LA SGOLASTIQVE ET LA. THÉOLOGIE
« les Allemands , vers une philosophie élevée^ spirituelle^ parfois ff même fanatique, et qui perce jusque dans les idées platoniques a de leurs poètes. » Rien n'est si facile que d'abuser de la logique.
Les défauts reprochés à la scolastique sont les spéculations minutieuses, poussées jusqu'à la puérilité, en dehors de la pratique et de l'application sociale , sans tenir compte de l'expérience, de l'érudition^ de la philosophie , outre qu'elle méprisa toutes les beautés des classiques sacrés et profanes; ses distinctions frivoles, sa manie de réduire tout raisonnement à la pure dialectique , en ne songeant , au lieu de rechercher la vérité , qu'à discuter selon certaines règles . et à envelopper ses adversaires dans le sophisme; ses disputes sans fin jusque sur la distinction des syllabes, des conjonctions, des prépositions; le soin attentif avec lequel elle introduisait dans la logique toutes les subtilités de la grammaire et de la géométrie, pour démontrer toute chose ^ jusqu'aux contraires, et pour soutenir tour à tour le oui et le non.
Aristote était son oracle; elle ne pouvait sans doute choisir un meilleur maître; car on trouve dans les écrits de ce philosophe^ à côté de son propre système^ la critique de ceux des autres et les moyens de les réfuter, tandis que Platon ne donne que son dogme seul. Mais le Stagirite, qui érige la nature en principe suprême, pouvait-il être l'auteur d'une époque où la science était religieuse? Cet Aristote, d'ailleurs, que l'école , les Arabes, les Juifs révéraient de concert comme l'arbitre de la philosophie^ était arrivé en Europe altéré par les traductions et les commentaires des musulmans et des Israélites , qui lui avaient prêté des opinions absurdes et des subtilités sophistiques. Les traducteurs latins, peu versés dans la connaissance de l'arabe et de l'hébreu , renchérirent sur les erreurs des premiers; la critique et la philologie ne savaient pas y reconnaître l'altération, tandis que l'idolâtrie professée pour le maître empêchait de supposer chez lui aucune erreur. Au lieu donc de produire la lumière , il n'engendra qu'un amas d'erreurs et d'étrangetés, imposant une tâche difficile à ceux qui voulaient les concilier avec la théologie dogmatique. Plus tard, Frédéric ÏL obtint une traduction d'Aristote faite sur le texte grec, et la fit déposer dans les archives de l'université de Bologne. Manfred, son fils, en envoya un exemplaire à Paris; mais , comme il n'en reste rien , il n'est pas» possible de savoir jusqu'à quel point cette version put ramener à la saine intelligence de celui que, par antonomase , on appelait l'Auteur.
Sans parler même de l'inexactitude des versions , il fallait une science véritable pour saisir l'intention philosophique de ses ou-
son
oNZïiafB ÉPOQUE,
vrages. Quant aqx livres moraux eipolitique^» une grande 60Doai&sance pra|iq\)e des inœurs et, des constitutions grecques aurait été nécessaire pour m comprendre l'opportunité^ puis ceux qui traitent de la logique et de la rhétorique i^e se rapportent qu'à la manie particulière aux Grecs de discourir sur tout , d'argumenter sur tout.
Cette prédilection exclusive entravait donc le développement catholique de^ scienc^es , qui p^r lui-même répugne à toute espèce de joug. La méthode logique ne convient ^ non plus parfaitement aux seiepces de fait , attendu qu'il n'existe pas entre les faits considérés ep eux-mêmes de lien nécessç^ive et absolu , mais qu'il fiE^ut ^voir r^cQurs à Tinduction. Voilà pqurquoi les sciences pliysiques errèrent à l'aventure tant qu'elles n'en revinrent pas à l'expérience ; en ce qui concerne les sciences spirituelles , la logique ne peut que vérifier les investigations et les découvertes , ou bien elle tombe dans les abstractions^ d'où naquit l'orgueilleux rationalisme.
{In se lançant dans le champ des spéculations logiques» les esprits se trouvaient détournés des recherches historiques. Les moines mendiants et les dominicains, ordres que nous verrons surgir ims le siècle suivant, n'étant pas façonnés comme les bénédictins à copier des manuscrits et peu familiers avec la philologie, s'attachèrent au raisonnement, et suppléèrent à l'éruditiao par la finesse de Tesprit et par l'intelligence, fandis que leur stjle, aridement technique et géométrique , leur donnait un air de Wkcisîon , ils devenaient prolixes par l'ennuyeuse formalité des ohjections et des répons^ ; c'est ce qui choque surtout dans Alain Scot et dans ses successeurs^ dont le style devint de plus en {dus ba^ bare.
S'éc^rtant tout à fait de l'usage des Pères , qui avaient cherché la solution des plus importants problèmes dai^ les textes de TÉcriture, ils prirent à tâche d'exercer leur esprit sur des questions frivoles. Que faisait Dieu et où résidait-il avant de créer le monde? S'il n'eût rien créé, en quoi consisterait sa prescience? Aurail-il pu faire quoi que ce sojit autrement qu'il ne l'a fait? Y a-t-il uo temps où il connaisse plus de choses que dans un autre? Peui-il faire que ce qui est ne soit pas, et, par exemple, qu'une prostituée soit vierge? Dieu, en s'incarnant, s'est-il uni k l'individu ou à l'espèce? Cette proposition : Pieu U Père hait son Fils, est-dk possible? Cette autre : Dieu est m esoarl^ot^ est-elle aussi possible que celle-ci ; p\eu est un homme? \jd paot cAeruW» est-il masculin ou neutre? Le nom de Jésu^ doit-il ^e prononcer avec ou
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sans im accent ? Pe quelle manière le corps de Jésus estrîl placé à la droite du Père? est-il assis ou debout? Les vêtements avec lesquels il se montra aux apôtres après sa résurrection étaient-ils réels ou apparents? Les eniporta-t-U au ciel? les y conserve-t-il encore? Est-il nu ou vêtu dans Teucharistie? Que deviennent les espèces euclmristiques lorsqu'elles oqt été mangées? De quelle manière s'opéra rincamation dans le sein de Marie? Saint Paul ftït-il ravi au troisième ciel avec ou sans corps? Le pape pourraitil casser les décrets des apôtres, et former un article de foi? Pour* il abolir le purgatoire? Est-il un simple mortel^ ou une espèce de divinité?
Albert le Grand soulève deux cent trente-trois questions sur la leçon de l'Évangile Missus est angélus Gabriel, et prouve par huit raisons qu'il n'était pas nécessaire qu'un ange fût envoyé à Marie, la Divinité pouvant communiquer directement avec la Vierge; puis, à l'aide de raisons plus non^breuse^ et plus fortes, il reprend qu'il était plus convenable d'envoyer un ange. Il se demande ensuite si ('annonciation n'aurait pas été mieux faite par un homme, par un archange, par le Saint-Esprit, par le Fils de Dieu , ou par Dieu le Père; si l'envoyé dut prendre la figure d'un serpent , d'une colombe ou d'un homme , et , comme il décide pour cette dernière, si ce fut celle d'un homme mûr, d'un adolescent ou d'un enfant. U se demande encore si Gabriel apparut le matin ou le soir; s'il trouva Marie occupée à travailler, ou dans la contemplation ; si le nom ()e Marie lui convenait Uen, ou mieux celui d^ve; si elle était belle , et de quelle couleur ; comment elle avait les yeux , les cheveux; comment elle était vêtue; si son mariage fut régulier, malgré son vœu de chasteté; si elle reçut ensuite tous les sacrements; si elle se confessa à saint Pierre ou à saint Jean ; si elle était instruite et savait la grammaire , la rhétorique , la logique , la physique, la médecine, la Bible et les sentences de Pierre Lombard.
Interprétée de la sorte , la Bible ne pouvait offrir qu'un champ de discussions, selon qpe l'on suivait le sens littéral, allégorique ou mystique. Ce fut au dernier que s'attacha spécialement saint Bernard , tandis que Robert de Duils , dans la Trinité et ses ouvres, prétend révéler ce que Moïse a voilé. Hugues, évôque de Rouen, et quelques autres encore essayèrent d'expliquer la Bible dans le sens historique.
Les hardiesse^ de l'exégèse allemande , aujourd'hui si formidables, ont eu leur prélude dans les travaux de cjuelques. scolastiques, qui regardaient la Bible comme une grande allégorie; seu-
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lement^ à côté du sens symbolique, ils reconnaissaient une existence réelle et un caractère historique aux personnages et aux faits. De même la Béatrix de la Divine Comédie est à la fois Tamie du Dante et la théologie , et Virgile , le poète latin et la philosophie.
n fallait forcément que les nouveautés s'offrissent en foule au milieu de Tardente activité de ce temps. Un professeur disserta sur Dieu et la Trinité selon la simple raison ; l'évèque de Mods Ildebert composa un traité de morale d'après Cicéron, Horace, Sénèque et Juvénal : il la faisait consister dans Tunion de l'honnêteté et de l'utile , sans parler en rien de la volonté de Dieu. D'autres employèrent la dialectique à combattre ouvertement la vérité; ainsi les albigeois soutinrent la dualité du principe créateur. Le panthéisme des nominaux n'était que logique; mais le panthéisme idéaliste des réalistes fut prêché par Amalric de Chartres , qui disait : a Dieu est tout, et tout est Dieu. La créature et le créateur a sont un même être; les idées sont créatrices et créées, b David de Dînant , au contraire , adopte un panthéisme matérialiste, eo affirmant que Dieu est la matière universelle, et que les formes sont des accidents imaginaires.
Plus tard , Étienne H, évêque de Paris, condamna cent vingtdeux articles tirés d'Aristote et enseignés dans les écoles, où il n'était pas rare de soutenir que telle proposition était vraie selon l'Évangile, et fausse selon Aristote.
Étienne, évêque de Tournay, écrivait au pape Célestin III; tD a y a aujourd'hui autant de scandales que d'écrits, autant de a blasphèmes que de discussions publiques; au milieu de la cona fusion des écoles, il semble qu'on ne songe qu'à proposer des « questions extravagantes et prodigieuses , au risque de ne pas a savoir les résoudre. » Gauthier de Saint-Victor ajoutait : €&iia vez-les dans les disputes prolixes où ils passent les jours et les a nuits , vous verrez qu'ils retournent la même chose eu cent « façons différentes , à ne savoir qu'admettre , que rejeter. Ils se a font un jeu du vrai et du faux avec une telle subtilité , qu'on ne ce peut ni les saisir ni les reconnaître. Faites attention à leurs paa rôles, et bientôt vous ne saurez s'il y a un Dieu ou non; si le « Christ se fit homme, ou s'il prit un corps fantastique; sllya a quelque chose de réel au monde, ou si tout n'est qu'illusion... a Que ceux qui se donnent en représentation, bien que docteurs a de l'Église , retournent aux sciences sacrées, et laissent là l'étude et des arts libéraux ; qu'ils imitent les apôtres , non les philosophes, a Que sommes-nous? Quelles sont les choses dont nous nous
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ff trouvons entourés , nourris , soutenus ? La nature de toutes choff ses est-elle une ombre vaine et trompeuse? Je ne sais ce qui c m'indigne le plus^ de ceux qui nient que nous puissions rien ff savoir^ ou de ceux qui veulent que rien ne nous échappe, d
Si donc il convenait de laisser l'esprit s'exercer avec sécurité dans le vaste champ que lui laissait la foi, ce fut à bon droit que Grégoire IX adressa à l'université de Paris une bulle pour la ramener de ces nouveautés profanes àTétude des Pères^ et pour hm. l'engager à laisser la théosophie pour la théologie. L'Église, placée au centre de ce grand mouvement des esprits, n'a jamais voulu l'étouffer; mais elle a toujours été attentive à sauvegarder les dogmes^ et l'on voit aisément qu'elle sauvegardait ainsi la vérité et la raison. Sous le nominalisme insensé de Roscelin , ellepros* crivait le matérialisme , et le panthéisme sous le réalisme d'Amalrie ; elle se maintenait dans ce milieu exact qui a toujours fait sa force.
En aucun temps il ne manqua d'esprits judicieux soit pour imprimer à la science une bonne direction y soit pour l'empêcher de s'égarer. Hugues de Saint-Victor fit à la logique cette objection h^q^ fondamentale : « Il n'en est pas des raisonnements comme des calculs d'ariUimétique. Dans ces derniers, si le résultat est juste, il doit nécessairement se rapporter à la réalité 3 mais, dans les discussions syllogistiques, il n'est nullement prouvé que les objets naturels soient réellement conformes aux conclusions arbitraires auxquelles conduit l'argumentation. Le raisonnementnepeutguider à la vérité incorruptible. » Il arrivait par cette voie au mysticisme^ de même que d'autres^ poussant le réalisme à ses conséquences extrêmes^ aboutissaient au pur panthéisme*
Cette dernière doctrine était réprouvée par l'Église ; le scepticisme des comificiens dégoûtait de l'étude et invitait à l'ignorance. Mais un scepticisme savant fut introduit par Jean de Salis- ^^^^ bury, ami et compagnon d'exil de Thomas Becket , et depuis évéque de Chartres; il reconnut combien la dialectique devenait "^'* chose futile quand elle n'avait pas d'autres sciences pour base et pour application ; dès lors il conclut à la nécessité d'un goût plus épuré, d'une plus grande doctrine et d'une connaissance plus approfondie des anciens , qui savaient douter et apercevaient les limites des facultés humaines, a U y a des questions^ dit-il, dont
< un homme sensé doit s'abstenir^ comme celles de la substance^
< de la quantité^ des forces , des effets et de l'origine de l'âme* « Il en est de même du destin , du hasard, du libre arbitre ^ de
< la matière et du mouvement, du temps ^ de l'espace et des
« nombires, du semblable et du dissemblable, dtt divisible et de « Tindivisible , de la substànce et de la forme de la voix , de Imitai « des universaux. il en est dë même de la question de savoir si a celui-là t)ossède toiltes les vertus qui en )[>ossèdb Ube; si tous les R péchés sont égaux et punis de même... »
C'était déjà beaucoup de signaler les sentie)^ où l'on ne pouvait qûe s'égarer. Ses pensées sut les niaiserie» dès tfiiftrtite(i), où il crible de ses traits la magie ^ la physique^ lesknathémath)àe8, la morale de Técolé, sont remplie^ d'ësprit et savoir. Dans le Métalogiquey il défend Téloquence, la grammaire, la lopqae sans dissimuler les erreurs de tîelle-ci. « Ils vantent la lo(}i(Juc « dans les places publiques , ils l'enseignent dans les carrefours, « ils ne connaissent qu'elle; ils consument à l'étudier non t)as dix a ans, non pas vingt, mai^ leur vie entière ; par\^nus à la vieiloc iesse , qui énerve les forces physiques , émousse les sens, reot froidit les passions , ils lui gardent encore foi ; ils en font 11 ce matière de leurs raisonnements > l'amusement qui leur tieot « lien de tous les autres. En d'occupant de puérilités, ils sont (te* «t Venus de vieux académiciens étudiant la valeur des mots et des a syllabes, toujours doutant^ s'enquérant toujours sans jatoib <t rien apprendre , dissertant continuellement sans Jamais savoir a ce qu'ils disent ; car, en perdant de vue l'objet de la dissertace tion , ils tombent dans des erreurs nouvelles, et dédaignent b a science di» anciens. Compilateurs étemels > la stérilité de leur « esprit les contraint de copier ce qui fUt dit et redit mille foà n Incapables de discerner le bon dU manvais , ils croient tout a excellent, et disent que la variété, l'opposition des opinions e^ a si grande que chaque auteur peut à peine discerner les sîedlia a propres, n Après avoir combattu les réalistes et les nominaux, il s'en tient au doute des académiciens (2) , qu'il porte ju9t}u1tl point où Hume arriva plus tard ^ c'est-à-dire qu'il Bape lldée de la causalité (3) , la certitude des sciences et celle de la raison. Otpendant il combat le seeptieisme absolu > exalte fas criticismede
(1) t>e iVu#U turhnHum H ^igiU phHoBophorum.
(2) Non Juro verum esse ^od loquor^ sisdf seu verum , seu faisvm , m probabilitate conlentus sum. Métal.
(3) Voici textuellement le raisonnement de ttume : Scio lapiâem et sAfOUBii quutn in nubibns jaculatUs snm, txigente nûtnra , rêtéssnram i» tHmH: nec iamfh simplieitèr rectrfere in (eitmn, et f ute norfi^ iKcecsv mi, Fsttsi enim recidere et non recidere. Atterum (amen^ etsi non neeessarto^ venm tamen est , illudque ulique quod scio futurum. Si eniM'/ulurum non o<i etsi, forte putetur, non scitur tamen, quonia/H iltlAs quod non est, ma scientia, sied opifito est.
LA SCOLASTIOtE ET tk THÉOLOGIE,
Péridenoe, et déclare dottte illégiliittiB celui (|ui ne resl[>ecte pas le sens commun.
L'Église s'efïrâya des erreurs qui pullulaient sur la doctrine d'Aristote, et en défendit parfois l'enseignement J puis elle le permit et le prohiba tour à tour. Les philosophe^ s'appliquèreht dès lors à distinguer deux ordres de vérités, Tune pnilosophlque, l'autre religieuse, en laissant les saints Pères àrbltreé de la secomle, et en discutant la première selon AristoleJ de là sortit la seconde scolastique > dans laquelle s'associèrent la philosophie et k théologie. Alexandre de Haies , dans le Glocester , surnommé le Docteur irréfragable {{), en est réputé le fondateur; il ftit le premier à utiliser les h*avau)c des écrivains arabes. Bien que réaliste, il âdttiet atec les nominaux qUe l'étendue de la connaissance dépend plus de la faculté du sujet que de la hature de Tobjet. Avec lui marchent Vincent de Beauvais , dont les Miroirs sont des ««4. taWeftuxde tout ce que savait son siècle, et Michel Scot, qui mit Qî latin YHistùire Hàturelh , le livre de VAme et ceux du Ciel et dM Mimée y d'Aristote.
Ils furent surpassés par Albert le Grand de Bollstaedt, qui Véeut principalem^at à Cologne et à Paris; puis H quitta le siège u^'^im de Ratisbottoe , auquel H avait été élevé ( 1260 ) , pour se livrer à ses études fjàVortteft. Compilateur très-érudit et argumentateur très-habile plutôt que penseur original, quoique ses méditations âssWhtes le portassent à des i-ésultals nouveaux, il commenta presque tous leà ouvrages d'Aristote, en tirant parti de ceqù'a*valent produit les Arabes et les néoplatoniciens, il étendit, sll ne les appmfbndit pas, les recherches de la logique, de la métaphysique, de la morale et de la théologie* quoiqu*il se fourvoyât souvent par ignorance du grec et de l'araiMB , faute aussi de confiaissaUces historiques et littérâhes suffisantes (2).
Artstbte avait étudié l'homnae physique et Dooral ; GaltéU l'étudin dans les organes et les fonctions , sain et malade. Albert lé Grand complète cette connaissance en étudiant en métUé temps Dieu ,
(1) L'école se ptottait à assigner à cbacvn des doictears les pVûm en renom un adjectif caractéristique. Ainsi saint Thomas d'Aquin fut surnooinié VAnge de Vécole; saint BooaTenture, le docteur Séraphique; Duncau Scot, le Subtil; Ockam, le Singulier; fretari de Gand, le Solennel; Égidius de Rome, le Bien Fowété\ Alain de ITslei WniversH; Roger Bacon, lUdfntmMe; Guilbumc Durand, le Tré$-Résoiu^ iMiddletan, te So/itfe, le Profond^ VAèmdantt oh V Authentique; Pierre Lombard, le Mcdlre des sentences, elc.
(7) Voy. Comm. soc. Goething^i, XII, p. 94-U5; Comptes rendus de VAccBd. tfes sciences^ t. lY» p. 625> année 1S37 ; ils contiennenl «m entrait de ce qu'on trouTe de plus curieux dans Albert le Grand.
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qui se manifeste par ses ceuvres non moins que par sa parole; il associe donc les vérités révélées à celles de Texpérience scientiGque. Dans son opinion, la loi de causalité gouverne tout, et Dieu communique Texistence, non Tessence ; mais les individus , aoimés par le même principe^ ne différent que par Taeddent. L'iodividu est donc dans le temps , et les élus, dans l'éternité, nW ront qu'une voix pour louer Dieu.
Tout en soutenant la prééminence de la théologie , il reconnaît h la raison le pouvoir de s'élever à la vérité; pour lui, la philosophie est l'ensemble des connaissances dues au libre travail de la pensée. La logique est Tétude des procédés de req>rit pour aller du connu à Tinconnu ; elle a pour objet la démonstration , et indirectement le langage , qui est l'instrument de la définition. £n psychologie, il tempère les abus de la dialectique par la connaissance des faits; il ne sépare pas l'étude de Fàme de celle de la nature générale; à ses yeux , l'âme est la forme du corps et une substance distincte des organes , et il croit qu'elle peut agir indépendamment d'eux y comme il arrive dans les opérations magiques (1).
Aucun homme ne représente mieux son temps. Nous avons déjà vu ses subtilités sur la Bible ; il n'y a rien à tirer aujourd'hui de ses ouvrages de physique , bien qu'on rencontre des vérités merveilleuses pour l'époque. Tandis qu'Édrisi ne donnait pour habitable que la zone tempérée septentrionale , Albert ne doutait pas qu'elle ne fût habitée jusqu'au 50*" de latitude australe. € D a est , dit-il , d'une ignorance vulgaire de croire que ceux qui « marchent les pieds tournés vers nous doivent tomber. Les a mêmes climats se répètent dans l'hémisphère inférieur, ei il < existe deux races d'Éthiopiens, au tropique boréal et au tioa pique austral... Les peuples de la zone torride, loin d'avoir a l'intelligence affaiblie par la chaleur du climat , sont très însa truits, comme le prouvent les Ivores de philosophie et d'astroa nomie qui nous sont venus de l'Inde (2). 9 Ses raisonnements sont aussi très-judicieux sur la chaleur, plus ou moins grande , produite par l'angle d'incidence des rayons solaires, qui varie avec les latitudes et les saisons , et par les effets des montagnes.
n faisait un jour sa leçon, quand il s'arrêta soudain, comme cherchant avec peine sa pensée et l'expression pour la rendre; puis, après de vains efforts, il se mit à dire : c Lorsque j'élab
(1) Cmus veritatem nos ipH experti tumus in maçicis. 0pp., 1 111^ 1 31
(2) Liber Cosmographicus^ de Nat. lownm.