‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 59 sur 86 · SOI · texte numérisé non relu

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soutenaient Téternité de la matière^ la cause devant être inséparable de Teffet ; Dieu^ selon eux, n'aurait pas été parfait s'il n'avait point accompli sa volonté. La connaissance de Dieu, ou pour mieux dire sa providence, s'étend aux généralités, mais non aux particularités; car autrement cette connaissance changerait dans le temps. L'âme humaine n'est que la faculté de recevoir toute espèce de perfection. Aussi cette intelligence passive, par l'étude et les bonnes mœurs, se rend propre à recevoir l'action de l'intelligence active, qui émane de Dieu. Quand cette identification a eu lieu, l'âme atteint à la béatitude, quelle que soit sa religion ou son mode d'adorer la Divinité; le paradis et l'enfer ne sont que des symboles des récompenses et des peines spirituelles.

Il n'est pas étonnant que ces philosophes fussent suspects aux personnes pieuses. Comme leurs doctrines pénétraient jusque dans les écoles théologiques , on leur opposa une théologie rationnelle ou kalatn , d'où le nom de Montakalim que portèrent ses adhérents.

Avicemie (Ibn-Sina), né à Chiraz en Perse , et dit le prince de la médecine , commenta d'une manière originale la métaphysique, ^^iS?." science première, parce qu'elle prend pour objet l'être, dont il nie pourtant qu'on puisse donner la définition , non plus que celle du nécessaire , du possible, du réel. Il associe aux abstractions métaphysiques les phénomènes de la nature , ou moyen d'un ordre conforme aux catégories logiques; à cet effet , il supposa une corrélation intime entre les opérations de la nature de l'esprit humain , et qui touche au point où les réalités et les catégories diverses iraient se confondre dans une abstraction primitive, d'où sortaient les formules et les faits.

D'autres , parmi ces philosophes , s'en tinrent au doute scien- jm. Ufique absolu. Un des premiers fut Al-Gazel de Thous dans le Khoroisan^ qui récuse l'autorité comme moyen de certitude, n'acceptant comme solidement assises que les sciences dirigées vers les choses sensibles. Mais , comme il arrive souvent aux sens de nous tromper, il se trouve contraint de revenir à l'intelligence; puis , comme il ne la trouve pas sûre non plus , il tomberait dans un scepticisme absolu s'il ne se réfugiait dans la révélation, dans les dogmes du Coran , dans les miracles de la Sunna et dans l'extase, à laquelle il se livrait habituellement, étant de la secte des saféites.

Certains théologiens, trouvant qu'Aristote altérait le Coran, prirent une autre route , et cherchèrent dans l'isolement l'illumination supérieure de l'esprit. Tophaîl Abou-Djafer, de Gordoue, mo.

dans le roman ou épopée morale intitulé : L'homme de la natm, ou le Philosophe instruit par lui-même ^ suppose un enfant abandonné et nourri par qne biche, qui, par la force de la contemplation , parvient jusqu'è^ l'union intuitive avec la Divinité. Les meddabéri^) ou parleurs procédaient plus franchement en décidant que la vérité est un mot, non une chose réelle (1).

Le sensualisme et l'inspiration , les doctrines de la matière et celles de l'esprit, produisaient, en se heurtant , une telle confusion qu'une réforme devenait indispensable. Ce fut la tâche qu'entreprit Averroës (Ibn-Reshd), dit par excellence le Commentateur à cause de ses nombreux travaux sur Aristote,, que non-seulement il interpréta avec une rare subtilité, mais auquel il attribua des idées nouvelles , et dont il maria la doctrine au système néoplatonicien des émanations. A l'aide de cet éclectisme appuyé sur la philosophie péripatéticienne, il établit que rien ne naît de rien, que l'être premier produit toutes les formes réelles > en les dégageant de la matière où elles sont enveloppées. Les conditions nécessaires de la pensée sont une raison substantielle qui reçoit, une qui est reçue , c'est-à-dire l'intelligible , et une raison efficace, universelle, à laquelle prennent part tous les hommes; de là il distingue les connaissances selon la voie de formation et selon la voie de vérification.

Il mêle un grand nombre d'erreurs à toute sa science , surtout pour ne pas offenser le Coran j du reste il ne fait qu'argumenter et rapprocher les textes pour les expliquer, sans émettre aucune pensée originale, aucune observation, aucun doute. Aussi, bien qu'au moyen âge il ne fût pas moins réputé pour la philosophie que saint Thomas pour la théologie, il devint inutile dès que de meilleures traductions du grec dispensèrent de recourir à ses interprétations. Les Arabes eux-mêmes lui surent peu de gré de ses travaux^ bien plus, comme il parut avoir manifesté des opinions hétérodoxes, le sultan de Maroc le condanma à faire publiquement amende honorable sur le seuil de la grande mosquée, et à se voir cracher au visage par tous ceux qui entraient. Nouvel argument en faveur de la tolérance musulmane.

I.es théologiens avaient toujours peur des philosophes. Al- Jobba fit un peu reculer les athées et les panthéistes en affirmant que tout ce qui arrive à Thomme est bien. Cet optimisme fut réfuté par Al-Asshari , qui considéra les actions humaines comme produites par le copcours de la volonté divine avec celle de l'homme.

(1) Voy. ScHMôLDERs, Essots sur les icoles philosophiques chesi les Araks.

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