CHAPITRE V
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PREMIÈRE ÉPOQUE
Non, rhomme ne pouvait s'élever à la raison que par la parole, ni acquérir cette parole sans observer l'unité dans la multiplicité, l'invisible dans le visible, l'effet dans la cause; c'est-à-dire sans faire usage de la raison, cercle vicieux qui se présente chaque fois que l'on réfléchit sur les débuts de l'humanité. Il se reproduit dans l'idée d'un contrat social, par suite duquel les hommes, partant d'une existence pareille à celle de la brute, seraient parvenus à vivre en communauté. S'il en avait été ainsi, pourquoi ne rencontrerait-on plus une seule nation sans langage, sans raison, sans morale? Tout au contraire, pas une histoire qui ne montre que l'homme les a toujours possédés, quoique plus ou moins développés; nous devons donc croire qu'ils forment le fond et l'essence de sa nature, et qu'ils sont antérieurs à la raison spéculative, qui jamais n'aurait pu trouver un archétype pour les cas pratiques.
Gomment, en vérité^ les liens du mariage et de la paternité pouvaient-ils devenir des devoirs avant que l'homme comprît le bien qui en dérive et les moyens d'y atteindre? Comment celui qui ne les aurait jamais éprouvés concevraitil les avantages de la société? Pour que les hommes s'accordent entre eux et arrêtent un pacte social, force leur est de posséder un langage commun pour s'entendre, et des formes de contrats, d'assemblées, de représentation, c'est-à-dire d'être déjà réunis en société. De quel droit ensuite cette poignée d'hommes aurait-elle pu obliger toutes les races futures du genre humain ? Si tout n'était fondé que sur des emblèmes variables et de mobiles abstractions, quelle sanction donnaient-ils à leur pacte? S'ils le conclurent pour obtenir le bonheur, ne pourrions-nous, d'un droit égal, lorsqu'il vient à nous peser, nous en dégager et reprendre notre liberté?
Mais l'homme est-il libre dans les forêts, où il n'a pas de compagnie, où il ne peut dès lors exercer ses affections, ni même sa raison, qui ne se développe que dans la société et par la société? Peut-il être libre quand tous ont droit sur tout, ce qui rend la guerre perpétuelle? peut-il être libre là où les forces de la nature, qu'il n'a pas appris à dompter, l'entravent à chaque pas ?
Que si les bois et les cavernes, les amours errants et la vie sauvage sont l'état naturel de l'homme, il faudra considérer comme un mal cette déviation nommée société et progrès ; la science et l'art, au lieu de tendre à ennoblir l'existence et à
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rendre plus douce Tassociation civile, devraient s'appliquer à ramener lliomme à son état primitif, c'est-à-dire à la nature et à la liberté : conséquence tout à fait logique, dont l'absurdité suffirait pour démentir le principe, comme elle suffit à l'histoire pour nier que l'homme ait inventé le langage, la religion, la morale.
La société civile, en conséquence, n'a pas été formée par l'intérêt et le plaisir, mais par la nécessité, pour changer le fait en droit et empêcher la destruction de l'espèce. Loin de dépraver l'homme, elle est le seul état dans lequel il puisse trouver la lumière qui éclaire son ignorance, la règle qui redresse ses inclinations; elle n'est pas volontaire et la conséquence d'un fait accidentel, mais obligatoire et dérivée de la nature même de l'homme. Pour quiconque a du bon sens, il est certain qu'il n'a pas renoncé à une partie de sa liberté en se dépouillant du pouvoir de se nuire et de la faculté de se détruire, en se garantissant la justice, c'estrà-dire le droit pour chacun, le bien moral et physique pour tous, et cette liberté qui consiste dans la faculté d'user des moyens qui conduisent à sa fin propre.
L'homme créé dans l'Éden eut pour tâche de le garder et de le cultiver; ainsi la lutte et le travail fùrent sa première destination. A titre de châtiment, le travail et la lutte devinrent plus pénibles lorsqu'il eut péché : châtiment paternel toutefois, car le travail contribue à la santé et au bien-être ; il perfectionne l'homme, lui donne la conscience de son être et de ses forces, en les concentrant pour se procurer un état meilleur, pour jouir de ce bonheur qui consiste dans un sentiment calme, bien que dans de bruyantes conquêtes. Le passage supposé de la vie pastorale à l'agriculture, puis à l'industrie, au commerce, ne s'accorde pas mieux avec l'histoire, qui nous présente l'homme pasteur et agriculteur, aussitôt qu'il est contraint de vivre à la sueur de son front. Le fratricide entraîna les Gaïnites loin des tentes patriarcales; ils multiplièrent, ils bâtirent des villes où s'accrut l'industrie, au point que la sixième génération depuis le meurtrier cultivait les arts métallurgiques et connaissait les instruments de musique. Le genre humain ayant été ramené par le déluge à une seule famille, les arts primitifs se conservèrent chez elle ; Noé fut cultivateur et artisan. Mais comme ses descendants se dispersèrent sur la surface de la terre, leur industrie varia selon les lieux; ils subirent la loi de la nécessité, et
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négligèrent ce qui n'était pas immédiatement utile. C'est pourquoi nous voyons le Nègre s'élancer sur les arbres les plus élevés et gravir les plus rudes rochers ; le GroGnlandais harponner le poisson d'un coup inévitable; le Samoyède lut* ter avec l'ours blanc; l'habitant des Canaries poursuivre le chamois de ravin en ravin , le Thibétain conduire l'étranger sur les plus hautes cimes, et tous enfin se plier aux nécessités du sol sur lequel ils se fixèrent. Ceux qui ne voient d'autre beauté que celle des animaux se tatouent le corps, se mettent une queue, des cornes, une crête ; le chasseur se revêt de peaux, et l'Américain se pare des plumes de ses oiseaux, auxquels la nature prodigua tant d'éclatantes couleurs, en compensation du chant qu'elle leur refusait; l'habitant des îles Mariannes apprend à tisser l'écorce des arbres. Quelle dilférence, d'autre part, entre le commerce des An* glais et celui des Chinois, entre le Lapon faisant paitre ses rennes, l'Arabe ses chameaux, le Péruvien ses lamas, et le Mongol ses cavales !
Ainsi les diverses industries naquirent et s'accrurent en raison des lieux; mais l'agriculture fut celle qui introduisit les plus, grands changements dans la constitution morale. L'homme, lorsqu'il a cultivé un champ et l'a planté, veut assister au résultat de ses travaux, et se bâtit tout auprès une demeure; ainsi natt ce sentiment si impérieux que nous nommons l'amour de la patrie, et la stabilité du foyer donné origine à l'association civile.
Gottreratmeni Lorsquo Adam, en voyant la compagne que Dieu lui avait
formée, s'écria : « Celle-ci est l'os de mes os et la chair de « ma chair; elle s'appellera d'un nom qui marque l'homme, « parce qu'elle a été prise de l'homme; c'est pourquoi « l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa (( femme, et ils seront deux dans une seule chair », alors fut posée la première pierre de l'édifice social qui se maintint à travers tous les siècles et toutes les révolutions ; la famille devint la base de toutes les sociétés, de manière qu'elles durent prospérer ou languir selon que la famille était affermie ou dissoute.
Une autorité établie au milieu de ces associations est un fait naturel encore plus qu'une nécessité. Le père gouverne sa nombreuse descendance sans magistrats ni bourreau, mais au nom de la conscience et par la force du respect, de la gratitude, de la conviction. Croyant en Dieu, tous le servent
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dans lenr prochaim; la fidélité de la femme produit les ineffables joies du mariage et les aifections qui en dérivent; Tamour de la famille est yif, surtout chez les mères, et les ami* liés sont d*autant plus fortes que les besoins sont plus ui^ents. Â la famille se rattache la propriété, celle-ci au sol, et le sentiment domestique s'étend à la tribu.
L'idée d'un pouvoir héréditaire absolu sur les biens et sur la vie ne pouvait naître dans les esprits tant que dura le pouvoir patriarcal. Lors même qu'il cesse, quand Tassocialion tient soit à un pacte, soit à une fonction confiée à un seul ou à plusieurs, l'autorité héréditaire est inconnue. Une troupe de chasseurs se réunit pour une expédition; ayant besoin d'un chef, elle choisit le plus adroit, auquel elle obéit parce qu'elle y trouve de l'avantage; de môme, dans les contestations , on s'en rapporte au plus sage et au plus honnête. Peut-être laissera-t-on l'autorité à ce juge, à ce chef tant qu'il vivra, mais jamais le droit de la transmettre par héritage. La force des conquérants, les vices des vaincus, les passions, l'éducation, un prétendu droit divin, donnèrent des maîtres à l'espèce humaine dans les âges qui suivirent; mais la Providence mit la félicité de l'homme au-dessus de pareils accidents, le pauvre pouvant être heureux dans sa misère, l'esclave libre dans les fers, et chacun ayant les moyens, quelle que soit la forme sociale, de poursuivre le perfectionnement individuel et général. Alors l'autorité patriarcale se reproduisit dans l'autorité métropolitaine , qui donna à une cité la suprématie sur beaucoup d'autres cités , de même qu'un père était le chef de plusieurs familles.
Quelques-uns ont cru que Dieu avait établi la servitude lorsque Noé, maudissant Ghanaan, lui dit : a Sois l'esclave de Japhet! » Ici, il s'agit d'une dépendance par domination, et non d'une infériorité de nature. Cet horrible abus de la force qui constituait l'esclavage chez les anciens ne put naître que de la violence tyrannique des conquérants, qui, se faisant on droit de la victoire , se crurent autorisés à exterminer les vaincus ou à les conserver {servaré) pour 4eur propre utilité.
Les principes politiques d'après lesquels se régissait la société humaine, encore réunie dans les plaines de Sennaar, étaient donc fort simples. A la suite d'une multiplication rapide, elle résolut de construire une centralité sociale, qui dirigeAt vers un but commun les eiforts des tribus; mais l'égoîsme prévalut, la tour de l'union devint celle de la confu-
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sion, les peuples se divisèrent, et Dieu mit entre eux une nouvelle distinction par la diversité des langues.
Les descendants industrieux de Cham peuplèrent la Syrie, TArabie, quelques contrées entre TEuphrate et le Tigre, et, par Tisthme de Suez, ils pénétrèrent en Afrique. Ils possédaient rîndustrie, la science et les connaissances les plus élevées; mais une très grande dépravation morale et intellectuelle les lit déchoir rapidement.
La race de Sem demeura en Asie, entre TEuphrate et TOcéan indien, d'où elle s'étendit sur une partie de TAssyrie et de TArabio à Toccident de ce fleuve; plus tard, elle pénétra dans l'Amérique par la môme voie que prennent chaque année les Kiouskis pour aller guerroyer contre les Américains de la côte nord-ouest (1). Les Sémites, dès les temps les plus reculés, se montrèrent plus éclairés, et conservèrent les traditions des patriarches, tant par rapport à la science humaine que pour les dogmes religieux.
Plus grossière, mais moins corrompue, la descendance de Japhet, qui put participer aux avantages Jdes peuples parvenus à une civilisation plus rapide, se dirigea vers le Nord, occupant les îles de la Méditerranée, puis l'Europe, et finissant par rejoindre les tentes de ses frères (â).
Mais, de môme qu'au commencement la matière luttait et se mélangeait avant d'acquérir l'ordre actuel, ainsi les hommes passaient de contrée en contrée avant de trouver une demeure stable. Dans ces trajets, ils se mêlèrent de telle sorte que l'histoire ne réussit pas toujours à les distinguer; elle y parviendra mieux à mesure que s'éclaircira pour elle l'Asie antique, immense hiéroglyphe dont si peu de traits nous ont été jusqu'ici révélés.
Si nous voulons néanmoins appliquer à l'histoire les recherches linguistiques dont il a été parlé précédemment, nous verrons delà Mésopotamie et des chaînes de l'Himalaya, des montas Altaï et Ourals descendre par les deux versants opposés la race blanche vers l'occident, la race jaune vers le levant, et celle-ci se subdiviser dans les régions du sud-ouest, de l'ouest et du nord-ouest; l'autre dans les régions de l'est, du nord-est et du sud-est.
(1) HuMBOLDT, Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, t. II, p. 502.
(2) Sur les premières migrations, voir Tœuvre importante de J. Gœrres, Die Volkesiafel des Pentateuch : die Japhetiden und ihr Àuszug aus Arménien; Ratisbonne, 1843.
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Les blancs de la région sud-ouest furent appelés Indo-Européens : lignée immense, s*étendant de la mer des Indes à rAilanlique, de Ceylan à Tlrlande. Une portion de celle-ci peupla rinde, et de cette portion sont descendus les Bengaliens modernes, les Sikhs, les Mahrattes , les habitants du Malabar, du Télingana, les Mongols, les Indo-Turcs, les Zingris, les Gingalais, les habitants des Maldives ; tandis qu^une autre portion habita la Perse et produisit les Parsis et les Parthes antiques^ les Guèbres modernes, les Persans , les Kurdes, les Boukhariens, les Afghans et les Beloutchis, sur les confins de Tlnde, ainsi que les Ossètes du Caucase (i).
Dès la plus haute antiquité , nous trouvons TAsie divisée en Iran et Touran, pays de la plaine et de la montagne; la montagne est occupée parla race indo-persane, qui prend le nom de Saces ou Scythes, dont les migrations furent nombreuses et qui se mêlèrent surtout avec les Celtes et les Kymris,
Des monts Altaï au Caucase se répandirent plusieurs races qu'on pourrait appeler Caucasiennes; parmi ces dernières, la plus puissante est la turque, avec ses variétés d*Ou!gours, de Turcomans, d*Usbeks, de Seldjoucides et d'Ottomans. L'arménienne s'établit entre l'Ëuphrate et la mer Caspienne, et la géorgienne entre celle-ci et la mer Noire.
Sur le versant opposé de l'Himalaya, à la tête de toute la race jaune ou des Indo-Chinois, se trouve la population de la Chine, autour de laquelle se groupent les Thibétains , les Birmans, les Péguans, les Siamois, les Annamites; sur les rives delà mer Jaune, les Coréens et les industrieux Japonais.
A l'occident de l'Asie , entre l'Ëuphrate et la mer Rouge, le golfe Persique et la Méditerranée , s'était fixée la race sémitique ou chaldéenne, déjà partagée en quatre rameaux : celui des Assyriens, auquel appartenaient les pasteurs delà Chaldée, les guerriers de Babylone et de Ninive, les Mèdes et les Syriens; celui des Hébreux, qui comprenait les Chananéens, les Phéniciens et les Carthaginois; enfin ceux des Arabes et des Abyssins,
Au nord-est de l'Asie errent les Tartares, divisés en deux familles, celle des Mongols, efSvoi de l'Asie et de l'Europe, et celle des Tongouses : les uns nomades, même aujourd'hui sous
(1) Adelumo, Mithridates. — Balbi, Atlas ethnographique. — Klaproth, Asie polyglotte, p. 42. — Eichoff, Parallèle des langues de l'Europe et de rinde; Paris, 1836.
la domination de la Russie, et les autres, maîtres de la Chine sous le nom de Mandchoux.
Au milieu des places du nord-est s'est établi le groupe sibérien, dans lequel se distinguent les Samoyèdes sur les bords de la mer Glaciale, les tribus des Koriaks, des lénisséens, des Kamtchadales et des Kouriliens à l'extrémité orientale du globe.
L'Europe, et surtout les côtes de la Méditerranée, sont la terre que la prédilection de la Providence a destinée au développement des germes, de la civilisation ; le sol y estjavorable à Tagriculture autant qu'il convient peu à la chasse et à la vie pastorale; sa race est la mieux organisée pour la culture intellectuelle. En Asie, les sociétés se sont constituées ; mais en Europe seulement elles se sont élevées à la liberté domestique et politique, à la connaissance des droits. De l'Asie sont venues les inventions ; mais en Europe elles ont reçu leur plus grand développement. Là, les arts ont atteint le degré le plus haut; là, à la force de création s'est unie la critique, et à l'imagination la philosophie. Si l'Asie a eu de grands conquérants , l'Europe a produit les grands capitaines, qui ont créé l'art militaire. Les IbèreS; dans lesquels on a voulu voir une race différant un peu de l'indienne et participant de la sémitique, occupèrent à une époque très reculée la péninsule la plus occidentale; c'est peut-ôtre de llbérie asiatique qu'ils étaient venus en Italie, et c'est de ritalie, par mer, qu'ils avaient passé dans cette contrée. Us furent la souche des Turdétans, des Lusitaniens, des Gantabres d'Espagne^ des Aquitains de la Gaule, des Ligures d'Italie et des Basques. Le langage de ces derniers, qu'on a cru jusqu'à nos jours de famille différente, se rattache pourtant à la classe des indo-européens, et, selon Edwards, il est conforme au celtique. Ainsi disparaîtrait la différence présumée, autant du moins qu'il est possible de l'affirmer au mi-* lieu des ténèbres d'un passé si lointain. Les Ibères euxmêmes appartiendraient à la grande famille des Celtes ^ identique peut-être à celle des Scythes , et qui , sous le nom de GaUs et de Jtymris, s^établit dans la Gaule.
Les premiers eurent pour descendants les Èques» les Sé* quanes, les Arvernes, et se répandirent en Italie sous le nom d'Ombres, en Bretagne sous celui de Gallois ; tandis que les Kymris, sous le nom de Boïes, Belges, Armoriques, Bretons , reî)0U8sèrent vers le Nord les premiers habitants, jus-
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qu'au moment où, subjugués à leur tour, ils ne survécurent que dans les Gallois d'Écosse et dlrlande, et dans les Bretons du pays de Galles et de la Bretagne française. Ces noms dlbères, de Ligures, et autres semblables, se retrouvent dans des régions très éloignées, jusque dans THibernie, d'un côté, et, de l'autre, chez les ligures de la mer Noire, où Scylax les place; il faut donc les considérer comme des noms génériques. De là ces distinctions en Ligures ibères. Ligures italiques, et autres. Le flux de nouvelles populations les repoussait toujours plus à Toccident , tandis que dans les lies ils se mêlaient aux indigènes.
Dans l'Europe méridionale, entre les Alpes et l'Ems, la Méditerranée et la mer Noire, et sur le littoral de l'Asie Mineure, une nation indienne, désignée sous le nom de Thrace pélasgique ou romane, établit sa demeure. Franchissant le Taurus, une partie de cette nation occupa dans l'Asie Mineure la Phrygie, la Lydie, la Troade, et, après avoir passé le Bosphore, s'arrêta en Thrace, tandis que l'autre partie, plus ancienne, en traversant la Thessalie, venait se fixer dans la Grèce et dans le Péloponèse sous le nom de Pélasges et d'Hellènes, puis sous ceux d'Éoliens^ d'Ioniens, de Dorions et d'Achéens; elle s'étendait ensuite dans les lies et sur le continent de l'Italie, où déjà d'autres membres de la môme famille avaient porté la civilisation sous le nom d'Osques, de Tosques, de Latins, tous réunis enfin sous les étendards et le nom de Rome.
Les Indo-Persans, qui vinrent en Europe à la suite des Celtes, y arrivèrent par le Caucase. Une partie, en remontant le cours du Danube, s'établit au ceiAre de la Germanie, et forma les tribus guerrières des Teutons, des Suèves, des Francs, des Allemands ; l'autre partie, côtoyant l'Elbe , produisit celles des Saxons, des Frisons, des Longobards et des Anglais ; la troisième partie donna origine aux Scandinaves et aux Goths, le long de l'Oder.
La famille slave était aussi d'origine indienne* Il parait qu'elle entra en Europe peu après la famille germanique, et qu'elle occupa les territoires au fur et à mesure que celleci les abandonnait, jusqu'à ce qu'elle se déployftt dans les vastes plaines qui s'étendent des monts Karpathes aux Poyas, et de la Baltique à la mer Noire. Vaincue ensuite et repoussée, elle se replia vers l'orient avec les tribus des Sarmates, des Rossolans, des Tchèques, des Venèdes, des Pruczes; elle
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est réduite aujourd'hui à trois branches principales, qui sont les Russes et lesIUyriens, les Polonais, Bohémiens et Vendes, les Lettons et Lithuaniens.
La race ouralienne, étrangère à Tlnde et parente des peuples du nord-ouest de TAsie^ refoulée par les populations slaves vers le Nord, déboucha au moyen âge sous les noms de Huns et de Hongres. On la distingue aujourd'hui en qua-. tre branches : finnoise, dans TEsthonie et la Laponie ; magyare ou hongroise, à l'extrémité de rAllemagne; tchermesse sur les rives du Volga , et permienne près des monts Ourals.
La civilisation des anciens Égyptiens, qui survivent aujourd'hui dans les Gophtes, est analogue à celle des Indiens et des Ghaldéens. Les Abyssins ont adopté un dialecte arabe, et la famille berbère recueille les débris des anciens Maures, Numides, Gyrénéens et Carthaginois. L'Afrique centrale est encore si peu connue, qu'il n'est pas possible d'en déterminer les familles et de suivre leur marche. Dans la partie orientale, tout le long de la mer Indienne, des sources du Nil au cap Sofala, nous connaissons deux familles : celle des Gallas, qui dominent à cette heure en Abyssinie, et celle des Motapasy sur les côtes du Zanguebar, de Mozambique et de Monomotapa. La partie méridionale comprend aussi deux familles, les Cafres et les Hottentots.
Deux races distinctes occupent l'Océanie : la Mélanésienne^ presque noire, avec des cheveux crépus, et la Polynésienne^ brune, avec des traits indo-mongols et des cheveux lisses ou frisés. A la première appartiennent les habitants de Madagascar, ainsi que le» Cafres et les Hottentots ; l'archipel indochinois offre un grand mélange de cette race.
Les Indo-Européens dominent aussi sur le grand continent de l'Amérique, exterminant de plus en plus les indigènes et y transplantant les Nègres, plaie honteuse dont on a fini par se débarrasser par l'émancipation.
Mais, dans l'Amérique septentrionale et le Mexique, les races indigènes rappellent les types indiens, qu'on retrouve aussi dans le Pérou, tandis que le reste de l'Amérique est habité par des nations plus conformes à la race mongole par la couleur, les traits et l'obliquité des yeux.
Telle est la filiation des peuples dont nous avons entrepris de retracer et de suivre la marche progressive dans les voies de la Providence. Nous avons expliqué les raisons qui nous
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ont fait un devoir d'insister sur les commencements que d'ordinaire les historiens esquissent rapidement, et nous avons aussi déduit nos preuves pour confirmer humainement des dogmes d'un ordre plus élevé. Mais s'il est des esprits auxquels nos raisons et nos preuves ne paraissent pas assez convaincantes, nous leur rappellerons que, suivant les anciens livres des Parsis, quand le sage Zoroastre interrogea la Divinité sur l'origine et sur la fin des choses, la- Divinité lui répondit : Fais le bieiï, et acquiers l'immortauté.