‹ Histoire universelleChapitre 20 sur 79 · RÉPUBLIQUE FÉDÉRATIVE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE FÉDÉRATIVE

niST. UNIV. — T. 1.

Le massacre de la tribu de Benjamin et de la ville de Gabès comme complice, parce qu'elle n'avait pas envoyé de députés à rassemblée, rappelle le serment que faisaient les amphictyons d'exterminer les villes grecques qui se révolteraient. Les docteurs hébreux, pour justifier la conquête de Ghanaan, la présentent comme la réaction d'un peuple qui recouvre le pays de ses aïeux. Pour fixer un peuple errant et prévenir le mélange, si funeste par ses résultats, les mesures sévères étaient une nécessité. Le pays de Ghanaan était occupé par de petits peuples qui s'expulsaient les uns les autres, et qui, par conséquent, devaient succomber sous les efforts d'un peuple plus robuste. G'était un dogme parmi les anciens que la victoire entrdnait la possession des hommes et des choses; mais ici, du moins, c'était Dieu qui ordonnait la conquête. Dieu qui pouvait choisir pour ministres de ses châtiments les Pharaons ou les pestes, les déluges ou les héros.

Les rigueurs qu'il se voyait contraint d'employer affligeaient Moïse; il s'afQigeait encore à la vue de son peuple, qui tantôt relevait les idoles, tantôt demandait le repos, et même le retour au milieu des misères d'Égypte. Il éprouva donc tous les martyres du génie, et, comme le génie, il ne toucha point la terre promise, content de mourir à la vue de ce pays où son peuple devait être heureux tant qu'il observerait la loi. Alors Josué, choisi par lui, conduit Israël, traverse le Jourdain, prend Jéricho, et soumet la terre de Ghanaan qu'il partage entre les tribus (1).

L'Aram ou la Syrie, quoique le nom n'ait pas toujours la même compréhension, s'étendait en général, à l'orient, jusqu'à l'Euphrate; à l'occident, jusqu'à la Méditerranée; au midi, jusqu'au Liban et à la Palestine, et, vers le nord, se terminait au Taurus : 300 milles de longueur et 100 de lar^ geur. Les territoires principaux étaient la Palestine et la Phénicie, soumises à de petits rois qui, par des conquêtes ou des confédérations, formèrent des royaumes plus étendus, dans lesquels les premiers maîtres passaient à l'état de vas-

(1) Procope, dans l'Histoire des Vandales, liv. II, dit qu'il existait ch«6 eux une certaine inscription portant : « Nous fuyons de la face de Josué« (( fils de Noun. » Ils s'arrêtèrent entre Ascalon et le port de Gaza ; de là, en côtoyant la mer Méditerranée, ils arrivèrent près de Gibraltar^ pays très fertile, qu'ils nommèrent Jardins d'Hespérie, et où ils bâtirent Tigis, qui, en syriaque^ signifie négocief\

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saux. Les royaumes les plus célèbres sont ceux de Gessur, * d'Amat, de Soba et de Damas. Les tribus, pour réussir à s'emparer de tout le pays, auraient dû rester unies; mais, pressées de se procurer des demeures stables et de se distribuer les terres, les tribus les plus puissantes s*emparèrent des territoires les plus vastes; les autres se choisirent un asile comme elles purent; la tribu de Dan dut môme s'établir à gauche de la Judée proprement dite. Telle fut la cause qui les empêcha d'exterminer entièrement les habitants de la Palestine, et les petites populations, restées dans le pays, furent les étemelles ennemies de ceux qui l'avaient envahi. Les Arabes errants, les Édomites et les Philistins, peuple qui, sorti de TÉgypte, avait d'abord habité Chypre et donné ensuite son nom au pays, troublèrent sans cesse la nation et son culte. Les tribus n'étaient pas soumises l'une à l'autre ; chacune se régissait par ses propres cheiks, c'est-àdire les primats et les anciens, constituant ainsi une république fédérative.

La conquête était presque terminée, lorsque Josué, se sen- Juges, tant près de mourir, convoqua les vieillards et tous les magistrats d'Israël, et leur dit : « Vous voyez ce que le Seigneur <c a fait aux nations environnantes, et comme il a combattu « pour vous et vous a distribué la terre à l'orient du Jourdain <c jusqu'à la mer. Beaucoup de nations restent encore ; mais « le Seigneur les dispersera, pourvu que vous soyez fidèles à « la loi donnée par Moïse; que vous ne vous mêliez pas avec « les étrangers ; que vous ne juriez point par leurs dieux, « mais que vous demeuriez unis au Dieu véritable, » Malheureusement ces conseils ne furent pas écoutés, et, avec le lien religieux, se relâcha aussi le lien politique. Un chef militaire n'étant plus à la tête de toute la nation, les jalousies des petites tribus contre les autres s'éveillaient, et les ennemis profitaient de l'occasion pour menacer l'existence de la nation ; mais il s'élevait de temps en temps des hommes aimés de Dieu, qui, se mettant à la tête du peuple, le rachetaient de la servitude et des tributs^

Ghusan, roi de Mésopotamie, tiùt, durant huit années, uei-isei. Israël dans l'esclavage, jusqu'à ce qu'il fût délivré [par Othoniel; puis Éphralm et Benjamin tombèrent sous le joug d'Églon, roi des Moabites. Mais, dix-huit ans après, Aod, u96^ valeureux champion , fut envoyé vers Églon pour lui porter le tribut; cette mission remplie, il retourna seul près du roi.

DEUXIÈME ÉPOQUE

le prit à Técart, le tua et délivra les deux tribus. Dan , Juda et Siméon eurent les Philistins pour maîtres jusqu'à ce qu'ils fussent rachetés par Samgar , qui tua 600 ennemis avec le contre d'une charrue. Jabin, roi d'Asor, domina ensuite sur eux ; mais son armée fut mise en déroute , et Sisara , son général, mis à mort par Jahel. Alors la prophétesse Débora, qui rendait la justice sous un palmier du mont d'Éphraîm , entonna ce cantique : « Vous qui vous êtes signalés parmi « les enfants dlsrael en exposant volontairement votre vie, « bénissez le Seigneur. Écoutez, ô roi! princes, prêtez Toc< reille; c'est moi, c'est moi qui chanterai un cantique au « Seigneur, Dieu d'Israël. Seigneur, quand tu partis deSéir « et t'avanças par le pays d'Ëdom, la terre trembla, les « cieux se fondirent en eau , les monts s'écroulèrent à l'as- « pect du Seigneur. Aux jours de Jahel, les routes n'étaient « plus battues, et les voyageurs allaient par des sentiers « inaccoutumés; les forts d'Israël languirent, jusqu'à ce « qu'il se fût élevé une Débora , une mère dans Israël... 0 « vous que chérit mon cœur, vous qui volontairement vous (( exposâtes au péril, bénissez le Seigneur... Que là où l'on « voit ces débris de chariots renversés , où l'on voit le car- « nage de l'armée ennemie , que là môme on publie la justice « du Seigneur et sa clémence envers les braves d'Israël, « quand le peuple se rassembla aux portes et reconquit sa « souveraineté. Lève-toi, ô Débora 1 Lève-toi, et entonne le « cantique. Lève-toi, Barach, et saisis tes prisonniers; les « restes du peuple sont sauvés ; le Seigneur a combattu avec « les vaillants... Le ciel même livra bataille aux ennemis ; le « torrent entraîna leurs cadavres. 0 mon âme, foule aux <c pieds les corps de ces braves. Maudites soient les terres <( qui ne vinrent pas en aide aux guerriers du Seigneur I Et « toi , bénie sois-tu entre les femmes , ô Jahel I bénie dans c( ta tente. Elle donna du lait à Sisara qui lui demandait de « l'eau, et lui offrit de la crème dans la coupe des princes; « elle étendit la main gauche vers le clou, la droite vers le « marteau, et transperça avec vigueur les tempes de Sisara. (( Il roula à ses pieds en rendant l'esprit, et il demeura « étendu mort sur la terre, le misérable. Cependant sa « mère gémissait en regardant par la fenêtre, et criait : « Pourquoi mon bien-aimé tarde- t-il à revenir? Pourquoi les « pieds de ses coursiers sont-ils si lents? Et la plus sage d'entre <c les femmes de Sisara répondait à sa belle-mère : Peut-être

RÉPUBLIQUE FÉDÉRAXnrE.

« quà cette heure il partage les dépouilles, et choisît pour lui la « captive la plus attrayante. Des vêtements de toutes couleurs « sont donnés à Sisa9*a , et des échai^pes brodées pour orner son « cou, — Périssent ainsi, ô Seigneur, tous tes ennemis; (( mais que ceux qui Taiment brillent comme le soleil à To- « rient! »

Ces chants, partout répétés, réchauffaient le sentiment national et religieux; mais ce peuple tarda peu à retomber dans le péché, et les Madianites l'assujettirent.

Il fut délivré par Gédéon, qui eut de ses femmes 70 fils; leur frère Abimélech, né d'une concubine, les fit tous égorger par ambition, et régna jusqu'à ce qu'il mourût en combattant.

Thola, son oncle, fut juge après lui; puis vint Jaïr qui eut 30 fils , tous seigneurs de quelque cité , et qui , par grand honneur, chevauchaient sur des juments. Les Philistins ayant encore été vainqueurs, les Israélites mirent à leur tète Jephté, qui fit vœu, s'il revenait triomphant, d'immoler à Dieu la première personne qu'il rencontrerait. Il vainquit, et la première qui s'offrit à ses regards fut sa fille unique, conduisant des danses au son des cymbales. Ayant appris le vœu de son père , elle demanda la permission d'aller durant deux mois dans les montagnes pour y pleurer sa virginité ; puis la promesse du père s'accomplit.

Les Israélites eurent ensuite pour juges Abisan , Ajalon , Abdon , jusqu'à ce que , pour s'opposer à la dure tyrannie des Philistins , parurent Hélie et Samson , le plus fort des hommes. Samson, après avoir maltraité cruellement l'ennemi, fût fait prisonnier. Hélie, déjà contristé des crimes de ses fils, ayant appris que l'arche d'alliance était tombée au pouvoir des Philistins , en mourut de douleur.

Le plus célèbre des juges d'Israël fut Samuel qui , plein d'ardeur pour la gloire de Dieu , arracha le peuple à l'idolâtrie , et, l'ayant ainsi raffermi dans son unité, le rendit vainqueur des Philistins. Il tenta d'introduire une nouveauté dans la constitution , en rendant héréditaire dans sa famille la dignité suprême ; il institue donc juges ses deux fils , Joël et Abia. Mais ils se laissaient corrompre par l'avarice , recevaient des présents et rendaient des jugements injustes ; en sorte que le peuple mécontent vint vers Samuel pour lui demander un roi. Samuel le blâma fortement de ce qu'il voulait obéir à l'homme plutôt qu'à Dieu, qui l'avait tiré de

Gédëon.

Jephté.

iMi-ms.

Snmton.

Itit.

SKtauel 109S-80 .

DEUXIÈME ÉPOQUE

l'esclavage. « Ignorez-vous que le roi prendra vos enfants « pour conduire ses chariots , pour s'en faire des cavaliers , « et les faire courir devant sou char? qu'il les contraindra ce de le servir, de moissonner et de bâtir pour lui? qu'il fera « de vos filles ses parfumeuses, ses cuisinières, ses boulan- « gères? qu'il vous ravira vos champs, la meilleure partie « de vos récoltes et de vos troupeaux? qu'il vous enlèvera « vos esclaves , vos jeunes gens les plus forts , et les fera « travailler à son profit? »

Mais , le peuple persistant, Samuel lui choisit pour chef et pour roi Saiil , de la tribu de Benjamin , haut de stature et d'une grande force. Puis il dit à Israël : « Voici que je vous « ai gouverné longtemps ; ai-je enlevé le bœuf ou l'âne de « personne? calomnié quelqu'un? reçu des présents? Dites- « le , et je réparerai ma faute. » Tous le déclarèrent innocent; il leur reprocha leur conduite, surtout la faute qu'ils venaient de faire en changeant le gouvernement, et il se démit de la dignité de juge.

Satil consolida son trône par une victoire sur les Ammoni* tes ; le peuple, bien qu'adonné plus spécialement à la culture des champs et à l'élève des troupeaux , acquit sous lui l'esprit guerrier. Saûl introduisit la discipline dans l'armée , fit plusieurs fois éprouver sa valeur aux Philistins , et poussa sa marche victorieuse jusqu'à l'Euphrate. Il n'était pourtant pas roi absolu, ayant été sacré parle prophète, et élu en quelque sorte par le peuple ; il ne devait être qu'un capitaine toujours armé, n'ayant ni cour, ni demeure fixe, ni ville capitale, aux ordres de Jéhovah, ordres que lui transmettait Samuel. Ce dernier rédigea, conformément à la loi de Moïse la constitution du royaume, qui fut déposée dans le temple (1). On ne devait prendre les armes qu'au nom du Seigneur, dont l'arche était placée au milieu du camp.

Une semblable tutelle parut lourde au nouveau roi ; il tenta

(i) Rois, ly ch. X, 25.

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