‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 66 sur 86 · LANGUIS · texte numérisé non relu

LANGUIS

où la culture intellectuelle était devenue si raref Si nous exceptons quelques écrivains qui , à force d'études^ parvinrent , au onzième siècle y à se faire une diction meilleure que celle du cinquième, la plupart devaient éprouver une grande difficulté, bien qu'ils eussent appris le latin dans les écoles , à écrire dans cet idiome quand déjà ils pensaient et s'exprimaient dans un autre. Chacun y introduisait donc les idiotismes de son pays, et , comme il arrive pour un langage qui ne nous est pas familier» ils hésitaient sur l'orthogra* phe y sur les régimes , sur les constructions.

La mosaïque que le pape Léon m fit placer, en 798, à Saint- Jean de Latran, c'est-à-dire dans la viUela plus cultivée du monde au temps de ce restaurateur des études, porte cette inscription :

SEaTS PETRUS BONA VITA LEONl PP. £ VIGTORU GÂRÏÏLO REGI

BONA. Déjà les désinences sont abandonnées et la conjonction racourcie. Le style du testament d'André, archevêque de Milan en 903, est encore inférieur; on y lit : Xenodochium isium sit rectum et gubematum per WarinAertus humilis diaeonus, de ardine sancte mediolanensi eccletie nepoto meo et filins b, m. Ariberii de àenefàna, diebus vite itêe. Quatre ans plus tard, on lit dans un autre testament : Pro me et parentorum meorum, seu domni Lcmdulphi archiepiscopi, seniori meo, animas salutum. Et ailleurs : Foris porta qui Ticinensi vooatur. — Ego Radaperto presbiteroedijkatus est hane civorio sub temporedomno nosiro....

De telles erreurs, commises par des personnes instruites comme l'étaient les prélats qui stipulaient, et les notaires qui rédigeaient, attestent que le latin n'était plus parlé même dans la classe élevée ; car celui qui écrit dans sa propre langue fait accorder les noms et les verbes sans se tromper, tandis que ceux qui veulent se servir d'une idiome différent tombent dans de bizarres discor* dances. La variété même de ces solécismes en est une preuve ; en effet, on voit qu'ils ne provenaient pas d'une manière de parler commune, mais dè l'efTort capricieux que chacun faisait pour latiniser son langage (i).

(1) GrouNi» t H, liO. En 730, ^eax notaires de la Tille de Pise signaient, Fan : Sgo Ansolf notarHu regitum et petitum subscripsU et deplevit : Twain : Sgo Rodualt noiarius icripsi et expUvi, En 7S0 : Sgo Teofirid notarins rogito ad Raeolo hane cartula iseripsit. En 757 : Sgo Âlpertu ^Q^ar^Mi kee cartula scripsU, Ea 765, dans nn docnmeot de Lacques : Sgo Bixoiftt presbUero, Sgo Martinns presbitero. Et en 71S : Sgo Fortunato religioio presbiter. En 7ia, dans nne charte de la même Tille, on tronTe les sîgoatores soiTantes : Sgo Taiesperianus eximius episcopus rogatus adfiUo meo Vrsone^teêH subscripsi. — Sgo,*, rogatus ad Oreum^ testi imbseripsî. Voyei Mânoifi Toselu, Ori^na delta lingua Uallam. Bologae, 1881, p. 50.

566 ONZIÈHE ÊPOOUE.

Copeiîdaht te îalîn Peni|)dKa cheîJ tes attcîenfiespopiltattoTis; of , cdrrtme toas les taiocns étaieilt apt)elés ftomams par les conférants, H(}îoTnenoaveîW fût appelé f^wwfln, c'est-à-dire langue romaine ou rmafie. Le îHonnméilt fe plus ancien qui ûons reste est le sefrhentde Charles te Chatnre (I) , tfôfl a tmi conclure (jwe le TûmAh étttft fâ langoér vufg&ifé èAta \û Hitnce méridionale, puisqu'on tttti iWcessalre de Pfemptbyër âàtii t*tte céréflKMiîe pour êtt*e dorhfiHs *s ëefgneuts èt des sofAite de tettë cotitffe. Toutefois il ne faut pas admettre, d^pfè^ tes chàrtcs, què te romall ait êtg un teftgâge qiii procédait au hwârd et sans lois J H arait, au çomiili^ë, cotiïitte tontès les latigtféà, ses règtes détcrrtllnéeè, et il acqtrit nténrië tth certain degré de perfktioû (2).

n dettf t être èmnitlan ou du lAdiiis s^entetfdte ài^ toutes la pfrbtinceà tttrti^fWs romalttés ; cai*, au téttips de Charlétnagtje, un Bspttgnol Mirtade, s'étflm rendu à ^Ide podf obtenir sa guérison , a*y cJfrttettetfrt atec uft pf êt»e qui te compwod , atteiida, dît la chiConïqde, que ce prêtre était Italien (3). En «fltel. Si consiittom des écrit» des dlffiirents pays Où l'on pffiMi ht lêdfgêt romane , hdus tr otivettmd que, ptos ib sotM andèns, phfs ih offrent entre etwt *» ressemblance; or, comme te peopte newnonce que teïitemMil à ses habitudes , il peut sie Mtcontrer i^m^ diENis les diate^ dltt resseniMnices qui ont dispdru de k» gage natioffd).

Nous n'aiiftiieciom pMcepeiidMt qu'ion ait ftiiM la tengve romane dans «o«ite riîffrope faitifie ;eë ttàii ^mm pMiVe dWleurs aucun docvrtffeAl , M démenti parlaraitton (4). Si tes vinces ne partate a« pm latin au leiiips de la pim gPwsàB km le Kempire> quand te» M« et tes mgialrata (b) leor tMriefll* fiottîë, cutikbten il dfrt en être HHOWient aMf& qu^^Bi ftiwBi inondées par des peuptesqui parlaient de» Mtotm» différait M grossier^ I

(f) Voy. l.DC, p. 20.

(2) Voy. A. W ScHLEGRL, Sur la langue provençale.

RwsoKFdut t ne Pétat de la poésie ftanemise dam lei dixièm tms^e siècles. Parte fa^l.

fUTN^Aav , Éléments de la Grammaire romana avmH ttm mo. ^ Grammaire de là langue inmane on twigue des trtmèûdmr^,

(3) interrogatus a presbpterOy qwMiaih /ia^wr fjm, fmd lAïAïf Mtf* notUiam haibébat, relttiif.., Mabilmih , Aeia 55. Ben^iett^ M. Itf, pmll.

(4) Cette opinion est rautenne par M. Ra^mmard. Mais les même auiliMMi se reneontretit dans le vàlaque, (fai est bien distinet de 11 langwniMne.

(5) Noos crofm l'avoir pnnH sufasamifiMit, t ¥IL

En Auvergne, la noblesse ne se décida ffn'iw diUffiréme ^ièeto è étttdie^ le Iftiln (4). On parMi celiiqtie daM PAffhot^qtte et l'ÀifDitttim. DBm \n vie de ^im Martin^ raeontée en dtalegtM^ IMrSMpiceSéirAm, tmdea iii^^ ^ratthie : ne^ù,:.

^I 9^etgi'tm^ H mavtê, gMm^ la^mr^ Utmmâè fm Màrt^ mm b)èiMrÊ$(%). mm podme sur WéHwv comemponih tPAttibi^ oê pefMMffe est neound potit Ai|tittiriB k aw teD§ai|[e tsat*lîqae i

Le» Ingage^ pfktaitifiiy qui n-av«ien( jaBam aftltîè^eInellip^ se ravivèrent lotaqtie ki daaae noUa tomba m ééeaOeiioe > et on lea déaigaa fter le «Ma de laf%«e vtdgairey tumiiMnae eu matique (d)v A* huitièiBe «èeie , ptraii lea nottibreiix nncMlea opè^ rtto Biir te tanbe de sMÉt Germain , on raoMarcpia flMetqaS Mpnttarpaireie^ au point •non««ankeBiflDide a'eKpvtnaar dnsla lmi§o» vulgaîra , oaaia eacoie d'a^preadra b latin et de de^ iMmrlettfé» firéfeiti» V eat kmé daaa aon ép^aphc» pme qat

Vsus /rancisca, vulgari et voce latincg (i) Sidon. Apoll., lib. III, ep. 3.

(a) lept^lMai» wMiasw»* d^a^ ae ItalMiOB^ éftfaa da Mi^^

«iècle, en parlant do baptéfne : Et si nêêcU Utttras^ hoc yjM^KWTE^ diaU» Dans l^itcte de fondalion des Cistériciens (moines de Tordre de Ctteayx ) de

Tôatdn^;e lîl3 : Ciero %( populo latinis vèrbis et lkîck verba vel lincux

verbum Dei proponere valeanf et ^I0ktin p^itâkafeé Saint Gérard , abbé de Seltamaggiore, dans la Vie de saint Alard, 8 : Qui H

voLGARi, id est mmtm OMaA, ioptêntvr, mniuii^ aliainMI pmaretur in-

scius; sivero teutonicat enitebat perfectius; silatina, in nulla omnino ah-

Àlbéric, dans sa Cbronique, ad ann. 1 177 : Multos libros et mfiMim4 vitm sûnctorum et actus apostolorum de latino vertu in romandii^

9eÉin Rlaadèt1t1« dans ton ttinératte : lÊt iOdhèt que fev^sse ces fitires mis M Itfda p&ur pM hrihmii»nt4$tfUeri mtis p<m M que ptHêieHtis entekdent miex nouiAirr (c*est à-dire français) que latin, je Vay tnys en tournant.

Saint Pierre Damien (0|nisc., XL\% c 7 ), en parlant d'un Fransais : Soholoêtice, dictons (c'esi*à-dire latin, langage d^école ) quasi desciiptélibri verba percurrit; vul^iter loquens, romanm urbanitatïs regtUam non qf fendit, q'eatTà-dire : n*6te rien au charme do parler roman,

Benv^auto dUmola dit, à propos delà comtesse Matbiide (Ant. ital., I» 1232) : Linguam Halicam^ çermanicam et galUcambene novU ,* et ( Ib., 1228) GaUiei omnia vulgaria appelant ^omkmà^ quod ^t adkm si^nm^idiomatis romani quod imiiari conati sunt,

Celiica Ungua probat te ex illa gente creatum Cui natura dédit reliquas tudendo pr^re.

ONZIÈME iFOOUE.

L'Église gallicane toléra la lecture ou la récitaticm ohantée de la vie des saints après l'épitre jusqu'à (Siariemagne, qui preaerint toute autre liturgie que celle de Rome. Alors ces lec^res furent renvoyées à l'office du soir. L'ancien usage se ccmserva seolnneut pour la vie de saint Étienne , parce qu'elle est racontée dans les Actes des Apôtres;mm le peuple ne s'en contâota points etilfalM ladiviser en versets, qu-on'récitaitsuceessiveaient au lutrin, etqm étaient répétés par les assistants en langue vulgaire, avec ^osea et amplifications: Ce mélange d'idiomes différents s'aida une farce, et bientôt chaque église voulut avoir son épUre famé de saint Étienne; on en fit aussi pour d'autres saints ; on farcit encore des psaumes, des hymnes et des prophéties, e'est-à-<fire qu'on les alterna par des versets en français ou en provençal (i).

Cette langue vulgaire avait en Italie beaucoup de cooformité avec le latin écrit. Gonzon, auteur italran de 960 , dit que pour rendre sa pensée en ktin, il ést quelquefois gêné par Fhabîtude de parler la langue vulgaire, qui s'en approche beaucoup (3). Ainsi en Italie, comme dans les autres pays qui s'en rappro^aient plus ou moins, les idioifies vulgaires se confcmdireDt souvent am^ le roman , soit parce qu'ils venaient de la même source, soit pooe que tous les vaincus étalent appelés Romains; mais, dans les contrées qui tenaient davantage de la nature germanique, les choses se passèrent différemmént.

En 813, leconcile de Tours, et, en 847, cdui de licyence enjoignirent aux évéques de fSûre traduire leurs homélies en roiBtn rustique ou en allemand, afin qu'elles pussent être comprises du peuple. En 972, Notger, év^ue de Liège, prêdiaît en latin an clergé, et au peuple en langue vulgaire ;

Vulgari pUbem^ clerum sermons latino erudiU (3}.

Et en 995, au concile de Mouzon, l'évêque Aimon de Verdun fit un discours en langue vulgaire, Gallice concionatus est (4). Le concile d'Auxerre défendit de laisser chanter aux jeunes filles des cantiques en langue romane. Dans celui d'Arras, en 1QS5, on

(1) D. Martbnb, de Antiq, Beel. rtUb,, 1. 1, p. )St. — Raynovârd a paM une de ces forces dans ses Poétiesdes treubadùwrs^ t. n, p. M; AehflledeJabinal en a dmmé deox dans ses Mi/stères inédits du quinzième iièele

(2) Falio putavit SangaUi monaehus me remeium a sdentia gramwuh ticx artis, licet aliquando retarder usu noitrm mUgaris lingurn^ qum tâti" nitati vicina est. MAaiâtE^Vet. Senp. ampl. CoUeeUo, I»69$.

<8) F. CnjiFKÂumLE, Leodiens hist*, 1. 1, p. no. (4) Labm, t. col. 747.

voit que les hérétiques ne comprenaient pas la profession de foi proposée en latin/ et qu'en conséquence elle fut traduite en langue vulgaire.

Si Ton fait attention à ht marche des langues néo-latines et de ritalien en particulier , il est impossible de n'en pas reconnaître rorigtne latine ; mais l'ancien latin était Apre, témoin la ru^em du nombre saturnin^ et il se conserva tel en grande partie dans la diction écrite, tandis qu'on le tempérait dans le langage parlée par un sentiment d'euphonie , jusqu'à blesser les lois de la grammaire (!}. Cette altération^ déjà introduite par le vulgaire dans les beaux temps de Rome (%,ei parfiob acceptée par las é(srivains (3)^ tenait» je crois^ aux anciens idiomes italiens^ dsm lesquels la temiinaiaon ea o était déjà très-fréquente , comme le prouvent les monnaies de la basse et de la moyenne Italie (A) , le fameux décret des Bacchanales et les épitaphes des Scipions (5). Elle s'accrut dans le cours des siècles ; aussi les Ilali€»s se trouvent avoir conservé les mots terminés par une voyelle, comme aqua, Stella^ mensa, etc., tandis qu'ils lyoutent une voyelle à ceux qui fioissei^t par une consonne, ou qu'ils emploient la forme ablative (frimie, ardinctarborey malo... ). Partout nous serons frappés de ce smn ou pbxiAi de cet instinct musical qui , pour l'agrément de Toreille, tronque, ajoute ou transpose; or il n'en faut par davantage pour italianiser la plupart des mots latins.

Des preuves certaines témoignent que ce travail de modification avait déjà commencé sous l'empire romain (6) ; mafe un chan* gement de ce genre s'accélère ordinairement dans les pays où il n'est pas arrêté par un corps spécial d'écrivains, ou par l'influence des traditions littéraires. Alors oa voit s'établir l'autorité arbitraire de l'usage, dont le temps et le peuple sont les instruments ; or le temps et le peuple agissent tous deux dans le même sens. Le peuple, en effet, veut de la promptitude, et, pourvu que bi pensée soit exprimée par la parole^ il se soucie peu de l'ar-

(1) Impetratum est a eonsuetudine ut peccare suavitatU causa Uceret. CiciBON dans Bratiis.

(3) Sxpe brevitatis causa contrahebant, ut Ua dicerent : multimodis^ vas!* argenteISt pohaC eterinïlm^ tectV fractis, Cic, lib.

(3) Bgo tic scr^bmdum quUÉquid judsco quamodo smat. QunmuEif, Jnst-9 e* 3.

(4) Eckhel ( i)oeMn. nunm.vet,t h t27) a aoté Aismino, Aquino» Arimno, Caleno, Cosano, Kompano, Messano IIAI£TANO| Recino, Bomano, Svesano, Tiano.

(5) MmiATORi, Thes.f H, p. S77:

(S) Voy. IHr. vm, ch, 19.

ticulef avec éxâctHudê on d'en employer iom les éléiflenlé, Itite ^aitimfttièal qa*il n^apftféeiepâs. L'eâséticé dulatij^fage dd p^c^ est la simplicité^ à laquelle il parvient en supprimant fa ValMlioii des^ désliieficéS; en éttb^itaant, pot^r les noms, les préposttiof» fit)t cas ; efn Adoptait , potff teâ verbes, les àKjcaiaiftts , et em ex* Pliant lë génre fiëotré ^ ^ui M intiftile, airfsi <|ae le teriM déponeM, te geiM. notis avotiâ dé)è déniontré qttef Fâftiiele propre à la lati^ igcetqm et atnt MKomés gèfrmatriq««^ tt^élatt pas ifteoMif ttû latin (1); Gèfftme ôn sentait t^ttimage dêf prérfaioitfï dftiM^tafa^n^ paHer oMinaira^, on ystippléatt par lei prondmsl^^ér m nié >m faten , k Fkiverse , én aobattoeA VaiMe k ces pfônoiïië, oclmmd on le Ait anjooré'btti (2). Attttl^ dms te» litanie qne Tén (ftuMtatt à l'égliàe an tempa dcf €lMirt«tDa|;iie, fe pGùfie tépbndttif Otn pré iwbiê ^1\nlù aêfmm (3). Yoiià «om-

(1) V4>y. t. Vfl, p^477.

(2) li'doalogie de TarUcle avec le pronom déraoBstratif est digoe d'atteatù».

En grec : i, ^, xo, — Ô, ^, 5 ; en allemand : der, die, dos , — diescr, (Une, dîiÊfsés, en anglais ithe, — ttii, /^éf/; en frtlnçàîs : il, lé, la.

jw wum vùlltmM vMmii waâiU

552 : Calices argenteos 'IV.,. ille medianus valet solidos XXX, et lui quartus valet solidos XlII.

621^ : IlU SâTiron^ j^i^roA)^; ^fLL68>iat>i^«... 17^ ttïinêgolUXism Lmgobardia.

7H e iD»fi».«. jrivM' RXM vinflta», fWMMNlD nu thmlm cmrrU... Mm

753 : Dicebant ut illb (oloneus de illo merca(fo ad illos necuciantes, — Ap. ÉAVNOtXRn, rfë fà langue romane, t, 40.

n a^. ffriMmiat^ Ani Ae^. aevi, :XII t rnrt ex ^e, fV^tftif jtef MffMiiDi 0l iLUt M4a pel* MtÈftcttmhh, Ima imMilnliivkl escMa...

961. Dans le testament de RAymon4 J cômta Rpoergiif : Vom ai ue cœno^to (^e Conqvas iIlk fnedietale, de illo alodo ai Âuriniaco et de vlim eà*lëitas... îttos diode de Canavom ét tiùi àtode àé Crtuità, el mjHûMe êè 'P%im6ê^;et fLUS alàét ^rtigms, tt illo de VkMa^9, ei «» oMe ée JmgimÊa^ ei iLios mamm de BmeeUh^ - Pcndolti abèwtt rpmf neat.

1003. Dana on contrat : Man\fesiu sum ego Teudericho fiUo b. ta. Itéebràli^, sitcunâum da^ÈntmK nostra, et guia dare dt^ kaB&ndtm et CA88IN4 ibidem levandum, et per hominem tuumibi resedendim. . . kl térre veiiii tfès qux sttfti po^itè nxk i)Na Ih lœo Pottano, etntkMJkiM loeo Versinne, ubi dicitnrSkhtm) et îllk tcrtia mzX in toeo fMkinlina,€!lt. — ^ïpp& nr tinô RtHttxim , Ètcordi storM; Fldrenee, tS40.

Ce qui remplace toat à Tait le, la; Vune, foutre , la troisième. La^fK addpta le pronom ^"e, éX so ftrt soh articte hcr ttit de on le toit

datts c«j« vers de f iirtorc ;

A/ira s'umidu mantu tenebrosu Sa notli in s'aria stendéri.

Itteflt s*inH*odtUsaft Otr se cdnflf «mit l'usage de Faritcte , cailraôtère paflteuHéf a»3c làfigiies defEttfopë ktine , mais qm diffèfe dé cc- Wi des GttTM comme de céltH des Goths , en cé qiie cés dedx péti-^pies tfexèJueirt pà& la déeftndîsdn. L'aiiicîé ettes terbes atixilf aires, qui, aekw nous , exfttafettt déjà pafmi le* vulgaire quartd !à elasse életée parfait le latin que nous ont transmis les auteurs, vinrent tendre eil précisioti anahf tique et en clarté, aux langues noirrenc^ , ce qu'dles perdaient ën rtchesse et en symétrie. Ce qtri nous empêche de les regjtfdef comme line importation septentrionale, c'est què noûs 1^ voyons slhtfoduife dans toutes les langues dértvées, comme si une loi généralë de prog^fes voiilait que les langues devlttssëftt pltts analytit^nes , phjé cttttes à mcsui^e qu'eltefi s'Appauvrissent èhMtdeformë» ^mmatKsales. Ainsi, le prtll et le praëMl Orit pefdn le doel propre au satiser it , d'oir ils dérivent ; ain^ le pei'San a omis le passif do zend , comme l'ila^ lien et lefratiçais ôtit fWt poftt* le passif, le déponent et le genre neutre du latin; l'arabe vulgaire même a abdiqué (es désinenci^ des cas et celles du pSfSâfif, èniK<iuenes il supplée pardesprépositfena et par un verlie avxWftire.

Il n^ done pas Aécessaite de recourir à la tatlgue des epvaMttaeurs ponr rendre raison de ées chaingekHents. Il y a démt siècles q«e les AiUrtchtem Mit établis en LomWdfe , et lia n*fmi pas ftiit <^ngef tn mo« Ind'rgëfm pour un des letm, Mehqtie teut^ magistral» et leurs soMafs remplissent le pays. Les etpressîoiiB même qtfi sont devenues légales et solennelles ont été italianisées. Si l'on s'obstine à voir dans Titalien la filiation germanique, on devrait nous dire comment il se fait qu'il se soit développé plus promptement et mieux dans les pays où les Allemands n'ont jamais pénétré, ou qu'ils n'ont envahis que par petites bandes d'aventuriers , eomase à Florenee^ à Rooie, en sieile.

Akist f loin qtie les barbares aient apporté dans ces eootrées un système grammatical, ils Ae leur ont, au contraire, fourni qtie bien peu de mots; encore n'est-ce que pour exprimer des choses nouvêlies^ et méitte en laissant let aneiens termes subsister à côté des nowveauK (1). Il n'eat pas insignifiant pour l'hîstoirede remar-

(1) Comtm bara (bière) el ferttroi br<mdo et spada (épée); alctbarda ( ballebar<ie ) et a$ta; partigUma (pertuisaoe) et laneia (lance ), /orkire (fourbir) et pMUre (polir) ; §or^aimie (gonCiloA); bandiera (baAoière} et vêssillof biiuttTQ ( emporté) et iracondo (colère) , laido (laid ) et bruUç; giardino (jardin) tiorto; riceo (riebe) et dovizoio; guadagno (gain) et Iwro ( lucre) ; suello et rapide ( rapide) ; guiderdone el premio ( prix > ^ casa M magione ( MMaoo ), etc

ONZIÈME ifOOVlS.

quer que les expressions empruntées aux vainqueurs ont reçu on sens défavorable : ainsi , landy qui signifie terre pour les Allemands, est pris pour terrain inculte; ross^ pour mauvais cheval ; baron (en Italie) pour garnement^ et gras même, qui signifiait grand pour les vainqueurs , est arrivé à une acception dén^rante (i).

Pour peu qu'on y fasse attention, on trouvera dans Titiriiea des mots et des locutions qui ne tirent pas leur origine du latin , ou, pour parler avec plus de précision, du latin écrit. Ces expressions, outre qu'elles figurent souvent au nombre des plus nécessaires (3) , et que leur racine très-souvent ne se rencontre pas même dans les langues du Nord , sont plus fréquentes dans les pays où jamais n'ont séjourné les Septentrionaux : par exemple, en Toscane et en Romagne. Or, d'où ont-elles pu venir, si ce n'est des anciens dialectes qui avaient survécu à la domination romaine? Et ne voit-on pas une nouvelle preuve de ce faitdai» la conformité des dialectes adoptés par des pays où l'on parie des langues difTérentes (3)?

n ne nous reste aucun monument des langues alors usitées, attendu que le peu de personnes qui écrivaient employaient Fidiome savant, le latin, ou cequ*on appelait de ce nom; cependant nous en trouvons assez de vestiges pour ne pas doutar du changement qui s'introduisait peu à peu dans le langage. En effet, on voit les notaires et les chroniqueurs se croire exigés quelquefois d'expliquer l'expression latine par une autre expression plus usuelle, et dont on reconnaît l'identité avec le terme usité aujourd'hui. B^uh

(1) Le français a tiré de IJalmand tmch ( lifre), bonquia; de mund (bouche) moue; de herr ( seigneur) pauvre hère^ etc.

()) En foisant remarquer que h plupart de ces mots ont passé presque identiquement dans le français. Mous citerons pour les parties du oorpe : testa (t6te); coppa (le derrière de la tAte); gwmcia et gota (joue); ^ojiaseiaet mascella (ganache et m&choire); spalla (épaule); schiena (échine); matieke et chiappe (fesses ) ; /ianeo (flanc) ; gamba (Jambe ); gareito (jarret) ; stinco^ ( tibia, 06 de la jambe ) ; ealcagno ( talon ) ; panciaX panse ) ; fegato (fiàe) ; bn* iella (boyaux ), etc. — Pour des choses très-communes : scorsa (éeoree): seopa (balai); /rocda (tresse); jeMc(/)fo (soulBet); «cAttiiiia( écorne); ^ do (tamis ); revescio ( revers ); seroseio ( bruit que fait l'eau en bouillant); fretta(hSte)irUehio (risque); totto (tôt); Hfparmio ( épargne); ro»« (bigage); repentagHo ( danger ); arrosto (rôU), etc.— Pour les verbes : eereare ( ciiercher ) ; partire (partir ) ; recare ( appeirter ); strasdnare (traîner ); gtttare (jeter); scappare (échapper); soffiare (souffler); tagOare (tafller); seMvare (esquiver); seorgere (apercoTOir); poisor» (passer); spingere (pousser); siracdare (déchirer), et tant d'autres d'un emploi plus on oMins fréquent.

(S) Le patois de Marseille ressemble beaucoup à cehiî deMilni.

LANGUI

coup d'andomes chartes italiennes mentionnent également certaines localités d'après l'appellation vulgaire y de même que les personnes ou les métiers. D'un autre côté> le peuple^ en donnant, selon son usage y des surnoms plaisants ou qualificatif, les formu^ bit dans son langage vulgaire » et leur imprimait la physionomie nationale , soit en Italie y soit en France, mX ailleurs. Quelquefois aussi, les historiens emploient des mots vulgaires comme les expressions mêmes de leurs personnages (1). Nous devons encore remarquer que les documents émanés d'écrivains français , espagnols et autres offrent certaines locutions qui ne sont pas latines , et que l'italien a cependant adoptées; ce qui prouve qu'elles dérivaient d'une langue antérieure (2).

Des preuves moins directes et pourtant plus convaincantes de la transformation des langues néo-latines peuvent se déduire des anciens écrits, chartes, diplômes et contrats. Tous en se donnant pour de grands clercs et pour de bons latinistes, leurs rédacteurs laissaient par habitude tomber de leur plume des idiotismes et des phrases de leur langage familier, fautes qui ne tenaient pas moinsàTignorance de l'auteur qu'au pays qu'il habitait.

Mais quand cette tranformation s'op^-t-elle? c'est comme si l'on nous demandait à quel moment nous sommes passés de l'enfance à la jeunesse , et de celle-ci à la virilité. Le travail des langues ne procède pas autrement; il est aussi insensible que le sont, chez nous , les révolutions successives de l'ftge. Il était commode et agréable au petit nombre d'hommeâ qui avaient le privilège de la science, de posséder une langue commune qui leur permit de se transmettre leurs pensées, même dans des pays dont la langue était différente; ils cultivèrent donc le latin , et négligèrent Tidiome vulgaire. Les seigneurs lombards ou francs traitaient sans doute leurs affaires dans les dialectes tudesques; mais, quand il

(1) Quiid rarcberèqne GraMolMW reçut le ptUioa , le peaple de M&aa criait i Seccum la stola. (Rer. Script., V, 476.) Dans la Vie da bienbeureiix Pierre Urseolo : AU abbati lingua proprix nationis : O ahba, frotta me : koe esi, Virgis cxde mt ( ÂDt It, II, lOSI .) ^ Le cri des croisés : Deus lo volt. ^ 1179 : M hMtïwrii ekuMbant : LeTate, andate. — Les tanmes romaines appelaîtDt Tantipape OdaTlco, Ungva 9ul§ari^ Smaata conpagoo. ( Baroaius, adao. 1164. )

(2) Noos nous bomeroDs à an exemple espagnol tiré de DomsiiiL» Doctrine de VÉglise^ en 741 : Non faeiant iuas missas nisi portis cerraiis ( fermées, serrate) : sin peiten (payent, en italien paçkino) deeem pétantes ( pièoes, pezze ) argend, Hontuteria qux sunt in eo mando fadant SaraceMs bona achoUtensa (accaeil, acoglienza), sine vexatione neque forcia : ve$idant Mine pechoy tali paeto quod nonyadant Joras de noifroM terras.

quelques çlerp$ d|l pa]f^^ qui 1^ v^diQeajeut dans up jar^op M|r quç) Us donnaient }e nom de cantiïi^ étai^t libellés

par dp« nptaîres , qiû js'ea tenaient fenrileiiMspi «ux fipci^ones fiofr i»^e$; les lois et 1^ ^^^^ ^eot rédigée en l^to, edwlffrand intérêt pe portât le$ ^oauno^ k perf^tlponerie^ l«OglW» vy^lp^jirep. Q\m\ prédic^tiops , U ftr^i^(nirt4# qw'^Uo» çtaifipt çpgiprises p^F muUltiid^^ QanlI^^ 1^ «ont 9^jiÇH;i|4')uii les seripoDs prononcé^ dans la ]9)py£iP9d Italie ep toSQiM^t si difGërepie div divers dialectes p^^lé^ te peuple. Quelquefois^ cep^pdapt , le pr^dicatepp parlât lil^e(r(t(iter et êçienter^jo'mi-h'i'irQ ep latin ; fiûsuite lui-même ou un autre expUquiût l'aUocutiop puUemaUtisr, c'est-^-dire diui§ la lapjjue rpôtewlle (1).

torsqûe les notions se fièrent çp$|q ^p^titué^, eltes ^ Haani^ rent ce qui forqae leur premier c^ictère disttpctif , un langage propre, qu'elle dévçloppèjoent ^lop leur nature part^ulière, en y adaptant les éléments aptérieurs qui étaiept à leur conrepance. Elles ne Qreut toutefois qpe le bégayer tant qpe ]e$ communications furent ]p^vesj ainsi que les affoire^ d'iptérét général; mais quand le peuple , affranchi de 1;^ servitude féod^e, fut ap* pelé à discuter ses intérêts particuliers , les difCérepts dialectes durent s*étendre et se perfectiopner; c^r les hommes réunis en assembléedélibér^pteseprêtentdjfficilemeptiàparlerautrepientqu'ils ne parlent daps Ifi conversatiop usuelle , aUep4u 41)^ cbacup P^ peut disposer k son ^é d'un ipterprète pour exposer sop opinion.

Les langues nouvelles ne se forp^ept dope pas h l'aide d'un travail scientifique , mais d'après Teuphoni^ et l'analogie, selon la logique naturelle et cet instipct régpl^ur qui se mopif^^^ d'une manière si étonnante chez le^epf^ts; mais, ip4.épendamment de l'imagination, c'est-^-dire dfl h partie poétique, qoi donnait une façon particulière à chaque dialecte , il y entrait un autre élément, l'érudition, laquelle y greffait les données du monde aatique. C'est ainsi qu'aux Inagms modernes , peUtiques et populaires de leur nature , vinrent s'ajouter l'éducation et l'exemple des idiomes aptérieurs.

Les pay^ op les commupes s'étaient conservées, ou qui avaient joui les preoûers de cette institutioa, retinrent taie plus grande partie du latin ; dans ceux où les communes se constituèrent tardivement, un plus grand nombre d'éléments étrangers se mêlèrent

(1) Toy. Antich. Sstensi, à Tan 1189. On suppose qye les sermons desaiit Bernard furent traduits par lui-môme, ce qui indique au moins qu'ils le furent de son temps.

mt^, mi dm^ h cQvmim ou \^ M 9 U m vM^^m ua^ prodigiduae ifmété.4/à ^M/^cjj^ ; ^ngo , (orsqoii; 1» c(wniuae et la^ef se fondirent pour constituer de petits Ë^fd^ p(^-ci 4^rpy^^mes^ on adopta de préférence un dialecte particulier qui se perfi^oMNI pwi pe», ^td«vû4)a lai^

P^Tfpî le^ Déo-I|Ui9^$ > fut te pjKijirçisiç^ q^i parut Ui IMf«wer. ,1^ de Vtj^ *y4^ ^té tr^S-bÔw^ fr^we réd«ij ^ pwviQçe pfwr 1^ ftoawû«S , te BftW ^rot?e»c^ , qui kÀ^tf(9^è; tes.Fr»p<si iw^wt, au cpotrwe, )>^ftçwMP <te peine à y consolider leur domination. Aussi ^ moins tourmentée par les biu*bares , cette partie de la France ^ montrât déjà , sous les Carioviogi^ns, fba$cvM^^fm te 4u M^'ll^ TaiiiQQse se bvraieni à «p ecMnaiefM taèi-fiQtif . fut dans cette contrée que prit naissance et grandit la fille aîn^ée du latip^ qu'on appela langue d*oc, jH)Uir la diâtjiigM^ 4p ^ l«Qgi^ de ou italienne, et de la langue A'oU m d'oui ^ qui est k w^Uon^ welche ou gaulois de la Fraoee sepleiitrionrtd. Dès l'an §77 , cet idiome était parlé à la cour do Boson 1 roi d'Arles (1); il s'étendit dans

(1) plu» mtàm mmiimià» 4» h u^w^ m tfVx? fmti

iisf# Fl«iry« 4 w Me tr«#ve a^Di^ed'^i |»iblj(9|JM)ue d'Orléans i f»

3** l^iî er«ii4 aooitMCi <k it^iésm v^ipdpi^ iqvi. ^ Uï^mt^h^ 1)91^ Ul^iptbèque de Genève, et, entre autres, la Nohla l^yfi^n, qf» pqrte If^ date i|e I U)Q- £ile a été publiée par M. Raynouard, dans le tome 11 du Choix de poésies des troubadours. Nous citeroM le enmnignceaxntdu foèanê sur fio#oe t

Aos jove omne , guanc^tt» ^iie estam De gran folUa peu- foUedat parlqm p Quar no nos membra per pivr^ pffi^tmkf Qui nos soste, tan quan per ^erra ann^W^

Et qui nos poli quif nfi vmrem4^/mf

Per eut salves ^'^per, pur tm qu'j^lh ftmm^

Nos jove omne menam ta mal jovent.

Que tu non o preza, si s trada son parent ,

Senor^ ni par, siHl mena malamenl ; Ni rus vel Vaitre, si s fait fais sacramenl; Qtuint 0 fait, mica no s*eti repent, E ni vers Deu non fai emendament.

Nous jeunes hommes tant que nous sommes tels,

De grandes loties nous parlons par folàtreries ;

Car nous ne nous souvenons pas par qui nous espérons vivre,

OKZrillB iPOQUB.

tout le payssitaé entre la Loire et les Pyrénées ^ d'où il se propagea dans la Catalogne et l'Aragon y sous le nom de linunM^. Si ce n'est plus aujourd'hui qu'un patois , il n'en a pas moins eu jadb une littérature florissante (1).

Malgré la renommée dont le provençal fut redevable aoï chants des troubadours^ malgré la douceur qu'il tenait du latio, il dut céder le pas à la langue de la cour, c'est-à-dire au français^ qui tire bien un cinquième deson vocabulairedubasdiemand. Cette langue se forma surtout en Normandie, où les successeurs de Rollon introduisirent un grand nombre de mots et de prononciations

Qui ooas soatient tant que nottà allons sor tem,

Et qui Botos Doorrit poot que noué ne moorriom ^ de Ukn,

Par qui J'espère que nous serons saoTés ponm que nous ilafoqnisii.

Noos jeunes hommes nous menons si mal la Jeunesse Que Ton ne tient cottkptede trahir un parent, Son seigneur, ton ^1, de le maltraiter, Et Fun ToUe l'autre s*U fiût on faui serment; Quand il l'a fait, plus il ne s'en repent. Et n'en fait pas amende enyers Dieu.

Les poésies vaudoises, curieuses en eUes-mAmes par TeiporilioB dn syiièBM de ces hétérodoxes, ont un intérêt particulier pour les Italiens, puisqu'ellss Mat composées dans un dialecte qui se rapproche davantage de leur langue aetoeie que ceux, par exemple, de Gènes ou de Montfemt Voici deux strophes de li Barca, dont nous croyons inutile de donner la tradoetioD, sauf po«r les dsax demien vers; en ijootant aux moU la tenninaison moderne, ils sontitaHaVyCt H 7 a peu à faire pour les franciser.

D$ quatre eUment ha Diolo mmUJérmà :

FuoCf ap'êf a^ga et terra ionnom$nà; SteUu e planetasfeffdefuoc; Vaura e lo vent han en Vaifre lor luocp Vofiga produy H oysel et H pegion^ La terra U Jument e H omfellon.

la terra es lo plus vil de li quatro élément De laealjb fayt Adam, paire de tota gent. 0/aneI o polver ! or te ensuperlHs!

0 vaysel de miseria, or te enorgolhis t ffoma te ben, e quer pana heota , Lajinte mostrave que tu aures obra.

Orne-toi bien et cherche une Taine beauté ; La fin te montrera ce que tu auras fait.

Ratmocaei», Choix des poésies originales des troubadours, t II, p. 103.

(1) Voyez Mart-Lafor, Tableau hUtorique et comparatif de la langue parlée dans le midi de la France, et connue sous le nom de langue rmaneprovençale, ouvrage couronné par llnstitut en 1841.

LANGUE

nouvelles. Ces conquérants^ qui avaient l'art de s'assimiler les vaincus^ firent naître une littérature normande, non pas poétique comme la provençale, mais érudite et logique. Dans les écoles, on enseigna non-seulement le latin, mais encore le roman, o'està-dire le français, qui commença ainsi à se perfectionner. Les premiers essais de ce langage viennent donc de Normandie, et, après les Vies des Saints du chanoine Thibaut, les plus anciens monuments sont les prières et le psautier traduits par ordre de Guillaume le Clonquérant, et ensuite les poésies des trouvères (1 ] .

(1) Un monumeut très*aiicien de la langae française est ce chant de Catien de Tours^ en l'honneur de saint Étienne; il est da dixième siècle :

Par amor Deu , vos pri, seignor harutif

Si ce vos tuH ( si cela yous duit, tous platt), escoier ta leçun

De saint Sstenne le glorieus barun ,

Escotet la par bone intention ,

Qui a cejor reçu la passion.

Saint Sstenne fa pleins de grant bonteit , 'î

^ Examen tôt, celo (comme tous ceux ) qui ereignent en Diex , Fesoit miracle o nom de Dieu mendé ( demandés } As cuntrat (aux contractés estropiés) et au ces { aux aveugles ) a tôt dona senteit :

Par co (pourquoi) haîerent (le hairentj autens lijuvé (juifs.)

M. Hoffman de Fallersleben a trouvé récemment; à la bibliothèque de Valenciennes, un manuscrit du neuvième siècle renfermant une canUlène en Thonneur de sainte Eulalie, d'autant plus importante à étudier qu'elle a été composée dans un pays où l'influence des dialectes méridionaux ne se faisait pas sentir ( Monuments des langues romane et tudesque dans le n^vième siècle, Gand ). En voici quelques vers :

Voldrent (ils voulurent ) la faire diaule ( diable ) servir ;

Elle non escoltet les mais conseilles ^

Ne por or, ned argent, ne paramens (parures ),

Quelle perdesse sa virginitet,

La domnizelle celle cose non contredist.

L^Oraison dominicale, qui se récitait en France à là fin du onzième siècle était ainsi conçue:

Sire Père, quies ès cieux, saint^z soit li tuens nons, auigne li iuens règnes, soit faite ta volunié, si corne ele est faite el ciel, si soit ele faUe en terre, Nostre pain de cascun jour nos donc hui, et par donc nos nos meffais, si comme nos pardonons à sosqui m^ait nos ont. Sire, ne soffre que nos soions tempté par m^auuesse temptation, mes, Sire, deliure nos de mal,

Barrois dans ses Éléments carlovingiens ^ linguistiques et littéraires, Paris, 1845, soutient que la langue nouvelle ne M pas écrite; que Charlemagne essaya le premier d*y appliquer la graphie , qui n'était qu'une application de la dactylogie , laqueUe consistait en signes faits avec les doigts. U sou-

niST. UMV. — T. X. 37

Cette sympathie des nations^ qui fit dire à Jefférson que < tout homme a deux patries^ la sienne et la France, » valut à la langue française l'avantage de se propager rapidement; cette difftiâon fut encore aidée par les courses aventureuses des Normands, leurs conquêtes et les croisades, ftentdt le français devint la langue privilégiée de l'Europe. En 1093, Wiston, évêque et hommedmt célèbre, était écarté du conseil du roi d^Angleterre, parce qu'il ne savait pas le français (1). Le prince Henri, invité par les seigneurs napolitains à monter sur le trône à la place de son frère Guillaume l^, s'en excusait par le motif qu'il ne savait pas le français, idiome dont la connaissance était indispensable à la cour (2). En 1275, Martin de Ganale écrit dans cette langue l'histoire de Venise,/)ar<?e que langue françoise cort parmi le monde^ et est plus délitahle à lire et à oïr que nulle autre. Aldobrandin de Sienne eo faisait autant pour sa Physique, et Brvmette Latini, maître de Dante composait également en français son livrre intitulé le Trésor, a pour cJwu que la parleure en est plus délitable el plus commune à tous gens (3). » •

Guillaume le Bâtard porta en Angleterre la langue française, en promulguant ses lois dans cet idiome, avec injonction de remployer dans les prières et dans les prédications (4). L'ordre du

tient que la langue d'ail ne doit être cherchée ni dans la langue romane de Raynouard ni dans le proTençal de Fauriel, et que la langue dea trouhadovK était erttièrement différente de ceHes des chansons de geste.

(1) Quasi homo idiota, quia linguam gallicam non noveraL

(2) Qua maxime necessaria esset in curia.

(3) M. Leroux de Lincy a publié en 1842 un nouTean volume de la CoUfC' tion des documents inédits relatifs à Phistoire de J^ance , où i| a réuni de précieux monuments de la langue et de la littérat^re a^ temps de Pii^lippe^Xiiguste. li les a fait précéder d'une introduction suic la gran^maire i:Qa^ane* et de tableaux comparatifs des formes du discours et de t'orl^ogr^phe aux domiène, treizième, quatorsième, quinzième et seizième siècleeu

(4) On lit, à la fin du Psautier que Guillaume le Conquérant fit traduire pour ka Anglais, ce Pater ^ qui peut servir d^échantillon ponr le ilialntia «vroand :

Li nosixe Père quÀièses. Qiets^ sait^tsfie^ seit U tuens nunis; ame»§tl U iuens règnes ^ seitjeite la tue voluntet^ cwn en çiel ei en terre. Et M»tre pain coiidian dun anMoi^ei perdune a nus les noz daiies^ eùs» am jêus pardununs a nos deturs; ne nus meina en temtaUum^ m«U* delmn m de mal. Amen,

Void , en outre , quelques-unes des lois données par Guillaume à VàM^ terre :

Ces sont les leis et les custumes que li reis William grantnt a tuile pmpie de Engleterre après la conquest de la terre ; iceUs meisma qws U W Edward, sfm cosin, tint devant lui.

goQVivaifi iai donnait daDsl6 pays une plus gmede îniportaDce qa^m France même, où la langua suivit , dans 9oa développement^ la progression lente de Tautorité royale, qu'elle contribua à fortifier (i). Oe fiit seulement sous François qu'il f^i ordonné de rédiger français les actes judiciaires; dès lors Tupité poli* tique de la n ation resta associée k l'unité logique du Imig^ge.

Les priacipaur dialectes de la France septeptrion^^ outre l^ Bormand, étaient le {Mcard, le flamand et le w^Uon, qui^ rapprochaient davantage des dialecte teutoniquQs ; dans le midi^ ceux du Languedoc^ de la Proveooa> du Dauphipé, du f^yannais^ de TAuvergne^ du limpusin et de la G^soogf^ tenaient plus du latin.

Le français naanque de noms verbaux et de désiq§qce$ propres à marquer raccroissement, la diminutipp, la comp^aison, la supériorité ; il est très-pauvre d'inspiration et d'hard^pnie, et c'est à peine si le rbythn^e en e^t sensible; sa prosodje est vague et insuffisante. Au lieu de teiqtas traQphées, jjs ne présente que des nuances d'une même couleur; plus souple que hardi, il produit un murmure plutôt qu'une mi|sique^ et ne devient, poétique qu'à force de ^lept, Mais^ eu revanche^ il est sp^v^rainement approprié à la pro^e, langue d'État, pqnome rappelait Gha):les-Quifit. Depuis Malherbe, il s'est refqsé à toute inver^on ; mais si cette méthode logique, dont il ne dévie pas, le fait accuser de timidité et d'indigence, elle lui donne pour attribut essentiel la clarté, à tel point que l'on a pu dire : Ce qui n'est pas clair nest pas français. Ce mérite^ qui Ta fait adopter par la diplomatie et la philosophie, l'a rendu comme le lien comiPMQ de la pensée

Art. 1. Co est a saueir, pais à saint Yglise; de quel forfait que home ont fait en cet iens, e il poul venir saint Yglise, oui pais de vie et de membre, B se alquons meistmain en celui qui l<f mere Yglise requireit, se C€o/u$t u wsque, u abbeiCf u yglise de religion, reudist ceo que il jauereit pris, € cent sols de forfait et de mere Yglise de paroisse XX sols , et de chapelet Xsols, etc.

Art. 10. &i purgist femme per forse, forfait ad les membres , K$ abate femme a terre per faire luiforse, la multe al seigneur X sols; sHl la purgis, forfait est les membres.

▲rt. 26. Si femme est jugée a mort u a d^acum de membres As seit encentée , nefaced luum justice desquele sait deliuere,

Ali. %1 SiU père traitait safillp en auullérie en ^a maisonn, u e^ la maison sou geëdre, ben U laust oure lauultere,

(1) Aujourdlmi, parce que notre France n'obéit qu'à un seul roy, nous sommes eoneraints, si nous voulons parvenir à quelque tanneur, de parler son langage ; auUremetit nostre labeur, tan fut-il honorable et parfait , serait estimé peu de chose , ou peut-estre totalement mesprisé. (Ronsard, Abr. de l'Art poétique.)

ONZIÂME ÉPOQUE.

entre les nations^ qui^ volontairement ou non^ lui emprontent, chaque jour et de plus en plus, sa construction et ses idiotismes.

Espagnol. Beaucoup d'érudits assurent que la langue espagnole s'était formée avant invasion musulmane par les modifications que Tidiome septentrional des Goths avait fait subir au latin (1). Nous ne saurions voir là que le fait observé partout ailleurs dans la transformation des langues, et Ton peut déjà le remarquer dans Isidore de Séville. Nés d'une origine commune^ l'espagnol et l'italien se ressemblent^ surtout dans leurs commencements^ avant qu'ils eussent été façonnés selon le caractère particulier des deux peu- , pies. Il faut surtout remarquer que les syllabes élidées dans la contraction des mots, sont différentes dans les deux idiomes, au point qu'il est impossible de reconnaître la parenté entre deux expressions dérivées de la même racine ; l'espagnol devint plus accentué et plus sonore, plus aspiré et plus majestueux^ et l'italien plus coulant^ plus vif, plus expressif. La longue domination des Arabes dut avoir une influence notable sur l'espagnol ; car^ bien que le latin restât la langue des vaincus^ beaucoup de chrétiais, qui habitaient parmi les vainqueurs, en adoptèrent le langage; à Séville, à Tolède, à Cordoue, le Christ était chanté dans la langue de Mahomet. Les Espagnols prirent donc de l'arabe les aspirations et les sons gutturaux, que Ton ne trouve dans aucun autre idiome de l'Europe (2); la voyelle y domine tellement que d'ordinaire la rime n'y est qu'assonante^ et ne s'inquiète pas des conscnmes.

roKagaii. portugais est une contraction de l'espagnol^ tellemrat que parfois les consonnes radicales se trouvent élidées (3); la prononciation en est^ du reste^ adoucie, conune il arrive toujours chez les dialectes des côtes par rapport à ceux des montagnes. Les aspirations del'arabe^ adoptées par les Espagnols^ y ont été atténuées

(1) PoiBLANCfi ( Opuscolos gram-satirkos ^ Londres, fsss ) soaUeat que U langue espagnole existe depuis la république romaine. Mayans la fait Tenir eatièremeut du latin, et affirme qu*elle contient très-pen de mots arabes. Coade, an contraire ( ffist. de la dom. de los Arabes en Espaha ), fait du castiUtt un dialecte de Tarabe.

(2) Les lettres X, J, G, F, sont aspirées en espagnol; le I mooUlé remplace pl, et ch les deux tL Ainsi, llano au lieu de piano ^ plan, piano en italien; fait, dit, hecho, dicho^ au lieu ùefatto, detto en italien. Beaucoup de nnCs finissent par des consonnes or, er, os^ as, surtout les infinttifs dmterbes et les noms au pluriel.

(3) Au lieu de doloft on dit (for; au lieu d« cMOf Ceo; de mfor, tnor, etc.

LANGUE

par le changement du h enf, du x en chy de Viota en lh{i);m ç ils ont substitué les prononcé comme le th anglais et le Ogrec. Le fond de la langue est cependant latin^ à tel point que certains passages offrent accidentellement un sens tout à la fois latin et portugais ; mais cette langue, conune Tespagnol^ conserve des mots dérivés du grec sans Tintermédiaire du latin (2), et laissés dans le pays par les colonies helléniques antérieures à la domination romaine. Et méme^ à mon sens y l'élément arabique du portugais n'est pas seulement dû à la domination des émirs, mais provient aussi des colonies phéniciennes.

La chronique d'Espagne attribuée à Luitprand dit que^ vers l'an 728, dix langues y étaient en usage comme sous Auguste et Tibère, savoir : l'ancien espagnol, le grec, le latin, l'arabe^ le chaidéen, l'hébreu, le celtibère, le valencien, le catalan et le castillan. D est probable que Fauteur reportait à des temps plus éloignés ce qu'il voyait du sien, c'est-à-dire en 950. Le castillan, qui devint ensuite la langue nationale des Espagnols, se parlait déjà vers l'an iOOO, au temps de Ferdinand le Grand, et le portugais vers la fin de ce siècle, aussitôt que le Portugal eut été érigé en royaume. Il existe des documents très-anciens de ce dernier idiome (3); on voudrait même attribuer au roi Rodrigue certaines lamentations sur l'invasion de l'Espagne, qui appartiennent probablement à l'an iOOO, ainsi qu'une chanson de GonzaloHermiguezet d'autres poésies. En Espagne, quelques romances remontent peut-être à l'époque du Cid; puis viennent le poème sur saint Dominique de Silo, composé par Berceo au commencement du treizième siècle, et les poésies'de don Juan Manuel. On a prétendu que le Fuero juzgo avait été traduit en langue vulgaire à l'époque même où il

(1) Vlh équivaut ao l moaillé français, au gl Italie. Quand l'espagnol dit Agujero^ Alhaja^ la portugais dit Açulheiro, A\faja, Les Portugais ont admis aussi les dipbtliongues eomposées d^in son nasal suivi d'une voyelle sourde, comme pdo, pain, qui se prononce pon-o, ou bien |Hf*o, sans que l'n fasse syllabe avec l'o

(2) Tels sont l'article o et Ao, 2«; caleutna^ cri des marins ; mo^ontfo, fourbe; roman^ grenade, de roa; caray visage;; gana^ désir, etc. Yoyes J. Pb* DBo RiBURO , DiMerl. chronolog, eriticas,

(3) Voyez VBlucidarlo dos palavraSf termes $ frases que en Portugal antiguamente se Hforoo, etc, par Fr. Joaq. db Samta Rosa db YrrERBo; Lisbonne, 179S.

Lord SluariFde Rothsay a fait imprimer à Paris, en 1833 , à vingt-cinq exemplaires, un recueil d*andennes chansons portugaises, prises dans nn manuscrit de la bibliothèque du collège des nobles, à Lisbonne ; elles sont antérieures au roi Denys ( 1279) : elles roulent, la plupart, sur des sujets amoureux, et se rapprochent plus du provençal que du portugais moderne.

ONZIÈME ÉPOQUE

fut composé^ c^esfrà dire sous le règnô d'Egisa ; biea que le texte que nous possédons ne remonte pas à une si haute antiquité» il est certainement antérieur à Alphonse XI.

vauque. La lauguo valaque provient des colonies romaines établies sur le Danube ; mais les invasions successives , et surtout celle des Goths, y ont introduit des formes essentiellement teutoniques, qui se distinguent tout d'abord des formes d'origine latine. Levalaque a tout à fait perdu les désinences variables des cas^ ainsi que la différence entre les deux participes présent et passé; il a adopté Von indéterminé > le comparatif avec pins , les verbes être et avoir oomme auxiliaires des trois conjugaisons ; mais les articles diffèrent entièrement des autres , et se placent après le substantif; les noms sont étrangement défigurés (1), et le passif se forme non pas avec le verbe être, mais par l'adjonction du pronom personnel au verbe actif [2]* Le fond de cet idiome est pourtant latin ^ à tel point qu'on a essayé de traduire en valaque un poëme italien en n'employant que des mots dont la racine fût entière* ment latine (3).

Roman grison. Le roman /)u latin des Grisons provient aussi des conquérants romains; mais il a pris toute la rudesse du pays ^ et s'est considérablement altéré dans un espace de quinze siècles , durant lesquels toute la littérature s'est bornée à une version des livres saints.

luuen. La langue vulgaire a été écrite très-tard en Italie. Ce fait n'im-

plique pas qu'elle se soit développée plus tardivement; mais, comme le latin était réputé langue nationale et qu'il différait peu de l'idiome parlé, il n'y avait pas de motif pour que les personnes lettrées voulussent affronter des difficultés nombreuses en cherchant à manier une langue non encore écrite» incertaine par conséquent et capricieuse dans ses formes , jdans ses expi^ionS) dans son orthographe. De mêhie que les Italiens regwttèrent toujottfs l'ancienne grandeur de Rome, et se donnèrent, toutes les fois qu'ils le purent^ des institutions conformes aux anciennes, aa moins de nom, ainsi ils conservèrent avec plus de ténacité l'usage de la làngue latine dans les acte^ publics jusqu'au cotnmpnoeni«it de notre siècle; ils imitaient en cela les habitudes de la cour de

(1) Le nominatif est domnum, Taccusatif pradomus; cet us est l'article.

(2) Me laud pour je suis loué Voy. J. Alexis, Grammaiica daco-romaaa; Vienne, 1826.

- (3) Dans le recueil de langues Vater ; Leipzig, 1826.

RoiBe^ qui, correspoodaot avec le mondd entier^ éUit dans la nécessité d'employer cette langue.

Quelques philologues s€) sont plu à scruter les origines de kt langue italienne^ et il leur a été pos»ble de démontrer qu'elle a tiré la plupart de ses termes et de ses modes de l'allemand , du gi*eC) du provençal, du celtique , de Tarabe même et du persan. Si tous ont pu soutenir leur thèse avec un grand appareil d'érudition et souvent avec loyauté, il faut en conclure qu'aucun n'avait tout à fait raison, et que tous l'avaient en partie. C'est là un résultat inévitable toutes les fois que Ton rapetisse la question en l'isolant, tandis qu'il faut^ au contraire, l'agrandir en groupant avant tout les langues de la même famille > qui^ dérivant toutes d'une souche commune, ont nécessairement de grandes ressemblances entre elles sans que l'on puisse en conclure que l'une est fille de l'autre. On ne saurait jamais trop recommander cette manière de procéder aux étymologistes^ pour en finir avec les extravagances de l'érudition, et pour diriger vers un but plus élevé leurs connaissances philologiques (1).

Deux chartes^ rapportées par Muratori (2), nous prouveraient^ si leur authenticité était bien établie, que, dès Tan 900, les habitants de la Corse et de la Sardaigne employaient un idiome assez semblable à l'italien actuel ; cependant les hommes de race tudesque, auxquels on voudrait attribuer la transformation du latin en italien^ ne séjournèrent jamais dans ces deux îles. Nous avons cherché à montrer ailleurs (3) que les modes principaux , dans lesquels le second diffère du premier, se rencontraient déjà dans la basse latinité ; quant aux mots adoptés par l'italien , ils ne sont pas en aussi grand nombre, à beaucoup près^ que les emprunts faits au latin par l'allemand. On sait qu'il se rencontre dans les différents dialectes d'Italie des phrases entières tout à foit latines^ et qu'on a écrit des poésies partie en une langue, partie

(1) Le dernier liTre qae nons coklnaissions sur cette matière est celai de M. A. Brcce Whtte : Histoire des langues romaines et de leur titterùturet depuis leur origine jwqu^au quatorzième siècle; Paris, 1841, 3 toI. Oh y trouve assuréineat de bizarres rapprochements avec la langue gothique, et Tautear fait aussi preuve d*uae grande éradition en combattant la thèse soutenue par M. Rainouard ; mais les applications qu'il fait de son système à lltalien ne sont ni exactes ni assez étendues.

Perticari est le dernier qui, pour dépouiller Florence de sa gloire, a fait dériver ntalîen dn provençal.

(2) Arliq. ftal. med. œv, XXXIl.

(3) Ch. 19 du livre vni.

ONZIÈME ÉPOQUE

en une autre y telles qu'une longue composition sardo-latine (1). n n'est donc pas besoin de recourir aux étrangers pour expliquer l'origine de la langue italienne^ qui estrancien latin vulgaire^ modifié par dix siècles illettrés. Cela est si vrai que c'est sur le sol où Rome florissait jadis et dans la Toscane ^ centre primitif de la civilisation italique , deux contrées moins souvent foulées par la domination barbare^ de même que dans les pays où s'établirent les premiers gouvernements populaires, comme Venise , Naples, Pise, que la langue prit d'abord des formes déterminées^ et qu'il en sortit l'idiome actuel, aux mélodies variées, apte à se plier à tous les tons^ à être sublime avec Dante , tendre avec Pétrarque ^ vif avec l'Arioste, sévère avec Machiavel.

Ce fait contredit une opinion vulgaire, qui veut que l'italien ait été d'abord parlé en Sicile. S'il en était ainsi, nous y trouverions une preuve nouvelle à l'appui de notre thèse; mais parler est autre chose qu'écrire. Or c'est appauvrir singulièrement la question que d'attribuer la formation de la langue à quelques lettrés, fCit-ce même à tous, tandis que c'est le peuple seul qui lui donne la vie et la rend souveraine. La philosophie et la littérature ontelles donc l'intelligence qui invente et la puissance qui fait adopter les mots? elles savent au plus déduire de l'usage les lois grammaticales. Fût-il même vrai (2) qu'à la cour brillante de Frédéric H, le provençal eût pour la première fois fait place à l'italien dans la poésie , le petit nombre de fragments qui nous restent de ces essais ne diffèrent pas moins du langage vulgaire de l'Italie que certaines productions provençales, et que le chant vaudois que nous avons cité (3), chant composé dans les vallées du Kémont.

(f) Elle appartient au P. Madau, Saggio d* uni' opéra intitolata: Jt^wftmento délia lingua tarda ; CagUari , 1782. £a voici un morceau :

J)eusy qui cumpoientiairresistibUe Nos créas et conservas cwn amore^ Nos sustentas cum gratïa indefectîbile, Nos refrénas cum pœna et cum dolorCf Cum fide nos illustras infallibile , £t nos visitas cum dulce terrore, Cum gloria premias honos inhabile, Malos punis cum pœna interminabile :

Jam cummisericordia^ jamjustitia Humilias et exaltas, fecis curas , etc.

(2) Nous nous exprimons d'une manière dubitative, parce que Castelfelw soutient qu'il n'a été écrit qu'en provençal et en sicilien à la cour de Frédéric II.

LANGUE

Quant à ceux qui voudraient faire honneur aux princes souabes d'avoir fait mûrir Titalien^nous rappellerons que le premier Frédéric versifiait en grossier provençal, quand déjà Giullo d^Alcamo avait fourni des exemples d'un idiome vulgaire peu différent de celui d'aujourd'hui.

Dante déclare qu'on n'avait commencé à écrire en vers dans la langue d'oc et dans celle de si qu'un siècle et demi avant lui ; ce qui veut dire qu'on avait fait quelque chose en 1150. Benvenuto d'Imola, qui en 1385 commenta la DtVtne Comée^te, affirme de même que la langue vulgaire avait commencé à être employée dans la poésie deux cents ans auparavant (1). Quant au provençal , le fait est démenti par des documents positifs. Nous n'avons rien en italien d'une époque certaine^ et nous avons dit les motifs pour lesquels on ne commença que plus tard à écrire dans cette langue» qui ouvrit la carrière à la littérature moderne. Lorsqu'une langue succède à une autre, elle sait difficilement se défendre de limiter ; une fois qu'elle est formée et grandie, des écrivains l'emploient^ et dès ce moment elle reste fixée. C'est ce qui est arrivé pour l'italien , qui conservait encore, en 1300, la physionomie de la langue romane dans l'usage de Yau pour o, du / et àuj pour Yi et le g, et dans l'absence de Yi devant e (S); mais son allure, à ses premiers débuts, est plus originale qu'elle ne le devint ensuite sous la main de ceux qui voulurent lui appliquer la construction latine.

Appelée d'abord langue vulgaire parce qu'elle était destinée à la multitude , elle se sépara bientôt du peuple pour se réfugier dans la cour des petits tyrans du pays, ce qui la fit appeler langue cortigiana { de cour )• On en rougit plus tard ; mais les rivalités de ville à ville empêchant d'avouer la vérité et de reconnaître le mérite des écrivains qui l'avaient cultivée avec le plus de succès, parce qu'ils étaient de telle ou telle province de la péninsule^ elle ne put s'élever jusqu'à la sublimité populaire , et on la nomma langue docte ou lettrée. Puisse-t-elle un jour redevenir italienne d'expression et de sentiments!

Les dialectes, à notre avis^ avaient également pris à cette épo- Diaiectct. que la tournure qu'ils ont conservée depuis , et qu'ils devaient à des causes plus éloignées. Nous savons, par des témoignages précis^ que^ dans les beaux temps de Rome^ il y avait différents

(1) CoroiDeaUîre sur le 24* chant da Purgatoire,

(2) Tesauro, templo^ elarezta. judkk>^ têne, pensaro, etc.

ONZIÈMB ÉPOQUE.

dialectes en Uaiie ^ et qu'oo entendait > dans la Gaule Cisalpine, des expressions peu usitées à Rome. On reprochait même à Tite- Live désentir \ûp(Uaviniié. Si les Lombards prononcent Tu comme les Français ^siy comme eux, ils contractent Vau en o, et donnent à r^Taccentuation nasale, nous croyons qu'ils le doivent à Timmigration des Gaulois, antérieure à celle des Romains ; c'est pour cela qu'on entend, dans cette partie de l'Italie, des expressions proférées comme elles l'étaient dans les anciens idiomes gaulois (1).

Déjà nous trouvons dans des dialectes de ce temps les propriétés qui les caractérisent ai^ourd'hui. Dans plusieurs chartes vénitiennes du douzième siècle > le g est changé en z ( verzme^ ssorzi) des chartes bolonaises nous offrent cUtare sanclx LuzUt CnszaviUmuSy Gazzanimicus, Bonaz%intœ,rivum Anzeli^ DeUùde la Boffna, Adam de Amizo, Mutas de Balaîa, Ardetici de Magnamigolo. On lisait, sur l'arc édifié par les Milanais lorsqu'ils relevèrent leur ville de ses ruines, les noms de Settara Mastegnianega > Previde, idiotismes encore usités dans le pays (2). On trouve, dans d'autres contrées, des modes que les écrivains n'ont pas adoptés, et qui se rattachent au provençal, ce qui prouve qu'ils sont antérieurs à la séparation des deux langues. D'autres termes des dialectes sont restés comme un témoignage des dominations étrangères, grecs en Sicile et à Ravenne, allemands et espagnols en Lombardie , français en Toscane et en Piémont, tandis que dans les pays des Volsques, des Sabins, des Véiens^ des Falisques, des Marses et au delà du Tibre on trouve plus de restes du romain rustique (3) : tant les villes italiques étaient loin de parler toutes le môme langage (4). Cette identité de langage ré-

(1) Od disait braich dans Tancien gaulois, et actueUement ea Lombardie brasch; cadenn s^y prononce comme en Bretagne et en Irlande ; on y dit provecc comme dans le vieux français ( ciascun fait gran prtwecc qui hen tie^ ce quHl oie) fiœu comme dans r Anjou; ciao comtde dans le pays de Galles; «lif nommé dans difKrento dialectes français.

(2) Parmi les conditions du traité conclu entre Opizonne Malaspina et la Ligue lombarde en ilôs, on lit . Novum dicimus statulum a triginta annis infra, sive in zae. Dans une charte de 1153 (ap. Guiuxi ) : Et hoc vidi per annos octé et plUÊ a tierremotu ttf ta et decem anHis m la.

On dit encore de même aujourd'hui.

(3) Mazzoni TosELLi, 120. li parle d'uu poëme en dialecte bolonais, de 1360. Nous voyons, dans le NoveUino, que Ton conduisit à Ezzelin un ollaro , c'est-àdire un penlolaiOf chaudronnier, et qu'après avoir entendu tino twro^ no voleur, ladroy il renvoya au gibet.

(4) Les députés pour la correction de Boccace appellent le quatorzième siècle, « ce bon siècle oii on avait le même costume, la même monnaie ; les mêotes

pugn(s à la nature des choses , quand même il ne resterait pas de preuves évidentes du contraire , quand même nous ne verrions pas Dante ^ peu de temps après, réprouver les différents dialectes, c'est-à-dire les expressions trop incultes et trop l[nunicipales> pour n'admettre dans la poésie que les termes élégants et nobles. Mais un fait digne de considération ^ c'est que ces premiers écrivains, quelque fût leurs pays, s'étudiaient tous^ comme aujourd'hui encore, à se rapprocher du dialecte toscan. 8i les érudits qui ont voulu raisonner sur ce sujet avaient reconnu la règle générale que nous venons d'indiquer^ ils se seraient épargné cette multitude de subtilités et de discussions qui ont encombré des bibliothèques sans autre résultat que d'embrouiller ce qui était clair^ et de faire un sujet de controverse de ce qui est admis par le fait (1).

Les peuples qui envahirent l'empire romain parlaient la langue ^^^^^ teutonique , modifiée en dialectes divers ; mais nous manquons de monuments qui nous permettent d'en déterminer les difl'érences. Néanmoins il nous reste des fragments de la Bible traduite par Ulphilas > évôqUe des Goths de Dacie et de Thrace , vers la fin du quatrième siècle (2)^ un témoignage donné à Naples à l'appui d'un

inœitrB elle même langage, » Bien qu'ils n'appliquent cela qu'aux Florentins, c'est déjà une assetiioo contré nature. Mais que dire de celle de Perticari , <]ui prétend que « les ?iUes d'Italie commencèrent toutes à la fois à parler de la même manière l'idiome vulgaire ? »

(1) La France avait aussi plusieurs dialectes, dont les traces ne sont pas encore effacées , et Ton voit que i'un d'eux était considéré comme celui des gens bien élevés, pat ce que dit Quesne de Bëtbimie en pariant de kii-même, que

Son langage ont blasméU François,

|Mroe qu'il n'était pat de Paris, mais de TArtois» ce qu'il allègue pour s'excuser :

Ne cil ne sont bien appris ne courtois Qui m'ont repris si fai dit mot d'Artois, Car je ne fus pas norriz à Pontoise,

Voyez sur les dialectes de la France , Chahpoluon-Figeac, Nouvelles recherches sur les patois ou idiomes vulgaires; Paris, 1809.

ScHKAGKRNBuiiG , Tablcau synoptique et cotuparatif des idiofnes popu^ laires ou patois de la France ; et un travail postliume de M. Failot, dont il est parlé dans le cb. xv de l'ouvrage de M. Ampère sur Torigioe de la langue française.

(2) Nous avons déjà parlé des vicissitudes du manuscrit d'argent. Le cardinal Mai a trouvé, en 181 "7, dans la bibliothèque Ambrosienne, des fragments de l'épttre aux Romains, les autres épttres de saint Paul, des Oaginents des quatre évangiles, ainsi que d'Esdras et de Nébémie, qui ont été publiées par les soins du comte Octavio Castigiioni ; Milaa, 1819-29-34-35-39.

ONZCBME ÉPOQUE.

contrat et quelques commentaires sur Févangilede saint Jean ^ tous en langue gothique^ laquelle montre déjà desformes assez arrêtées; mais elle décline avec la nation. Les ressemblances qui existent entre Tallemandet le grec portèrent Morhof à soutenir que le second dérivait du premier; d'autres ont soutenu la thèse contraire. De pareilles théories sont excusables pour un temps où Von ne savait pas remonter à des sources plus élevées , et reconnaître entre les langues une fraternité et non une descendance. Les noms propres, qui sont presque le seul débris de Tancien tudesque y donnent la conviction que cette langue possédait déjà la plupart des racines dont elle se compose aujourd'hui ; mais^ tandis qu'elle se conservait^ en Scandinavie , exempte de tout mélange étranger, elle s'altérait à mesure qu'on s'éloignait de li Baltique. Elle est déjà moins pure chez les Goths; puis ce peuple, les Francs et les autres colonies qui se succèdent dans l'Allenuh gne méridionale produisent un mélange d'où sort l'idiome gros* sier qui est l'allemand vulgaire.

Beaucoup de Germains délaissèrent leur langue maternelle pour celle des vaincus; d'autres» et surtout ceux qui n'émigrèrent pas» comme les Alemans^les Frisons, les Saxons^ les Francs, les Ripuaires, conservèrent leur ancien idiome. On doit vivement regretter que les chants tudesques dont Charlemgane avait fait faire un recueil aient été perdus. Nous 'avons cependant une version de Touvrage d'Isidore de Séville sur la nativité du Christ, faite au septième ou peut-être au sixième siècle par un auteur inconnu; il nous reste aussi la règle de Saint-Benoit par Kéron, moine deSaint-Gall en 720 et, chose plus singulière^

(1) L'allemand de'cette tradoction ne s'éloigne que peu de rallemaod d*^ joord'biii :

Latin. Monachorum quatuor este gênera manifestum ett^ primm cœnobitarum^ hoc est monasteriale tnilUans sub régula pel abbate.

Allemand ancien. Munkho ftorent wesan chtinni ckund iste ; erisia.

moderne. Deren Munchenvier Gatlung segn kund ist; ersiUek ancien. SammanungonOf daz ist MunistriUh chan\ffcmtL moderne. Gesammleten, das Ut fnonasterlich kamp^den, ancien. Untar regulu edeo demu fatere. moderne. Vnter der Régula oder dem Vater,

Voyei, dans la préface de VAlthoehdeutscher SprachsduUs de Gim» ks docoments relatifs aux dialectes allemands, depuis le septième josqa'an oasièMe siècle. D'antres monnments de l'allemand primitif ont été publiés par Wackernagel et NoUi ( Deutsches Lcsenbuch); entre autres, une exhortation an peuple

LANGUE

un fragment de Hildebrand et Advbrandj poème chevaleresque qui remonte au commencement du huitième siècle^ avec les noms des mêmes héros qui figurent dans les Niebelungen. La langue allemande peut donc produire des monuments antérieurs à ceux de toute autre langue vivante.

Vient ensuite Ottfried , moine et instituteur au couvent de Wissembourg en Alsace^ qni écrivit en quatrains V Harmonie dessairUs Évangiles, dédiée à Louis le Germanique. Il se plaint de ce que les Francs n'ont pas encore cultivé leur langue propre, quand tant de peuples Pont fait. Est-il donc défendu, dit-il^ de chanter en langue franque les louanges de Dieu PU l'appelait linguam indis» ciplinabilem, attendu le travail auquel il dut se livrer pour la plier à son gré et représenter par des lettres latines la prononciation iudesque, en accumulant les consonnes et les voyelles (1). Cette composition^ d'une force et d'une concision admirables , où U rime est substituée à Tallitération, fut le point de départ de la littérature tudesque. Ottfried fut suivi par Notker, abbé de Saint- Gali^ mort en lOiS; par Wiliram^ abbé d'Ébersberg, mort en 4085; puis on trouve l'hymne enThonneur de saint Hanno et le chant sur la victoire de Louis UL Le bas tudesque ancien y apparaît non comme un simple dialecte mais comme une langue distincte. Ck)mme la langue allemande reçut son impulsion littéraire des missionnaires latins et anglais^ ses premiers mo* numents sont des livres de religion et sortent des cloîtres; au dixième siècle viennent quelques morceaux philosophiques, mais la bonne prose fut perfectionnée par les écrivains mystiques des douzième et treizième siècles.

De sa fusion avec le saxon résulta le haut allemand ; les monuments qui nous restent sont la Schwàbische jEneide de Weldeck, la traduction de VIbein par Hartmann de Aue, en 1180; VOvide d'Albrecht d'Halberstadt. La cour impériale, qui dirigeait les affaires de lltalie^ de Lorraine et de la Bourgogne , employait de préférence lelatin^ plus généralement connu ; mais^ au temps de Frédéric il se trouvait déjà des princes possesseurs de domaines assez étendus , mais qui, n'étant pas surchargés de soins administratifs, pouvaient cultiver leur esprit et favoriser les

chrétien écrite aa hoitièiiie siècle , etc. Hoffman ( Fund-Qruben ) en a publié aussi, par exemple, une imitaUon Psaume 138, du neuvième siède.

(1) Au lieu àeumnder, il écrivait uunder; il dit avoir employé IV pour rendre tin certain son qui n'est ni i, ni e, ni u, comme on l'observe encore dans la manière de parier des Suisses*

ONZIÈMB iPOOlTC.

poètes. La maison de Bamberg en Autriche se signala àêm. eette tâclie, non moins que celle desHohnstaufen en Souabe.

Cependant aucun dialecte n'avait prévalu sqr l'autre , et chaque écrivain se servait de celui qu'il était habitué à parler; aussi ia langun littéraire de ce temps^ que Grimm appelle Mitielkoclh deutsch ( moyen-haut^allemand) ^ varie-t-elle d'une composition à l'autre^ selon le siècle et le pays de l'auteur. Lorsque Luther, né à Mansfeld^ entre TAllemagne du midi et celle du nord, eut adopté pour traduire la Bible son dialecte natal, intermédiaire par rapport aux deux contrées, la préférence resta fixée en faveur de ce dernier, qui devint Tallemand littéraire.

Les derniers rescrits du gouvernement de Mecklembourg eo bas allemand datent de 1542 et 1563, et ce dialecte fut dès lors abandonné aux classes infimes. Sa douceur, sa richesse^ sa naïveté, son abandon, lui méritent l'amour avec lequel il est conservé par ceux qui Tout appris au berceau. Il possède les plus beaux proverbes et quelques chants satiriques, bien qu'il soit peu propre à la poésie et au chant; mais ceux qui voulurent lui donner Ténergie et la plénitude d'une langue écrite ont vu leurs efforts échouer dans cette tentative.

L'allemand de la haute Saxe est regardé conune le plus pur; de là se partageant, dans les monts Krapaoks, vers le sud et vers Test, il adopte beaucoup de formes provinciales. Il devient nide en Autriche, en Souabeet dans la haute Bavière, mou et traînant dans le Mecklembourg, dans la Poméranie et sur le bas Rhin.

La langue Scandinave se divise en trois ou quatre dialectes : le danois, plus conforme au bas allemand, surtout au frison; le norvégien, aujourd'hui vulgaire dans le royaume de Norvège et dans les îles Féroé» où les classes les plus élevées pilent babituellement l'écossais; l'islandais, dialecte norvégien ; le suédois, qui, d'après les deux nations établies dans le pays, se divise en suèvept engoth. Les premiers monuments du danois sont des traductions ou des imitations d'ouvrages étrangers ; puis, avec la réforme, commence una ère nouvelle, et ce langage s'étend jusqu'en Norvège, l'emportant même sur l'aneieu idioDie,qui cessa d*étre compris dans le quinzième sii^cle.

Quelques érudits ont pensé que le dialecte des Pays-Bas se rapprochait plus que tout autre de l'ancien idiome germanique, surtout dans les pays qui constituaient la république des Provinces- Unies, les Frisons s'étant toujours maintenus indépendants : ce serait un intermédiaire entre le Scandinave et Ip ger(pai^• Les monuments de ce dialecte sont des lois et des statuts postérieurs au

wiiième siècle (i). fim tard cette population mêlée de Saxons, de Francs, de Prisons, qui constitua la Hollande , paHa un dialecte grossier, encore usité dans quelques provinces , et d'où sortaitia langue littéraire ; celle-ci fut distinguée par la suite en septentrionale et en méridionale, c'est-à-dire en hollandais moins altéré/et en flamand, qui a pris beaucoup du français. Le hollandais ne.fut écrit que vers la fin du seizième siècle ; car il ne parait pas que la chronique rimée de Nicolas Rolin remonte à Tan 1157, comme on Ta prétendu. La première partie au moins du Renâert de Vas, poème traduit ou imité dans toutes les langues, fut écrite en flamand vers 1450.

L'anglais se forma, très-tard, d'un mélange presque égal de l'idiome teutonique et du roman (9). L'anglo-saxon qui se parlait dans le pays avant la conquête se rapproche plus de Tallemand que de l'islandais, comme on le voit par PExplication de l'Ancien Testament (Caedmoniche Pura^rcae) faite au huitième siècle par l'évêque Csedmon , ainsi que par la traduction de Boëce , d'Orose , de Bède et autres ouvrages du roi Alfred , et par les poésies de Béowulfe sur l'histoire danoise. Les dialectes anglais actuels carreqx>ndent à la division des anciens royaumes saxons, ce qui indique une diversité primitive dans la langue des tribus qui les envahirent. La langue s'altéra avec les Normands, mais sans changer; seulement, des contractions et des modifications da^s l'orthographe et la prononciation la simplifièrent (beaucoup» et un grand nombre de mots français s'y introduisirent. Quelques écrivains récents ont voulu par ce motif l'appeler demi-saxonne (3),

Ce qu'on en possède de plus ancien consiste d^^ns une hymne à Marie par Godric, mort en 1170 ; la Paraphrase d^s Évangiles par Owen Ormin, au douzième siècle; te CciHel of love de Robert Grosthead. La traduction du BriU de Wace, faite so\is Hei^ri H par Layamon, prêtre d'Emley sur la Saverne, pourrait passer pour un ouvrage anglo-saxon. La tn^uotioii ^ vers d'upe médi-

(1) Yoa der Hagen a piM^ l«4 NMerdeuUçbe psalw ova d^r iarolingeneU^ et Sc^ijOEM^Uer VBelliand^ quMls donnent pour des monuments du plus ancien idiome tudesque de la Belgique.

(2) J. P. Thomroercl {Recherches sur Infusion du franeo-nermand et de ranglO'Saason, Paris, 1841 ) olassifie 43,566 mots aaglais d'apiès la langue d'où ils dérivent : sur ce nombre, 30,000 sont d^origine romane, et le reste est de sonrce teutonique. l\ est vrai que ces derniers forment la partie essentielle de la laogue poêlée, et qu*on ne pourrait i^air en anglais deux noms et deux verbes avec les sei^Si éléments empruntés aux langues savantes ou à celle des conquérïuUs.

(3) Gomme Thorpe dans la préface des Analecia anglo-saxonica.

ONZIÈME iPOQUE.

tation de saint Augustin^ donnée à la bibliothèque de Durham par un abbé qui gouverna de 1244 à 1258^ est certainement plus anglaise. Dans cette dernière année ^ Henri III envoyait par tout le royaume une proclamation dans la langue du pays (1). Au commencement du règne d'Édouard P% Robert y moine de Glocester, rédigea une chronique en vers, presque toute en monosyllabes et en racines teutoniques. Trente ans plus tard y Robert Manning, moine de Brune y en écrivit une autre, que précéda peut-^étre le roman de sir Tristram , attribué à l'Éco&sais Thomas d'Erceldouue. Au quatorzième siècle , plusieurs romans furent traduits du français; mais le premier écrivain anglais de quelque mérite littéraire est Guillaume de Langland , auteur de la Vision de Pierre Ploughr mm, ouvrage très-mordant contre le clergé.

Les Normands continuèrent cependant à employer le français, qui resta ^ comme nous Favons dit, la langue du gouvernement, des affaires et de la noblesse , même après que les rois d'Angleterre eurent perdu la Normandie. En 1328, il fut ordonné que les élèves du collège d'Oxford parlassent le latin , ou au moins le français ; Trévise, traducteur du Polychroncon de Higden, en 1385, nous apprend , comme une grande innovation , que Jean Comwall avait , postérieurement à Tan 1350, introduit Fusage de faire traduire aux écoliers du latin en anglais. Durant sa lutte avec la France, l'Angleterre voulut se fortifier contre sa rivale à l'aide même du langage, et Édouard in, en 1302, introduisit l'anglais dans la procédure. Ce fut aussi de sa part une mesure politique, dictée par le besoin de se concilier le peuple, et de lui faire porter ses procès devant les cours du roi , préférablement à celtes des seigneurs, à qui c'était enlever la juridiction que de leur enjoindre Tusage d'une langue étrangère pour eux. Normands d'origine et habitués au français. Les actes authentiques continuèrent toute* fois à être rédigés en latin. Jusqu'à l'époque de la réforme, les ouvrages écritsen anglais gardèrent encore beaucoup du saxon (3).

C'est ainsi que la maturité n'arriva que fort tard pour cette langue, qui , si l'on en excepte la prononciation , est devenue l'une des plus logiques. Abrégeant les désinences, simplifiant les genres et réduisant la syntaxe à des règles précises, elle a fondu ensemble les idiomes du Midi et du Nord; ce travail a produit une

(1) Madden, Introd. io ffavehk.

(2) Voyez Ràsko» Anglo-Saxon Grammar. Tyr^hitt a mis en Ifite do, folume lY des Sssays on the Umguage and vers\ficaiionf du» les «pavres de Canterbary, une préface où il indique avec clarté les cliangemeots par scdte deir quels TaDglo-saxon se changea en anglais.

LAKGU£.

langue d'une force et d'une simplicité extrêmes, qui s*est répandue, plus que toute autre, dans les pays étrangers : langue tellement mixte et d'un génie si libre qu'il est impossible de la confier à une académie y comme dans les contrées où la vivacité se soumet à la discipline.

En dehors de ces deux groupes principaux , le grec continuait Grèce, à se maintenir dans le Levant; comme langue littéraire et sacrée, il était étudié en outre dans le reste de l'Europe» surtout par les moines de Saint-Basile et dans les contrées méridionales de l'Italie. Cet idiome se ressentit également du mélange des idiomes étrangers, non-seulement dans les mots (1), mais encore dans Torthographe (2) ; il s'altérait aussi dans la manière dont on le parlait (3) , on plutôt les éléments populaires prévalaient, et les prépositions, les verbes auxiliaires s'y introduisaient au lieu des flexions. Déjà, dans les écrivains du cinquième et du sixième siècle , on peut apercevoir des locutions moderne. U existe quelques chansons que Ton voudrait faire remonter jusqu'au septième siècle; mais , vers l'an 1070, Siméon Sethos cite une chronique rédigée dans la langue du peuple , langue qui se retrouve dans quelques fragments du chant qu'Anne Conmiène a ini^ré dans la Vie de son

(1) Beaucoup de moU latins ft*étaieiit introduits dans le grec de la Palestine^ et 8e retrouTent dans la traduction du Nouveau Testament. Ainsi saint toc dit que Judas iXàxTioe (se pendit). Ce mot vient du latin laqueo, et correspond à ràirfilotTo de saint Matthieu. Voyez Indication of an insititions term in the etlenistic greek wMch kas been invetêrately misiaken for a genuine greek Word, hy GiàinriLLE Pemn (dans les Tramact, of the R. Soe. of litteratwe, 1820,t. I, p. Il ). Danipes Dialogues de Grégoire le Grand, qu'on croit traduits par le pape Zacharie, qui était Grec d*origine,on trouve énormément de mots latins: a36oxaro<> advocatuSf apxa etapxXa,dcvapiovy Uipt^atùç, tXXouoTpto;, %a\f.izoç eampuêf xavdv)Xaty xouitpovy xov^iiuvra, xufMvtToptovy Xomxoç lacuSf xo(u<, iiovotMvopioç, voTopio;, fcocTpixioc, xotMuoXto^ pT)(, Tpi6owo; , (tarptovT) , (Mcvou6piov, luXia, milliOfVW^Â^ç, op8tvoc, ordo, noçm, mYfuvxapio; , .çrjfuov, r^^to, aocYtov sagumy axa(&vtov, scamnum, (rxptviov, scrinium, çai^iXia, çXaYcXXiov, çXaoxiov, etc., outre les verbes tirés de radicaux latins, comme axou(&6iCciv, accuni' bere, TcpatSeueiv, prxdari,

(3) Mafpbi, Storia diplom,, p. 166 , rapporte on papyrus danslequel on lit: xaptTovXfi pour cartulus; (o^tsniba); pour omiti^; icpibovht pour prébuit; Thcrrii pour iesti,

(3) On voit, par le cérémonial de Constantin , où sont rapportés les compliments que Pon adressait à Tempereur en grec, en latin , en goth, en persan, en frank , etc., que dès l'an 1000, W se prononçait i comme aujourd'hui. On y lit en elfet : K(i)v<TEp6e'c Aeouc Tj^ticepiouii. pcaTpov|& ^rjè-t\xt (viviie)^ ào\kiyi H(i.itepoTope;, y^v {ivXto; ocwo;. Les Grecs disaient à Siméon Paulicien qu'il était Kirro; et non Tito;. Voyez Cédremus, p. 434.

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594 ONZiiUS iPOQUK.

père. La révolution fut accélérée par les croisades et accomplie par l'invasion ottomane. La langue prit alors le nom de romaique (ou aplo-hellénique), comme, dans l'autre partie de l'Europe, celle des vaincus avait été appelée romane ; elle continua à être parlée dans la Morée, dans la Lîvadie, dans Candie, dansFArcliipel, la Macédoine, laRomélie, l'Asie Mineure en Chypre et dans d'autres localités. Elle a abandonné le parfait et le plus-queparfait de Tancien langage, pour les former avec le verbe avoir; elle fait le futur avec vouloir, comme l'anglais; le subjonctif, eo le faisant précéder de va, comme les Français de que (l). Ducange a indiqué dans la Bibliothèque de Paris un manuscrit du treizième siècle, qui parait être le premier monument du grec moderne. Les ouvrages les plus anciens qui nous restent en romaique sont des homélies et des imitations de romans de chevalerie. Le romaique s'est renouvelé dans ces derniers temps, par suite des événements qui ont imprimé au pays une impulsion nouvelle.

Le skip des Albanais et des Arnautes n'a ni les mots composés du grec, ni les transpositions du latin, et il s'aide des verbes auxiliaires; il a des chansons antérieures à Scanderberg. On n'avait sur sa nature et son origine que des notions imparfaites, jusqu'au moment où Xylander (Guill. Holtzmann) le soumit, sur la version de la Bible ^ à un examen savant (2); il a démontré que cet idiome n'avait point d'affinité avec les langues tartares , quil n'était pas non plus un mélange informe des langues latines modernes , mais un très-ancien rameau des langues indo-européennes, et qu'il dérivait de la langpe usitée dans le pays avtint la conquête romaine.

Le slave , parlé par soixante-dix millions d'individus dans U Russie, la Croatie, la Bohême, la Pologne, l'Illyrie , et qui se rattache à l'indien par des tiLs si merveilleux , se divise en trois branches, serbe, tchèque et lettone (3). La première s'étend parmi les Orientaux qui parlaient l'ancien slave, resté la langue ecclésiastique de la Russie, et d'où sont dérivés plusieurs dialectes de h Servie et de l'Illyrie (4). Le russe, qui lui a succédé, est très-ricbe

(1) David, Eùvoimxàc napaXXe>t9(i6c.

(2) Die Sprache der Albanesen oder Schhpetaren ; Frandort, 1835.

(3) Russo-illyriqDe ou serbo-russe; bohèmo-polonais ou vendo-polonats; TeodolitliuADÎeu ou lettico-prussien.

(4) N. M. Peterssen, Det danske, norske og swenshe Sprogs hisloriej undif deres undwikling qf Stamsproget ; Kjôbenha?D, 1829-1830.

eq racines , régi^lier dans ses dérivés^ heureux flans la combinaison des mots, il remporte en douceur et en harmonie sur ralleipand, dont il a adopté beaucoup d'expressions, ainsi que du tartare et du finnois. Si les chants de Boïane , le rossignol des anciens temps y oui péri , on ep a tiré récemment de l'oubli d^autres, dans lesquels est célébrée la Table Ronde de saint Wladimir, et aussi quelques ballades. Linvasion des Mongols ayapt tout bouleversé dans ces contrées, la littérature n'y fut réveillée que fort tard par les exemples des étrangers.

A cette langue se rattachent le serbe, le croate, le bulgare, l'illyrique et le vende, parlé parles Sl^ives autrichiens et turcs. La langue des Slaves occidentaux comprend 1^ polonais, le vende, le sorabe et le bohème , qui est tout un avec le slovaque, et presque aussi avec les idiomes de la Silésie et de la Moravie. Cet amas de consonnes, qui paraissaient h un étranger impossibles à prononcer, vient de la contraction de voyelles qui s'y trouvaient anciennement interposés; mais ceux qui ont entendu parler un Polonais n'accuseront jamais d'âppeté la langue de Mickiewicz.

Le prucz ou prussien, qui se parls^it au centre, a péri après avoir engendré le lithuanien et le letton, ^i différents des autres idiomes slaves que certains philologues en forment une famille entièrement séparée (2).

On a en slavenski : la Version des évangiles, en 863; le Code de Jaroslaf, qui date de l'an 1000 ; le Testament du moine Wladimir, mort en 1126; l'Histoire de Dalmatie, d'un prêtre de Dioclée, en 1161 ; plus, le poëme sur l'armée d'Igor, la Chronique de Nestor et des poésies. En langue bohème, il reste un Hymne de l'évêque Adalbert, en 990; le Psautier latin-bohème de Vittemberg, du douzième siècle, et les chansons du manuscrit découvert par M. Hanka de Kôniginnhof; puis, du siècle suivant, la Version de la Bible et la Chronique de Dalemil (1). Raguse devait commencer plus tard à cultiver Tillyrien. Le polonais ne fut pas écrit avant le règne de Casimir P'; le deuxième prince de ce nom l'introduisit à la cour de Sigismond-Auguste dans les affaires publiques.

J. DoBRowsKT, InsHtutiones Hnguœ slavicxdialectiveteris ;ykikne, 1822. Sloten&a, Zur Kenntniss der alten und neuen slatvischen Literaiur, der Sprachkunde nach allen Mundarten, u. s, w.; Praga 1814.

(1) Les questions soulevées sur chacune des assertions relatives à la science nouvelle de la linguisUque ne pouvaient entrer dans notre cadre.

(2) J. DoBRov?8KT> Gesch. det bonUschen Sprach und ûliern Litetatwr; Praga, 1818.

ONZCàME iPOQUE*

Ce groupe de langues a fixé depuis peu l'attention des nationaux, et deux profonds philologues^ Dobrowski et Jungmann^eD ont fait l'objet de leurs méditations. La Servie veut donner signe de rindépendance qu'elle a acquise en faisant usage d'une langue à elle. La Grammaire et le Dictionnaire de Wulk ont facilité Tétude de la littérature servienne, dans laquelle Obradovitz a abandonné les caractères indigènes pour l'alphabet latin ; le poète KoUar et l'historien Schaffarik montrent^ par leurs écrits^ quelle est la puissance du slovaque.

Parmi les anciennes langues celtiques que les recherches les plus récentes ont ramenées au groupe indo-européen , dont elles avaient été d'abord détachées le rameau jaélique, qui se distingue par des aspûrations fréquentes, par des désinences peu nombreuses et la monotonie de ses combinaisons, survit dans l'idiome erse des naturels de l'Irlande et dans le calédonien des montagnards écossais; le rameau cambrique, aux articulations mobiles, et qui présente une étroite affinité avec le latin , se pe^ pétue dans le wekh ou cymraig du pays de Galles^ et dans le breyzad de la basse Bretagne.

Le finnois et le basque se détachent seuls de tous les idiomes de l'Europe. Dès les premiers temps historiques, on trouve le dernier dans le midi de l'Europe, et il fut florissant en Espagne jusqu'au moment où les Celtes y répandirent leurs dialectes grossiers. Confiné aujourd'hui dans la Biscaye et la Navarre> il conserve , dit-on, sa pureté native, monument des siècles primitiis. Tandis que, dans les autres langues, le racines des mots composés se fondent entre elles pour représenter une idée et devienneiA des éléments nouveaux, dans le basque, au contraire^ elle tent accouplées dans leur intégrité primitive , comme les éléments des lettres chinoises (2).

Le finnois, parlé par les Esthoniens et les Lapons , et mo^ en Hongrie, où il ne distingue pas les genres, emploie des moto

(1) Pritchàrd ; The eastem origine of the celtic nations, proved bf s comparison 0/ their dialeets wUh the sanskrit, greek, latin and ieutome; Londres 1831.

A. PiGTET» de VAffini^ des langues celtiques avec le sanscrii; Ptxk,

Fr. Bopp. Dieceltischen Sprachen in irhem Verhaltnisse tum Sanskrit, Zend, Griechischen, Lateinischen , Germanischen, Lilthausichen und Sif wischen. Mémoire la à TAcadémie de Berlin en 1839.

(2) Par exemple Iguzquia, soleil, signifie, faiseur du jour; Hilktçttéa, laKf lumière éteinte; Yaincoa, Dieu, celui qui est en haut.

LANGUE

composés et devient moins riche^ mais plus concis et plus énergique qnerallemand. Le hongrois n'a pas de dialectes; il est aajourd'hui ce qu'il était il y a six cents ans, et se sert de l'aiphabet latin sans mélange d'autres caractères (1). Nous avons en finnois d'anciennes chansons (runots)^ des proverbes (â) et des versions de la Bible.

Certains philologues veulent rattacher le hongrois aux langues indo-germaniques. Les Hongrois se souviennent que leur langue fut, durant plus d*un siècle, celle de la cour de Transylvanie; ils fondent >des académies , multiplient les ouvrages , ouvrent un théâtre national, et prétendent employer le hongrois dans tous les actes publics.

Les langues aigendrées par le latin ont adopté l'alphabet ma- Aipteben. ternel> bien qu'elles aient suppléé aux variétés de prononciation par des diphthongues et des groupes de lettres. Les Allemands se servent d'un alphabet quMls prétendent avoir été introduit par Ulphilas. Formé de la combinaison de lettres grecques et romai* nés, il a varié jusqu'au moment où il a constitué l'alphabet germanique actuel. Riche de sons, il atténue l'a, l'o et Vu, et possède en outre le ch guttural , ainsi que le sch sifflant. Les Hollan* dais et les Anglais l'ont abandonné, et l'on doit espérer que leur exemple aura des imitateurs.

Parmi les Slaves , les Polonais emploient les lettres latines; les Bohémiens et les Lithuaniens, les lettres allemandes. Il paraît démontré, contrairement à l'opinion de Dobrowski , que les Slaves possédaient un alphabet propre avant que Cyrille leur en apportât un autre, modelé sur celui des Grecs , avec quelques signes nouveaux. Celui dont les Russes et les Serviens se servent aujourd'hui, et qui est le plus riche de l'Europe , puisqu'il compte 35 lettres, dérive del'alphabet de Cyrille. Les Albanais eurent d'abord un alphabet ecclésiastique , composé de trente signes qui venaient de l'Orient; ils adoptèrent ensuite celui des Grecs en modifiant la valeur de quelques lettres; quatre nouvelles y ont été ajoutées récemment pour le th fort et doux, le double // espagnol , l'ti français et une rifdante.

Voyez Biudes grammaticales de la langue eusiarienne, par A. Th. d'A* BADiE et J. AuGcsnif Cbaho ; Paris, 1836.

(1) GiovAMi FoGARASi, A* Magyar nielu, elc. Métaphysique de la langue hongroise, ou Application à cette langue des significations des lettres alphabétiques ; Pest, 18S4.

(2) Tradaits en aliemand par Schrotler en 1819, et parViborg.

oNziiME Épooms.

Ainsi âe formèrent les langûes hioSerties^ ()tii sont ânalytiques, à la difTérence dé celles des àhciens, et j^lus que celles-ci mélangées d'éléments divers; on pourrait , en ëfflst^ dans une seaie périodfe^ reticontrer des mots d^origine latittë , arabe , grecque, celtique ^ hébrëîque, tudesque et sanscrite (1). Nous pouvons donc désormais classifier TEurope selon les idiomes. Le latitl est compris généralement dans la Hongrie et la Pologtie^ où du (este il a passé à l'état de langue morte oU transformée. Du latin sortirent les langues du midi, celles de France, d'Italië, d'Espagne, de Portugal, le roman et le latin delaRhétie^ le valaque, le languedocien^ le proVeilçal, qtii se re^emblent d^autant plus entre eux qu'ils sont plus voisins de leur origine comnltlne^ conune des rayons partant d'un même foyer. Si Fon voulait les classer selon que les noms ont subi plus ou moins d'altération» il faudrait placer en première ligne le valaque y qui seul a ccinservé le neutre; puis le roman^ Titalieti; l'espagnol^ le portugais^ le provençal, le français.

L^idiome teutonique^ divisé en haut et en bas allemand^ est parlé dans la Germanie et la Scandinavie ; il est plus mêlé d'éléments étrangers en Angleterre. Du haut allemand provient la langue écrite; dii bas allemand, plusieurs dialectes» comme le frison ; le néerlandais, qui devint la langue nationale et littéraire de la Hollande. De même, le Scandinave se décompose en suédois et en danois, qui sont é^ux à l'allemand en force et en régularité, et lui sont supérieurs en clarté et en concision.

Les langues d'origine latine ont eu en partage la grftce , la majesté, la clarté et plus d'harmonie que les idiomes teutoniques; mais, dérivant d'une langue qui ne se parle plus , elles ne révèlent pas au premier coup d'œil l'étymologie ni la raison des mots (S)} tandis que^ dans les langues de la famille teutonique» tout indi-

(1) « Ayant passé de la maison du gastald au palais, où il était héba^, le comte aperçut le seigneur sur un àopha his (gris), entouré d'une joyeuse brigade de pages ; des écuyers, Téperon chaussé, faisaient la garde , et un astrologue expliquait rattnanacb, etc. » Page^ joyeux , astrologue , sont grecs; palais^ ancien.laUn ; seigneur écuyer, comte, de la basselattnité ; sopha, hébreu {sophan, élever), almanach, arabe; maisorif celtique; gastald, brigade^ éperon, garde, tudesques; bis, ibère, etc.

(2) Par exemple, celui qui ne sait pas le laUn ignore pourquoi le retour périodique d'une planète s'appelle révolution plutôt que contribution. Quand te latin prononce re-volu-tio, la dernière syllabe lui indique une action, ix>/if un mouvement de rotation, et le re la répétition de l'acte, tandis que dans ce»tribU'tio il trouve ■ l'action (tio) de plusieurs réunis ( con ) pour tine dépense donnée ( tribu).

LANOtJE.

vidu connaît la filiation des mots donl 11 se sert : c'est t)olirquoi il les combine avec d'autres , et ne manque jamais d'appuyer Taccent tonique sur la syllabe qui indique Tldéo la plus impôN tance (i); jamais il n'en dépouille le monosyllabe radical (2), et, avec la laculté Indéfinie de composer, il petit exprimer les hlodifications les plus fines de là pensée de môme que les rdpporlâ les plus variés.

Aujourd'hui que l'allemand a perdu la diversité des désinences et le nombre du duel admis par Ulphilas^ qui le rapprochaient du grec et de l'indien (3), il n'a qu'une conjugaison limitée, avec des périodes très-compliquées ; giais il possède sur tous les idiomes modernes l'avantage de conserver la dérivation exacte des mots, et de pouvoir les composer indéfiniment; en outre, la richesse de ses prépositions et de ses expressions est telle qu'il est souverainement propre au langage philosophique.

Les destinées du slave sont toutes dans l'avenir^ aiais elles ne ne peuvent manquer d'être grandes,

La différence des langues paraît établir aussi une différence de civilisation, tant le lieii est étroit etltre ta ^àrole et la pensée. Les peuples qui ont adopté l'idiome des vaincus perdirent de leur caractère originel, comme on le voit dans les Français, qui res-

(1) Buch signifie KTre; binden, hallen, handelUt relier, tenir, négocier. L'allemand en forme donc huchhinder^ buchaltery btichhdndler, celui qui relie, qui tient, qui vend des livres. Lorsqu'il Toudra exprimer une de ces professions, il arrêtera sa Toix sur buch , qui est l'idée fondamentale. Supposez, au contraire, que TOUS alliez chez un relieur pour acheter on livre; en vous répondant qu'il est buchbinder, et non buchhàndler, il appuiera sur binder et sur handler. De là cet accent tudesque dont les peuples (eutoniques ne peuvent se défaire en parlant les autres langues, et consiste à appuyer plus fortement sur certaines syllabes. Quand un Allemand, un Prussien, un Saxon doit prononcer le mot plantation , il ne trouve pas de motifs pour insister plus sur une syllabe que sur Tautre, attendu qu'elles n'expriment rien par elles-mêmes ; mais quand il dit an pjlanz-ung, il sait que la demièré syllabe exprime une action ; la seconde. Je genre de l'action; la première, les circonstances; celle du milieu est donc celle qui importe le plus, et c'est sur elle que sa voix s'arrêtera davantage. S'il avait k exprimer une plantation de bois, il dirait holzanpflanzung^ où l'idée capitale est encore pflanz, mais particularisée par le mot holz^ qui dès lors devient plus important que la racine elle-même; en conséquence, il appuiera sar holz, en glissant sur le reste. Voyez Schoell.

(2) Aimer, j'aimerais, aimable, amoureux, amoureusement, etc., ont pour racine am; cependant l'accent tonique change d'une syllabe à l'autre. L'ailemand, au contraire, dans tous les dérivés de liebe, appuie sur ce radical, en prononçant lieb-lichkeit , lieb-reitz^ liebes-krankeit, liebens-wurdigkeU, liebes-angelegenheit .

(3) Bopp dit, dans sa grammaire, que le gothique ressemble plus à l'indien que la langue du Bengale,

ONZIÈME ÉPOQUE

semblent bien moins aux Francs de Clovis qu'aux Gaulois dépeints par César; en outre, ils ont montré plus d'aptitude à se civiliser, en précédant de beaucoup dans la culture intellectuelle les nations teutoniques. Mais peut-être cela ne signifie-t-il autre chose que ce que nous avons indiqué ailleurs^ savoir^ le petit nombre des envahisseurs^ eu égard à celui des indigènes.

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