‹ Histoire universelle (volume 5)Chapitre 8 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ORDRES mUTÀlRBS RELIGlEtX,

ORDRES MIUTAIRES RBLiaiEUX.

Dès 4020^ quand les califes fathuites étaient encore maîtres de la Syrie, quelques riches marchands d'Amalfi avaient construit à leurs frais, en face du saint sépulcre, un hospice pour les pèle- «i^sïa* j rins ; les moines qui le desservaient , ayant choisi pour patron saint Jean-Baptiste, prirent le nom d'Ho^taUersde Saint'Jean(i). Lors de la première croisade, le prieur Gérard Thom sortit de ce noo. coavent pour instituer une règle particulière, adoptant un vêtement noir avec une croix blanche à huit noeuds sur la poitrine. Le pape Pascal II prit sous sa protection la règle et les biens donnés à l'ordre; puis Raymond du Puy, deuxième supérieur, en ayant rédigé les statuts, qui obtinrent la sanction de Calixte II, il en sortit une société religieuse et militaire, riche de possessions et de privilèges. Elle comprenait trois classes de.frères (2) : les ecclésiastiques, pour les secours spirituels ; les frères laïques, pour les services corporels; les chevaliers d'armes, chargés de protéger les pèlerins. En 1252, le pape Innocent IV conféra à leur chef le titre de grand maître.

A leur exemple, les illustres chevaliers Hugues de Payens, de la Champagne, et Godefroy de Saint-Omer ou Adhémar, fondèrent un ordre si peu nombreux d'abord que, dans les neuf premières années, il ne compta pas plus de neuf membres, et si pauvre qu'un seul cheval leur servait à deux ; c'est à quoi aurait fait allusion, selon Matthieu Paris, leur sceau, qui représentait un palefroi monté par deux chevaliers. Le patriarche de Jérusalem subvenait, à leurs besoins, ainsi que le roi, qui leur donna pour demeure une maison bâtie près du temple de Salomon, d^où

ches Verxeischnist ûber aile toeUlkhen Ritter-Orden , auch ilber diejenigen ge'uilicken Orden^ welehe atuter ihrer Ordenskleidung noch ein besonderet ZeicAen getragen haben; JBerlin, 1817-19.

A. H. VsKR(yt j CoUeclion historique des ordres de chevalerie çivils et militaires; Paris, 1S30.

P. Von Biedemfeld, Gesch, und Verfassung aller geistlichen und weltli* cheïif erlaschenen und blûhenden Ritter-Orden ; yieimw, 1839.

(1) GoiLL. DE Tyr, XVIII, 4, ô, 6. Un ordre d'hospitaliers existait d^à en Toscane, au lien célèbre d'Altopascio. Il en est fait mention dès 952 dans un document lucquois; puis de nouveau en 1056. Le fondateur en est inconnu. Ces religieux avaient pour tâche d'accueillir les pèlerins, d^assister les voyageurs, d'entretenir les routes et les ponts. Cliaque soir, sonnait une cloche dans la tour magnifique qui domine tout le val de Kievole, pour diriger la marclie de cenx qui, vers la brune, n'avaient pas encore traversé le bois marécageux de la Cerbaia.

(2) Lear nom, dans tontes les langues, dériva de celui des frères, que leur domiaient les Français. Les chroniques écrites en latin les appellent frerii; cellflt d'Italie, frieri^ les Greca disaient fptpoi toO ^{ucXou.

BliT. u«iv. — T. X. 7

ils prirent le nom de Templiêrs. Aux trois vœux ordinaires de chasteté, d'obéissance et de pauvreté, ils ajoutaient celui de c<Mnbattre pour la sûreté des pèlerins^ et portaient un vêtement blanc avec la croix rouge. Hugues de Payens fut leur premier grand maître ; puis saint Bernard rédigea pour eux une règle mystique et austère^ leur imposant l'exil perpétuel de leur patrie et une guerre sans trêve contre les infidèles, avec l'obligation d'accepter la combat^ fussent-ils un contre trois; de ne jamais demanda quartier, de ne céder pour leur rançon ni un pouce de muraille ni un pouee de terre. Chacun d'eux pouvait avoir trois chevaux et un écuyer ; au besoin^ ils enrôlaient des soldats qui recevaient du grand mattre tout ce qui était nécessaire à leur entretien, et qui; le temps de leur service expiré^ pouvaient regagner leur patrie, mais en se contentant de recevoir la moitié de la solde qui leur était due.

Telles étaient les prescriptions de saint Bernard : il voulait en outre qu'ils vécussent en commun agréablement, mais avec frugalité, sans rien posséder en propre^ pas même leur volonté ; qu'ils assistassent aux offices canoniques^ ou y suppléassent par des prières; qu'ils fissent gras trois jours la semaine; les chevaliers chapelains devaient avoir deux services, les autres un seul, et deux manger dans la même assiette^ mais chacun avec son cruchon de vin à part. La ration du chevalier qui venait de mourir devait être distribuée aux pauvres pendant quarante jours; de plus, il leur prescrivait de poKer une chemise de laine, avec faculté toutefois, à cause de la chaleur dans la Palestine, d'en revêtir une en toile de Pâques à la Toussaint; une paillasse, un mince matelas, une couverture avec un drap de toile velue , tel était le lit dans lequel ils couchaient avec la chemise et des caleçons. Ils ne devaient ni donner le baiser aux dames, salut alors habituel (i), ni sortir sans un compagnon, ni chasser avec l'épervier, mais bien poursuivre le lion et le tuer, a Que jamais, lorsqu'ils ne sont pas « en marche, ils ne restent oisifs; qu'ils mettent leurs âmes en « état ; qu'ils fuient le jeu, les parties de chasse, les bateleurs, « les chansons bouffonnes, les spectacles. Si le combat s'apprête, a qu'ils s'arment de foi au dedans, de fer au dehors ; que^ pru-

(I) Le b»i8tr était en usage parai les premiers clirétieDs. Saint Auguttin, dans son lifre sur TaiBilié, en dislingoe plusieurs espèces : le iMisar de réconciliation ; celui de la paix, que les chrétiens se donnaient dans Téglise avant la commimlon ; le baiser d'amilié, celui de foi, qui se donnait en exerçani rbospilalMé. Saint Benoit prescrit que, dans les monastères, l'Iiôte que Ton accœilie reçoive le iMiser. Les ermites introduisirent TbalMtude de kaiaer la main, au Heu de la bottobe.

01DBB8 Wtmim 1BU0ISI7X.

f dents àsm teurspréparatife^ ils diargent impétueDStfMnt Teot Demi avec la confiance du chrétien^ sûr de la victoire ou du « martyre.

c Les cheveux ras^ la barbe hérissée et poudreuse , noircis « par le fer et le soleil , qu'ils aiment des chevaux ardents^ mais « non pas ornés de housses brodées ni de riches caparaçons. Chose « étcMuiante (c'est toujours saint Bernard qui parie) dans ce tor- « reDt descendu en terre sainte ^ c'est qu'il se compose entière- « nient de gens iai{Hes et pervers. Le Christ se fit un champion c d'un persécuteur; d'un Saul, un Paul. » Oies exhortait ensuite « en ces terpoes : a AUea contents, allez tranquilles; repoussez « intrépidement les ennemis de la croix du Christ , assurés que « ni la vie ni la mort ne pourront vous exclure de l'amour de Dieu. « Dans le péril, dites- vous : Vivants ou morts « nous appartenons « au Seigneur; glorieux les vainqueurs^ bienheureux les mar- « tyrs(i)!»

Ces ordres^ création singulière des croisades, avaient pour tftche commune d'accueillir et de protéger les pèlerins; aux lieux oà les autres moines suspendaient des ciliées^ des himpes, des images de saints, ils attachaient des armures et des étendards enlevés à Fennemi; leurs monastères devinrent des forteresses, et, au lieu de la cloche sonnant matines ; la trompette les appelait à monter esï selle pour courir sus au mécréant. Vaillants et généreux , ils étaient tout à la fois une croisade permanente et un modèle de vertus chevaleresques. On les voyait prévenir les invasions des musulmans , faire de temps à autre des incursions sur leurs terres ; les combattre ; non dans une guerre de stratagèmes et d'embuscades» mais à son de trompe et bannières déployées; aller enfin audevant des caravanes qui arrivaient d'Europe, pour les escorter jusqu'à ce qu'elles fussent arrivées en sAreté au but sacré de leur voyages. Les pèlerins, qui redoutaient à chaqne pas l'attaque des Turcs , prenaient courage quand ils apercevaient de loin le manteau Uanc des templiers, ou le noir uniforme des hospitaliers. Dans les batailles, ceux-ci se mettaient à l'avant-garde, les autres à Farrière-garde, de manière à laisser au centre les guerriers nouvellement débarqués , qui n'avaient pu s'habituer encore à la tactique du pays.

Leur renommée était grande dans toute l'Europe; toutes les villes, tous les chftteaux expédiaient de l'argent et des vivres à ces pîeox guerriers; diaoun en mourant se faisait un devoir de leur

(I) Saiitt BBftNAEB, Bxholi. ad miUUs Tmplà, t.

le

léguer quelque chose. Les premières familles envoyaient leurs plus jeunes fils se former , dans ces ordres célèbres , à la vaillance et à la courtoisie. Les individus qui avaient des fautes à expier, des remords à apaiser, offraient leurs bras ou leurs richesses à ces chevaliers ; qui parfois furent héritiers de princes ou de monar» ques j on vit même des rois revêtir leurs insignes.

Tant de richesses affluèrent alors dans leurs mains qu'ils figurèrent bientôt au nombre des plus grands propriétaires de l'Europe. Â la fin du douzième siècle , les hospitaliers comptaient dixneuf mille domaines ou tenures dans toule la chrétienté; les templiers, neuf mille, outre divers revenus résultant de la confraternité et des prédications (1). La discipline se relâcha en conséquence , et saint Bernard , trente ans à peine après leur avoir donné leur règle, gourmandait les templiers sur leur luxe excessif, a Vous couvrez vos chevaux de soie , vous revêtez vos cuirasd ses de je ne sais quelles étoffes flottantes; vous peignez vos lance ces ; vous ornez d'or, d'argent, de pierreries, écus, selles, freins, a éperons, tandis qu'il est nécessaire au guerrier d'être vaillant, a adroit, circonspect, agile à courir, prompt à frapper; vous a vous gênez la vue par une chevelure ondoyante; vous embara rassez vos pas par de longues tuniques; vous ensevelissez vos « mains délicates sous de larges manches. Parmi vous surgissent a et la colère déraisonnable, et le vain désir de la gloire, et la soif a des possessions terrestres. s> Des rivalités naquirent même au milieu d'eux, et les hommes qui étaient institués pour protéger la paix de la terre sainte furent les premiers à la troubler, ne rougissant pas d'avoir recours au poison et au poignard centre leurs propres compagnons d'armes, levanera Un pcu plus tard , un Allemand, appelé Waldpott par quelquesiiis! * uns, fondait avec sa femme, à Jérusalem, un hospice annexé à une chapelle, sous l'invocation de sainte Marie, pour les pèlerins de sa nation. D'autres Allemands consacrèrent leur argent et leurs œuvres à cette fondation, et s'intitulèrent frères de Sainte-Marie. 1190. Lors du siège de Tyr, quelques citoyens de Brème et de Lubeck élevèrent, avec les voiles de leurs bâtiments, une vaste tente pour recueillir les blessés de la langue allemande. Les frères de Sainte- Marie s'étant associés à eux dans ce pieux office, ils se constituèrent, sous la règle de Saint-Âugustin, en un ordre militaire, qui fut approuvé par Clément III, sous le nom d'ordre Teutonigue, avec des privilèges semblables à ceux des deux autres. Us por-

(1) Matthiev Pari$«i anji* t2l4.

ORDBXS MILlTAniÉfl BELIGIEtJX. 101

Udent le manteau blanc avec la croix noire^ et n'admettaient pour chevaliers que des gentilshommes allemands» les grades inférieurs restant accessibles aux simples citoyens. Cet ordre, à son tour, grandit au point de constituer une puissance dominante , qui, ainsi que nous le verrons, défendit l'Europe contre de nouvelles incursions de barbares.

Ces trois ordres servirent d'exemples aux autres qui se formé* rent en Europe jusqu'au nombre de trente , sans que tous fussent astreints au célibat, les voeux variant selon les lieux (1). Aux hospitaliers de Saint^Jean étaient réunis d'abord ceux de Saint* Lazare; mafs, quand les premiers firent profession de chasteté» les lazaristes s'en séparèrent, en prenant pour signe distinctif la croix verte, et se consacrèrent à la défense des saints lieux.. Louis le Jeune, à son retour de la Palestine, en emmena quelques-uns avec lui, auxquels il confia le soin des malades atteints delà lèpre dans son royaume; il leur donna le château de Boigny, près d'Orléans, qui devint le siège principal de leur ordre, dont le roi de France était le grand maître. Plus tard il fut réuni à celui du Mont-Carmel, fondé par Henri IV , dont les chevaliers portaient la croix d'or à huit pointes, avec un ruban vert. Vers le même temps ( 1572 ) , avec l'autorisation de Grégoire XIIÎ , Tordre de Saint-Lazare fut aussi réuni à celui de Saint-Maurice , institué en 1434 par Amédée VIII de Savoie, et qui a conservé jusqu'à nos jours de grandes possessions et des privilèges importants.

Guérin, fils d'un gentilhomme du Dauphiné , guéri miraculeusement d'une maladie de peau qui courait alors sous le nom de feu de Saint- Antoine y fonda dans sa patrie, en l'honneur de ce saint , un hospice pour les malades et les pèlerins, à l'imitation des hospitaliers de Saint-Jean. Les frères destinés à le desservir étaient laïques; ils portaient un vêtement noir, ayant la forme de celui des ecclésiastiques, sur lequel était dessiné en bleu le T que Ton voit ordinairement sur la robe de cet anachorète (2). En 1218 il leur fût permis de prononcer les trois vœux monastiques; ils eurent longtemps pour unique maison Tabbaye de Saint-Antoine , dans le Viennois. Le nombre de leurs hospices s'accrut ensuite en Allemagne et ailleurs; leurs richesses suivirent la même proportion, et ceux de France se réunhrent, en 1776, à Tordre de Malte.

(i) R«of sai?aient la règle de Saint-Basile ; quatorze , celle de Saint-Aiigastin ; sept, celle de Saint- Benoît. Voyez Hélyot, Histoire des ordres religiettof,

t. irr.

(3) On en tronvc le motif, t. V, p. 552.

OWÈMM ÉPOOUB.

En Suisse > Tenipereur Frédéric II fonda les ehevaUen de l'Oun, ordre dont les montagnards de ce pays s'arrangèrent volontiers tant qu'ils n'eurent pas reconquis leur liberté. Vers la fin du don* zième siècle , fut institué dans Chypre , pour la défense de cette lie contre les Sarrasins , Tordre de Lnsignan ou des ckevaHerê du Silence, et peu après celui de Bethléem, dit aussi du CiÉur ou de V Étoile rouge, qui se propagea en Allemagne après 1217.

Alphonse Henriquez, premier roi de Portugal , institua la iVoti* velle Milice , sous la règle de Citeaux , avec vcsu de chasteté et obligation de guerroyer contre les Maures ; puis il lui accorda la ville d'Évora > que ses membres se chargèrent de défendre^ et dont ils prirent le nom, le changeant ensuite pour celui d'Avia quand ils transférèrent leur résidence dans cette ville. Le même roi Alphonse, protégé, lors de la bataille de Santarem, par le bras ailé de saint Michel, fonda l'ordre de Saint-MicM de fAile, destiné à défendre la personne du roi ; mais cette institution fut de courte durée.

Les templiers possédaient, dans la Sierra*Morena> la ville de Galatrava, poste difficile à garder contre les Arabes -y ne se croyant pas en état de le mettre à l'abri d'un coup de main , ils roffrireoi à Sanche m, roi de Gastille. Comme personne n'osait se charger de la défense de cette place , Raymond , abbé de Fitero (ordre de Ctteaux) , proposa ses services , et donna naissance à l'ordre de Calatrava, qui devait combattre les Sarrasins.

Les chanoines de Saint-Éloi avaient fondé un hospice pour ceux qui faisaient le pèlerinage de Saint*- Jacques en Galice ; mais , ne se trouvant pas assez forts dans ces temps de troubles, ils acceptèrent Toffre que leur fit don Pedro Femandez de Fuente Encelada de mettre quelques chevaliers à leur service ; on les appela chevaliersde Saint-Jacques de l'Épée. Confirmés par une bulle d*A^ lexandre III y ils portaient pour insigne une croix rouge en forme d'épée, et faisaient voeu d'escorter et d'héberger les pèlerins* L'ordre de Saint-Julien de Pereffre , dit ensuite à'Àlcantara, fut fondé par Suero et Gomez, gentilshommes de SaJamanque.

Afin de conquérir au christianisme les Livoniens , peuple obstiné dans l'idolâtrie, l'évéque Albert d'Apeldem institua les frères de la Milice du Christ , et Innocent III approuva cette fondation. Ils portaient le manteau blanc marqué d'une croix rouge et d'une épée, ce qui leur valut le nom de chevaliers Porte-Glaive ( Schwert'Bruder) ; ils contribuèrent beaucoup à civiliser ces contrées , jusqu'au moment où ils se fondirent dans Tordre Teutonique.

O&DEES MIUTAlSn BILI6IEUX.

L'ocdre de la Toison d'Or, institué en 4430 par Philippe le Bon, devait avoir «oajoors pour chefs les ducs de Bourgogne et leurs successeurs mâles; mais, le duc de Bourgogne étant vassal du roi de France , il ne pouvait se décorer du titre de grand maître qae comme souverain des Pays-Bas , à la possession desquels cette dignité se trouva unie. En conséquence Louis XI, en réunissant Il Bourgogne à sa oouroone , laissa la grande maîtrise à Maximifien d'Autriche > héritier des Pays-Bas , avec lesquels elle passa à PEspagne quand la maison d'Autriche se divisa en deux branches.

Lorsque ensuite^ à la mort de Charles II > Philippe de Bour*boD et Chartes d'Autridie prirent tous deux le titre de roi d'Espagne, ils y joignirent cdui de grand maître de la Toison d'or. Cbarles VI s'obstina à le conserver, alors même qu'il fut réduit à renoncer à la monarchie espagnole ; dès ce moment Tordre eut de«x dieb. Il en fut {dusieurs fois question dans les traités, mais les négociations n'anienèrent aucun résultat; aussi , de nos jours même, les {Nrinces espagnols et autrichiens le confèrent séparément.

Un ordre particuUer à Tltalie fut celui des frères Gaudents de ^^^^ Sëmie-Marie Glorieuse , institué par Loderingo d'Andalo, con- ' jointement avec Gruamonte Caccianemici , Ugolino Gapreto, Lambertini, noble bolonais, Ranieri Adelardi de Modène, un gentilhcoAme de Reggio et d'autres encore, à la suggestion du bienheureux Barthélémy Breganze, frère prédicateur, puis évéque de Vic^nce; Urbain IV y donna son approbation (1). Ces cheva- Uera devaient être nobles de père et de mère ; soumis à la règle « des donrinicains, sans être astreints au célibat ni à la vie commune, ils portaient le manteau blanc, leurs armoiries en champ pareil, et la croix rouge, surmontée de deux étoiles; ils s*obligeaient à protéger les veuves, les orphelins et les pauvres^ et à s'entremettre dans lintérét de la paix. La commune de Bologne les exempta de toutes charges réelles et personnelles , et leur accorda d'autres privilèges encore. Souvent les villes d'Italie leur

(1) U ett traité de cet ordre» Bégligé par les historiens, dans la préface des LtUeredi fra Gmittone (f ireszo (Rome, 1745). Benvenuto dlniola (Comment, sor le Daole, /t^., ch. x\iu) dit : A firincipio muUi, videntesjoimam habitus nobilis et qualitaiem vUx, quia scilicet sine labore vitabant onera et gravùmina publica, et sptendide epulabantur in otio, cœperunt diûerc : « Quales freOres $unt isii ? Certe sunt fratres caudbrtbs. » Ex hoc obtendum eu ui sic poeentvr vulgo usque in hodiernum dietn, qnum tamen proprto vocabulo voeentur milites Dominse. — Frederici a écrit deuxl volumes sur ce sujel. PdroDio Canal, dans un mémoire, les fait venir du Languedoc, et les montre ftoitaMtft daas les ttats de Venise .

ONZIEME ipooins*

confiaient la perception des impôts; mais ils durèrent peu, ailendu, dit Jean Villani^ que /es faits répondirent trop promptement au nom y c'est-à-dire qu'Us s'occupèrent plus de jouir que d'autre chose.

Louis de Tarente^ second mari de Jeanne de Naples^ créa , en mémoire de son couronnement, Vordre du Ncsud; en le recevant^ les chevaliers juraient d'assister le prince en foute occurrence. Ils portaient sur Phabit un nœud de la couleur qu'ils préféraient^ avec cette devise : Silplait à Dieu. Le vendredi, ils prenaient la cape noire, avec un noeud de soie blanche, sans or, argent ni perles, en souvenir de la passion du Christ; si le chevalier avait fait ou reçu une blessure , le nœud devait rester dénoué jusqu'à ce qu'il eût visité le saint sépulcre. Â son retour, il y faisait broder son nom avec la devise : // a plu à Dieu. A la Pentecôte, ils se réunissaient au château de l'OEuf , vêtus de Manc, et rendaient compte par écrit des faits d'armes auxquels ils avaient pris part dans l'année; un chancelier enregistrait les plus notables dans le Lii>re des événements des chevaliers de la compagnie du Saint-- Esprit au droit désir. Celui qui était accusé d'une action indigne devait, le même jour, se présenter avec une flamme sur le cœur, et ces mots inscrits alentour : J'ai espoir, dans le Saint-Esprit^ de réparer ma grande honte. Il mangeait à part dans la salle où le roi avait à sa table les autres chevaliers.

Cet ordre périt avec celui qui l'avait institué; mais le Livre des événements f où étaient enregistrés les statuts, vint en la4)0ssession de la république de Venise , qui en fit don à Henri III lorsque, en 1573, il passa en Italie ; il lui servit de règle pour fonder l'ordre du Saint-Esprit (1578).

On a prétendu que l'empereur Constantin avait institué, en souvenir de sa victoire sur Maxence^ Tordre de Saint-George ou Constaniinien ; mais, sans croire à une origine aussi ancienne, il est certain que les Comnènes furent longtemps en possession de la grande maîtrise de cette milice. Jean André , le dernier de cette famille, la laissa à François Famèse, duc de Parme.

La magnifique église de la Steccata est^ dans cette ville, un monument de la grandeur de Tordre; mais cette dignité appartenait-elle aux Famèse comme ducs de Parme, ou comme un héritage de famille? C'est un point que les derniers traités n'ont point résolu; en ' conséquence les ducs de Parme continuent à faire des chevaliers de Constantin en même temps que le roi de Naples, héritier du duc Antoine Famèse.

On essaye aussi de rattacher aux croisades Tordre savoyard de

0BDRE9 xarriiBEs RBLianeux.

YAnmmeMey institué vers 13d2 par le comte Vert. Le collier est composé de lacs d'amour avec la devise Fert , que Ton croit formée des înîtiales d*une phrase qui ferait alliisioQ à la défense de Rhodes, Fortitudo ejus Rhodum iennit. Amédée VIH imposa de nouveaux statuts à cet ordre en 1409; Charles lîl lui donna ^ en 1518, le nom et nmage de la Sainte-Annonciade. U ne compte que vingt chevaliers.

Quand les Turcs menaçaient TAllemagne et lltalie , Pie II institoa l'ordre de Noire-Dame de Bethléem et celui des Jésuites ^ dont b durée fut éphémère. Frédéric III d'Autriche, pour pro* léger son pays contre les Turcs^ créa celui de Saint-George, dont le ôége fut à Mûhlstadt en CarinUiie. Les chevaliers ne faisaient point rœa de pauvreté ; ils portaient un habit d'une couleur à leur ch(Mx, à Texception du rouge , du vert et du bleu , et un manteau blanc avec la croix rouge; mais ils finirent en 1511.

L'ordris de V Éperon d'or, particulier aux pontifes , était donné à tous les ambassadeurs vénitiens à Rome. Paul 111 accorda la faeuUé de le conférer à la famille Sforza Gesarini , au majordome du pape et aux nonces. Il y eut encore d'autres exemples de cette transmission d'un droit souverain à des particuliers. L'ordre en fat tellement avili que Grégoire XYI (1831) en changea le nom et les devises.

n n'est pas dans notre intention de nous occuper de tous les ordres religieux , civils et militaires^ ni de la distinction qui existait entre les chevaliers de grâce et de justice, ni des décorations qui en dérivèrent à titre de souvenir ou de récompense plus ou moins honorable (1); nous mentionnerons seulement

(I) Ordres initHaires, civils et eoelésiastiqnes existant aojoord'biii on Eorope :

fiotsie : Ordres de Saint-André, de Sainte- Catlierine, de Saint- Alexandre Newtki, de Saint-George, de Saint-Vladimir, de Saint-Jean ponr le niérite mililaire; on écusson, en reconnaisi^ance de serTioesirréprocliables; one médaille, ponr tes soldats qui ont fait plusieurs campagnes; pour les femmes , Tordre de Marie, fondé par Temperear Nicolas, en récompense d'aclions philanthropiques, et eeivi de Sainte-Catherine, institué par Pierre le Grand.

Polosne : Ordres de TAigle blanc, de Sarat-Stanislas; la Croix militaire.

Suéde : Ordres des Séraphins, de l'Épée, de l'Étoile polaire, de Wasa, de Charles XH; deux médailles.

DaneniariK : Orike de TÉléphant , de Danebrog; trois médailles.

Prnsse : Ordres de l'Aigle nob, de TAigle reo^, du Mérite de Saint*Jean, de Looi5e, de ia Croix de Cer.

Atttrlcbe : Ordres de Marie-Tliérèse , avec le mot forutodiki; de Saint- Étieaoe de Hongrie, a?ec les mots ihtcgbitati et MeaiTo.— opbs bbcuv cordia smmMwn; de la Toisoa d'or, de la Couronne de fer, i|ne Napoléon inaUtiui,

loe

OffZliKS ÉPOQUE.

V Aigle d*or et l'effigie de Cincinnatus^ dont fui décorée la poitrine des indigènes et des étrangers qui avaient ocmtrtbué à l'affranchissement des États-Unis > quand la jeune Amérique offrit à ses atnés l'exemple d'une liberté plus enviée qu'imitable^

Nulle part la chevalerie ne se nuHitre plus digne d'admiratioa que dans son institution militaire religieuse ; là, elle accepte le sacrifice de toutes les affections, le renoncement à la gloire du guerrier oonmie au repos du moine, et charge du double fardeau de ces deux existences le môme individu > en le vouant tour à tour aux périls du champ de bataille et au soulagement de la souf-

a?ec les mots mo me l*ha d4ta, gdai a cbi la toccbkaa; d^Élisabetli-Ttiérèse, de la Croix étoUée, de SainUeen do Jérusalem, de Malte, de Salnt-Jean^ptitte ; ordre Teutonique; voeeroix d'or et d'argent pour les eeclésiaatifiuet qui ae distinguent à l'armée; une médaille pour le mérite cîTil; une autre médaille pour les vétérans.

États germaniques. — Baden : Ordre de la Fidélité, du Mérite militaire , du Uon; une médaille militaire. — Bavière. Ordres de Saint-Hubert de Saint* George» de Saint-Michel, de Maxiroillen, de Louis, de Thérèse, d'Étisabeth. — Brunswick : Ordre de Henri le Uon, la Croix du Mérite, une médaille militaire. — Hanovre : Ordre des Guelfes. — Hesse électorale : Trois décorations.» Hesse ducale : Deux décorations. — Saxe : Ordres de la Couronne, de Saint-Henri , du Mérite civile; une médaille militaire. — Wurtemberg : Ordres de TAigle d'or, de la Couronne de Frédéric, du Mérite ci vil, du Mérite militaire; une médaille.-— Saxe-Weimar, Saxe-Âltembourg-Cobourg-Gotha, Meningen : cinq décorations.

Hollande : trois ordres, y compris celui de la Couronne de chône, institué par le roi, comme duc de Luxembourgt' oi 1S41. Belgique : Ordre de Léopold.

France : Ordre de la Légion d'honneur; médaille militaire.

Angleterre : Ordres de la Jarretière, du Cordon, du Bain, de Saint-Patrice.

Portugal : Ordres du Christ, de Saint-Jacques, du Mérite militaire, de la Tour et de l*Épée, de la Conception, de Sainte-Isabelle, de Don Pedro.

Espagne: Ordres de Saint-Jacques, de l'Épée, de Malte, de Calatrava, d*AIcantara, de Jésus-Christ et Saint-Pierre, de la Madone de Montisato, de la Toison d'or, de Charles III, de la Reine Marie-Louise, de Sainl-Ferdinand , de Saint- Hermanegild, dUaabelle la Catholique, de Marie-Louise-Isabelle.

États italiens. — PléoMNit : Ordres dell' Annnndata, des Saints Maurice et Lazare, de Savoie, militaire et dvil ; une médaille. — Deux-Siciles : Ordres de Saint-Janvier, avec les mots m sanodinb fqbdus ; de Saint-Ferdinand , avec les mots noEi ET MBRiTo ; de Constastln, avec les mots m aoc sicfio viHCts ; de Saint-George, avec la mot vimtjti; de François 1^, avec les mois de rrge op- TiHE HBRiTo. ^ Parme : Ordre de Constautin. — Rome : Ordres du Christ , de l'Éperon d'or, changé en celui de Saint-Sylvestre; de Saint-Jean de Lahran, de Saint-Grégoire» de Saint-Jean de Jérusalem; deux médailles militaires. ^ Lucques : Ordres du Lion, de Saint-Louis; Teutonique; denx médailles,— Toscane. Ordres de Saint-Étienne, de Sainl-Joseph ; deux médailles.

Grèoe ; Ordres de Saint^Miebel , de Salnt-Oeorge, da Saaveir. Tvniaie: Deas ordres.

ORDRES MUITAIRBB ULMIEUZ.

finttee. Les utras cberaliers allamt en quête d'aventures pour leur dane et Fbonneur, oeux-ci pour protéger Tindigence el le malbeor. Le grand maître des heapitaJiers se foisait gioire du titre de §ardieh des pauvres du Christ; celui de l'ordre de Saint*» Laare devait toujours être un lépreux. Les chevaliers appelaient les jMmvres nos moâbres : effets admirables de la religion > qui , dans des siècles ou toute la puissance dérivait du glaive , savait immifier k valeur^ et lui faire oublier cet orgueil qu'on en croit iofiéparable*

Ges institations dégénérèrent comme toutes dioses , mais non nus avoir été utiles. Aujourd'hui encore > il ne fondrait pas tou« jours coosîdérer comme un ornement frivole et un gage de servilité eea ordres chevaleresques, qui, s'ils attachent des courtisans aux princes^ ont aussi l'avantage d'élever^ à côté des hasards du palrîctat , une noblesse de mérites personneb.

Dans des temps où la force des armures était le principal ins- kmn. trument de la victoire , les chevaliers devaient apporter un soin tout particulier à s'en procurer de solides et légères à la fois. Le atatutde Ferrare, rédigé de H68 à 4229, comme celui de Modène^ qui date à peu près de la môme époque, impose à tout chevalier l'obUgatiOD d'avoir, dans les chevauchées et à Tarmée, cuirasse, jambières, cuissards, gorgerin, gantelets, capeline de fer, heaume, lance , écn , épée, esponton , couteau , bonne selle pour le cheval, avec tout le reste. Ailleurs ils est enjoint à quiconque est préposé à la garde d'une citadelle de se munir d'une jaque de mailles,

(1) afBifimiEK, Le véritable art du blason, 17S0. Gkllot, la vraie et parfaite science des armoiries, 1669. SicitLB, Le blason de toutes armes et éeulz, efc, 1495. PtnÈMàttTkf trsserm gentèHsB.

La Bo^b» Traité singulier du hUum.

UàMC M VutsoK DB LA CoLoifBiâaE, Lù sdcnce héroïque, etc., 1644. JVLES Pavlet» Manutl complet du blason, 1843. Ittustrationà de la noblesse ^Europe, Paris, is4$. ngirm êONKMc^ ca coart de pvbUcilion à Udi.

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