‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 56 sur 86 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

LEd ufWVSRsrris.

des étadianta, s'œcupaieiH àfl softtenir ces établisseinents; puis «Mes offrirent à Venn de (ffOfif traHetnente aùx professeurs.

Les raatires et les tfofversHés ne ressembhnenf àotHi point à ce qoe nous royons aujourd'hui. Les urilversHés modernes sont une etase de corruption pour la jeunessêi qui, éntratnée à la débstfche par le maufais exemple^ flétrit la fleur de son Age, la fraîcheur des sentimettts^ oublie les préceptes moraux puisés au foyer ma^ terael, et ftài son apprentissage du vice ; parfois eHe est placée sous des professeurs dont elle n'a ni la confiance nî restlme^ soÎTaDt des cours commandés et officiels, tandis qu'elle poutVait trouver partout de ^instruction , de» livres et Aèé maîtres. Ators^ aacontraire^ Quiconque ne fréquentait pas lea universités, ne pouvait se procurer ni livres, ni professeurs; il ne faut donc pas s'étoimet si elles voyaient accourir autant d'individus qu'autrefois les jeux Olympiques, si les bistoii^ en ont parlé fréquemment, et si, malgré la critique, elles eurenrlla vanité ie rattacher leur originer à des siècles éloignés et à des noms fameux.

GoDst«itin FAfrieahi, étant venu au mont Gassin pour recouvrer tm. la santé sous ce ciel si pm*, donna naissance^ par la réputation dont il jouissait, à cette école de daieme qui dicta les i^les de la oiédecine au moyen ftge, mais dont on ignore l'organisation. CeHes de Bologne et de Paris se formèrent de la même manière. La première, gfèoe au mérite dlmérins , devint la métropole du droit; l'autre fut le centre de la philosophie et de la théologien soolastique lorsque Abeiilard y eut fait entendre ses doctes leçons. D'autres professeurs, dans cKfiérentes branches d'enseignement, Tinrent se joindre à eux } puis, selon la mode du temps, ils se réu- DirsQt en corps et réclamèrent l'aotorisaftion du pape ou d'un souverain pour sé constituer en université.

Ces institutions différèrent dès le commencement. L'université de Bologne se composant des étudiants, qui élisaient des chefs auxquels les professeurs même étaient soumis; cette de Paris^ an ceotraire , ne se formait que des professeurs, et les étudiants restaient subordonnés. Ces deux systèmes dérivaient de la forme du {[ouvernement des deux villes et de la nature de l'enseignement : Bologne, république, se plaisait à cultiver l'étude des lois; Paris, ville monarefaique, préférait l'élude de la théologie. Le système bolonais se propagea en Italie, dans le midi de la France et au delà des Pyrénées; le système de l'université de Paris fut imité en Anl^rre et en Allemagne.

Bologne voudrait, en s'appuyant sur des documents sans valeur.

ONZIÈME ÉPOOl^E.

faire remonter à Théodose n, en 443, la fondation de son univ^ sité; mais il ne s'en trouve aucun digne de foi avant le privilège de Roncaglia^ copié sur celui qui fut concédé par Jnstinien à Béryte. Frédéric Barberousse donna ce privilège à Bologne, à Teffet de protéger contre toute vexation ceux qui viendraient du dehors étudier dans ses murs ; de les mettre à l'abri de toutes poursuites pour délitis ou pour dettes^ en leur accordant la faculté de choisir la juridiction particulière des professeurs^ ou celle du recteur élu par Tuniversité.

On n'étudia d'abord dans cette ville que la science du drott, puis on y ajoutâmes arts libéraux et la médecine; ^n Innocent rv fonda une école de théologie^ sur le modèle de cdie de Paris, ce qui forma plusieurs universités distinctes. Celle où Too enseignait le droit était divisée en deux : Tune des ultramontaii»^ qui comprenait dix*huit nations; Vautre des citramontains^ qui eà comptait dix-sept (1).

Les étudiants en droit étrangers {advensB/arenses ) jouissaient des prérogatives civiles dans toute leur plénitude; ils étaient convoqués par le recteur, auquel ils juraient, chaque année, obéissance^ et constituaient Tuniversité proprement dite^ avec voix délibé«;ative dans les assemblées.

Les professeurs, au moment de leur promotion, puis une fois chaque année, devaient jurer obéissance au recteur et aux statuts ; ils pouvaient être suspendus et frappés d'une amende^ sans avoir le droit ni de voter dans les assemblées, ni de gérer les charges publiques^ comme les écoliers natifs de Bologne, qui restaient sous la dépendance de l'autorité municipale.

Il existait donc à Bologne les quatre juridictions des magistrats ordinaires, de la cour épiscopale, des professeurs et du recteur. Des collisions fréquentes, la turbulence des étudiants, leurs rixes et leurs émeutes agitèrent souvent l'université. Quelquefois il arrivait que tous les étudiants se retiraient dans une autre ville, jusqu'à ce qu'on eût consenti à leurs demandes exorbitantes ; d'autres fois l'université était excommuniée par les papes , ou mise au ban

(1) Les oitraroontains étalent fournis par la Gaule, te Portugal, la ProTeace, rAngteterre^ la Bourgogne, la Safoie, la Gascogne, rAnvergne, le Berry, h Touraine, la Castille, TAragon, la Catalogne, la Nafarre» TAUenoagiie» ta Hotgrie, la Pologne , la Bohème, la Flandre ; les citramontains, par la Roma^» TAbruzze et Terre de Labour, la PouUle et la Calabre, la Marche d'Andkie sapérieure, l'inférieure, la Sicile, Florence, Pise et Lucques, Sienne, SpoIèle,IUvenue, Venise, Gènes, Milan, les Lombards, les Thessalonki et les Celntini. (SAVu;riT, mu. du droit romain, etc.^ cli* xxi.)

LES UNIYBltSrrÉS.

par rempereor, et Bologne se voyait désertée par la multitude • des élèves à qui elle devait sa vie et ses richesses.

L'université prenait sous sa protection ceux qui travaillaient habituellement pour elle, comme les copistes^ les enlumineurs ^ les relieurs, les valets des étudiants et quelques banquiers qui avaient le privilège de leur prêter de Targent. Le recteur devait être lettré, célibataire. Agé de vingt*cinq ans au moins, jouir d*une honnête aisance , avoir étudié le droit à ses frais pendant cinq ans au moins, et n'appartenir à aucun ordre religieux; chaque année il était renouvelé daps une assemblée où donnaient leur suffrage le recteur précédent, les conseillers de l'université et un certain nombre d'électeurs choisis exprès par elle. Dans les cérémonies il avait le pas sur les évéques et archevêques, à l'exception de celui de Bologne, et même sur les cardinaux séculiers. Le titre de magnifique lui fut attribué au quinzième siècle.

Chaque nation se faisait représenter par un ou deux conseillers, qui, réunis au recteur, constituaient le sénat pour la discussion des affaires. Un syndic annuel représentait en justice les deux universités, dont les actes étaient rédigés par un notaire désigné annuellement, de même que le massier et les deux bedeaux. On élisait aussi chaque année deux taxateurs chargés de fixer le prix des logements, un pour la ville , l'autre pour les étudiants. L'écolier avait droit de rester trois ans dans la maison qu'il avait choisie, et le propriétaire qui exigeait au delà du prix convenu , ou se plaignait à tort de son locataire, ou le* maltraitait, ne pouvait plus donner le gtte à d'autres.

C'était par ce privilège et d'autres semblables que la ville attirait la jeunesse studieuse. Les professeurs étaient exemptés du service militaire et de toute espèce de taxes. Elle attribuait aux étrangers , maîtres ou disciples, les mêmes droits qu'à ses citoyens, et les indenmisait des vols commis envers eux si le coupable était hors d'état de le faire. Une loi bizarre imposait aux juifs la chaîne de payer cent quatre livres et demie aux étudiants en droit, et soixante-dix aux élèves qui suivaient les autres cours, pour faire un festin à l'époque du carnaval. A la première neige qui tombait, les étudiants s'empressaient d'en recueillir pour en faire les statues et les portraits des professeurs les plus célèbres. Ceux qui obtenaient le grade de docteur devaient jurer de ne point enseigner ailleurs qu'à Bologne; il y avait peine de mort et confiscation pour tout citoyen convaincu d'avoir détourné un écolier de cette université ; il en était de môme pour les professeurs bolonais âgés de plus de cinquante ans, ou pour les étrangers salariés qui pas-

s^i^Dt 4i9^ une aiM^ iéciple gvaat le jl6i»pg &é par leurs eog«gements.

le Kloctorat était conféré comme grade par le coUége des légistes ; il dooaait droit à professer et à être proipa aux chaig», bien qu'il fût d'usage établi de n'appeler aux premierg postes qus des Bolonais. Il fallait six a^ d'étude pour passer docteur sa droit canon^ huit pour le droit fiivih avoir juré qu'il aviit consacré k ces études le temps déterminé, Taspirant soulanait l'eiLamen public et privé; pour ce dernier^ on lui assigaait deu textes, sur Ij^uejs U ^V9it à discu^r devant Tarchidiacre et le docteur qui le présentait^ av/ec liberU aux autres docteurs d'ar^ gumenter conti^ictoirement. Lorsqu'il avait subi cette épreuve i son honneur, il était reçu parmi les licenciés. L'examea public se faisait dans la cathédrale avec grande solennité; le licencié récitait le discours qu'il avait préparé » et exposait une thèse dedroiti contre laquelle les étudiants pouv^ent soulever des objections; ensuite Tarchidiacre ou un docteur pronon^^t son éloge, et le proclamait docteur en lui donnant le livre , l'i^eau ét le bonnet, il n'avait point à prêter le serment de remplir dignement les obligations du doctorat, mais quelques autres serments particttliers.

Tout individu, une fois reçu docteur, avait drnit de profiasser non-seulement à Bologne , mais dans tonte université coostitoée par ordonnance papale. Après cinq années d'étude, tout écolier avait la faculté d'expliquer un titre seulement ; après six, un traité entier, pourvu cependant qu'il eût obtenu le consentement duréeteur : ces étudiants étaient appelésbachelier»; Le cours durait uae année, du 19 on du 28 oictobre au 7 septembre ; il y avait quatrevingt-dix jours de vacance, outre les jeudis, 6*il ne se reneoolnit pas quelque fête dans la semaine. Les leçons se feiaaient en partie le matin, commençant au point du jour ( à VÀvê Jfem ), eo partie à upe heure après midi. Tout le temps devait être consacré à l'enseignement oral .

Les cours se distinguaient en ordinaires et extraordinaires, selon les livres. Les textes ord'maîres étaient, pour le droit iomaio, le Digeste vieux et le Code ; pour le droit canonique, le Décret et

(I) L'examen privé coûtait soixaate lifree, et l'examen pobKe qoatre-viiigls> U en reyepait vingt-quatre an docteur qnf piéseolait, «t deux ou makmmt h chaque docteur assistant, selon que i'euinen était public ou j^rivé; éoiptt <t demie à l*archidiacre pour chaque examen» et trois pour chaque discoots* dé|)enâe la plus considérable était pour les disposiUons d'apparat ; elle derist telle qu'en 1311 le pape ordonna que nul ne dépassftt pour ce genre de 1bx«>* semipe d0 oniq oaots Myrof .

LES jmiymmts.

les Décrétâtes. Tout autre Uyre était exiraordiuaire, et les professeurs autorisés à les expliquer ne pouvai^nt enseigoer sur les textes ordinaires.

Nous oe saurions déterminer la rétribution payée par les étu<diants; elle variait probablement , mais leur nombre la rendait /ructueuse pour les maîtres. Plus tard il fut Assigné des traitements publics aux professeurs ; nous en trouvons, en 1384, dixneuf à Bologne pour le droit, et vingt-trois pour les sciences. Ceux qui epseignaientle droit civil recevaient de cinquante^ trois cents florins de trente-trois sous. A la fin tous furent salariés parTÉtat, et dès lors le professorat fut considéré comme une fonction publique (i).

L'université de Bologne fut la preipière où Ton ajouta Pétude de la grammaire à celle des autres sciences ; le Fi(H*entîn Buoncompaguo, qui fut couronné die lauriers, y lut s^ Fçrma lUterarum icholasticarun^, méthode pour écrire des lettres aux princes et AUX magistrats. Il était d'usage que celui qui désirait professer la

(i) Noos avons foit le relevé du traitement de quelques professeurs. Guy de Sozarra s*engagea à interpréter le Digeste, à Bologne, moyennant 300 livres bolonaises que lui promirent les étudiants. Dino de Mugello enseigna à Pistoie pour 200 livres pisanes par an ; pi^s à Bologne pour 10 livres bolonaises , ajoutées probablement à la rétribution des élèves. Naples lui offrj^ loo onces d'or, tes religieux, dits Frères du sac, appelèrent en 1270 Lapo de Florence dans leur eoavent , afin d'y professer la physique et la logique pour 10 livres bolonaises en SOS de la nourriture. Arnold alla professer le droit canon à Vienne, avec un Irailement de 5<M) livres, à la eopdition qu'il y aurait au moins vingt écoliers. Aklovraod^ des Ulcjporzi de Bergame et Baulo recevaient dans la même ville , le premier 120 livres pour interpréter Vfi\fortiat^ Tautre 150 livres pour un cours de médecine. Pillio alla enseigner le droit civil à Modène pour 100 marcs d'argent. Saint Tbomas d'Aquin recevait de Cbarles V^, roi de Naples, une once d'or par mois. £n 1390» Baido ^>ucbait k Plaisance 104 livrps par mois poor commenter le Code, et, ep 1307, 1,200 livres par an; Itf^glio de Saint»rSopbie , 170 livres par mois , y compris le loyer de sa maison ; les atitres, d^ 4 jusqu'à 66 livres. Quelquefois les étudiants servaient presque de pages aux maîtres, découpant à table devant eux et leur versant à boire, etc. Odefroy, outre ses leçons à l'université, ^n donnait d'extraordinaires à oeux qui voulaient les payer; mai^ comme U ea tirait peu de profit^ il finit un jo^r Texplication du Digeste par cette allocution : « Or je vous dis que, l'an qui vient, j'ei^ends enseigner ordinairement, bien et légalement, comme je n'ai jamais fait ; mais je ne pense pas lire ( professer) extraordinairement , parce que les écoliers ne sont pas bons payeurs; ii^ ireolent eptefidre sans bourse déUer, oonfoco^ément à ce dicton : Chacun veui apprendre^ personne ne se soucie de payer. Je n'ai rien autre chose à vous dire. Allez avec la bénédiction du Seigneur. » ( A la fin du Comm. in Dig, Vet.) L'Espagnol Garcias fut le premier auquel fut assigné, en 1280, non un traitement annuel, mais le capital de lâp liyres ; puis, en 1289, le pro- Tesseur do droit civil reçut annuellement lOQ lj?res , et celui du droit canon ,

ONZIÈME ÉPOQUE

grammaire s'annonçât par une épître écrite avec une élégance recherchée et un grand étalage d'érudition, pîcturaioverbomm fasH et auctoritate philosophorum. Or Buoncompagno» orgueilleux et railleur, expédia une lettre de ce genre comme venant d'un nouveau professeur qui se présentait pour le défier lui-même. Ses rivaux, dans la joie , ne manquèrent pas de porter aux nues te mérite transcendant de la lettre supposée ; puis^ au jour fixé, ils se réunirent en foule dans la cathédrale. Mais il eut bientôt révélé l'artifice, et ses rivaux se retirèrent bafoués, tandis que ses amis le ramenaient en triomphe à sa niiaison.

Un certain nombre d'écoliers, dérangés dans leurs études par les troubles civils de Bologne^ formèrent à Padoue une école de droit qui devint le noyau de l'université de cette ville. Les statuts en furent rédigés sur le modèle de ceux de Bologne, sauf que les étudiants , les professeurs et les employés entraient dans la communauté. Les maîtres étaient élus par Jes écoliers. Aucun sujet vénitien n'obtenait de magistrature sans avoir étudié dans cette université^ qui était placée sous la surveillance de trois sénateurs délégués.

Une autre fois ces étudiants transférèrent l'université à Florence, où elle dura sept années; une autrefois les écoliers, abandonnant Bologne, allèrent à Sienne^ qui leur offrit six mille florins pour le rachat de leurs livres laissés en gage. Cette université, qui existait dès le treizième siècle^ fut reconstituée en 1356 par Charles lY ; celle de Pérouse naquit en 1276. Il est fait mention de l'université de Parme dans Donizone (1). La commune de Verceil ouvrit en 1220 une école pour la théologie , le droit civil et canonique, les sciences médicales, la dialectique et la grammaire ; elfe fut divisée en quatre nations, une de France, Normandie et Angleterre, une italienne, une troisième teutonique , la dernière pour les Provençaux , les Espagnols et les Catalans. Les recteurs contractaient l'obligaUon d'amener beaucoup d'écoliers^ et notamment d'en faire venir de Padoue ; ils s'engageaient en outre à ne point adhérer aux factions du pays. La commune, de son côté, promettait de fournir cinq cents chambres aux étudiants , des vivres à bon marché^ de maintenir la tranquillité publique^ de De les laisser ni appréhender ni inquiéter pour dettes ou représii*

(1) Il rappelle Ct isopoli :

..... quia gramntatka manet ûUa, Arles et septem studiose sunt ibi lecta.

( Rer. liai. Script., Y, p. 454.)

LES UNiyi&SITÉS.

les. Lesreeteurs devaient élire les maîtres, et la commune payer leur traitement d'après la décision de deux écoliers et de deux citoyens.

Dès le douzième siècle , Pise avait des professeurs de droit; mais elle n'eut l'enseignement général qu'en 1444^ époque à laquelle il y fut transféré de Florence. L'école de Ferrare est antérieure à Frédéric II, et Boniface IX lui conféra, en 1391^ le privilège de renseignement général; celle de Rome^ établie par Innocent IV en 1245^ fut transférée avec le saint-siége dans la ville d'Avignon, et Jean XXTI l'autorisa à conférer les grades.

Frédéric II institua les écoles de Naples, afin que ses sujets ne fussent pas obligés de sortir du royaume. Sans permettre que l'université fût formée des écoliers et des professeurs^ il accorda de grands privilèges aux étudiants; mais il ne put jamais l'élever à cette prospérité où parvenaient les écoles fondées par le libre concours et la confiance des élèves.

L*Italieen eut un grand nombre dans le cours des trois siècles suivants, surtout pour le droit, comme à Plaisance, à Modène, à Reggio. Charles lY accorda, en 1361, un privilège à celle de Pavie; Galéas Yisconti défendit à ses sujets d'étudier ailleurs, et rétribua largement les professeurs (1). Celle de Turin n'obtint qu'en 1405 le privilège du pape, etsept ans après celui de l'empereur; l'èvéque en était le chancelier.

Il n'est pas prouvé que Paris eût une école sous les Carlovingiens, mais il parait qu'on y venait étudier dans les deux siècles qui suivirent leur chute; puis, au douzième siècle, les écoles florissantes de la rue du Fouare, près de Saint-Julien le Pauvre, au Petit-Pont, et celles de la Montagne Sainte-Geneviève furent illustrées par des scolastiques célèbres. Peu à peu elles se réunirent en un seul corps, auquel Philippe-Auguste accorda les privilèges d'université, avec l'exemption pour son chef delà juridiction royale. Des différends s'étant élevés entre cette corporation et le chancelier de l'Église de Paris, le légat pontifical Robert de Ciourçon chercha à prévenir de nouveaux scandales en lui don- »is nant ses premiers règlements.

L'université de Paris ne comprenait que les professeurs ; elle était divisée en sept corps, savoir : trois facultés , de théologie, de droit et de médecine, et quatre nations, française, picarde,

(1) 1,200 florins à B*ldo en 1397 ; 2,250 en 1492 à Jason de Maîno ; 1,000 éciis milanais à Alciat, de 1536 à 1540, puis 7,500 lima de 1544 à 1550 ; 6,000 livres à Menochb en 15S9, etc.

IIIST. miY. — T. X.

normandéf ét anglaise^ celleHsi remplCK^ée plus tard prfr la nitieii alleteatlde ; éfieé eonslituaient la facuHé philoëopliiqué otl des arts, comme on disait alors. A latin du douzième siècle , elle poataît se glorifier d'eitibrasie^ rensettlbte de toutes les connaissaneed. La tnédecine dtatt AV&e Ofgueil ÉgMIlu» de Goi4>ëi) dont les travaux n'ont pas rrtême perdu aujourd'hui leur râleur (1). Afin de rivaliser aveô Bologne, des ehaireft de droH canonkfuè furent fondées dans Técole de Paris j mais elle était surtout fépmée pou^ la théologie. Ses décisions étaient recherchées pour les en de conscience les plus graves ; on Itti soumettait les différeods ecclésiastiques, et quand où voulait faire l'éloge d'un théologien on disait : « Il detnbte qu'il ait pas»é sa vte à l'université de Paris, jo

Parfois le nombre des éttidiants qui accouraient à cette fonkàm du savoir, à ceiarbre de vie^ à ce eandéiùbre de la mms^du Sei* gneur, était égal à celui des citoyens. «Tout ce qui fntprodort de ff bien par aucun pays, disent les contemporains ^ les trésors des Cl sciences^ les richesses de la terre, tout eeqtii procure des joui»- « sances à Fesprit et an corps, doctrines de sagesse, omemeot (t d'arts libérafux, élévation de sentiments, douceur de masoH, is tout se retrouve à Paris. L'Ëgypte> Athènes et quelque cité (c que ce soit qui jamais ait fleuri par les sciences t cèd^ la sua prématie à celle-ci, en comparant les individus qui afiaient I (t chercher dans leur sein la science terrestre avec ceux qui deor mandent à Paris la science céleste. Athènes ne put lut être com- <r parée, sinon sous ce rapport que les doctea y occupent aussi « le premier rang (2).

Paris offrait en effet le séjour le plus agréable, mi naffien de l'abondance de toutes dhoses. clergé y était honoré, ks habitants avaient des moeurs agréables, et Von jotfisaaii de la sécurité la plus complète^ des privilèges royaux assuraesl aux étrangers une protection bienveillante : c'était le raide^ vous général de l'élite de la chrétienté, et tes dignitavei même de FÉglise tenaient à honneur d'y professer. Des prteoes destinés au trône venaient à Paris pour acquérir des ûoH' naissaneea qu'ils ne pouvatoflt se procurer ailleurs ; S en élut de

(t) oa a réimp^é (fendèrenreatftofi traité de Cmpoiétàrum medicamiMm

virtute.

(2) Voy. GuiL. BriT., Philipp.fî, BuLAtB, II, 484« Rtcvtjs , c. 50.

ALB£aicvs, p. 451.

UNI fUltlMflS.

mémo dei gftttMbMlgfieaM de tous lës pays, àti «eoUMâstiques «fd'Altelldaiëbt le» ptu» hautes dignité» et jusqu'au rang suprême ; ee qai couiiibUaii à donneif au& mœurs cette poUtettte et cette éiégme fi^i Farid a cocteervé riiérltage.

Le pape Alexandre III entdya dans cette ville beau<)oup de jeunes eccléBiâstiquéB italiens» et Venise y faisidt instruire ceut qoi devaient occuper lespremièreè charges de la république* Les Anglais laissaient leur université d'Oxford déserte pour se rendre à eëlle de PariSi qui attirait des disciplea de FAliemagne et même ds la Norvège ) les Suédois et les Polonais n'étaient pas arrêtés p&r la longuetir du voyagé ; la Hongrie y eut plusieurs de ses princes et un fils du roi (l)i

Une rue entière» qui en garde enoore le nom, était habitée par les libraires. Les banquiers et les juifefbumissaientde l'argent atix étudiants qui avaient quelque fortune ; les rois ët les princes snb* venaient à TeAtretien de oeax qui étaient pauvres. Les élèves eontribuaient en commun à certaines fêtes et aux obsèques de leurs condisciples. Il leur était prescrit d'être vêtus décemment > et d'assister ma exercices aux heures déterminées* Le matin de bonne heure^ les écoles se remplissaient^ et la leçon était iUte par le maître; après midi^ venaient les disputes ou discussions, pdis d'autres leçons et des conférences ^ les répétitions tetminaient les cours.

Les privilèges de l'université étaient considérables (2). Lors^ <|a'il fltrivaii un étudiant^ il cherchait une chambre^ le plus sou- ^t dans lè ({Uàrtier latin ^ et pouvait même déU%er le locataire qui Toccupait. Le propriétaire doit lui prêter un cheval par hos- ^talitô; si le loyer est excessif, le recteur le rtdult. L'étiidiani ne pebt être délogé pour aucun motif ^ s'il est gêné par le voî^hage d'îin tourneur > d'un chaudronnier, d^un foison ou par des ))outiqdes exhalant des odeurs pénétrantes, il faut qu*on les éloigne, et celui que l'on rënvoie ne peut différer son départ en interjetâtit appel.

A la mort du père d'uii étudiant, les livres achetés pour ce dealer ne lui sont pas comptés à titre de légitime, bon plUs que le payetnent des dettes par lui contractées dans l'intérêt de la sdence. Il ne peut être distrait de ses études par aucun service en^

(1) Voy. pour les autorités» Hcrtsr, Véé innocent il h Uv< I.

(2) Us ont été décrits plus tard dans Pbtri Rebupfi mnspesêulani je. in privilégia et Hkmunitaies miversitatum, doctorum , tnagistrorum et sludiosorum commentotiontà enucUtissimis, (Anve^, 1585.)

ONZiiME iPOQUE.

vers l'État^ et il a le droit de refuser pour examinateur un docteur qui lui est suspect. Ses livres, comme les armes du soldat, ne peuvent être saisis , ni reçus en gage qu^autant qu'il a fini ses études, n jouit de tous les droits civils dans la commune y bienqoll n^y soit pas domicilié. Les maîtres ni les disciples ne peuvent être exconununiés. Il est permis d'étudier et de faire des leçons les jours de fêtes, cette occupation étant considérée comme une de celles sans lesquelles le monde ne pourrait subsister.

Philippe- Auguste enleva les étudiants ou écoliers à la juridiction ordinaire; en conséquence ils étaient^ en cas de délit , arrêtés par le prévôt, mais consignés immédiatement au for ecclésiastique. La juridiction de l'université ne s'étendait que sur les affaires en rapport direct avec Técole, et souvent on appliquait la fustigation aux étudiants en présence du recteur ou du procurateur, coutume qui était réprouvée en Italie.

Parmi les privilèges concédés par Philippe le Bel^ figure Texemption de tous péages pour Tuniversité et ses messagers j qm sont mentionnés ici pour la première fois. Défense aux bourgeois d'exiger aucun gage des écoliers pour le payement de leur loyer. Le prévôt de Paris et le capitaine des gardes devaient , à leur entrée en charge, prêter serment entre les mains des professeurs. C'est de cette époque que date la thèse dite de Sorbonne , dont i'usage n'a cessé que peu avant la révolution. Le candidat qui avait à la soutenir devait argumenter seul contre tous ceux qui se présentaient, depuis six heures du matin jusqu'à six heures du soir, sans prendre d'autre repos que le temps d'un léger repas à midi.

Cette nombreuse réunion de jeunes gens entraînait les inconvénients habituels. Des femmes de mauvaise vie faisai^t tomber les novices dans leurs filets, et telle était l'importunité de leurs instances que les écoliers devaient parfois se liguer pour les chasser de leur quartier. Le luxe excitait aux déportements ^ les banquets dégénéraient en orgies; puis^ comme l'étudiant , dans son orgueil, méprisait l'humble bourgeois, il en résultait des rixes continuelles, qui ne se passaient pas toujours sans effosion de sang. Tout nouvel arrivant devait débourser, pour k droit de béjaune, une somme quelquefois assez forte ^ que I» anciens employaient à célébrer sa bienvenue; tandis quUs buvaient à la santé du novice, le pauvre diable restait exposé aux quolibets et aux plaisanteries de tout genre. Un décret de rum* versité abolit ce droit en 1342, à moins que les écoliers ne consentissent eux-mêmes à le payer de bonne volonté.

LES TTNIYEBSITÉS.

Le pape Urbain V envoya réformer cette université , sàns rien iûDOver quant au droit canon et à la médecine^ il fut établi^ à l'égard de la théologie, que les bacheliers, dès qu'ils auraient commencé à expUquer le Maître des Sentences, seraient tenus de ne sortir que vêtus décemment, avec une cape ou un manteau sur le justaucorps ; que nul ne pourrait enseigner avant vingt-cinq ans révolus; que les écoliers porteraient aux cours , dans les quatre premières années, la Bible ou le livre des Sentences, selon robjet de la leçon; qu'en expliquant ce dernier le texte serait lu de suite, sans que le professeur Tinterrompît pour se livrer à l'explication des cahiers, lesquels ne pourraient être donnés aux libraires avant d'avoir été examinés par le chancelier et les docteurs de la faculté.

En ce qui concerne les arts, les écoliers doivent, durant le temps de la leçon, être assis par terre, et non sur des bancs. Pour être admis aux cours, ils sont tenus de savoir la grammaire, la logique et une partie au moins du livre de Tannée. Pour être licencié, il faut avoir étudié toute la physique et un peu de mathématiques; pour passer maître , la Morale d'Aristote , et au moins les trois premiers livres des Météores.

Les professeurs étant considérés comme ecclésiastiques, ils devaient être célibataires. Les médecins furent exceptés de cette règle en 1452 seulement, puis, en 1600, les professeurs en droit, canon. Dès lors, le droit canon fut l'étude la plus favorisée; Honorius m défendit même d'enseigner le droit romain , et cette prohibition dura jusqu'en 1568.

L'université acquit une grande influence sur l'État et l'Église; elle montra toujours une certaine aversion contre les prétentions de la cour de-Rome , et se fit l'auxiliaire puissante, parfois même la protectrice des rois. Très-jalouse de ses droits, elle les défendait avecénergie, tant contre les magistrats que contrôles particuliers. Un bourgeois du faubourg Saint-Germain s'étant avisé d'ensemencer une partie du Pré-aux-Glercs, où les écoliers étaient dans l'habitude de prendre leurs récréations , le recteur, après avoir ccmvoqué une assemblée, se rendit sur le champ, suivi d'une foule de maîtres et d'écoliers , et aussitôt tout fut arraché. Si , dans ses fréquentes querelles avec le roi , l'université croyait sa dignité violée , elle suspendait ses leçons et les prédications de ses membres; alors le peuple se soulevait, et la puissance devait céder à l'opinion. C!e corps si puissant était redevable de son indépendance à sa pauvreté ; car il ne possédait pas même une maison , et se réunissait le plus souvent dans quelque cloître.

Lorsque^ après Louis XI, les inms furent devenus abaoliiSi ils s'attachèrent à diminuer peu à peu la pouvoir temporel que Funi^ versité avait acquis par l'autorité de la ftcience. Elle-même eessa de marcher h la téte du progrès intalleotuel { les connaissances se développèrent hors des écoles; l'imprimeria les prppagaa, et oe corps illustre flnit par devenir impopulaire.

]\ est fait mention, dès il 80, de l'université Montpalljep, qui embrassa ensuite toutes les facultés, et fut organisée surk isos. modèle de celle de Bologne. Celle d'Orléans aoquit aussi de II itto. réputation, surtout pour le droit romain et le droit oaqon. A to fut établi une h Toulouse, dans l'intention de ramc^QP ks kérir tiques, qui étaient en grand nombre dans ces oontréas. H y es eut d'autres à Valence , à Bourges et peut-être [aussi à I^yoa ai à Vienne,

its9. Daqs la péninsule ibérique , celles de SalamfMKme fcdstait àk le treiziènie sj^îcle; plus tard , on m fonda d'ftutres h Qftnbra el à Alcala. Eu Angleterre, la plus célèbre fut cjelte d'Oxfmnd , dopt l'origine est incertaine ; toutes furent modelées sur eeUe de Par», mais avec mqins d'indépendance de Tautorité royale.

Cette énumération nous a donné à connattre combien l'ensei* gnement des lois avait alors d'importance. Le droit romain, qui n'avait jamais péri entièrement, et se conservait dans quelques pays, soit cpmme loi positive des vaincus, soit comme applies^ tion pratique dans les affaires et dans la vie pivik , envahit les écoles au treizième siècle, devient théorie, et se place au même Bsng que la théologie et la scolastique. Fait nierveiUeux et uniquei la législation mortp d'un peuple* détruit devient une saience politique et sociale pour toute l'Europe; aujourd'hui même, ntf cod^ ont pour appui , ou pour commentaires lea dé^siom de Papinien ou des glossateurs.

Quoique les sources du droit romain fussent d^à copnae», cettp législation était trop savante pour des peuples grossiers i trop difficile à mettre en rapport avec le système féodal. QiMi les richesses, le commerce, la puissance des cités italieiines se

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