CHAPITRE m
PREMIÈRES MONARCHIES
DEUXIÈME ÉPOQUE
jeune Cyrus, suivi pas à pas par Diodore de Sicile, jugé menteur et ignorant par Aristote, mais qui, à Texamen, parait plus digne de foi qu'on ne Ta supposé pendant longtemps^ remplit Tépoque la plus ancienne de fables à Torientaie. Syncelle, Eusèbe, Ptolémée sont si récents, qu'ils ne peuvent donner un faible appui à une assertion quelconque. Nous n'avons que des fragments de Bérose, écrivain chaldéen (1), et ces fragments se réfèrent spécialement à la métaphysique et à la cosmogonie (2). La découverte des livres zends a fourni de nouveaux renseignements, et nous tâcherons d'en tirer parti.
avMt'j^ La Bible rapporte que Nemrod, fils de Kouch, chasseur vioknty fonda un empire autour de Babylone, Arach, Achad et Calanne, dans la terre de Sennaar. Cette race chusite, que les Grecs nommèrent éthiopique, serait donc la première qui se serait renfermée dans des villes fortifiées, afin de pouvoir fondre sur les tribus.de pasteurs, aller à la chasse des hommes et des animaux, et les renfermer dans l'enceinte de ses murailles. La position môme de Babylone la rendit bientôt le centre du commerce, et par suite aussi riche que puissante.
Avant j.-c. Ncmrod, devenu puissant sur la terre, passa en Assyrie, où
il bâtit Ninive (3), ainsi nommée de son fils Ninus; celui-ci, par reconnaissance, voulut, après la mort de son père, que les honneurs divins lui fussent rendus sous le titre de Bel.
L'empire de Nemrod fut divisé; l'Assyrie échut à Ninus, la Babylonie à Evôkous.
Il paraîtrait, d'après les livres orientaux, que dans le voisinage de l'Indus, sur les rives de l'Arius, ou de l'Oxus, s'était constitué un ancien empire de l'Iran, qui eut bientôt des
(1) Frbrbt et Sevin, dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions ^ ont cherché à mettre d'accord ces anciens auteurs dans leurs innombrables dissidences. Volnbt a jeté beaucoup de lumière sur la chronologie d'Hérodote, dans ses Recherches nouvelles sur rhistoire ancienne.
(2) Bbrosb, ChalcUeorum historiée qux supersunt, éd. Richter, Leipzig, 1823. Voyez aussi Munter, Religion der Babylonier (Copenhague, 1827) et Rawunson, History of the five great monarchies (Londres, 1863-67. 4 vol. in-8).
(3) De terra illa egressus est Assur et œdificavit Niniven. Ainsi dit la Oenèse, x, 14 ; mais il vaut mieux lire egressus est in Assur, c'est-à-dire en Assyrie: échange facile dans une langue dépourvue de prépositions. D'après les récentes découvertes de Ninive^ il parait certain que l'empire assyrien fut fondé par les Sémitiques.
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rapports avec les AssyrieDS, peut-être môme avec les Égyptiens. Il se composait des fiactriens, des Mèdes et des Perses, qui parlaient le zend et ses dialectes, et s'appelaient collectivement les Aryans, c'est-à-dire les Preux. Selon les écritures zendes, ils se séparèrent des Brahmanes quand ceux-ci descendirent par les montagnes du Thibet dans la péninsule de THindoustan. CSe qui prouve leur fraternité avec les Indiens, c'est que le zend et le pehlvi, parlés par les Aryans, sont des dialectes du sanscrit; c'est qu'ils possèdent les védas ou livres sacrés, comme les Brahmanes, et qu'ils sont aussi divisés en quatre castes. Mais le culte des Aryans était plus voisin de la religion primitive ; car ils ne croyaient qu'à un dieu, auteur du bien, et à un autre dieu, auteur du mal. La division des castes était chez eux politique, non religieuse ; la théocratie n'y avait pas empiété sur l'autorité royale, et le pouvoir monarchique était patriarcal : ce qui prouve qu'ils se séparèrent des Brahmanes avant que ceux-ci occupassent l'Inde.
Leur pays, appelé Ériène (1), s'étendait de la droite du
(1) AvMJtn, Erierme VeedjOt pays des Preux, dans le, Zend-Avesta ; Strabon dit Arianis. On le retrouve dans le nom d'Iran donné à la Perse. Les Aryans étaient connus môme des Grecs, et Ton rattachait à cette famille les Mages et toutes les tribus des Mèdes. (Mayot 8à %a\ xb toO !\pc{ou y^vo;. Damasc. ap. Wolp, Anecd, Grxc, UI, p. 259.) D'après Hérodote (VII, 61 ; VI, 98), il paraîtrait que les Perses appelaient ^praîoi leurs héros et diaprés Hellanicus XpTaia. Artaxerce se décompose en arta chairiat ce qui, en sanscrit, veut dire grand guerrier. C*est la racine des noms 'ApY);, Mars, herosy héros. Dans les livres sanscrits, on trouve aryas, arya varia, les illustres, la terre des héros. Nous reviendrons sur cette partie de Thistoire déduite des Orientaux, dans le livre III. En attendant, on peut consulter RoHDB, Die heilige Sage und das gesammte Religions- System der Zendvolks; Francfort, 1720; De Hammer, Heidelberg, Jahrburchy 1823, p. 81 ; W. OusELBT, Travels, II, 305 ; Fréd. Schlegbl, Wien Jahrbuch, VIII, p. 458; Gœrrbs, Mythengeschichte, I, 213, et Tintroduction au Schah-namèh. Selon Qœrres, Mèdes, Assyriens, Perses, descendirent du Caucase, parlant la même langue, formant une seule race et une grande monarchie de Tlran, du Caucase à THimalaya. Il rapproche les noms d^Iran, Aria, Axuria, Assyria, Assur, Sem serait le même que Chem, Chemschid (Djemchid).
Rohde fait d'une race commune et primitive de Tlran les Baotriens, les Mèdes, les Perses, qui parlent le zend et ses dialectes, et proviennent de rÉriène Veedjo et du mot Albordj, vers les sources de TOxus et les montagnes septentrionales de Tlnde. Ils auraient ensuite transporté les noms de leur patrie au Caucase et dans TArménie. Son opinion s'appuie sur les livres zends, particulièrement sur le Vendidad, au commencement duquel est racontée la création, c'est-à-dire, ainsi qu'il l'entend, l'habitation sue-
DBUXIÂMB ÉPOQUB.
Sind (rindas) au Caucase, du fleuve Oxus à la mer des Indes, au golfe Persique et à rembouchure de TEuphrate. Les tribus, ayant chacune ses mages ou sages, ses guerriers, ses agriculteurs, ses marchands^ erraient dans les vastes plaines de TAsie. La première qui s'établit à demeure fut celle des Bactriens ou Pahiavi, qui dominèrent sur toute TAsie, entre rinde et TEuphrate. Balk, capitale des Bactriens, fut fondée par Kaîoumarot, premier roi de TÉriène, dans le lieu où il rencontra un frère qu'il n'avait pas vu depuis longtemps; cela veut dire que deux tribus, s'étant rapprochées dans le désert, y bâtirent d'accord une ville, ou mieux un camp fixe, dans un site éminemment favorable, sur les frontières de Vlnde et du Thibet.
Les vicissitudes des rois successifs sont la représentation symbolique des aventures de cette population, autant du moins qu'on peut l'apercevoir à travers des récits où tout procède par groupes^ et flotte entre l'imagination et la réalité, entre les faits de l'homme et ceux de la nature, la religion et l'histoire. Les Orientaux poursuivent donc, en racontant comment Mardokente, à la tète de beaucoup de tribus arabes, epleva Babylone à Ghinzir, septième successeur de Nemrod, et y domina 250 ans. Ardjasp, chef des Assors, autre tribu des Aryans, assaillit et prit Balk, avec Bacto^Atty- Taldo d'Hadossa (fleur de myrte), femme d'un de ses officiers, qui lui facilita la conquête de cette ville en élevant certains signaux; ce qui lui valut le nom de Schem-Ramt) signe élevé, lorsqu'il l'épousa.
Dans Ardjasp, il est facile de reconnaître Ninus, qui à la tète d'un million de guerriers, exécuta les merveilleuses expéditions racontées par les historiens classiques, et qu'il
oessive de différents pays, parmi lesquels il trouve nommés, après Ëriène Veedjo, Sogdo (Sogdiane), Moore (Merou), Bakdi (Balk), Nesz (Nisa), Haro-iou (Hérat). Il pense donc que dans ces pays a eu lieu, à plusieurs reprises, une migration guidée par Dchemohid, ou bien par la race sémitique, jusqu*& Ver ou Yar, délicieuse contrée oh elle lixa sa demeure, et où son chef bâtit un palais et une ville, Var-Schemgherd. Ce seraient les anciens Pars et Persépolis.
Le savant de Hammer adopte cette opinion; seulement, il ne croit pas que Ver et Var-Schemgherd fussent le Pars ou Phars et Persépolis, mais un pays plus au nord, oh sont maintenant Damagen et Kapoin, et jadis Hécatompylos, véritable ville de Dchemchid. Ouseley, sans confondre Var et Pars, incline à croire que dans le Zend-Avesta on parle de Persépolis et de ses édifices.
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poussa jusqu'à TÉgypte et dans rinde« Si ces expéditions sont vraies, elles ne doivent pas être considérées comme des conquêtes, mais comme des courses semblables à celles des Arabes et des Kurdes. Il agrandit Niuive sur le Tigre, en rentourant d'une muraille de 100 pieds d'élévation, couronnée de 1 ,500 tours, du double de hauteur. L'enceinte entière était de 480 stades (89 kilom.), ou, comme on le lit dans le livre de Jonas, de trois journées de marche.
Sémiramis, sa femme, lui succéda, et, pour ne pas rester imc au-dessous de son époux, elle rebâtit Babylone, sur un plan mieux entendu que celui de Ninive.
On raconte aussi que Sémiramis construisit beaucoup d'autres villes; elle fit tailler le mont Bagistan, en Médie, de manière à former un groupe où elle fût représentée entourée d'une centaine de gardes. Elle se dirigea ensuite contre le roi des Indes avec 3 millions de fantassins, 500,000 cavaliers et 100,000 chars; se trouvant néanmoins trop faible en éléphants, elle fit tuer 300,000 bœufs et revêtir de leurs peaux autant de chameaux, afin que leur apparence abusât l'ennemi. Cette ru^e grossière fut inutile, et la conquérante échoua contre la valeur de ceux qui défendaient leur pays. De retour dans ses États, déshonorée par ses débauches, elle tm. fut tuée par Ninias, son fils, qu'elle avait tenu jusque-là sous une tutelle rigoureuse.
Après ces créations de l'imagination orientale se trouve une lacune de huTt siècles, durant lesquels se seront succédé • diverses dynasties dans l'empire de la Bactro-Assyrie, jusqu'à Téglath-Phalasar II. La Bible seule fait des Assyriens un peuple distinct, qui étend sa domination jusqu'à la Syrie et la Phénicie. Phoul envahit la Syrie en 753; Téglath-Phalasar, en 736, renverse le royaume de Damas; en 721, Salmanasar détruit celui de Samarie^ et en transfère les habitants dans le cœur de l'Asie; vers 707, Sennachérib porte la guerre chez les Juifs, qui exterminèrent son armée, et peu après luimême est tué par ses fils. Le dernier dont elle fasse mention est Assar-Haddon ou Sardanapale (1).
A cette époque, Arbace, satrape de la Médie^ et Bélésis, satrape des Babyloniens, se révoltèrent contre lui ; assiégé
(1) La lignée de rois fainéants issus de Ninus et de Sémiramis n*a jamais existé que dans les traditions classiques. Quant à la première destruction de Ninive, c^est une légende ainsi que Thistoire de Sardanapale lui-même.
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1137-717. par eux dans sa capitale, et ne voulant pas supporter la honte de la défaite^ il se jeta dans les flammes avec ses richesses et les femmes de son harem. C'est ainsi que la race médo-bactrienne, qui avait Ecbatane pour capitale, pamnt à la domination.
A cette race médo-bactrienne succéda plus tard celle des Gasdim ou Ghaldéens, tribu sémitique et sacerdotale, qui M«. remporta sur la caste guerrière, peut-être avec Nabonassar; enfin, Koresch (Cyrus) fit prévaloir la tribu des Pasagardes. Ces révolutions et ces changements de capitale dans le grand empire asiatique sont considérés généralement comme autant de successions différentes des empires assyrien, babylonien, mède et persan.
La Babylonie est située entre TEuphrate et le Tigre, qui, venant d'Arménie, coule du Nord au midi vers le golfe Persique. UEuphrate, dont le lit est peu profond et les rives pla* tes comme celles du Nil, déborde à la fonte des neiges. Le premier soin des habitants dut être dès lors de créer et d'as^ sainir le teri^ain ; en effet, le pays offrait un réseau continuel de canaux mis en communication par les deux fleuves, et servant à Tirrigation des campagnes, en même temps qu'ils étaient un obstacle aux courses des nomades. Le canal royal pouvait même porter de gros bâtiments. Certains lacs artifi* ciels avaient jusqu'à vingt lieues de tour, et la terre qu'on en tira servit à élever les digues de TEuphrate, que Ton pouvait dire partout renfermé entre un double mur, et qui, au besoin, se jetait dans ces grands réservoirs.
Le terrain , arrosé de cette manière , produisait deux cents et jusqu'à trois cents pour un de froment, qui, de même que le panis et le sésame, y atteignait une hauteur incroyable. Les dattiers et les palmiers y étalaient tout le luxe de leur végétation, à défaut de l'olivier, de la vigne et du figuier, dont la terre était dépourvue comme de toute espèce d'arbres à haute tige, à l'exception du cyprès.
«ftbyione. Bâtic à pcu do distauce de Tindus , de la Méditerranée , du