CHAPITRE IV
INSTITUTIONS BABYLONIENNES
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golfe Persique, sur les rives de deux grands fleuves, au milieu de plaines fécondes, Babylone était dans la position la plus favorable pour devenir la capitale d'un grand empire; aussi se relevart-elle de destructions multipliées, et quand elle succomba, ce fut pour faire place à Séleucie, sur la rive du Tigre. Cette ville, adoptée par les Arsacides, est remplacée à son tour par Gtésiphon, fondée par les Sassanides; lorsque Gtésiphon disparait, les débris des trois villes servent' à construire Ormuz et Bagdad, toujours dans le'même voisinage.
On rapporte que Sémiramis fit enceindre Babylone d'une muraille si large que six chars pouvaient y courir de front. Elle éleva tout le long de TEuphrate des digues magnifiques, et suspendit, sur les terrasses des maisons, des jardins, où les eaux amenées du fleuve éternisaient la verdure des fleurs et des arbres qui purifiaient et embaumaient l'air; elle éleva un temple magnifique à Bel, et y plaça la statue du' dieu, haute de 40 pieds; elle édifia pour elle deux palais sur l'une et l'autre rive de l'Euphrate; pour les réunir, elle détourna le fleuve de son lit, et fit construire au-dessous une route avec des briques d'un ciment bitumineux, longues de 33 cent, environ. Cet antique tunnel avait 4 mètres de haut et 1"*,66 de large, la partie supérieure 2™,33 , et les murs latéraux vingt briques d'épaisseur; des portes de bronze en fermaient l'entrée, et tout fut achevé en 260 jours. La ville formait un grand carré, dont le côté avait 120 stades (23 kilom.); elle était partagée par l'Euphrate, sur lequel était un pont dont le tablier, en se relevant la nuit, rendait le passage impossible d*un bord à l'autre. Les rives du fleuve étaient soutenues par une muraille en briques, les rues tirées au cordeau, les maisons à quatre étages, et les portes de la ville en bronze. On raconte des merveilles du temple de Bel , d'une circonférence de 2 stades, du milieu duquel se dressait une tour & huit étages ; le premier avàit un stade carré, et le dernier soutenait un trône d'or, sans statue. Il était entouré d'un large fossé plein d'eau, revêtu en briques, et la terre de déblai avait servi à faire des briques pour former une digue haute de 200 coudées.
Avant de rejeter ces récits comme des contes , il est né- L**«!JJ^
cessaire de se reporter à des temps et dans des pays tout autres que les nôtres. L'étendue démesurée des cités primitives s'explique, si on les prend pour de vastes enceintes de
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défense, comme les murailles que, dans des temps postérieurs, Trajan opposa aux barbares du Nord, et la Chine aux Mongols. Le pavillon du vainqueur devenait le centre autour duquel se rangeaient ceux des autres chefs de tribu et ceux des vaincus. Il était difficile à des conquérants, dont un signe décidait du sort de populations entières , de commander aux vaincus d'élever des palais sur l'emplacement qu'occupaient leurs tentes , et de les construire avec une régularité uniforme. Le nomade, voulant conserver autant que possible dans ces campements fixes les agréments de la vie errante, y renfermait des fleuves, de vastes jardins et des campagnes entières, qui s'étendaient entre les habitations. C'est pourquoi encore le pont de Babylone était levé durant la nuit, comme on le ferait entre deux camps ennemis, afin que l'un ne vînt pas piller l'autre. Marco Polo nous dit que la ville de Taïdou, bâtie par Koubilaî-Khan, successeur de Gengis-Khan, embrassait dix lieues de terrain, chacun des côtés étant d'une dimension égale; une muraille de dix pas de largeur l'environnait; les rues étaient parfaitement alignées, les maisons quadrangulaires, les palaisvas tes, avec des cours et des jardins; envoyait à l'entôur d'immenses faubourgs, de spacieux caravansérails, et jusqu'à 25,000 femmes publiques.
L'Asie est, dans les temps modernes, ce qu'elle fut dans les temps antiques; et Pékin, Nankin, Dehli, les pyramides d'Égypte, les hypogées d'Éléphanta, la muraille chinoise, subsistent encore pour confondre le scepticisme qui nie tout ce qui lui paraît merveilleux.
Le terrain offrait dans l'argile, que l'on fait sécher au soleil ou que l'on cuisait au four, et dans le bitume, qui servait de ciment (1), les matériaux propres à des constructions moins solides que celles de granit, mais que les historiens affirment à tort avoir entièrement péri. Les ruines de Ninive ont été retrouvées par MM. Botta et Layard (2) ; si
(1) On trouve dans les grands édifices de Pacaritambo, au Pérou, Tasphalte (béton) employé pour ciment. Voy. Cieça, Chroniqtce du Pérou; Anvers, 1554, p. 234.
(2) En 1843, Emile Botta, consul de France à Mossoul, fit faire des fouilles dans le massif des collines sur lesquelles étaient situés les villages de Niniouah et de Khorsabad, à cinq heures de caravane dans le nord-est de Mossoul. Il ne tarda pas à trouver, à Khorsabad, un palais assyrien rempli de sculptures, dont les nombreux fragments apportés en France à
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l'on n'aperçoit que peu de vestiges d'Ëcbatane et de Suse, le cadavre de Babylone occupe encore le vaste espace de 18 lieues, et Ton peut y retrouver les traces de la tour et du temple de Bel, des jardins suspendus et de la demeure royale.
En sortant de Bagdad et en côtoyant le Tigre, on entre j,|îjy;^ dans la plaine de Babylone (1), désert au milieu de deux déserts ; on n'y voit que des briques , dont les Arabes s'emparent depuis des siècles pour élever leurs maisons ou leurs
grands frais forment le musée assyrien du Louvre, tandis que Tensemble de la découverte était publié sous ce titre : Monument de Nintve, découvert et décrit par M. Botta, mesuré et dessiné par M. Flandin, ouvrage publié par ordre du gouvernement; Paris, 1849-50, 5 vol. in-fol. M. Layard a tenté aussi, au profit du musée Britannique, des fouilles non moins productives sur le sol de Tancienne Ninive, dans le Koyundjuk et à Babylone {voy. son onvrageffineveh and its remains; Londres, 1849, in-8).
La découverte de la grande inscription trilingue de Behistoun a beaucoup avancé Tétude sur les antiquités de Ninive. Rawlinson a publié en 1846 la copie de la partie relative à la Perse. Cette traduction a été refaite par M. Oppert, qui a eu peu de chose à changer au travail de Rawlinson. La grande inscription est disposée en colonnes verticales au-dessous et sur les côtés de figures sculptées. En voici un spécimen, qui comprend rinscription placée au-dessus de la figure de Darius : u Je suis Darius le grand roi, le roi def» rois, le roi des nations, le fils de Vichtaspa (Hystaspe), le neveu d*Archama, de la race d'Hakhamanich (Achéménides). Le roi Darius dit : Mon père était Vichtaspa; Archama était père de Vichtaspa; Ariyaramna était père d* Archama; Ciscpisc était père d*Ariyaramna; Hakhamanisc était père de Ciscpisc. Le roi Darius dit : C^est pour cela que nous avons été appelés Hakhamanichiya. Dès la plus haute antiquité nous fûmes puissants, dès la plus haute antiquité notre race fut royale. Le roi Darius dit : Huit individus de ma race ont été rois avant moi; je suis le neuvième. Depuis très longtemps nous sommes rois. »
Nous remarquons ici que sur les huit rois rinscription n*en donne que cinq; cependant Hérodote, qui eut de si précises notions géographiques, historiques et statistiques sur Tempire des Achéménides, fait tenir à Xerxès ce langage : « Que je ne sois pas le descendant de Darius, d*Hystaspe, d*Ar8amè8,d*Ariaramnès, de Téispès, de Cyrus, de Cambyse, d*Achemène, si je ne me venge pas des Athéniens I » Voilà précisément les huit générations.
Oppert évalue la coudée babylonienne à 0™,525 ; la hauteur des muraUles de Babylone, qui avaient 50 coudées, aurait donc été d'environ 26 mètres.
(1) Niebuhr commença à parler des ruines de Babylone; mais TAnglais Ker Porter est plus exact. Rich, consul à Bagdad, les décrivit avec une précision minutieuse ; son ouvrage fut, dans la traduction française, revu par Raymond, ancien consul lui-même à Bassora, en 1818. On doit beau, coup de renseignements au missionnaire Beauchamp. En 1817, Mignan entreprit exprès le voyage de Chaldée pour décrire les ruines de Babylone.
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mosquées. Leur amoncellement et les excavations forment de larges vallées et de grandes montagnes au milieu de la plaine, dans laquelle serpentent encore les canaux de Nabuchodonosor, à demi obstrués. La haute muraille que, dans sa colère, Darius ût abaisser à 50 mètres, et qui était toute crénelée, comme il apparaît pai* les médailles portant le lion qui abat le taureau, et l'effigie du Jupiter de Tarse, c'est-àdire Bel, est encore indiquée par des monceaux de briques vitrifiées par l'ardeur du soleil, comme si elles eussent été exposées à un feu violent.
A droite de l'Ëuphrate, on aperçoit encore les huit digues qui arrêtaient les débordements, et Ton peut indiquer la trace du pont de Sémiramis, long de 220 mètres, ainsi que celle de ses piles également en briques. On appelle Birs- Nemrod, ou bourg de Nemrod, le plus ancien monument de Babylone : c'est une grande colline de décembres, ayant plus de 667 mètres de circonférence , et couronnée par une tour haute de 12 mètres seulement, de forme pyramidale, en briques cuites ; on y trouve encore partout des vases vernissés et émaiUés, principalement de couleur jaune et bleue. Ce bourg devait être le temple de Bel, auquel Strabon donne précisément 687 mètres de tour. Rich ût fouiller à l'endroit où les gens du pays disaient qu'était située l'idole, et dégagea un lion de granit, symbole de la puissance assyrienne. Mignan, lorsqu'il y retourna, trouva brisé ce monument de l'art primitif; mais il découvrit à peu de distance une statue colossale en granit doré.
Les jardins de Sémiramis sont indiqués par une construction en amphithéâtre , où s'élèvent des terrasses en gradins, soutenues par des galeries qui s'appuient sur des piliers carrés dont la cavité est remplie de terre pour l'alimentation des grands arbres. Le plafond est formé de roseaux liés avec du bitume ; un lit de briques étendu dessus soutenait la terre, que venait arroser l'eau élevée jusque-là par des roues, des pompes ingénieuses. D'autres machines, mises en jeu par l'Ëuphrate, portaient les promeneurs d'un étage à l'autre.
Au milieu de ces ruines, que les naturels appellent encore le palais, les musulmans, qui ne détruisent pas, mais qui ne construisent ni ne plantent, ont laissé subsister un arbre pour y attacher les chevaux : unique trace de végétation parmi les cendres et les décombres, comme un vieillard survivant à la destruction de toute sa famille. C'est un arbre
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étranger à ces climats et indigène de Tlnde ; la tradition veut qu*il soit un débris des jardins suspendus dont Sémiramis avait embelli Babylone.
Que rimagination reconstruise avec ces ruines une immense cité aux larges rues régulières, aux maisons émaillées de fleurs, étincelantes au soleil, couronnées du gracieux panache des palmiers toujours verts, des plantes les plus belles et les plus vigoureuses des tropiques ; que Ton se représente les mille barques glissant sur les canaux, et les nombreuses caravanes accourant de toutes parts avec les troupeaux de chameaux, de cavales, de brebis, et les astronomes observant le ciel au haut des tours, tandis que Tair est parfumé par d*épais nuages d'encens... quel spectacle! Et maintenant des hiboux, des scorpions et les insectes les plus dégoûtants 8*y abritent en sûreté ; le chacal traîne dans quelque salle du palais des Arbaces la carcasse des chevaux expirés de fatigue dans le désert, et le lion repose fier et tranquille, comme en son royaume, là où Sémiramis et Sardanapale accumulaient richesses et délices.
Les historiens ont tort de considérer les Assyriens unique- industrie, ment comme guerriers; car Babylone régna non moins par rindustrie et par la science que par la conquête ; notre Occident a éprouvé son influence et s'en ressent^ encore. Ses habitants tiraient du Kerman, de TArabie et de la Syrie le coton dont ils tissaient leurs amples vêtements et leurs précieux tapis; ils excellaient dansTart de distiller les eaux odorantes, et il n*y a pas longtemps que Ton a découvert les cylindres babyloniens, pierres dures, naturelles ou artificielles, d'une longueur qui varie de 4 à 11 centimètres, percées de part en part, et, quel qu'en fût l'usage , portant des caractères et de petites figures mystérieuses à la manière des scarabées égyptiens.
La nature de leurs constructions et de leurs matériaux excluait les colonnes, le plus beau des ornements architectoniques. Les substructions feraient supposer qu'ils connaissaient les voûtes; mais aucun vestige ne s'en retrouve parmi les ruines. La sculpture ne pouvait y fleurir, puisqu'on n'y trouvait ni le marbre ni la pierre , et les bas-reliefs que cite Diodore, en parlant du palais de Sémiramis , étaient probablement en terre cuite, comme ceux que nous voyons en Italie, surtout dans l'architecture du Bramante. Ces briques étaient de plus couvertes d'inscriptions, la plupart du côté
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intérieur; ce qui fait que les édifices sont des archives publiques et privées, comme en Égypte. Peut-être nous révéleront-ils la civilisation la plus antique, lorsque l'interprétation des caractères cunéiformes, encore à Tétat d'enfance, aura fait plus de progrès.
Il est difficile de distinguer les institutions propres des Babyloniens de celles qu'y mêlèrent les Ghaldéens et ensuite les Perses. Quant à ces derniers, leur culte, plus pur, s'éloigne trop de celui des Babyloniens ; nous en parlerons dans le livre suivant, quand nous arriverons au grand Zoroastre. Pour les Ghaldéens, nous inclinons à les croire une nation grossière, qui adopta les institutions des Babyloniens et usurpa leur nom. Une preuve extrinsèque de cette assertion parait résulter de ce que les écrivains bibliques nous les représentent dans le môme état de civilisation. Quoi qu'il en soit, et malgré l'incertitude où nous laisse la disette de documents, jetons un coup d'œil sur leurs croyances (1). Ditax. Les Babyloniens avaient deux ordres de dieux, les héros divinisés et les astres. Le culte des astres semble le premier qui égara les hommes ; il est peutrôtre excusable dans cette contrée, où les étoiles brillent d'une si pure clarté à travers un ciel constamment serein. Le vulgaire adorait ces corps lumineux dans leur forme extérieure, et les prêtres adressaient leurs prières aux génies qui les animaient. Ils associaient aux idées astronomiques une idée cosmogonique , que nous trouverons très répandue dans l'Orient, et qui représentait la puissance créatrice comme divisée en deux principes, l'un mâle et l'autre femelle , l'un fécondant et l'autre fécondé. C'est sous cet aspect qu'ils considéraient Bel et Militta, le soleil et la lune (2). Tous deux présidaient à la vie : le premier donnait l'animation , la seconde l'accroissement.
Bel-Adad a pour cortège une série de Belim, parmi lesquels Bel-Jupiter et Bel-Vénus, astres propices , Bel-Saturne et Bel-Mars malfaisants; Bel-Mercure, tantôt propice, tantôt nuisible, selon ses aspects, et tous androgynes, unissant la force active qui féconde à la passive qui enfante. Trente
(1) MuNTER, Religion der Babylonier; Copenhague, 1827. Gœrrbs, Mythengeschichte der Asiatischen Welt,
(2) Noms reproduits diversement par ceux de Baal, Baal-Adad, Alagabal, Moloch, Nebo, Uranie, Dercéto, Astarté, Atergat. Ce culte s'étendit dans les colonies, où Ton trouve Baal-Bey-rut, Baal-Hammon, Baal-Zebub.
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astres secondaires étaient regardés comme les dieux conseillers (i), moitié présidant aux lieux souterrains, moitié aux lieux supérieurs; les Babyloniens y^ajoutaient douze seigneurs des dietix (2), auxquels étaient attribués les signes du. zodiaque, et vingt-quatre constellations appelées juges des choses universelles (3).
Il parait qu'ils adoraient aussi les éléments , et le Tigre, et TEuphrate, et certaines divinités nationales, comme Nisroch, Anamelech, Thamuz ou Adonis. L'Écriture dit expressément qu'ils divinisèrent les héros, et en particulier Nemrod; ils avaient en outre certains génies protecteurs qu'ils représentaient sous l'aspect de colombes , de poissons, de dragons, en lutte avec de mauvais génies auxquels ils donnaient des figures monstrueuses.
Quant à la cosmogonie et à la métaphysique, d'après le iiéuphytiqu*. peu que nous ont transmis confusément les étrangers et le Ghaldéen Bérose, nous voyons qu'ils s'adonnèrent spécialement à étudier le côté matériel de la création, à la différence des brahmînes, occupés presque exclusivement de l'idée. Au commencement existait, selon eux, un chaos de ténèbres et de matière humide contenant des animaux monstrueux. Bel ou Dieu apparaît, et, divisant le corps de la femme primitive, Omorca (emblème de la nature), de l'une des moitiés il forme le ciel, de l'autre la terre ; il produit la lumière, qui donne la mort aux monstres, fils du Chaos, et fait succéder l'ordre à la confusion qu'ils ont enfantée. Enfin, avec son propre sang et celui des dieux inférieurs mêlé à la terre , il créa les âmes des hommes et des bètes , qui sont toutes d'origine divine, tandis que les corps célestes et terrestres sont faits avec la substance d'Omorca, autrement avec la matière.
Des événements terribles font périr l'espèce humaine, et. il en naît une nouvelle du sang d'un Dieu qui se sacrifie volontairement. Alors parait Oannès, poisson-homme, qui, sortant chaque jour de la mer Rouge, vient prêcher aux Babyloniens la loi et la sagesse.
Ces traditions nous ont été transmises par Bérose, qui vivait au temps d'Alexandre le Grand, c'estrà-dire lorsque les Perses, depuis deux siècles, dominaient sur les Babyloniens, et pouvaient dès lors en connaître les doctrines ; le système
(1) RouXaCovc Ocou;. Diodore.
(2) KvpCovc TÛv Otwv. Id.
(3) Aixoatàç 5X»v. Id.
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des émanations qu'elles révèlent est bien loin des dogmes du Zend-Avesta.
Toutes ces altérations de la tradition primitive, les Ghaldéens les combinèrent avec des faits astronomiques, dans la supposition que les événements dici-bas dépendaient des mouvements du ciel. Au contraire des mages et des brahmines, ils faisaient donc prévaloir la matière sur Tesprit; or, tandis que les Indiens considéraient Tunivers comme un immense spectacle que Dieu s'était donné à lui-môme, les Perses comme une lutte continuelle entre le bien et le mal, Tastronomie religieuse des Chaldéens y apercevait une inal* térable harmonie.
D'après leur vénération pour les deux principes générateurs, on ne s'étonnera pas qu'ils promenassent en pompe dans leurs solennités les symboles obscènes du Phallus et du Ctéis. Ils sacrifiaient à leurs dieux des victimes , peut-être même des jvictimes humaines. Unissant l'immoralité à la barbarie , chaque femme était obligée de se prostituer une fois, dans le temple de Militta, à un étranger, qui lui payait le prix de l'opprobre en lui disant : Je prie la déesse Militta de V être propice (i). Des faits qui répugnent autant à nos mœur$ ne sauraient être niés comme impossibles. On sait combien le commerce a partout altéré les notions de la pudeur, et combien d'exemples de coutumes semblables se sont offerts aux voyageurs (2). Nous croirons plus difficilement les historiens quand ils nous disent que cette prostitution n'empêchait pas les femmes d'être très chastes dans le mariage; qu'au lieu de vivre séparées des hommes , à l'orientale, elles s'asseyaient à table, même en présence des étrangers, honorées comme épouses et comme mères. Les femmes qui étaient belles se vendaient à l'encan, et le prix qu'on en retirait formait la dot des laides. Le mariage était-il malheureux, il était dissous moyennant la restitution du prix. Un tribunal spécial était institué pour placer les filles et punir les adultères.
Les personnes instruites et les magistrats formaient la classe des mages (3), dont les fonctions et les droits étaient
(1) HÉRODOTE, I, 36 ; Strabon, XVI. Cf. Selden, de Dits Syrise, II, 7.
(2j Heynb, de Babyloniorum insiituto religioso, — Fr. Lbnormant, la Magie chez les Chaldéens, et Hist, d'Orient, t. II.
(3) On croit généralement ce mot persan, et on voudrait le faire dériver de mige^guch, oreilles coupées. Nous le trouvons cependant dans Jërémie,
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héréditaires ; mais on pouvait y ôtre admis par adoption, comme le fut THébreu Daniel. La doctrine conservée parmi eux était d'une bien autre pureté que celle qu'on enseignait au peuple. Us croyaient à l'immortalité de Tàme, considérée comme une émanation de la pure lumière incréée ; à une Providence réglant toutes choses, maisldirigeant tout en vue de rhomme : de là les erreurs de l'astrologie.
Cette classe sacerdotale, rendue vénérable par le mystère qui l'entourait, jouissait de grands honneurs, et passait pour fort savante, surtout en fait d'astronomie. On dit qu'ils divi* salent dès lors le zodiaque en 30 degrés, et chaque degré en ' 30 minutes ; qu'ils calculaient l'année de 365 jours et un peu moins de 6 heures, et qu'ils savaient que les étoiles étaient excentriques à la Terre. La fameuse tour, qui par sa hauteur favorisait leurs observations, offrait à sa base et dans son élévation la mesure du stade chaldéen , qui est de 77^7 de degré ou de 5,702 toises 1 pied 9 pouces et 6 lignes. Il eût donc différé de 63 toises à peine de la mesure de la Terre trouvée par les académiciens français. Achille Tatius (quoique son témoignage soit bien postérieur) affirme qu'ils avaient calculé qu'un homme, en courant d'un bon pas, pourrait suivre le soleil dans son cours autour du globe, et arriverait en même temps que lui au point équinoxial. Il semble aussi qu'ils aient connu le gnomon solaire; les Grecs trouvèrent à Babylone des séries d'observations notées sur des tablettes d'argile cuite et remontant à une haute antiquité (1).
Malheureusement, ils faisaient servir l'astronomie à l'imposture, et prétendaient deviner l'avenir par l'aspect des constellations. Leurs disciples devaient soumettre aveuglément leur raison à leur autorité.
La magnificence du temple de Bel nous permet de juger de la splendeur de leur culte ; des statues d'or et d'argent, parées de vêtements précieux et de pierreries, étaient portées ^ en procession, et les prêtres leur offraient des mets délicats. Près de leurs divers temples habitaient des personnes em-
avant qae les Perses occupassent Babylone, lorsquMl compte un archimage « parmi les principaux membres de la cour de Nabucbodonosor.
(1) Beaucoup révoquent en doute leur science astronomique. Voy. les Actes de TAcadémie de Berlin, 1814, 1815; Ioblbr, Ueber die Stemkunde der Chaldmer, Cependant les fouiUes modernes nous ont livré les fragments d'un ouvrage de mathématiques où sont enregistrés les carrés des nombres fractionnaires -iz 2 jusqu*à ^ 2.
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ployées à des offices ou à des arts divers : près de ceux de Saturne, les agriculteurs, les mathématiciens, les astrologues; près de ceux de Vénus, les femmes, les poètes, les peintres, les musiciens, les sculpteurs; près de ceux de Jupiter, les savants, les musiciens, les magistrats.
On a conservé le souvenir de deux de leurs fêtes principales : l*une en Thonneur de Bel, dans laquelle, selon Hérodote, il se brûlait pour 1,000 talents d*encens; l'autre ressemblant aux saturnales , dans laquelle les esclaves jouaient le rôle de maîtres. Ce rite, si Ton nous permet une conjecture, se rattachait à une croyance populaire chez les nations adoratrices de la nature; selon cette croyance, il était possible de retarder le soleil dans son cours en enchaînant ses images, et de Taccélérer en les déliaût. On représentait ainsi Talternative de faiblesse et de vigueur que les Grecs symbolisèrent dans Hercule , tantôt vainqueur des lions et des géants, tantôt eCTéminé aux pieds d'Omphale. Les Phéniciens et les anciens habitants de lltalie tenaient la plupart du temps enchaînés Melkarth et Saturne ; lorsqu'ils les déliaient aux jours où Tannée semble s'écouler avec plus de lenteur, ils célébraient leur liberté en rendant moins lourd le poids de la servitude pour leurs esclaves. A Gydonie, en Crète, les citoyens abandonnaient la ville, où les esclaves, devenus maîtres de tout, pouvaient même battre les hommes libres (i). En Égypte, Hercule affranchissait tout esclave qui se réfugiait dans son temple de Ganope (â).
Indépendamment de la foi, l'historien doit une attention particulière à un peuple remarquable qui à la mission reli-
(1) EusTATHB, Ad Odyss., XX, 105.
(2) HÂRODOTB, II.
(3) Les sources les plus pures de Thistoire hébraïque sont les livres saints. Il sera bon de consulter, en outre :
Flavius Josâphb, Àntiguitates judaica,
Bbrruter, Histoire du peuple de Dieu jusqu'à la naissance du Messie; Paris, 1728, 7 vol. in-4.