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Les nombreuses possessions du tketgi et le déaret promuigué par Goiliaume avaient rendu ce corps très-puissant^ et , comme dans le reste de PEarope , il tendait à se soustraire à toute dépendance de ia royauté. Ses immunités et ses richesses contribuaient souvent sans doute à corrompre ses mœurs; mais tous ces avantages finissaient par tourner au soulagement des indigènes opprimés ; car ib profitaient des aumônes des couvents , leur servitude était moins dure sur les terres ecclésiastiques , et ils pouvaient devenir libres en se faisant ordonner prêtres.
Henri , dans l'intention de concentrer Vaulorité entre ses mains, vottlutenlever au clergé des droits qu'il trouvait trop étend ik. L'arehevéché de Gantorbéry^ véritable patriarcat anglais , exerçait une grande influence politique comme protecteur des libertés du paysde Kent ; ceux qui étsâent montéssur ce siège avaient su maintenir ses franchises sous les différentes dominations, tout en restant fidèles envers FÉglise. U importait donc à Henri d'y placer un homme dévoué , et personne ne lui parut mieux convenir à ce poste que Thomas Becket , qui jusqu'alors s'étiut montré très-zélé pour les intérêts de la monarchie. Sur la proposition qu'il lui en St, Thomas iui déclara que y s'il l'élevait à ce siège , il ne s'attendit pas à le faire plier à ses volontés. Henri persista; alors il reçut Tanneau épiscopal» et^ changeant aussitôt de manière de vivre, il renonça à toute somptuosité dans ses vêtements comme dans ses meabtes^ abdiqua tes fonctions de chancelier pour se donner en* tièrement à Tétude, aux mortifications^ à la prière, au soulagement des pauvres et des opprimés , des rangs desquels il était sorti.
fienri, déçu dans son attente , traita d'ingratitude et de fraude ce qui était franchise et loyauté; il commença à le voir de mauvais oeil, à lui êter les bénéfices, à lui susciter des difficultés. Un prêtre étant accusé d'avoir tué un homme dont il avait violé la fiUe, Henri voulut le faire traduire devant le tribunal séculier^ malgré le privilège de dergie; or, comme Thomas s'y opposait, le roi réunit une assemblée législative, dans laquelle furent exposés, en les exagérant peut-être^ les excès dont le clergé s'était rende coupaUe; on y représenta qu'en moins de douze ans cent homicides avaient été commis par des prêtres. Henri , appuyé par les prélats d'origine normande, proposa de rétablir les lois antérieures à 4}uiUaumele Conquérant , c'est-à-dire celles d'un temps oà la juridiction ecclésiastique était à peine naissante. Thomas combattit ouvertement cette proposition ; mais les prélats se souvenaient 4e leur qualité de barons avADt de songer qu'ils étaient évêques; ils soutinreiit donc le roi, qui éleva très-haut ses pré-
ientioDs^ elles consigna en seize articles, dits StahUs de Ctere»* dan. D'après leurs dispositions ^ Tautorité ecclésiastique se trouvait limitée. Les prélatures vacantes restaient sous Tinspection du roi» qui, dans Tintervalle, en percevait les revenus ; kâ élections se faisaient avec son assentiment, et Télu lui jurait fidélité ; les ecclésiastiques accusés de crimes étaient traduits devant les cours ordinaireSi et les évéques soumis comme t>arons aux charges publiques; les appels en matière ecclésiastique allaient de Tévéque à Parchevéque, puis au roi. Le consentement des seigneurs était nécessaire pour admettre les fils des habitants à recevoir les ordres; quiconque avait été excommunié pour refus de comparaître devant le tribunal épiscopal était autorisé à mettre la main sur révéque et les clercs.
Ces lois, obligatoires pour llle et les provinces du continent soumises au roi Henri, enlevaient à un grand nombre de personnes la sécurité que leur procuraient les tribunaux ecclésiastiques. Oo pouvait prévoir que les sièges , à mesure qu'ils viendraient à va- ^er, seraient donnés en récompense à des juges complaisants; que l'Église deviendrait tout à fait féodale , et que les fondations pieuses serviraient à solder des mercenaires. Becket continua doùc de s'opposer aux mesures du roi avec plus d'énergie que Henri n'en attendait, et le pape, qui d'abord lui avait été peu favorable, le soutint alors en refusant de sanctionner cet arrangement. Le roi s'emporta, menaça; puis, afin de se venger de Tarchevéque opiniâtre, il lui demanda un compte sévère des sommes que les bénéfices vacants avaient produites pendant qu'il était chancelier.; or, comme il n'avait pas les moyens d'en justifier remploi, il fut condamné à payer une somme qui excédait de beaucoup sa fortune. Empêché par une nuiladie de comparaître devant les juges, il offrit de l'argent pour apaiser ces prétentions; il descendit jusqu'aux prières, se présenta avec la croix et en habits pontificaux dans les assemblé^ des barons normands, qui , aussi orgueilleux quignorants , Taccusaient d'avoir usé de sorcellerie contre le roi. Enfin, voyant toutes ses tentatives sans résultat, il en appelle au pape, et se réfugie sur le continent auprès du roi de France , qui disait qu'un des plus beaux fleurom de sa couronne était de défendre les exilés des outrages de leurs persécuteurs (i). Le pape Alexandre III, réfugié lui-mÔme à Sens , n*avait d'abord vu dans Thomas qu'un honame turbulent, se fUt-
(t)HoefiriscadignUatedkamaiUFr<Mcorumes^ esuiêtupemcuiomm iniurta defemUmtur. (Script. Rer. Fr., t. XIV, p. 4dS.)
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sant à s'immiscer dans des iatrigues mondaines, et il lui disait : Allez apprendre dans la pauvreté à être le père des pauvres; mieux informé ensuite , il excommunia ceux qui soutenaient les articles de Clarendon^ à l'exception du roi. Furieux alors^ Henri fait déposer Thomas Becket comihe félon, proscrit ses amis, ses parents, vieillards, enfants, femmes enceintes; puis, les ayant dépouillés de leurs biens. Il leur fait jurer d'aller se présenter à Pontigny, dans la cellule où Thomas avait cherché la tranquyhté du cloître, afin de l'affliger du spectacle de leur misère.
Bientôt tout le pays fut divisé en deux partis : le haut clergé maudissaitBecket, le clergé inférieur et le peuple le considéraient comme un martyr. La reine Mathilde, à laquelle le primat eut recours, se contenta de se plaindre qu'on eût voulu rédiger ces articles par écrit, au lieu de se borner à les mettre en pratique. Les jurisconsultes exposaient leurs opinions, diverses sans doute, mais ils discutaient les droits du sacerdoce et de l'empire avec une sagacité que l'on ne s'attendrait pas à rencontrer dansdessièclesde passion et d'imagination. Becket prononça l'excommunication, au son des cloches et en éteignant les cierges, contre quiconque soutenaitles articles de Clarendon, envahissait les biens ecclésiastiques, ou violait les privilèges des clercs dans leur personne. Henri blasphémait, déchirait ses vêtements; oubliant l'objet primitif de la querelle, c'est-à-dire l'extension de la prérogative royale, pour ne songer qu'à sa vengeance contre Thomas, il traitait ceux qui l'entouraient de traîtres, parce qu'ils ne le délivraient pas d'un tel ennemi. H enjoignit aux moines de Ctteaux , s'ils tenaient à conserver leurs biens, d'avoir à l'exclure de leurs couvents, et l'archevêque se vit réduit à chercher un asile ailleurs. Le roi de France le soutenait un moment, puis l'abandonnait, comme il arrive ordinairement aux exilés, selon que le lui suggérait la politique. Le pape lui-même, par amour de la paix, ou parce que, déjà persécuté par Frédéric Barberousse, il désirait ne pas s'attirer un nouvel ennemi, ne soutenait pas Thomas aussi résolùment que l'aurait fait Grégoire VII.
Le prélat sortit donc du couvent où il s'était retiré, en disant : Celui qui nourrit les oiseaux de Pair prendra soin de moi etde mes compagnons d^exil. Il se plaignait souvent de l'abandon où Rome le laissait, de ce que Barrabas était préféré au Christ, et il écrivait aux cardinaux: «Ne vous fiez pas aux faveurs des princes a et à de fragiles richesses; mais amassez-vous un trésor dans « le ciel en secourant les opprimés. Bon Dieu, quelle vigueur es- « pérer dans les membres quand il n'y en a pas dans la tête?
ONZliMS iPOQUS.
c On dit ouvertement qu'à Rome il n'y a pas de justice qui tienne a coûtée les puissants. Si vous dissimules^ tous les rois en reste- « ront infecté. Déjà le nôtre suit les traces des Siciliens, et même c il les devance; le clergé anglais se presse de toutes parts à sa « oour^ et les prêtres se font courtisans. C'est à vous donc d'y sonc ger; reprenez de la force» servez-vous de l'épée de saint c Pierre, veuffez les injures du Christ sans regarder qui vous avez c eu face. L'Église ne doit pas être gouvernée par des feintes et a des artifices^ mais avec justice et vérité ( I). »
Il répondait aux évéques suffragants qui le blâmaient en lui adressant ces réflexions timides qu'on appelle prudence : a Vous c ditez que le roi m'a élevé d'une fortune médiocre, et vous dites € vrai. Je ne viens pas de race royale, mais j'aime à ne pas déa roger de ma noblesse. Le sort m'a fait naître dans une pauvre a cabane ; mais, avant d'entrer au service du roi, vous savez que c je vivais honorablement. D'ailleurs saint Pierre fut pris dans c sa barque, et nous sommes ses successeurs, non ceux d'Au- « guste. Vous me traitez d'ingrat; mais l'intention fait la faute. <K Or je crois rendre service au roi, môme dans son haut rang, en <K le détournant du péché parla sévérité des censures , s'il ne prête a pas l'oreille à nos avertissements paternels. Il m'est ensuite a plus pénible de paraître ingrat envers Jésus-Christ, mon Sei- < gneur et maître, qui me menace de son indignation si je n'emc ploie pas le pouvoir qui m'est confié à la correction des pé- « eheurs ; l'Église ne fait que s'affermir par les persécutions. >
Son courage devait pourtant se trouver ébranlé de ne pas avoir Tapprobation du chef de ce clergé pour lequel il combattait; ainsi, outre des luttes extérieures, il avait à soutenir celle de ses propres scrupules. Sur ces entrefaites, les deux rois de France et d'Angleterre eurent une conférence à Montmirail, où Henri fit hommage à Louis VII en lui disant : En ce jour, Sire, où trois rois offrirent des dons au Seigneur des seigneurs, je mets sous votre protectionmoif mes fils et mes États. Comme Henri montrait un grand désir de se réconcilier avec l'Église, faisantcourir le bruit qu'il se croiserait sll obtenait son pardon, Thomas se résigna à se jeter à ses pieds^ en présence du roi de France et d'autres seigneurs, en disant : Je remets tous st^ets de discorde à votre discrétion, s^jJVh'nomEVK DE Dieu. ^
A cette dernière réserve, Henri entra en fureur, et vomit un torrentd'mjures; tousalorsabandonnentle prélat^ qui est contraint
(I) ll,Ép. 4S.
ANGLETEREE* — LB6 PLi^TAGENETS.
de s'éléigner en mendiant son pain. Le monarcpie anglais mit tout ea oeuvre pour amener Alexandre à déposer l'archevêque de Cantorbéry, offrant de Targent aux villes de Lombardie, afin qu'elles lui fissent obtenir l'objet de ses désirs* Il défendit aux Gallois, qui restaient fidèles à Becket, de mettre le pied en Angleterre, tant préIres que laïques , à moins d'y être autorisés par lettres royales, et il les exclut des écoles. Les excommunications ii*ea produi- Mîefl^ pas moins leur effets à tel point que personne dans la chapeHe royale n'eM osé donner le baiser de paix au monarque. La cour romaine, désirant assoupir cette querelle , expédia des légats pour rapprocher les esprits ; enfin un arrangement fut conclu à Freteval entre le roi d'Angleterre et Thomas Becket, auquel i^^. il fut permis de rentrer à Canlorbéry avec ses pauvres parents.
Henri avait donné sa parole royale de venir au-devant de lui jusqu'à Rouen^ et de payer toutes ses dettes; mais des discours sioistres étaient rapportés à l'illustre exilé, discours que rendaient trop vraisemblables le naturel impétueux du roi et son mépris pour l'autorité ecclésiastique. Il avait dit aux prélats qu'il envoya au concile de Reims : Salues en mon nom le seigneur pape^ ieoutez'le avec humilité ; mais ne vous avises pas de me rapporter ses décrets. Une fois il avait noordu, dans un accès décolère^ un de ses pages à l'épaule. Une autre fois, Humet^ son favori^ l'ayant contredit, il l'avait poursuivi jusqu'à l'escalier pour le frapper ; puis, furieux de n'avoir pu l'atteindre^ il s'était mis à mâcher entre sesdents la paille dont il étaitalorsd'usage de couvrir le pavé.
Tous ces rapports n'effrayaient pas Thomas Becket^ qui répondait : Je serais assuré d'être mis en morceaux sur l'autre rivage , ftie je ne prolongerais pas pour cela mon absence loin d'un troupeau qui en a gémi depuis sept ans. L'accueil qu'il reçut du peuple fut celui que la multitude reconnaissante a coutume de faire à la vertu opprimée. Les armes, depuis longtemps cachées ,,7,^ et couvertes de rouille, furent tirées, pour le défendre au besoin contre la violence des seigneurs normands. Leurs mauvaises dispositions se manifestaient si ouvertement en menaces furieuses que Thomas écrivit au pontife : Ordonnez que l'on récite pour ^oi les prières des agonisants.
Le roiy en effet, s'exaspérait de plus en- plus en voyant que la persécution n'avait pas brisé son ennemi. Quoi! s'écriait-il, un misérable qui a mangé mon pain, un homme qui est venu à ma cour m* un cheval boiteux , portant toute sâ fortune en croupe, ose insulter son roi et tout le royaume, et pas un de ces lâches chevaUefTs qui s'engraissent à ma table nHra me délivrer d'un prêtre
ONZIÈME ÉPOQUE
9itt me brave! Quatre de ces lâches songèrent à gagner les bonnes grâces du roi, et, s*étant jetés sur Becket, ils Tégorgèrent sur les
M déecniire marches de l'autel en s'écriant : Ainsi périsse le traître gui a troublé le royaume et fait insurger les Anglais t
Les prélats dévoués à la couf annoncèrent au peuple cet assas^ sinat comme une vengeance du ciel. Le roi défendit de décerner au prélat le titre de martyr, et voulut empêcher qu'on lui donnAt la sépulture. Les richesse tinrent tous chez eux par crainte; mais le peuple, qui comprenait que la liberté de l'Église était la liberté du monde^ honora comme un saint son malheureux défenseur, et lui attribua un grand nombre de miracles. Cent mille pèlerins visitaient chaque année son tombeau, et leurs offrandes s'élevaient jusqu'à neuf cent cinquante livres sterling; cette vénération don jusqu'à des siècles plus dociles^ où d'autres décrets royaux obligèrent ce peuple libre à changer de religion.
Henri prévit les conséquences de son ^crime , et il essaya de les détourner en se soumettantau jugement de TÉg^se^ d'autant plus que le pape, toujours plein de ménagements, se contenta de lancer une excommunicationgénérale contre les assassins de Thomas Becket et contre ceux quiles avaient conseillés ou assistés. Comme
^êmwdm, protesta qu'il était innocent du meurtre de l'archevêque, un arrangement fut conclu à Avranches avec les légats pontificaux, pour régler les différends entre le pouvoir séculier et l'autorité ecclésiastique. En conséquence, le roi jura qu'il n'avait pas désiré ni ordonné la mort de Thomas Becket, et qu'il en avait même éprouvé du chagrin : il s'engageait à ne pas s'éloigner des pontifes, jusqu'à ce qu'ils l'eussent reconnu pour roi catholique ; à ne pas empêcher les appels à Rome en matière ecclésiastique; à prendre la croix dès qu'il le pourriût, pour se rendre en terre sainte oa en Espagne, et, en attendant, à compter aux templiers une somme suffisante pour la solde de deux cents honunes par an. Henri promit encore de rendre à leur patrie les amis exilés du primat; de réintégrer dans ses possessions l'église de Cantorbéry; d'abolir tout ce qui avait été introduit, durant son règne, de préjudiciable aux ^lises. Aucun ecclésiastique ne dut plus être traduit personnellement devant le juge séculier, aucun évêché ni abbaye rester plus d'une année sous l'administration du roi. Enfin, 3 fut convenu que les ecclésiastiques ne seraient plus obligés à donner
des gages de bataille, et que ceux qui tueraient un clerc encourraient, outre la peine de mort, la confiscation de leurs biens. La convention la plus importante fut un traité secret par lequel Henri, tant en son propre nom qu'au nom de son fils et de ses