‹ Histoire universelleChapitre 11 sur 79 · PREMIERS PAYS HABITÉS · texte numérisé non relu

PREMIERS PAYS HABITÉS

Que Ton réfléchisse à ce que serait l'agriculture sans le bœuf et Tespèce chevaline, le désert sans le chameau, le Kamtchadale sans le chien, TArabe sans son coursier, lorsque c'est précisément au manque de chevaux que quelquesuns attribuent Tinfériorité de rAméricain ; et Ton comprendra ce que vaut la conquête des animaux dans l'histoire de la race humaine.

Il faut remarquer encore que , depuis les temps primitifs, l'homme n'est parvenu à apprivoiser aucun autre animal, quelque effort qu'on ait employé dans le nouveau monde à l'égard de l'aï ou paresseux, du pouma et du tapir.

Pour laisser à l'écart l'Amérique, où les lianes, en s'entrelaçant aux arbres séculaires, semblent opposer une barrière insurmontable à la civilisation , offrir un asile assuré au boa et à des monstres du même genre; pour ne rien dire de l'Afrique, où l'ardeur incessante du soleil et les plaines de sable, à chaque instant soulevées par le simoun, se jouent des efforts de l'homme, l'Europe elle-même, après les temps historiques, était encore inculte et couverte de forêts. Les premières traditions nous y montrent partout des marais, des bêtes fauves, des reptiles, des broussailles impénétrables, vaste arène pour les travaux des Hercules et des Thésées, qui lui venaient de l'Asie. Et puis, combien sont en petit nombre les fruits que notre sol fournit naturellement ! Tout y est artifice de greffe, de chaleur, d'engrais, tandis qu'en Asie le f^ooxent vient de lui-même, d'elle-même s'y empourpre la grappe; l'olivier, le figuier, le mûrier, le cerisier, le pêcher, la canne à sucre, le caféier, l'oranger, le grenadier, le noyer, le châtaignier, y offrent en abondance des fruits exquis, de même que la rose, la renoncule, les fleurs les plus riches et les plus variées, y font assaut d'éclat et de parfum. Les Européens peuvent encore indiquer l'époque peu éloignée où ils firent l'acquisition de ces végétaux, en les tirant du même sol auquel ils devaient déjà les dieux ou les symboles dont ils avaient peuplé le firmament, ainsi que la manière de diviser et de calculer le temps.

Les pyraiT)ides d*Égypte ont cessé de nous paraître les monuments les plus antiques, depuis que l'attention de l'Ehirope s'est portée sur les ruines de Persépolis et les immenses hypogées de l'Inde, qui prouvent combien les arts et les sciences étaient cultivés de bonne heure dans ces contrées. Quels hommes devaient donc être ceux qui élevaient

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OU creusaient de semblables édifices I quelles nations que celles où chantaient David, Yiasa, Homère I quelle vigueur d'intelligence pour inventer ces systèmes de philosophie où Ton retrouve le germe, soit appliqué aux faits, soit voilé par des fictions et des emblèmes, de toutes les brillantes hypothèses, subtilités métaphysiques et théories ingénieuses que les savants et les hommes d'État ont pu imaginer dans la suite ! Et là, nous ne verrions que les informes essais d'une génération qui vient de se dresser sur ses deux pieds, de dépouiller les habitudes du singe et d'abandonner les bois où elle naquit!

Le luxe oriental, et son résultat, le despotisme oriental, remontent à l'antiquité la plus reculée. La constitution millénaire de la Chine a des bases si solides, que ses vainqueurs eux-mêmes courbent sous son joug leur front farouche. Les castes de l'Inde conservent encore les traces de l'organisation civile et religieuse qui, durant tant de siècles, régit le peuple le plus doux. La stabilité et la durée qu'il cherchait dans ses monuments comme dans ses institutions, ressemble à la confiance virginale de l'adolescent qui construit pour un long avenir. A peine l'histoire commence-t-elle à bégayer que nous rencontrons sur le Tigre, sur l'Euphrate, dans les montagnes de la Médie ou sur les rives du Nil, des monarchies, ou pacifiques, ou guerrières; elles se mêlent ensuite aux vicissitudes des nations de l'Occident, et prolongent leur influence jusque sur la civilisation moderne. Sur les hauteurs mêmes de la Tartarie, la liberté sans frein des hordes se combine avec le despotisme des khans, qui est la forme de la féodalité la plus ancienne. Enfin, le gouvernement monarchique est implanté depuis tant de siècles dans l'Asie, l'idée en est devenue si naturelle, que le roi de Siam ne put s'empêcher de rire lorsqu'on lui dit que les Hollandais vivaient sans roi. On rencontre ce mode de gouvernement dans les autres pays à mesure qu'ils se rapprochent de l'Asie ; la tyrannie qui pèse sur les lieux où l'Afrique confine avec elle, va se perdant jusque dans le gouvernement patriarcal parmi les habitants de la Gafrerie. Il en est de même dans l'Océan méridional ; le luxe^ les arts, les manufactures, la monarchie, s'y montrent d'autant plus qu'on avance davantage vers l'Asie. L'Amérique, à ses extrémités, ne connaît pas le gouvernement d'un seul, tandis que le bras de l'étranger l'avait imposé au Mexique et au Pérou.

PREMIÈRES SOCIÉTÉS

Ni TAmérique, avec ses volcans non encore éteints, avec ses plaines encore marécageuses ; ni TAfrique, dont les déserts de sable furent bien tard abandonnés par les eaux, ne peuvent prétendre avoir donné le premier asile au dernier produit de la nature, produit privilégié, qui forme le sommet de rimmense pjrramide de la création. Gomme tel, rhomme devait èlre placé au centre des pouvoirs organiques les plus efficaces, dans un pays où les œuvres de la nature (tissent moins rares et plus parfaites , où s'étendît le plus vaste continent à Fentour des montagnes les plus élevées ; en un mot, dans le cœur de TAsie.

Que si nous consultons les Asiatiques eux-mêmes, ils reporteront leur origine vers la contrée qu'environnent la mer Caspienne, la Méditerranée, les golfes Persique et Arabique. Les Chinois placent leur origine dans la province de Ghen-si, an nord-ouest; les Indiens, au nord des monts Himalaya, c'est-à-dire dans la Bactriane limitrophe à la Perse, qui confine avec le pays central. La Mésopotamie est la contrée la plus méditerranée, et les eaux du déluge durent, en se retirant, la laisser riche de principes nourriciers, d'où lui vint cette fertilité que de longs siècles ont ensuite épuisée.

D'après ce que nous avons exposé jusqu'ici, l'opinion de ceux qui ont supposé que l'homme était né avec la seule sensation, et que le hasard et la nécessité l'avaient tiré de l'inertie stupide dans laquelle il sommeillait, ne saurait nullement se soutenir. L'homme, à l'état de brute, n'aurait jamais inventé, sous l'aiguillon des besoins renaissants, que ce qui aurait importé à leur satisfaction. Gomment donc, au contraire, trouvons-nous si répandues les idées religieuses? La langue qui les exprime est chez tous les peuples la plus ancienne. C'est à un culte que se rapportent les informes ébauches de civilisation que nous rencontrons parmi les barbares; ils accompagnent d'un hymne les danses et les chants de leurs solennités, hymne souvent incompris et fondé le plus généralement sur les souvenirs d'un monde primitif.

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