui pour eux-ménoes ; or, comme les terres qui dépendaient de la couronne^ et surtout de TEglise, étaient les seules administrées avec un oertaio ordre^ le peuple inclinait vers ceux qui se faisaient les protecteurs des faiUes et des opprimés.
Ainsi , bien qu'élu par les nobles^ Hugues donna à son règne un caractère religieux, et ses premiers successeurs l'imitèrent. Jamais il ne se montrait revôtu des insignes royaux, mais seulement de la chape d'abbé de Saint-Martin ; il disait qu'un songe lui ayant révélé que les siens porteraient la couronne durant sept générations^ il ne voulait pas en ceindre son front pour prolonger cette durée.
Son fils Robert montra une piété excesâve. L'éducation que R^«rt. lui donna le fameux Gerbert, lui fit acquérir les vertus monastiques. Charitable jusqu'à se dépouiller lui-même et à se laisser voler, il couchait sur la terre nue de la Septuagésime à Pâques ; il passait le carême en pèlerinages et nourrissait trois cents pauvres par jour, et mille dans certaines solennités. Le jeudi saint, il en servait trois cents à genoux, puis cent clercs; il lavait les pieds à cent soixante personnes, et donnait de l'argent à tous. En voyage, il emmenait toujours à sa suite douze pauvres montés sur des ânes et qui louaient le Seigneur. Il composait des hymnes, chantait et psalnK)diait au cheeur les heures canoniques; afin de ne pas charger les âmes d'un parjure, il avait une châ^ sans reliques, sur laquelle il faisait prêter serment, comme si l'acte même, et non l'intention, avait constitué le péché. Plusieurs seigneurs ayant conspiré contre lui, il les admit à communier avec lui , et ne voulut pas qu'ils fussent traduits en jugement quand Jésus- Christ les avait reçus à sa sainte table.
ONZIÈME ÉPOOUE.
Il avait épousé Berthe^ héritière du royaume de Bourgogne; mais^ comme elle était sa parente à un degré prohibé^ le pape robligea à divorcer. L'amour le faisant différer, son royaume fut mis en interdit; ce fut un coup terrible pour le pieux roi. On disait que sa femme avait mis au monde un monstre avec des pieds d'oie. Personne ne mangeait avec lui^ et personne ne le servait, à l'exception de deux valets^ qui jetaient aux chiens les restes de sa table. Robert ne put résister à cette'épreuve ; il se rendit à Rome, en pèlerinage^ avec Berthe , et fit pénitence pendant sept ans.
Robert épousa alors Constance^ fille de Guillaume m, comte de Toulouse^ belle et capricieuse^ aimant le faste, ne rêvant que danses et tournois^ comme ses compatriotes^ et implacable dans ses vengeances. Lorsque Robert accordait quelque grâce à un homme de mérite^ il lui disait : Faites en sorte que Constance n'en sache rien. Elle bouleversa la cour par son humeur impérieuse et sa prétention de changer Tordre de succession en faveur de ses fils bien-aimés. De là rébellion et guerre^ épreuve que Robert souffrit comme un châtiment de son insubordination envers son père. Les persécutions qu'il dirigea contre les hérétiques lui firent un mérite aux yeux de ses contemporains^ et Constance arracha les yeux, de ses propres mains, à un prêtre accusé d'hérésie qui avait été son confesseur.
leori. Quand Robert mourut , Constance fit révolter les grands vassaux contre Henri, dans l'espoir de faire passer la couronne sur la tête de son propre fils; mais elle échoua dans ses projets.
lost. Henri^ pour se ménager des appuis^ céda la Bourgogne à Robert, son jeune frère ; de ce dernier descendent les rois de Portugal. Afin d'éviter les bouleversements produits par des liens de parenté ignorés que Ton découvrait ensuite, Henri épousa Anne y fille de jJaroslaw^ grand prince de Russie, et fit couronner Philippe, le fils qu'il eut d'elle. Le procès-verbal de cette cérémonie est le plus
1M9. ancien qui existe. Pendant la niesse^ avant l'épitre , Tarchevéque Gervais se tourna vers le jeune prince pour lui exposer les principes de la foi catholique ; il lui demanda ensuite si telle était sa croyance, et s'il était disposé à la défendre. On lui apporta alors la profession de foi, qu'il lut , et qui était ainsi conçue : a Moi, tf Philippe, qui, Dieu aidant, suis destiné à devenir roi des Frana çais, au jour de mon sacre je promets, en présence de Dieu et a des saints, de conserver à chacun de vous, mes sujets, le pria vilége canonique, la loi et la justice ; avec le secours de Dieu, a autant qu'il me sera possible, je m'emploierai à les défendre a avec le zèle qu'un roi doit montrer dans ses États en fiivear de
FRANGE. TBOISIÈIIE RAGE.
c chaque évéque et de l^glise qui lui est confiée. Nous accorde- € rons aussi, de notre autorité, au peuple commis à nos soins des a lois conformes à ses droits, d
On faisait parler au jeune prince de lois et du pouvoir de les faire exécuter, comme s'il fût resté quelque chose encore à la royauté; mais il était du moins utile que l'Église conservât la traà'tion d'une autorité suprême dans cette déclaration, qui fut remise par Philippe à l'archevêque. Ce prélat , ayant pris le bâton pastoral de saint Remy, expliqua comment c'était à lui principalement qu'il appartenait d'élire et de sacrer le roi^ attendu que Clovis avait reçu le baptême et l'onction des mains de Tun de ses prédécesseurs, et que le pape avait concédé ce droit à lui et à son Église; il donna ensuite la consécration au jeune Philippe. Bien qu'il fût admis que l'approbation du pape était superflue, les légats du saint-si^e assistèrent par honneur à la cérémonie, ainsi que les grands, ecclésiastiques et laïques, les chevaliers et le peuple, qui tous, d'une voix unanime, manifestèrent leur assentiment en s'écriant : Nous approuvons et voulons qu'il en soit ainsi,
A Fexemple de ses prédécesseurs, Philippe rendit quelques ordonnances relatives aux biens ecclésiastiques; puis l'archevêque Gervais accueillit avec bienveillance tous les assistants, et les nourrit àses frais, bien qu'il ne fût obligé que de traiter le roi seul (i).
Une année à peine après cette solennité, Philippe, qui n'avait nuippc. que huit ans, succéda à son père, sous la tutelle de Baudouin, comte de Flandre. U régna pendant quarante-huit ans, semontrant sansmœurs ni retenue, au point de dévaliser les marchandssur les routes. Marié à Berthe, fille du comte de Hollande , il s'ennuya d'elle et divorça , sous prétexte de parenté, pour épouser Berfrade, fille de Simon de Montfort, qu'il enleva au comte d'Anjou, son mari, lequel, il est vrai, avait lui-même épousé une autre femme. Le pape, en conséquence , l'excommunia dans le concile de Clermont. Philippe dut alors s'humilier, et fut absous ; mais une fois que le pontife et le comte d'Anjou furent morts tous . deux, il reprit Bertrade et la fit couronner reine. Pascal II ordonna de réunir un concile pour renouveler Texcommunication; mais le duc d'Aquitaine, coupable de la même faute , s'y opposa, et les prélats n'osèrent point assister à cette assemblée. Cependant Philippe promit dé se soumettre à la pénitence , et fut absous avec sa femme , à la condition qu'ils vivraient séparés.
Sous ce règne, les Français s'illustrèrent en Sicile ^ en Portu-
(1) Mém, relatifs à {^histoire de France^ VIî, 89*
gai, en Angleterre et danfi la croisade, à laqueUe le roi œ prit aucune part ; néanmoins il en profita pour acheter à Endea Harpin la vicomté de Bourges^ au prix de soixante miUe sous d'or, n s'occupa aussi^ par d'autres moyens, de relever la dignité rojde^ tâche dans laquelle UAitaidé par la longueur de son règne. Tout allait cependant au plus mal sous le rapport civil. H n'y avait alors aucune sécurité personnelle; durant la guerre entre la Normandie et la France^ Ainaury de Montfort s'empare de cent ennemis, après leur avoir fait couper la main drmte , les oblige à la porter avec la gauche. Les routes étaient infestées de voleurs, et^ dans Paris môme^ ils avaient des quartiers as^gnés. Quand le roi arrivait dans cette ville , ses sergents prennent dans les maisons les lits et les matelas dont la cour avait besoin. Dans l'espace de soixante-treize ans^ la France eut à souffrir quarante-huit fois de la famine, à laqueUe se joignit l'épidémie q)pelée mal des ardenU; les guerres privées continuaient sans relâche entre les barons, qui, l'image d'un saint sur leur bannière ou se faisant précéder de reliques , se massacraient à qui mieux mieux.
Le premier qui reconnut qu'on ne devait plus aspirer à la grandeur de Gharlemagne, mais qu'il fallait se faire roi féodal poor réprimer les grands vassaux qui s'élevaient contre la prérogatife royale, fut Louis le Gros. Déjà, du vivant de son père, il avait employé sa valeur personnelle à protéger la justice et à refréner l'arrogance des seigneurs^ qui ne reconnaissaient d'autre droit que la force. « C'est le devoir des rois^ dit Suger^ de réprimer « d'une main vigoureuse, et par le droit originaire de leuroffice; a l'audace des tyrans qui déchirent l'État par des guerres sans fin, a mettent leur plaisir à saccager, à désoler les pauvres^ à détruire a les églises^ se déchaînant avec une licenœ qui^ si die n'éttit a pas étouGEée , les enflammerait d'une fureur toujours crois* a santé. »
C'est ainsi que Suger traçait les devoirs de la royauté nonvelle, fondée non sur la majesté du titre ni sur le pouvoir absolu d'administrer seule et partout, mais forcée de respecter les juridictions des feudataires ; elle ne devait se placer au-dessus d'eux qu'autant que le réclamait le rétablissement de l'ordre et de la justice^ la protection des faibles désarmés, ^ sans se proposer de marcher en droite ligne vers un grand but, mais en louvoyant selon le vent.
De l'ancien état de choses, la clientMe militaire survivait seule. Le premier besoin était donc de déterminer avec précision Tordre hiérarchique, et <le consolider la prédominance du roi. Poorar-
rrrer à rémilat, Louis eot reeotm à <leuK noyeoft, i'étdjlîi* sèment des commîmes «t Taffiraiiehksmient des seîrfs*
Déjà antérieardOMmt ies év^ues , afin de défendre l'Ile*de« Fraiim oonire les Normands ^ avaient eomneneé à iostiluer des moBiiKiiies^ et anné tes paysans. Les prêtres, éieraot iabarmière de leur paraisse > entrainaieiit derrière eUe te«fce la plèbe, pour aecompagoer le rcn dans les comiMits (1). Au iiea donc de dire que les communes furent fondées par les rois , il serait pies oonforme à la vérité de dire que les communes protégèrent la Fojrasité, et enpéchèreiit que les NorfBaods fissent de la France comme ils avaient bit de la 6ieile et de TAngieterre.
Durmt tofiit le temps ou, associé au trône, il gowrema avec son père, Louis YI encouragea les évéques k appeler aux armes les habitants des paroisses, pour résister à la tyrannie des grands vaaBâiix. Dans ces lottes, où la nnlice bourgeoise était opposée è la cavalerie féodale, les vilains, en voyant finr devant euK les hommes d'armes dn baron et les bandes jusque-là redoutées, acquéraient la ocrnseience 4e levrs forces. De retoinr dans leurs denaeures , ils prétendaient être égaux smx hommes dont le seigneur s:'eBiloiirait dans son château , et rédanuient des droits; bient^, se servant de leurs armes contre les comtes et les évéques, ils fonDèrent des confédérations pour leur propre ctefense, ei obtinrent , eoit par la force, soit par l'argent, la confirmation de leurs commmes.
Loots accorda beaucoup de ces confirmations ; mais on voudrait à tort trouver dans ce fait une pensée profonde de sa pohticpie oa <le sa magnanimité (^) : ce n'était qu'une spéculation isolée , dane le seul tntàpét de son trésor. D'autre part, son autorité ne s'étendait que sur une petite partie de la France ; le reste était m indépendant, oa irassal de l'empire, ou rattaebéà la cooroone seulement par le lien fiéedal. U n'aurait donc pu donner des chartes d^atfranohissement qu'à un nombre de eommones ivès-reshreint, taadits qn'à cette époque , au contraire , nous trouvons dans toutes
i\) TÊme erço comnmnàitu in Frmneia pepui^ris sMmia est a prwmH' bus t ut presbffteri amUtarmtur reçi ad obsidionem vel pugnam , cum vea:illis et parochianis omnibus. (Orderic Vital, II, ap. Bouquet, XII, 705-723.}
(7) On lit ce qui suit dans le préambule de la charte octroyée aux Français en 1S14 : IVéif» avons considéré çtie, bien que ^autorité tout entière résidât en Fnsnce dans la personne du roi, nos prédécesseurs n* avaient point héêité é e» modifier l exercice suivant la différence des temps; que c'est ainsi que les communes ont dît leur affranchissement à Louis le Gros, la confirma' iion et Vextension de leurs droits à saint Louis et à Philippe le Bel. M. Aug. Thierry, coniM on 4e suit, a «ignailé 4*em«r •cpri «e^oa^e éiiiswfiréinbule.
ONZIÈME ÉPOQUE
la liberté , acquise , à coup sûr^ antérieurement^ mais quH s'agissait alors de consolider en la faisant sanctionner par Fautorité royale. Le roi n'introduisit donc pas cette organisation nouvelle; il ne fit , pour ainsi dire, qu'en dresser l'acte légal ^ et y apposer son sceau. Les organisateurs , les légidateurs , les vrais fondi^eun des libertés communales furent les artisans et les marchands. Les seigneurs ne virent là qu'un moyen de se procurer de l'argent, et ils ne demandèrent pas mieux que de l'employer.
Beauvais (1099), Laon (lilâ) et Noyon (1128) sont considérés comme les trois premières communes constituées en France (4), bien qu'il soit très-probable qu'elles avaient été précédé^ par d'autres. Nous trouvons ensuite Amiens, Reims, Boissons et les villes de Picardie en 1136, puis Crespy (1184), Toumay (1187), Sens, deux ans plus tard , et ainsi de suite. Les rois se montraient économes de franchises avec les villes qui relevaient d'eux, et généreux avec celles qui dépendaient de leurs vassaux.
Dans ces chartes , au lieu des prestations en nature et des co^ vées personnelles dues aux seigneurs, une rente annuelle en argent était stipulée , moyennant laquelle les communes cessaient de dépendre de leurs anciens seigneurs, pour relever immédiatement du roi. La juridiction dvile et correctionnelle restait confiée aux échevins , au nombre de douze le plus souvent ^ sous la présidence d'un maire; la juridiction crinûnelle, à un prévôt; les intérêts de la commune, à des conseillers ou jurés. Ces derniers formaient » avec les échevins, le conseil municipal ou des pairs; parfois il y avait en outre un grand conseil de soixante-quinze membres* on même plus , qui choisissait dans son sein un petit conseil , et présentait au roi trois sujets , parmi lesquels il avait à désigner le maire.^lhaque commune avait son sceau particulier, sa prison, sa tour, avec la cloche ou beffroi , dont le son appelait les citoyens aux assemblées, ou les faisait courir aux armes. Quelques villes, sans être ni municipes ni communes, jouissaient pourtant de pri* viléges obtenus au temps des croisades, ou lorsqu'elles étaient venues en aide à leurs seigneurs. De ce nombre étaient des villes importantes, comme Oriéans et Paris lui-même, qui n'avait pas conservé son ancienne municipalité et n'en constitua point de nouvelle.
Le tiers état, ou classe moyenne, qui se formait ainsi des débris de la féodalité, inclinait naturellement à faire cause commune avec le roi contre les barons , à lui fournir de l'argent et des troupes
(1) Nous avons rapporté les chartes de Laon et de Lorris au chap. xm
PRANGS. TROniÀliE RAGE
pour les combattre ; les secours y au contraire , que les nobles pouvaient tirer de la population servile furent perdus du moment où celle-ci eut acquis la liberté, ^affranchissement des serfs fut la seconde ressource employée par Louis le Gros, et nous en avons ^ ^ apprécié précédemment les résultats (i). Il privait ainsi les propriétaires de leur plus grande force; car non-seulement ils ne pouvaient dès lors dit^poser des hommes comme d'une chose leur appartenant, mais ces hommes mêmes, quand le mot de droit avait une fois retenti à leurs oreilles, offraient volontiers des subsides et leurs bras à celui qui y les arrachant à une dép^dance absolue , les faisait citoyens .
Fort de ces appuis^ le roi put attaquer plus franchement la puissance des feudataires , ce qu'il fit par les armes et certaines institutions^ dont la plus efScace fut celle des baillis royaux, d'à- saiiut. bord au nombre de quatre pour les domaines de la couronne; il leur était réservé de conniEdtre de certaines causes, dites cas royaux. Louis commença par obliger les seigneurs à s'abstenir de juger en personne les procès de leurs vassaux, et à s'en remettre de ce soin à des hommes versés dans la connaissance des lois. Plus tard s'introduisit l'usage d'interjeter appel devant les juges royaux des sentences émanées de la justice féodale; ce fut là un grand pas dans le sens de l'autorité monarchique , que l'on s'accoutumait ainsi à considérer comme supérieure à toute autre.
C'est grâce à ces petits mouvements des communes et aux petites guerres des barons que se fonda la puissance royale, sans bruit, sans précipitation , et dès lors avec plus de chance de durée. Dans l'espace de quatorze années , avec un petit nombre d'hommes d'armes et les milices des paroisses , Louis le Gros commença par établir la juridiction royale dans le duché de France , et finit par rétendre à tout le royaume; il accueillait quiconque invoquait la règle féodale contre la force , et appelait les vassaux de toutes les provinces à venir débattre leurs différends devant la justice royale. Tous les rapports, depuis le roi jusqu'au châtelain , se trouvaient ainsi déterminés : le service militaire , les taxes, les tribunaux, les procédures, la tutelle, le consentement aux mariages.
11 ne faut cependant pas voir encore dans Louis le Gros un véritable roi de France. S'il sortait de Paris au nord , il rencontrait à trois ou quatre lieues les domaines du sire de Montmorency, premier baron de France ; s'il se dirigeait au midi, les tours de Montlhéry protégeaient ses ennemis, et coupaient le chemin ver
(1) Voy. ch. xYii.
OriéaM à qaiooiique n'«irait pas nombrense compâgim dlioiiittei d'armes; 6ur la Seine ^ le turbulent seigneur de Corbetl méditait d'opposer un royaume au «îen. Les redoutables sires de Ooncy, du haut de leur donjon , répandâent l'épourante aux environs. H suffira d'ajouter que Louis eut à guerroyer toute sa vie pour acquérir ce château de Montlhéry^ situé à deux pas de son palais. Le comte finit par le donner en dot au (Hs du roi, et plus tard Louis VI, adressant ses reconunandations à son héritier^ bn disait : Conserve bien ee château , dont lee vexadone m'ont fait ifieiUir, tant que f me pu jamais avoir ni paix ni repos (1).
Lorsque le roi se présenta au concile de Reims pour demander des sfeours eontre Henri d'Angleterre , il raconta que les évéqaes lui avaient enjoint de marcher contre Thomas de Marne y qui infestait les routes : Les barons loyaux , ajoutait^il , s'unirent à mot, et, pour l'ainour de Dieu , combattirent te perturbateur de la paix; mais, comme le comte de Nevers s^en retournait après avoir pris congé de moi, it fkêi pris par le comte ï%ibaut, et toutes les suppUeations ne purent obtenir guHi fût reîdeké.
VoiUi ce qu'était alors un roi de France; mais^ si les vassaax avaient la ^oire et la force y il hii restait le peuple , et surtout ht religion comme abbé de Saint-Mailin , chanoine de Saint-Quoifio et vassal de Saint-Denis. Ces éléments inappréciés donnairat à la royauté de grands avantages pour arriver à une puissance réeHe. Louis le Gros en avait le sentiment , et il cherchait à se rendre 16 cdergé favorable par ses largesses (2) ; Û disait que le roi ne devait avoir d'autres favoris que le peuple. Tandis que les Normands étaient occupés en Angleterre, et les barons en terre sainte, il restait dans son royaume , profitant de la paix pour établir quelque peu d'ordre, et il acquérait ainsi de l'importance.
Le danger commun réunit autour de lui tous les barons quand f empereur Henri Y vint l'attaquer à la tête des Allemands. Louis iit4. (a déployer alors pour la première fois Voriflamme ou bannière de Saint -Denis, comme avocat de cette abbaye; comme aux diamps de mai, deux cent mille honnnes accoururent à Tappel royal, et marchèrent à l'ennemi au cri de Montjoie et Saint-
(1) Age, au : serva excubans turrim, cujus devexatione pêne consesti, Cf0ns deto ttftnudulenta nequitia nunquam pacem bonam H qvàettm haberspoM. (Svgcb, Vita Lud. Gr., c. S.)
(% Il tfil npfMflé ^i*H fit à i'iMqw de MiÉ-IlBlria 4'«o oracMi d^ massif pesant quatre-vingts marcs, d^une table aussi en or, enrichie de pierres précieuses, d'une autre en vermeil, d'un lutrin incrusté d'ivoire, d*QB calioe dV du poids de cent quarante onces, orné de topazes.
FKAXKaS* TlOTSfiltE 1ULGE.
D9fm {i ) ! L'étranger put eonnaitre la force qui animait la Prnioe> et il fut contraîirt de battre eu retraite; mais , quand Louis voalut poursuivre tes ennemis^ les barons se débandèrent^ parée que le péril national était passé.
Louis ie Gros avait eu pour conseitler Tabbé Suger, né à 8aini^ soger. Ooier «n 4082. Devenu Tanit lia roi après avoir été son condiscipte , il fit réducatioQ de son fils Louis^ sous le règne duquel 'A devint tout-puissant. Suger introduisit dans le mona^re de Saint- Denis, que l'abbé de Giairvaux appdait le foyer des intrigues de la eonr et de Tarmée^ l'ordre et la discipline ; puis , de nnéme qite seint Bernard avait refusé la papauté , il déclina la régence du royaume quand Louis le Jeune partit pour la <^oisade (i) ; il i^^^jeun; fallut que le pape l'obligeât à prendre en main les rênes de rÉtat. urr-nso. Ce grand homme continua avec vigueur le système de Louis le Gros ; il s'œeupa sans cesse de former l'État et le gouvernement nalîosd en débarrassant la royauté des entraves féodales ; défendait les intérêts du trône cmiite ceux de l'Église^ il persuada au roi de lever des oontributions sur les monastères pour subvenir anx dépenses de la croisade ^ et il exclut les assassins du droit d'asile dans les lieux saints. S'il ne put empêcher la croisade , il fit en sorte que les successeurs de Louis VII en recueillissent les fruits. Pendant trente ans » il courut de château en château, les preatat et les brûlant les uns après les autres; s'il ne put les détruire tois , il en éleva d'autres sur les domaines royaux , pour donner sécurité au peuple. Il défendit le duel judidaire sur les terres du roi^ et réprima les actes arbitraires : aussi la dignité royale^ au lieu de perdre par l'éloignement du monarqoe, y gagna au contraire ; car les ambitions furent refrénées au nom de la religion, les taxes, perçues en France, et les vassaux, habitués à considérer conune leur chef celui opi'ils suivaient au delà des mers.
Dans la vie de son roi écrite par lui , Suger manifeste continuellement sa pensée^ toute favorable à la monarchie, et la connaissance des idées classiques , contraires à la féodalité. A la cour
(1) lit s'éeriaienC daas le langage du temps : Ohewuehons hardiement emUre uut, qpe ils ne t^n pmitêefU aler $anz thiérement comparer ( acheter) ce qt/fUt ùnt orgueioxement mé é emprendre contre France, dame des Urres.
(9) M. ^ eifinendt e«t peu édiSé des louanges que tous les htstoriens décer- Beat à ce relgiem. De même i|uNl se fait le défenseur des tertos d'Éléonore , a r«pMcbe II S«i||er de a*étre allé aux asseoiblées que fMmr porter secours aux orpbeiim, aux veufes, aox iodigeflls, à eeax qoi avaient reçu quelque injure. Quand il n'aurait fait que cela, ce serait encore beaucoup que d'avoir pu obtenir juatieedeceui qui avaient pour w 1a force, surtout ii cène époque.
ONZliME ÉPOQUE.
0t au comble de la puissance, il conserva Taustère simplicité do cloître^ et put se faire aimer et respecter des moines, qu'il réforma, des peuples, qu'il gouverna, du roi, qu'il dirigea. Peu flatté d'exercer l'autorité suprême , il insistait sans cesse pour que Louis hâtât son retour (1) ; mais, s'il avait su porterremède à beaucoup des maux causés par cette longue absence , il ne put conjurer le plus grand de tous , le divorce du roi avec Éléonore de Guyenne.
L'Aquitaine s'était considérée en tout temps conune étrai^re aux Francs, et la race gallo-romaine , qui s*y trouvait agglomérée et compacte , put résister à la race germanique , disséminée aux environs. Sous la première dynastie, elle parvint à avoir ses comtes particuliers. Charlemagne la détacha pour la donner à son fils Louis ; puis , sous Eudes , elle se remit sous le gouvernement d'im duc national , comme pour défendre la cause des derniers Carlovingiens. Elle ne prit aucune part à l'élection de Hugues Gapet, qui en obtint la suprématie, mais sans la consolider. La distance entre les conquérants et les vaincus n'était pas aussi sensible dans cette province; or, comme le duc d'Aquitaine se trouvait beaucoup plus puissant que les rois de France, ceux-ci cherchaient à se l'attacher, ou du moins à ne pas l'avoir pour ennemi.
On conçoit dès lors l'immense importance du mariage de Louis Vn avec Éléonore , qui lui avait apporté en dot les domaines du dernier duc d'Aquitaine , Guillaume c'est-à-dire la Guyenne et la Gascogne; mais la conduite scandaleuse de cette princesse durant la croisade (1) irrita à tel point son mari qu'il la ré-
(1) Suger à Louis VII, eo 1149. « Les perturbateurs de la paix publique
reviennent, tandis que tous, obligé à défendre yos sujets, vous demeureac encore comme prisonnier sur la terré étrangère. Non , il ne tous est plus permis de rester éloigné. Nous supplions Votre Altesse , nous exhortons votre piété, nous faisons appel à la bonté de votre cœur, enfin nous vous conjurons, par la foi qui lie le prince à ses sujets, de ne pas prolonger votre séjour en Sicile au delà des fêtes de Pâques. Vous avez lieu, je l'espère, d*étre satisfait de notre conduite. Nous avons remis aux templiers l'argent que nous nous proposions de vous envoyer ; nous avons rendu au comte de Vermandois les trois mille livret qu'il avait mises à votre disposition; votre terre et vos hommes jouissent pour le moment d'une heureuse paix. Nous conservons pour votre retour lea reU^ des fiefs relevant de vous, les tailles et les provisions de bouche que nous peimvous dans vos domaines. Vous trouvères vos maisons et vos palais en boa état, par le soin que nous prenons de les réparer. Je suis sur le déclin de l'âge; nuii les occupatious auxquelles je me suis soumis, pour l'amour de Dieu et parafieetion pour votre personne, avanceront beaucoup ma vieillesse. Quant à rotre femme, je serais d'avis que vous dissimulasaiec le mécontentemeat qu'elle ytm cause , afin que, rendu dans vos États, vous puissiez délibérer trtnquiilwnwt sur cet objet et sur d'autres encore. »
(2) Voy. d-deasus, ch. XIII.
9RANGI. TROISliME BACS.
podia, sous prétexte d'une parenté éloignée , dès que Suger^ qui s'efforçait de le dissuaider de cette funeste résolution , eut cessé de vivre. Le mariage ayant été déclaré nul , Éléonore donna sa main et ses provinces^ de Nantes aux Pyrénées, à Henri, neveu de Foulques, roi de Jérusalem, qui , devenu roi d'Angleterre, se trouva posséder, sur le continent , le duché de Normandie , les comtés d'Anjou, de Touraine, du Maine, et la suzeraineté de la Bretagne. La France fut ainsi resserrée dans ses premières et étroites limites, tandis qu'elle voyait s'agrandir à ses portes un rival dans lequel tous ses ennemis étaient assurés de trouver un appui. De là , cette lutte si longue et si sanglante entre elle et l'Angleterre.
Philippe- Auguste sut réparer en partie les déplorables erreurs î*jjf>fgjde son père; plus qu'aucun de ses prédécesseurs,. il étendit la ^^^^ ' prérogative royale tant contre les ennemis extérieurs qu'à l'égard de ses vassaux. Jeune encore, il disait , en voyant l'humeur inquiète de la noblesse : Quoi qu'ils Jassent, il me faut souffrir leurs vio^ lences et leurs injures; ils vieilliront^ tandis que je croîtrai en force et en pouvoir^ et, Dieu aidant, le moment viendra oit je pourrai à mon tour me venger selon mon désir (1). Ce langage exprimait tout à la fois sa propre faiblesse, le désir de se rendre fort, et le véritable moyen d'y parvenir, qui était la patience. Son royaume en effet se trouvait alor^ réduit aux étroites limites de eiflq des départements d'aujourd'hui (2), et il avait encore à combattre , sur ce petit territoire , contre les nombreux seigneurs dont nous avons déjà parlé : en outre, il voyait dans son voisinage le comté de Flandre, aussi vaste que TUe-de-France, plus peuplé et plus riche; les maisons de Champagne et de Bourgogne, aussi poissantes que la sienne, enfin le roi d'Angleterre, suzerain de la France occidentale, étaient des voisins redoutables. Mais Philippe, l^t à mûrir ses projets , ferme dans leur exécution , ambitieux , sans fougue et sans élans chevaleresques , donna à la royauté une base solide, sur laquelle ses successeurs purent élever leur puissance.
(1) « Jaçoit ce chose que il façent or endroit» lor forces et lor grant oatni§e8 et grand vilenies, si me les convient à soofTrir. Se a Dieu plest, il affaibttroDt et envieilliront, et je croistrai, se Dieu plest, en force et en povoir. Si en serai en tores Tengié à mon talent. » ( Ghroo. inéd., dans VArt de véiifier les dates, t.l,|). 578, io-fol.}
(2) Seine, Seioe-et-Oise, Sdnc-et-M arne , Oise, Loiret; trente lieues de Test ^ l'ouest, et qaarante du midi au nord. Le comté de Flandre avait autant d'éten-
Duranl son ex]^itkiD en tem sainte, il ontt Mooatiimém «tmée k rester en csmpftgne plus longtemps que les ttoqies féodales ne le faisaient d'ordinaire. Dès qu'il eut reconnu Tayantage des milices permanentes^ il les substitua à ces contingents temporaires des vassaux , employant à solder ses troypes les sommet considérables que lui payèrent les juife , dont il avait d'abord ordonné l'expulsion avec moinê de profit pœr le royamne que d'qh plaudissements de la part du peuple. Le pays était infesté par différentes bandes , CaUereaux, Écarcheurs, Routien, venus pour la plupart dm Brabant et de l'Aquitaine, gens sans foi ni kri, qai se faisaient un jeu des choses les pins sacrées, brisant les crucifli, revêtant leurs femmes des habits sacerdotaux^ et contre lesqueb lea^isesne pouvaient même offrir un asile. En temps de guerre, ils vendaient leurs services^ que les princes payaient votontien, attendu que de pareils soldats ne s'effrayaient pas des censoret ecclésiastiques. Plus redoutables durant la paîx^ ils couraient le pays pour leur compte, pillant et rançonnant bourgs et villages, égorgeant les habitants , sans distinction d'amis ou d'ennemis.
L^Auvergne ^ la Marche et le Limousin eurent surtout à souffrir de leurs ravages Jusqu'au moment où Durand Brisefoois eut l'idée de former contre eux une association. Déployant une basmière sor laquelle était représenté l'Agneau de Dieu^ il entraîna à sa suite prêtres et chevaliers, couverts d'une cotte blanche par-dessus leurs armes; il prêchait la paix^ mais en y obligeant par ta force ceux qui prétendaient continuer à la trouMer. Un grand nombre de paysans s'étaient aussi réunis en grosses bimdes^ sous le nom de Pastoureaux, pour s'opposer à la tyrannie des seigneurs ; mais ils ne tardèrent pas à se livrer au brigandage^ et une association de seigneurs , portant le capuce de toile avec Frmage de la Vierge sur la poitrine j se forma de même pour les exterminer, sous le nom de ligue pacifique. PhiKppe-Auguste contribua efficacement à la destruction de ces bandits de toute sorte : pins de sept miHe furent tués parles troupes qu'H envoya à lenr poursuite.
A son retour de la croisade , ne tenant pas plus compte delà trêve de Dieu que des serments qu'il avait faits à Richard Coeur de Lion, il songea, tandis que le roi d'Angleterre acquérait de la gloire en Palestine , à tirer parti de son éloignement, et entra en arrangement avec son frère Jean sans Terre. Aussi , quand Richard fut sorti de prison, déclara-t-il la guerre à Philippe, guerre qu'il poursuivit avec la plus grande cruauté , jusqu'à faire crever les yeux à tous les prisonniers qui tombaient entre ses mains. La lutte continua sous Jean sans Terre y prince lâche et
de la NoniuHidie. Arthur, doc de Bretagne , neveu et compétiteur de Jean à la eoof oone d'Angleterre, fut fait prisonnier et conduit à Rooen^ pois a»l ne sot ce qu'il était devenu ; mais la vois pu- Wqoe daigna Jean sons Terre comme son assasfllm. En conséquence Jes états de Bourgogne demandèrent vengeœce àPIiilippe,qm, ooisme seigneur suterain, cita Jean sans Terre à venir se diseâiper devant ses pairs. Sur son reCos de comparattre^ il le fit coodainner comme parricide et félon , et déclara toutes les terres qu'il possédait en France acquises à la couroDtie.
Innocent m intima Fordre aux deux adversaires de remettre le fitige à un concile d'évéqoes et de seigneurs ; mais Philippe occupa de vive forée la Nmnsmdie, qui , depuis trois siècles, était détachée de la couronne de France. Ainsi cette province ^ qui avait donné des maîtres à l'Angleterre y subit le joug de la France, dont b rapprochaient son langage , ses intérêts et ses liens de parenté. Philippe se garda de mécontenter les Normànds, et leur laissa Ions lenrs droits; il les convoqua même pour aviser aux moyens de remédier aux abus et aux usurpations. Il fut alors décidé qu'aucune cause, soit féodale, soit relative à une propriété civile, ne serait portée devant les tribunaux ecclésiastiques ; que l'Égiise cesserait de s'attribuer l'héritage mobilier des suicidés , des usuriers et de <^nxqui mouraient intestats, cooune aussi d'appeler à son tribunal pour violation de la paix de Dieu, et d'imposer des pénitences excédant nenf livres ( 195 fr. ). En conséquence, la juridictKmde l'Église resta limitée aux causes concernant les serments, les mariages , les testaments , les biens d'un croisé ou les délits d'un membre du clergé , de manière toutefois que l'ecclésiastique convaincu d'un crime fûit dégradé et exilé ; s'il rompait son ban, le roi devait le traiter comme un séculier. Philippe étendit ensuite itis. ces dispositions à tout le royaume , en brisant ainsi le premier obstacle qui s'opposait à l'autorité royale; il ne se fit pas non plus scrupule de priver de leurs biens temporels les évêques d'Orléans et d'Auxerre , qui s'étaient soustraits à leurs obligations féodales.
La Bretagne, qui dépendait du duché de Nornumdie, resta alors fief de la France, et l'aida à reprendre aux Aillais tout ce qu'ils possédaient au nord de la Loire ; mais elle conserva certains droits, dont le souvenir n'y est même pas encore entièrement effacé. Lorsque Jean sans Terre se fut attiré l'indignation du pape , celui-ci transféra la couronne d'Angleterre à Philippe-Auguste, qui équipa une flotte à grands frais pour conquérir un s!
onziAme époous*
beau royaume; mais, dans l'intenralle ^ le pontife s'étant réconcilié avec le roi anglais , la concession fut révoquée. Philippe se récria^ et il voulut^ malgré tout, poursuivre l'entreprise; mais ses voisins^ prenant ombrage de son agrandissement^ s'allièrent contre lui^ et déjà lés ducs, le roi aurais , Tempereur Othon IV, se partageaient dans leur pensée ses États, qu'ils envahissaient avec des forces considérables.
Philippe ne se découragea point , et, secondé par les troupes des communes, qui montrèrent alors combien elles pouvaient être utiles à la défense de la patrie, il se prépara à livrer bataille près deBouvines. Après avoir harangué sès vassaux, auxquels il dit 17 jaiiiet. que Dieu serait avec eux contre des excommuniés, il fit tremper dans un vase rempli de vin plusieurs morceaux de pain, en prit un et le mangea, en disant : Qtie ceux qui veulent vivre et mourir avec moi en fassent autant (1).
(1) Ce fait est révoqué en doute par plusieurs écrîTaios, et Dotamment par Thierry dans la des Lettres sur Vhistaire de France , comiae une ioTOh tion du moine qui le raconte, et qui» bien que contemporain, habitait dans ks Yosges. Cependant la Chronique de Reims, publiée en 1839 à Paris , écrite par un contemporain qui vivait parmi les personnages les plus considérables de l'époque , le confirme en ces mots : « Le dimanche matin, le roi se leva, et fit sortir son monde de Toumay, en armes, bannières déployées , les troospettes sonnant, et les bataillons en bon ordre. L*armée s'avança jusqu'à un petit pont appelé le pont de Bouvines ; il y avoit là une chapelle où le roi se dirigea potf entendre la messe, attendu qu'il estoit encore matin, et elle Ait chantée par Hévesque de Toumay. Le roi entendit la messe tout armé ; quand elle Ait dite , il se Ut apporter du vin et du pain, dont il fit tailler des tranches , et en DMngea une. Puis il dit à tous ceux qui estoient autour de lui : Je prie tous mes bons amis de manger avec moi, en souvenir des douze apostres qui mangèrent et burent avec Nostre-Seigneur. Et s'il en est qui pense à mauvaiseté et félonie, qu'il ne s^approche pas. Alors chaque seigneur s*avança l'un après Pautre. Enguerrand de Ck>ucy prit la première soupe, Gauthier de Saint-Pol la seconde, et il dit au roi : Sire, on verra aujourd'hui qui sera traistre. Il éà ces mots parce qu'il savoit que le roi l'avoit en soupçon sur de mesdiants rap* ports. Le comte de Sancerre prit la troisième, et tous les autres barons api^ lui, et il y eut tant d'empressement qu'ils ne purent tous atteindre PescueUe. Le roi en fut très-joyeux, et il leur dit : Seigneurs, vous estes tous mes hommes, et je suis vostre sire. Quel que je puisse estre , je vous ai beaucoup aimés, vous ai porté grand honneur, et vous ai donné largement du mien , sans vous avoir jamais fait tort ou injustice; je vous ai, au contraire, tousjowrs guidés droitement. Pour ce je vous prie tous de garder ma personne, mon honneur et le vostre; et si vous croyez que ma couronne soit mieux placée sur la teste de l'un de vous que sur la mienne, je la lui cède volontiers et de bon coeur. Quand les barons l'entendirent parler ainsi, ils se prirait à pJeorer d'esmoUon, et dirent ; Sire, par la merci de Dieu, nous ne voulons autre roi que vous; ores chevauchez hardiment contre vos ennenUs : nous veid tous prests à mourir pour vous. (Ch. XX.)
FRANGE. TROISIÈME RÀGE.
Ail
Tous se jetèrent à Fenvi sur ce pain , et, animés un nouveau courage , ils attaquèrent avec vigueur, bien que moins nombreux, des ennemis qui ne leur cédaient pas en vaillance. Le roi lui-même combattiten héros sous sa banni^e fleurdelisée, et se trouva en grand danger, ainsi que l'empereur ; mais la victoire finit par rester aux Français, et les envahisseurs laissèrent trente mille morts sur le champ de bataille. Philippe poursuivit son avantage, et pressa vivement le roi d'Angleterre; mais enfin , se laissant désarmer par les menaces du pape et par une sonmae de soixante mille livres sterling , il consentit à une trêve. Bientôt les Anglais , mécontents d'un roi sans énergie ni capacité , déférèrent la couronne à Louis , fils de Philippe- Auguste , marié à Blanche de Castille , héritière du trône de ce pays.
Philippe , déjà maître de la Normandie, recouvra pareillement le comté d'Anjou, la Touraine, le Maine, une grande partie du Poitou, les comtés d'Artois, de Vermandois, d'Alençon et de Valois» qui furent régis par des prévôts particuliers. En 1217, il comptait soixante-sept prévôtés, dont tr^te-deux acquises sous son règne, et qui lui rendaient quarante-trois mille livres. L'Aqui* laine, préférant un souverain éloigné à un roi puissant et voisin, resta fidèle à TAngleterre ; mais la domination acquise par la France sur tant de pays qui naguère ne dépendaient d'elle que de nom, faisait prévoir que toute la Gaule lui serait un jour irrévocablement assujettie.
Une fois le royaume agrandi , Philippe songea à étendre l'enceinte de la capitale, qui fut alors pavée pour la première fois, et débarrassée de la fange qui lui avait valu son ancien nom de Luièce; de nouveaux quartiers furent enfermés dans les murailles, et les terrains restés vides dans l'intervalle se couvrirent bientôt de constructions.
L'unité et l'action d'un pouvoir central restaient encore à désirer; mais conunent les concilier avec la féodalité? Philippe son* gea donc à réunir autour de lui les grands vassaux, à rendre plus fréquentes les cours féodales, dans lesquelles le roi avait la prépondérance comme suzerain, et dont les lois, promulguées en ison nom et au nom des barons , étaient admises dans tout le royaume. Il emprunta aux traditions romanesques de la cour de Charlemagne l'idée de douze pairs institués comme corps particulier, d'un rang supérieur aux grands vassaux, qui formèrent le premier conseil du roi, et jugèrent, sous sa présidence, les feudataires delà couronne. Il choisit pour en faire partie six des plus grands vassaux et six évêques, auxquels l'exercice de cette
BIST. UWIT. — T. X. 27
ONXIÈHB ÉPOQUE*
dignité, dans les cérémonies du couronnement ^ dans les revves et les jUgismeûts, assurait de fait cette prééminence. Les autres sergrteurs intervenaient rarement aux cours féodales ^ qui peaà peu àe convertirent en parlement royal.
Parlement. C'est donc tine erreur de croire le parlement dérivé de la tribu gernfianiqtie , des plaida ou des champs de mai (i). Aucune de ces institutions^ put survivre au morcellement de laféodidité ; soask première raté , si le droit de rendre la justice fut considéré comme partie intégrante de la souveraineté y et celles! comme apparte- Bànt roi , tard chacun des grands vassaux jouit du droit de parteifïyëtit ët de la souveraineté» U ne faut donc pas chercher Torigine du ptirlement plus loin que la troiàièitie race* Le roi était devenu le chef suzerain des vassaux de la couronne > et en outre seigneur immédiat dos feudatatres du duché du France : deux caractèi^eà distincts , pour lesquek il devait justice aux uns et aux autres, ïù^liè ne pouvait l^ercer dans uti même tribunal^ attendu que , dans Fordre féodal , une énorme distance séparait les grands véBsaux dé ht couromie des simples vassaux du duché de . Frant^^ et (}u'il était hidisperaable que les membres d'une même cour fussent jugés les uns par les autres.
Le roi aurait dùy par suite , avoir près de lui un conseil des grands vassaux pour gouverner les affaires générales, et un autre des vassaux directs de son duché pour Tadministration de celuici ; il lui aurait fallu en même temps une cour judiciaire pour les premiers^ et une poir les antres. Mais le gouvernement féodal ne se forma point d'un seul ooup el du moyen d'une constitution établie ; il s'oil^nisa peu à peu , et les seigneurs ne songèrent qu'à s'isoler pour se rendre moins dépendants. Ce duc de l'Ile-de- France , qui avait pris ou reçK le titre de roi des Francs , retrouvait comme tel la tradition de pratiques en usage lorsque la monatchie sub^tâit dmis sa force ^ et^ dans te nombre, un conseil de personnel choisies par le prince , avec le concours desquelles it administrait son duché et le royafume entier. Les grands vassaux, occupés dans léur^ petits gouvernements , ne se soucièrent pas de venir auprès de leur ch«r^ d'àutant plus qu'il y avait à délibérer rarement sur des affaires d'une importance générale. Les roîs consultèrent donc sur les intérêts publics les mêmes conseillers dont ils prenaient l'avis pour ieurs intérêts particuliers.
Ce qui arrivait dans l'ordre politique se reproduisit dans l'ordre judiciaire. Le roi ^ assisté d'un conseil de son ch(Hx , jugeait les
(1) Voyes le Discours M. Beugaola iiUcéea téte defédUiioo àe$OUMé
FRANG£. TaOlSIEMS RAGE.
coQtesiatioBs soulevées entre les grands ou contre eux , aussi bien que celles des vassaux du duc de France.
En effet, il manqua toujours , dans la hiérarchie féodale, un tribunal suprême; les idées d'indépendance qui engendrèrent la féodalité et furent consacrées par elle y mettaient obstacle, et les hauts barons ne pouvaient s'arranger d'un jugement rendu par un pouvoir central avec force exécutive.
La première cour en France , composée des grands feudataires seuls, fut celle qui eut à statuer sur le procès de félonie intenté à Jean sans Terre. Cité comme duc de Normandie, il ne devait pas se trouver dégradé en comparaissant devant ses pairs, indépendants conouQoe lui, et, par suite, il n'éleva point l'exception d'incompétence ; mais les raisons qui avaient induit Philippe à constituer en cour suprême les six pairs Uûques le détermina à y adjoindre un nombre égal de pairs ecclésiastiques, conformément à l'esprit de l'époque. Il aurait dù les prendre également parmi les vassaux immédiats de la couronne; mais, comme il n'en existait pas, il y suppléa par une fiction , en désignant six prélats tenant leurs fiefs du roi personnellement. La puissance de Philippe et la dignité épiscopale voilèrent l'irrégularité d'une pareille décision, et la cour des pairs se trouva constituée.
Par suite des modifications du pouvoir royal et de l'état do la société , il fut jugé nécessaire de diviser en deux ce conseil du roi : l'un devait délibérer sur les afTaires publiques , l'autre statuer sur les procès au nom du roi. Alors la chambre des plaids, qui fu4 appelée parlement, cessa d'avoir des attributions politiques.
Philippe porta son attention sur la prospérité matérielle du pays et sur l'éducation. U plaça dans un dépôt les archives royales, qui jusqu'alors avaient voyagé à la suite du prince. Ses lois ne concernent plus seulement les rapports féodaux , mais aussi les relations sociales, et tendent à faire du roi quelque chose de mieux que le chef des feudataires. On voit combien l'autorité royale s'était accrue sous lui ; il avait introduit, ou préparé du moins , un gouverneaient régulier, sous l'influence d'idées d'ordre et de liberté, par le testament qu'il fit en partant pour la croisade. Nous le rapporterons sommairement, comme un monument curieux : « C'est le devoir d'un roi de pourvoir aux besoins de ses sujets, et de préférer à son intérêt personnel l'intérêt public ; or, comme BOUS voulons nous acquitter du vœu de passer en terre sainte , nous avons résolu de régler la manière dont le royaume devra être régi en notre absence, et de faire nos dispositions dernières pour le cas où il nous arriverait malheur.
ONZIÈME iPOQUE.
a Nous ordonnons donc que nos baillis choisissent dans duqne prévôté quatre hommes sages et loyaux, pour traiter avec leur conseil les affaires de la ville. '
c Nos baillis fixeront une fois par moiS| chacun dans leur bail* liage^ un jour d'assises où tous, sur leur demande, recevront d*eia justice et satisfaction, comme aussi nous-méme pour les forfiùtures qui pourront nous échoir.
c Nous voulons que notre très-chère mère et notre très^er oncle Guillaume, archevêque de Reims, fixent tous les quatre mois un jour à Paris où ils entendront les réclamations de nos sujets, et y feront droit. Ce jour-là devront venir devant eux hommes de chacune de nos villes, ainsi que nos baillis, pour leur exposer les affaires de nos terres.
a Nous voulons qu'il nous soit envoyé trois fois par an des lettres pour nous informer si quelque bailli a forfut, s'il s'est laissé corrompre par argent, et s'il a sacrifié le droit de nos gens oo le nôtre. Nos baillis nous feront les mêmes rapports sur nos prévôts.
<K La reine et l'archevêque ne pourront dépouiller nos baillis de leurs charges que pour meurtre^ rapt, homicide ou trahison ; il en sera de même des baillis à l'égard des prévôts, nous réservant^ da Veste, d'en prendre telle vengeance qu'elle serve aux autres de leçon.
a En cas de vacance d'une abbaye ou d*un évêché^leschanoÎDes ou les moines viendront devant la reine et l'archevêque, comme ib seraient venus devant nous, pour leur demander le droit de libre élection, et il leur sera accordé sansconteste. La reine et rarchevèquegarderont entre leurs mains le bénéfice vacant, pour le remettre sans opposition au nouvel élu . Pour les autres bénéfices et prébendes dont la vacance nous est confiée^ la reine et l'archevêque auront soin de les donner à des personnes honorables et méritantes.
a Nous défendons à nos baillis et prévôts de saisir un homme et son avoir quand il pourra donner caution valable, sauf les cis d'homicide, de rapt ou de trahison.
a Voulons encore que tous nos revenus, services et rentes soient apportés à Paris trois fois par an, enregistrés et déposés dans les coffres du Temple. »
Ce n'est plus là un seigneur suzerain, mais un roi. Nous aurons à nous occuper, dans le livre suivant, de la guerre de Philippe- Auguste avec les Albigeois et de ses différends avec Innocent ID au sujet de la répudiation d'Ingeburge, princesse de Danemark.
Alf6LST8&BE* — LES PLAIfTAGSNETS. 4SI
; CHAPITRE xxn.
(. — - IM MLAlCTAfiBim.
Lorsque Guillaoïne le Bâtard partit de Normandie pour la conqoèke, il promit de résigna son dnché à Robert, son fils ainé, dès qo^ seserait rendumattre de TAngleterre ; mais le jour où 80O fib le requit détenir sa parole, il lui répondit : Je ne suUpas iÊMrMêogedeimedépouiUeravaiU dememeUre au M.Robert, impitieat, prit les armes ; on en vint aux mains, et le père et le ils s'attaquèrent corps à corps dans une bataiUe.jDejàle plus jeune, ajiDt désarçcnné ton advmaire, levidt le poignard pour Tacheler quand il le reconnut à la voix; se jetant alors à ses pieds, il implora son pardon. Son père le maudit d'abord ; mais il se réooociUa avec lui avant de mourir, et lui légua la Normandie, en désignant Guillaume le Roux pour son successeur en Angleterre. Ses restes n'étaient pas encore refrmdis que Guillaume se hâta de passer dans l'Ile conquise, et de se faire couronner par Tarehevôqne ; mais un certain nombre de barons se déclarèrent en |^ ftveur de Robert^ et les vaincus purent jouir du spectacle d'une ^ '^^^^ (lierre fratricide entre les conquérants. EÎle fut longue et acharnée nr le continent; mais enfin Robert se décida à partir pour la g^umom croisade, en laissant son duché en gage à son frère pour dix m\\\e ** marcs d'argent.
Comment était-il possiblede Inen gouverner quatre peuples dont les dominateurs ignoraient la langue? Les rois, se trouvant forts^ per les motifs que noûs avons exposés plus haut , gouvernaient née une verge de fer. Les taxes se percevaient avec >une tyrannie nEBoée. Le droit de tutelle ou garde noble s'exerçait avec une leDe effronterie , que les héritières se voyaient vendues au plus offrant) et c'était bien pis encore quand il s'agissait du droit de mariage. Les villes devaient payer pour obtenir de nouveaux pririléges ou la confirmation des anciens; les juifs ne pouvaient jouir qa'à prix d'argent des droits communs de tous les hommes : faveurs, justice^ médiation, ne s'obtenaient que moyennant finance, et l'on trouve dans les anciens registres certaines taxes exigées pour intenter un procès à un particulier ou à la cour, pour être bvorisé par le roi contre un adversaire; bien plus, il est fait mnation de quatre marcs payés pour obtenir licence de manger {pro UeeiUia emedenéi)^
ONZIÈME ÉPOQUE
G^llaume 11^ livré aux prostituées, d'un caractère avide et vident, laissa une liberté complète aux soldats et aux gens de sa suite, véritable fléau partout qix ils passaient; néanmoins il fit quelques concessions aux Saxons^ pour les déterminer à s'armer en sa faveur. Il mourut percé d'i^oe llèche, une partie de chasse, divertissement pour lequel il était passionné. Saint Anselme d*Aoste, archevêque de Gantwbéry, et le plus grand philosoplie de son temps, avait mis quelque frein k ses excès: il protégea les inaiiHinités ecclésiastiques et la chasteté conjugale, ce qui hii valot des calonmies et Texil.
Guillaume le Conquérant avait un troisième fils, Henri, 8in<nommé Beauclercy c^est-à-dire l'avisé ; comme il se plaignait à son père qu^il ne lui laissât par son testanieet que cinq mille livres d'or : Patience, mon fU$! hii répondit-il ,tétùu tard , tout te reviendra. A peine ce prince ftit-tl informé de la mort de Gaillaume qu'il mit la main sur ses trésors ; réunissant les {mncipanx vassaux, il employaavec eux l'or et les promesses, dont les usurpateurs ne sont jamais avares. l\ jette le ÛÂme sur la conduite de Bobert^ rappelle l'arehevéque Anselme, qui était cher aux Ai)glaÎ6,el, le traitant comme représentant du peuple et de la noUesse, il jure entre ses mains de gouverner avec justice^ de respecter les priviiéges, d'écouter les conseils, et de maintenir les lois du bon roi Edouard; enfin il obtient le trône d'Angleterre au préjudice da Robert, qui^ insouciant et dévot, perdait son temps à la croisade, à guerroyer et à faire Tamour.
Henri, de mœurs assez dissolues pour laisser quinsehfttankloisqu'il mourut, chercha quelque appui à son pouvoir dans les Anglais conquis. U leur octroya une chaite royale , par laquelle il promettait de gouverner avec modération, de respecter les »ciennes franchises^ de restitoer aux églises leurs immunités, 4e laisser tous les fiefe se transmettre par succession, sauf un drmt^e lods à payer par l'héritier; de renoncer à la tutelle des orphelins •et au droit de marier à sou gré les héritières; de ne pas lever d'impdts plus forts que sous les rois saxons. U limita aussi rohlilotion de fournir au roi des provisicms durant ses voyages. Daas le même but^ celui de se rattacher les vaincus, il épousa Matfailde, princesse de race anglo-saxonne, qui souvent modéra ses élans d'orgueil et de colère. Cependant il ne tarda point à trouver excessives les concessions qu'il avait inscrites dans sa diaiie, et il en fit retirer toutes les copies ; mais les peuples ont des archives qu'il n'est pas facile de supprimer : la mémoire.
Sur ces entrefaites^ Robert^ revenu de la terre sainte^ eavéA
ANGLETERRB. — LIS FLA^TâGENETS.
i'Anglëtôpre h la tôte d'un grand nombre de baron», les uns mé- 1104. contents, les autres attirés par la renommée de ses prouesses j mats Anselme, resté fidèle à Henri, finit par ménager un accord par lequel Robert renonçait à tous droits sur l'Angleterre^ à conr dition que son frère lui compterait trois mille marcs et lui rejaaettrait tous les châteaux qu'il tenait en Nopmaiidie, Qaoris'était engagé à ne point châtier les rebelles; mais ii eut l'œi) les chef^t et S6 vengea d^euxà l'aide de oee prétextes qui ne manquent jawai^ au besoin. Profitant ensuite du oaractène insouciant 4e sou frère^ il feignit de prendrepaiHl pour le peuple normand contre les barons, et débarqua sur le continent; vainqueurà Tinohebray, il enleva cette provinee à Robert, qui, renfermé dans un château fort, y passa les vingt-sept dernières années de sa vie aventureuse, 3e consolant avec les histrions, les couriisimes et dans les plaisirs de la table,
Robert laissa un enfaat de cinq ans, Guillaume Gliton > que Loois VI, roi de France, adopta non par humanité , mais pour avoir un prétexte de guerre contre Henri. Elle éclata en effet, et ^^^^ ne cessa plus tant que vécut cet enfant; ainsi les peuples subjugués souffraient des dissensions des conquérants. 81 les vaipcus ai - ' m aient à voir les malheurs de leurs maîtres, ils purent ae réjouir quand l'unique 61s légitime de Henri se noya, avec deux de ses frères bâtards et plus de cent soixante seigneurs du premer rapg. H ne restait plus alors au roi d'autoe enfant que Mathilde, mariée iitr. àFempereurHenri Y; comme elle demeura veuve sans enfants» il la rappela près de lui, la fit reconnaître pour son héritière^ et • lui fit épouser malgré elle Godefroy, fils de Foulques V, roi de Jérusalem et duc d'Anjou, afin de s'assurer en France un puissant aBié. Ce seigneur étant dans l'usage d'orner son |bonnet d'mie branche de genêt, on Pappelait communément Plantage^^tj et ce surnom passa à son fils Henri, dont la naissance consola le vieux roi, qui mourut avec Tespoir de laisser sa descendancie fernriasur le trône.
Néanmoins il s'éleva un prétendant dans Ëtienne de Blois, son neveu, lequel fut proclamé roi par les barons, qui ne voyaie^tt pas sans regret le royaume tombé en quoiouille ; afin de se coueiUer les esprits, il donna une autre charte, par laquelle il assurait l'indépendance des églises , limitait le nombre dçs forôts réservées pour la chasse royale , p^mettait au clergé et aux barons de fortifier leurs châteaux , et abolissait 1^ taxe dite denier des Danois {Danegeid). Ces concessions, jointes à sa valeur et h son naturel affable, le firent tellement aimer qu'il put amener Godefroy à se désister de ses prétentiopç. Alors lê pfty$ s^e couvrit
ONZIÈME ÉPOQUE
de petits châteaux forts^ oii chaque baron ^ devenu indépendanii mettait une garnison à lui y pour pilier et tyranniser le voisinage. Le peuple était partout en proie aux rapines, aux vexations de toute sorte^ et ce n'était entre les seigneurs que batailles et ven* geances.
yÉcosse seule continuait à se montrer favorable aux Anglo- Saxons, depuis qu'ils étaient tombés dans la condition de peuple vaincu, et offrait un refoge aux Normands mécontents. Les émigrés se réunissaient sur des terres concédées à la manière des fieb, et formaient un village où ils vivaient en conunun sous un chef ou laird, qui devenait tel non par droit de conquête, mais par électioo. En cas de guerre, ces chefo formaiait la cavalerie^ et Tinfanterie se composait des fermiers, dits bons hommes (gudeman). Â leur téte était le roi du continent, par opposition à celui des Hébrides, qu'on appelait le roi des Ues. Tous étaient animés d'une haine
im. égale contre les Normands; aussi, quand les mécontents se conjurèrent contre Étienne de Blois, David, roi d'Écosse^ les seconda,
narnë« d^ns Tespoir de rendre aux naturels leur indépendance. Alors les
Hss!**^* étendards àTeffigiedes vieux saints nationaux revirent le jour;
' mais les insurgés furent défaits ; cependant le roi d'Écosse obtint, par le traité de paix, le comté de Northumberland.
Les Gallois, qui jusqu'alors s'étaient soustraits au joug des envahisseurs, conservant leurs anciennes coutumes, se plaisant à entendre les sons de la harpe et à exercer rhosintalité, furent assujettis à cette époque par les Normands.
Tandis que ces choses se passaient^ un autre parti de seigneurs normands se déclarait pour Mathilde. La guerre.qui survint tounu malheureusement pour Étienne; fait prisonnier, il fut déposé dans un condle, et Mathilde procUmée reine d'Angleterre. Arrogante, dédaigneuse, sourde aux conseils de ses amis et des évôques, jamais elle ne voulut consentir à rendre la liberté à son royal prisonnier, et s'aliéna ainsi beaucoup de partisans. L'évéque ds Westminster, l'un des principaux appuis de sa puissance^ se concerta avec les barons, qui s'étaient levés pour la délivrance d'Ë-
^^^^ tienne. Ds réussirent dans leurs projets , et rexcommunicatioo fut prononcée contre Mathilde , qui , odieuse à ses sujets et à soo mari, abandonna l'Angleterre; mais Henri, son fils, qui, parsoa mariage avec Éléonore, répudiée par Louis VII (i), avait réoni aux titres de duc de Normandie, de comte d'Anjou et du Haine ceux de duc de Guienne et de Poitou, passa dans l'Ile, où les
(1) Voyez le chapitre précédent.
AN6LETERAE. — LS8 FLANTA6ENETS.
combats recommencèrent. H prolongea k gu^re jusqu'au mcH ment où un arrangement intervint , par lequel il fut convenu qu'É* tienne resterait sur le trône ^ à la condition d^adopter Henri et de le déclarer son successeur, conformément aux vœux des barcms.
La puissance des seigneurs normands s'était beaucoup accrue sous Etienne, homme de coeur, mais prince faible, a Nobles et évèques b&tissaient des châteaux, y mettaient des garnisons diaboliquesy opprimaient le vulgaire, et extorquaient de l'argot à force de tourments. Us levaient des contributions sur les villes, et y mettaient le feu après les avoir saccagées. On pouvait cheminer à la ronde une journée entière sans rencontrer une bou]^;ade habitée ou une terre cultivée, et jamais le pays n'avait souffert tant de maux. Lorsqu'on voyait deux ou trois cavaliers s'approcher d'une ville, les habitants s*mfuyaient, dans la crainte quils ne vinrent pour les rançonner et les t(»rturer. Le peuple disait tout haut que le Christ et ses saints étaient endormis (1). »
Henri n Plantagenet , surnommé Caurtmanielj entreprit de ra- nenn 11/ battre l'orgueil de ces petits tyrans. En France, il était déjà beaucoup plus puissant que le roi son suzerain; il réprima tes Aquitains soulevés, et détruisit Texistence nationale de la Bretagne du continent. Bien qu'il eftt juré sur le cadavre de son père de renoncer à P Anjou s'il acquérait l'Angleterre, il se garda de tenir sa parole une fcMs qu'il s'en fût rendu maître; il déclara Étienne usurpateur, et intrus tous ceux qui étaient venus avec lui ; en conséquence, il les dépouilla de leurs tnens et les chassa. S'appliquant ensuite à consolider l'autorité royale, il fit revenir à la couronne les biens dilapidés sous Étienne, démolit beaucoup de châteaux, et expulsa les Brabançons mercenaires , débris des croisades, qui faisaient le métier de soldats en temps de guerre et celui de brigands durant la paix. Il donna une grande éne^e à la puissance royale quand, au moyen d'un tribut qu'il se fit payer ea argent par les vassaux, il mit sur pied vingt mille hommes de troupes soldées, pour remplacer les milices féodales. Les' naturels, commençant à s'habituer à la domination étrangère, s'étaient mêlés aux Normands par des mariages, et, bien qu'ils n'eussent acquisaucun droit dvil, leur haine contre les conquérants perdait peu à peu de sa violence; Henri, d'ailleurs, issu d'une mère saxonne et né dansTIle, était presque pour eux un prince national.
Henri II est compté par les Anglais parmi leurs plus grands (I) Chron. «Avoniie, dans Thierry.
4t6 ONUiME ÉFO0U8.
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et nous laisserons à dPavtresle soin de Faimirec ou de le jintifias.
Un Anglo^xon nommé <iilbert Becket^ ayant sotvi à la oroisade Henri 1^^ fut fait prisonnier et wéimi ea esoiava§e ; mail la âUe d'un chef sarrasin s'éprit d'amour immit kn , et lui procura les moyens de s^vader. Il revint donc dans aa patrie; mais h jeune âUe , ne pouvant vivre sans kri , xésdirt d'aîlar à sa recherche, et partit seule de FÀsle , ne connaissant de nos langues qœ deux mois, Londres et GUberL À force de les répét», elle parviat à trouver la ville qu'elle cherohait et celui qu^dle aimaiL Devenus sa femme après avoir reçu le baptême, elle donna le jour à ua fils qui fut noouné Thomas, et reçut Téducation la plus soignée. Henri U l'éleva au poste de chancdier du royaume, et il fut le poemiec Ànglo-Saxon xtavétu d'une dignité dans l'État, Les spiendides revenus dont il jouissait lui permettaient de déployer «a grand luxe, et les seipaeurs tenaient à grand hmmeur d'envoyer leurs fils au service du haut fonctionnaire, qui les armait ensuite chevalier à ses fhais.
Quand Henri H entreprit de c<H)quérir le comté de Toqloaie, sur lequel Éléoaore avait des prétentioas, Thomas Beaket conduisait douze cents cavaliers et quatre mille piétons, non comme chancelier , mais en son nom propre, et , de plus , une suite nooh breuse. Lorsqu^il faisait son entrée dans quelque grande ville, deux cent cinquante jeunes gens ouvraient la marche en ohaniaot; ensuite venait une nombreuse meute de chiens accouplés, paii huit chariots, chacun d'eux tiré par cinq dievaux avec autant de palefrenim, couvert de peaux et défendu par deux gardes et ua dogue. Deux diariots portaient deux tonneaux de bière pour distribuer au peuple. Il y avait un chariot pour les ornemeotsde la obapdle du ohancelier, un pour le mobilier de aa chandNfe i couoher, un pour la batterie de cuisine, et un autre pour la vaisselied'apgentotle Hnge ; enfin , deux pour la commodité des gens de sa suite. Derrièee s'avançaient douae chevaux de anmme. ohacafl avec «I valet et un singe ; puis des écnyers portant au bras l'écu^ et conduisant les chevaux de bataille ^ ensuite d'autres écuyen, fils de|;eatilshommes , des fauceoniers, des oifieiers de la nsaîaoo, des dievAliera , des ecclésiastiques, tous deux à deux, et enfin le dianoelier, qui venait discourant avec quelqu'un de ses amis. voyant tout ce faste, la foule s'écriait : Si c'est ainsi que voy^f t ie ehonsslisr^ quê doiM en être du roi d'AttfieterreF
(1) Hallam, chap. VlU, rappelle ie meiUserto loii nsMMaés.