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CHAPITRE XXVII

SaCNCeS NàTtmELLES ET OCCULTES.

ONZIÈME ÉPOQUE

et les reliques de saint Matthieu^ de sainte Thècle et de sainte Suzanne. Henri n y vint pour se faire opérer de la pierre ; durant son sommeil^ saint Benoît accomplit l'opération, lui mit la pierre dans la main et cicatrisa la plaie (i)*

Au siècle suivant, sous la direction de Jean de Btilan, on écrivit à Salerne des préceptes d'hygiène en vêts léonins qui forent adoptés conune règles absolues (2) et traduits dans toutes les langues. Peu avant, Gariopontus^ médecin' de Salerne^ publia le Passionarius GaUni, recueil de remèdes contre toute espèce de . maladies, tiré principalement de Théodore Priscien. Cophon publia plus tard une thérapeutique générale {Ars ^medendi) suivant Hippocrate^ Galien et les Arabes; cet ouvrage ne vaut pas mieux que le précédent, mais on n'y trouve la première mention du syst^e lymphatique. Romuald, évéque de Salerne, fut consulté par les deux Guillaume de Sicile et par le pape. Éloy de Gorbeil, sorti de cette école pour devenir médecin de Philippe- Auguste^ écrivit, outre des traités sur le pouls et l'urme, un commentaire sur l'absurde Antidotarium de Nicolas Prévost. VEer^ barium de l'école de Salerne, compilé certainement avant le douzième siècle, se répandit dans toute l'Europe.

Ce fut Salerne qui introduisiten Occident les grades académiques à l'imitation des Arabes. Plus tard, en vertu d'un décret de Frédéric II, personne ne put exercer la médecine sans être licencié etenfant légitime,[avant vingt et un ans accomplis, et sans avoir éto(Bé la logique trois ans, puis cinq ans l'art et la chirurgie qui en famé la petite partie; il fallait en outre avoir expliqué VArs de Galien, le premier livre d'Avicenne ou un passage des Aphorismes d'Bippocrate, ets'ôtre livré à la pratique sous un médecin expérimenté. Le candidat jurait de suivre les méthodes usitées, de dénoncar tout pharmacien qui altérerait les médicaments, et de traiter les paanet gratis. Pourles chirurgiens, onexigeaituneannéed'étudesàSalen^ et à Naples un examen. Dans la suite, il y eut une foule de preecriptions minutieuses : le médecin devait visiter deux fois par jour les malades logés dans la ville, et ils pouvaient l'appder encore une fois dans la nuit ; les honoraires d'un demi-tarin par jour, H

(1) VUa sancti Melnwerci.

(2) Ova recentia, vina rubentia, pinguia fura Ctm simUa pura natwrx tunt valitwa.

Coma brevis, vel tœna levU JU raro molesta ; Magna nocet ; fMdicina docet ; res est manifesta.

Etc., etc.

SGtENGES NATUaSLtES ET OCCULTES.

jusqu'à trois tarins» si le malade demeurait hors de la ville. Il y avait aussi un tarif de vente pour les r^èdes^ une prescription sur les lieux où les pharmacies devaient s'établir^ et mille autres précautions.

On aurait pu, durantlescroisades^tirer profit des connaissances des Arabes; mais Saladin envoyait ses médecins à Frédéric II (i), et Tannée de saint Louis était détruite par le scorbut sans qu'on sût comment y remédier. La casse et le séné furent cependant coonus à cette époque. La thériaque^ médicament capital au moyen ftge, fut apportée d'Antioche à Venise^ qui en garda longtemps le secret pour elle seule.

Les universités de Naples et de Montpellier étaient en renom. Les communes attiraient les médecins par l'appât de certains privilèges, comme l'exemption de tailles et l'entretien d'un ou deux chevaux. Nous avons le contrat passé par les Bolonais avec Hugues de Lucques^ qui s'oblige à fournir ses soins gratuitement aux habitants du territoire pour les maladies ordinaires; mais il pourra exiger des gens de 'moyenne condition^ en cas de blessures graves, de fractureou de dislocation des os, un chariot de bois ; des riches, vingt sous et un chariot de foin ; rien des indigents. Il sera tenu d'accompagner l'armée en campagne^ et recevra en récompense six cents livres bolonaises. Hugues fut un des premiers qui traita les blessures avec le vin seul (2) ; il suivit ses concitoyens en terre sainte en 1218 •

L'entassement des individus dans les habitations, les véte* ments de laine, les pèlerinages^ l'absence de précautions sanitaires» contribuaient à la propagation des maladies ; aussi les pestes dont il est fait mention sont en si grand nombre qu'on pourrait dire qu'elles ne cessaient jamais; elles s'apaisaient et couvaient, mais il en restait toujours quelques vestiges. De 1060 à 1480, on &x compte trente-deux en Europe, c'est-à-dire une tous les treize ans ; dans le quatorzième siècle, quatorze au moins, ce qui en donne une tous les sept ans. Scaliger, Contra Cardan^ dit que la peste se reproduit si fréquemment à Paris, Cologne, Famagouste, Venise, Ancâne. qu'on peut dire qu'elle y est perpétuelle. Au moment où le danger et l'infection étaient le plus grand, on voyait les pèlerins arriver en foule pour chercher des pardons et

(1) n observa que les oiseaux peuvent presque tous mouvoir aussi la partie supérieure du bec; que les grues passent l'hiver engourdies dans la vase des fleuves ; que les os de» oiseaux sont vides, et il fit d^auCres remarques qui avaient éehappé jusque-là.

(2) Sarti, de Prof, boLy t. I, p. 144.

ONZIÊIOS tfOQUÉ.

des jubilés; on ne songea que bien plus tard aux exclusions, aux quarantaines et aux autres mesures défensives contre la contagion^ et la commune de Milan fut peut-être la première qui entra dans cette voie.

Il vint de l'Orient de nouvelles maladies, doht la plus durable et la plus funeste a été la petite vérole; il parait qu'elle accompagna les Arabes lors de leur première sortie de là Péninsule natale. On croit que le feu de Saint-Antoine et la lèpre furent apportés par les croisés. Il est parlé beaucoup de maladies impures, mais les Lolards^ les Alexins^ les Cellites, les Béguines, tes sœurs Noires, les frères de Saint-Antoine, que Institua pour les soigner, étaient plutôt deà infintiiers charitables que des médecins. Abailard persuada aux religieuses du Paraclel de se cmsacrer à la médecine. Sainte Hildegàrde^ abbesse de Rupertsberg, était consultée fréquemment^ et laissa une espèce de matière médicale, remplie de remèdes superstitieux, comme la fougère contre les possessions du démon, le hareng pour la gale^ la cendre de mouches pour les afTections de la peau, la vesce contre les ve^ rues, la menthe aquatique contre l'asthme (1). Certains versets de la Bible guérissaient de la danse de Saint-Vit^ qui régnvt alors en Allemagne.

Gilbert d'Angleterre, l'un des plus savants dans l'art dont nous nous occupons, qui décrivit la lèpre mieux que tout autre mripé l'abus de la scolastique, des distinctions, des antithèse, des solutions sophistiques sans fin, guérissait la léthargie en attachant une truie dans le lit du malade ; dans l'apoplexie^ il provoquait la fièvre au moyen d'un mélange d'oBufe de fourmis, dTiuile de scorpion et de chair de lion; il délivrait des calculs de la vessie en donnant à boire du sang de chevreau nourri avec des herbes diurétiques ; il remédiait à l'impuissance en attachant au ooa on morceau de parchemin sur lequel étaient tracées les paroles suivantes avec le suc de laconsoude : + Dfosît Dominmà Crese^'^- Ulhiboih et mulliplicamini + Tabechai^ + et replète tertrm + Otamulla. Pierre d'Espagne, qui fut ensuite Jean JH plus prudent médecin que pape^ écrivit un recueil de formules pour toutes les maladies, en excluant, au moins en théorie, les remèdes superstitieux. Jean de Saint-Amand, chanoine de Teornay, donna une thérapeutique générale, ouvrage supérieur à ceux de ses contemporains, où il établit avec beaucoup de sagacité des règles utiles,

(1) HiLDEGARDis PAy5tca;ArgentoraU, 1544.

SCIENCES NimBLLES BT OCCULTES.

Tout {[Progrès reneontrait un obstacle dans l'avetigle respect poar rautorité; et dans la tnanie dë substitaer la dialectique à l'expérience, en s'égarant dans des argumentations sandfinsur les recherches les plus oiseuses. On demandait, par e&emple , si une boisson quelconque pouTait guérir la fièvre? A cette question on répondait non , attendu que celle-là est une substance et celle-ci un accident; que dès lors l'une ne peut atoir d'influence 8Qf l'autre. Dans l'empirisme superstitieux d'alors, on n'étudiait pas l'anatomie , et l'on ne pratiquait aucune opération sans cbnsulter les étoiles, dans la supposition qu'il existait un lien intime aitre le corps hnmain et l'univers , avec les planètes surtout.

Galien avait dit dans un endroit que l'humidité et le relâchement sont plus naturels que la sécheresse, et dans un autre que la sécheresse se rapproche plus de l'état naturel que l'humidité. £q conséquence, les uns traitaient tout par des cataplasmes^ \eà autres prôcédaient en sens opposé: de là , deux écoles ennemies, qni invoquaient pourtant la même autorité. Pierre d'Abano chercha à les rapprocher par son Omeiliator differentium , bon livre, où cependant les erreurs ne manquent pas. Ainsi, selon lui, la saignée n'est jamais si opportune que dans le premier quartier de la lune; pour guérir les douleurs néphrétiques, il faut, au moment où le soleil passe par le méridien , dessiner avec un cœur de lion une figure de cet animal sur une feuille d'or et la suspendre au cou du malade; pour cautériser, les instruments d'or valent mieux que ceux de fer, vu la grande influence de Mars sur la chirurgie. Pour la pratique, il suivait les Arabes, et pour les principes, l'école d'Aristote.

Maître Gherardo de Crémone se rendit à Tolède pour étudier VAlmagesie^ et se procura dans cette ville d'autres ouvrages arabes, qu'il traduisit ensuite en latin ; on le croit l'inventeur du spéculum. Roger de Parme recommanda l'éponge de mer pour les scrofules , et d'excellentes pratiques chirurgicales. Roland de Parme fit un traité de chirurgie, qui fut commenté ^suite par quatre docteurs de Salerne. Guillaume de la Saulsaye (da Saliceto) moine de Plaisance , un des meilleurs chirurgiens de son temps , sut se rendre indépendant de ses prédécesseurs et inventer des méthodes personnelles ; il est l'auteur d'un traité complet d'anatomie, où les parties sont assez bien décrites; il a distingué, avant Wilis, les nerfe qui obéissent à la volonté de ceux qui n'y obéissent pas, et a donné, dès cette époque, une description de la syphilis (i).

(1) Renzi, Storia délia medicina , II, 182.

ONZIEME iVOQVK.

Lanfranc de MHan, qui se réfugia en France lorsqu'il ne put continuer son opposition . à^Matihieu Yisconti y éleva une chaire à Paris 9 et attira un tel concours d'auditeurs queFécole des chirurgiens séculiers devint bientôt célèbre. Quelques médecins commençaient en effet à s'appliquer à la chirurgie; Lanfranc, afin de prouver que les chirurgiens sont théoriciens, employait ce syllogisme en barbara : a Tout praticien est théoricien , or tout chirui^en est praticien; donc tout chirurgien est théoricien. • Resterait à prouver la majeure. Cette séparation de la chirurgie d'avec la médecine était cause que Ton traitait les maladies chirui^cales plutôt par des remèdes que par des opérations , parce que les malades répugnaient à se livrer à des gens qu'ils regardaient comme exerçant un métier manuel; néanmoins Lanfranc opéra souvent , et l'on doit approuver sa méthode de donner l'ana* tomie de l'organe dont il décrit les lésions.

Théodoric , évéque de Bitonto, observa par lui-même, et substitua les ligatures avec des bandes de toile aux grands appareils de bois, dans les cas de fractures des os. Quelques-uns ont attribué à tort à Albert le Grand un livre sur les accouchements ( de Naimra rerum)j fait avec une habileté qu'on ne saurait avoir sans un long exercice de l'art; il est certainement d'un moine, lequel s'excuse de traiter une pareille matière, à cause du grand nombre de par* sonnes mises à mal par les sages-femmes.

Le Florentin Thaddée d'Alderotto commenta Hif^pocrate et Galien, et fut le premier qui associa la philosophie à la médecine; il acquit dans cette science autant de réputation qu'Accurse dans celle du droit. Il s'égare pourtant toutes les fois qu'il prétend révéler les secrets de l'art cachés sous les paroles des auteurs. Appelé pour donner des soins au noble Gherardo Rangone, il voulut que, par acte en forme , les trois procureurs de ce chevalier le garantissent de tout accident durant le voyage ; qu'ils s'engageassent à le ramener à Bologne sauf de sa personne et de sa bourse, sans être dépouillé par les vdeurs ou l'ennemi, ni arrêté contre son gré à Modène. En cas de contravention , ils s'obligèrent à lui payer mille livres impériales pour chacun des articles violés, promettant en outre de lui restituer trois mille livres bolonaises , qu'ils reconnurent avoir reçues de lui en dépêt. Cette d^ère clause était une fiction destinée à voiler un payement exorbitant (i). Appelé par le pape, il lui demanda cent ducats d'or par jour, attendu qu'il était plus riche que les autres , qui loi

(1) Apud.Skm, part, ir^ p 153.

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