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CHAPITRE VIII

MONARCHIE JUIVE

MONARCHIE JUIVE

de s*en affranchir en s*einparant des fonctions du sacerdoce, et en oflirant lui-même Tholocauste en Galgala. Ce fut là Torigine de leur inimitié. Saûl, délaissé par Tesprit de Dieu, s'abandonna à la cruauté et aux superstitions, évoqua les ombres par la magie, et souilla, par des fraudes et des in- iû4o. justices , un règne bien commencé. Samuel , alors , sacra par Tonction sainte le berger David, qui, très jeune encore, avait dans une bataille vaincu Goliath , général des Philistins ; il était le plus grand poète que les Hébreux eussent possédé jamais. Introduit dans le palais, il dissipa la sombre mélancolie de Saûl au son de la harpe et devint l'ami intime de son fils Jonathan. Ses victoires lui valurent de plus la main de la fille du roi ; mais Saul conçut de Tenvie contre lui , parce qu'on chantait. dans Israël : « Saûl a tué mille Philistins, (( mais David dix mille » ; et parce qu'il craignait que , grâce à la faveur des lévites et de Tarmée, il n'empèchàt son fils de succéder à la couronne. Plusieurs fois donc il lui tendit des embûches, ce qui Tobligea de se réfugier chez les Arabes du désert et parmi les pasteurs. Saûl, alors, constant dans son projet de détruire le sacerdoce et d'effacer la distinction entre le pouvoir ecclésiastique et l'autorité civile , fit massacrer, dans Nob, Abimélech et 85 prêtres avec leurs familles.

S*étant ainsi aliéné ses sujets , il fut vaincu par les Philistins^ et périt sur les collines de Gelboé, avec Jonathan et ses deux fils.

David le pleura, et il chanta : « Gémis, Israël, pour ceux DmTid. a qui sont tombés sous le fer de Tennemi ; les héros d'Israël « ont été tués sur les montagnes. Hélas I comment les forts tf sontrils tombés?

a Ne rannoncez pas dans Gath et sur les places d'Ascalon, a afin que les filles des Philistins ne s'en glorifient pas , et « que les femmes des incirconcis n'en tressaillent pas de joie.

« Montagnes de Gelboé , que la rosée et la pluie ne des- « cendent jamais sur vous , et que là ne viennent point de « prémices, puisque là fut abattu le bouclier des forts, le (c bouclier de Saûl, qui n'est plus arrosé d'huile.

c< L'arc de Jonathan s'abreuva toujours du sang des enne- <c mis, de la graisse des forts, et le glaive de Saûl ne fut ja- « mais tiré en vain.

c( Saûl et Jonathan, si aimables et si beaux dans la vie, (c n'ont pas été séparés dans la mort, eux, plus rapides que c( l'aigle, plus robustes que le lion.

DEUXIÈME ÉPOQUE

« Filles dlsrael, pleurez sur Satil qui vous revêtait de « splendideécarlate, qui vous parait d'ornements d*or.

(( Je te pleure , Jonathan , mon frère , car tu m'étais si « cher; ton amour, je le mettais bien au-dessus de Tamour « des femmes.

« Hélas I comment les forts tombèrent-ils dans la bataille? « comment Jonathan fut-il tué sur les montagnes? » David. Alors les hommes de Juda élurent David pour roi ; mais les autres tribus prirent parti pour Isboseth , fils survivant de Sâîil. Ce ne fut que sept ans après, quand celui-ci eut été assassiné parles siens, que toute la nation vint dans Hébron, vers David, et lui dit : « Voici que nous sommes tes os et ta chair ; « guide Israël au pâturage et sois notre chef. »

Il fit la constitution d'accord avec les anciens , qu'il réunissait ensuite pour les décisions les plus importantes, se conformant en outre aux avis des prêtres ; il régna trenteneuf ans et fut le plus grand roi d'Israël. Non seulement il réalisa le projet de l'entière conquête , mais il renversa les États agresseurs et soumit la Syrie et l'Idumée; ainsi il dominait de l'Euphrate à la Méditerranée, et de la Phénicie au golfe d'Arabie. Il s'occupa des finances et fit le recensement de son peuple; puis, en enlevant aux Iduméens les ports d'Élath et d'Asiongaber oii finissait le golfe Élanitique, en occupant Thapsac sur l'Euphrate , il prépara l'accroissement du commerce.

Afin d'affermir l'unité de sa nation , il proscrivit avec le plus grand soin tout autre culte que celui de Jéhovah. Il établit sa résidence à Jérusalem , où il fit élever un palais en bois de cèdre , que bâtirent des charpentiers et des maçons envoyés vers lui par Hiram , roi de Tyr. Ce fut là qu'il déposa l'arche d'alliance , sanctuaire de la nation ; puis il accumula des trésors pour la construction du temple, achevé par son successeur.

11 est vrai que son gouvernement finit par devenir très lourd. Les différentes femmes qu'il épousa suscitaient des intrigues de sérail; aussi ses derniers jours furent-ils troublés par les rébellions de ses propres fils. Il vécut soixantedix ans , et laissa dans le trésor plus de cent millions de sequins.

Salomon. Pour complairo à Bethsabée, qu'il aimait entre toutes ses femmes et qu'il avait enlevée à son mari , David désigna pour son successeur Salomon, qu'il avait eu d'elle, et qu'avait

MONARCHIE JDITE.

élevé le prophète Nathan , intrépide censeur des égarements du roi. Salomon , pour s*assurer la possession du trône , fit périr son frère Âdonias , favorisé par le grand prêtre et Joab ; le grand prêtre fut exilé , et Joab tué dans le tabernacle. La Judée dut à ce Iprince Tépoque de sa plus grande splendeur il surpassa en science les Orientaux et les Égyptiens (1) ; il composa 3,000 sentences ou proverbes, 1,005 cantiques, et écrivit sur toutes les productions de la nature, depuis le cèdre du Liban jusqu'à Thysope. Salomon faisait des énigmes dont il envoyait demander Texplication à Hiram , roi de Tyr, lequel, à son tour, lui en expédiait. Quoique tout-puissant, il fut vaincu par le Tyrien Âbdémon.

Bien différant du roi berger élevé au trêne par son épée et sa vertu, Salomon, qui n*y monta que par succession, introduisit dans Jérusalem le faste d'une cour orientale. Il se fit construire un palais, et, sur le mont Liban, , une maison de plaisance. Le commerce Tenricbit immensément. Les princes étrangers accouraient pour ^l'admirer; il contracta une alliance avec Hiram, roi de Tyr, àTaide duquel les ports conquis par David prirent part au trafic des pays méridionaux, tandis que sa flotte lui rapportait d'Ophir (2) les bois rares et les gommes précieuses. Les vaisseaux de Salomon faisaient aussi , tous les trois ans , le voyage des Indes, et en rapportaient de Tor, de Targent, de Tivoire, des singes, des paons, n prévint Alexandre le Grahd dans le vaste projet de réunir les peuples de TAsie par le lien pacifique des arts et du commerce. 11 voulait faire de sa capitale l'entrepôt des caravanes : c'est dans ce but qu'il bâtit Balbek et Palmyre (3), la cité au nom poétique , s'élevant comme un palmier dans le désert, sur la route de Babylone.

Pour suffire à un luxe dont on raconte d'incroyables merveilles, il modifia l'administration du royaume, et eut douze préfets qui, chaque mois, lui envoyaient le montant des impôts. Ses revenus montaient à 666 talents d'or (46 millions

(1) « Et la sagesse de Salomon surpassait celle de tous les Orientaux « et des Égyptiens ; il était plus savant que quiconque fut jamais; plus n qu*Éthan-Ezralte, et qu*Heman, et que Calcol, et que Dordah, fils de « Machol. » (Rois, IV, 4, 30.)

(2) Selon Bruce, Voyage aux sources du Nil, t. II, ch. nr, Ophir serait Sofala; Tarsis, Mélinde.

(3) Baalath Teut dire temple du soleil, et Balbeck, vallée du soleil. Les Arabes donnent encore le nom de Tadmor à Palmyre.

de fhtncs), outre les droits de douane et les tributs payés par les cheiks arabes.

L«teBpie. Le monument le plus célèbre de sa magnificence fut le temple, qui s'élevait sur une colline enceinte de murailles , au sommet de laquelle on arrivait par de larges escaliers. Là s'ouvrait au peuple un vaste portique, et un autre moins grand, où les prêtres faisaient les offrandes, était séparé du premier par une balustrade qui laissait voir la fumée des sa* crifices. D'un côté de ce portique était le sanctuaire, précédé de deux colonnes de bronze, avec sa porte resplendissante d'or, où ne devait pénétrer aucun profane. Dix lampes en éclairaient la mystérieuse obscurité, * et de là sortait la voix des prêtres à laquelle le peuple répondait en chœur. L'arche d'alliance était placée dans la partie la phis sainte entourée d'une précieuse draperie que franchissait seulement le grand prêtre une fois par an. C'est ainsi que le temple réunissait les trois unités dans lesquelles nous avons dit que se résumait le peuple hébreu : Dieu qu'on y adorait, la loi qui y était gardée, le peuple qui de toutes parts s'y assem* blait pour fraterniser aux solennités annuelles. Aussi demeura-t-il le symbole de la vie nationale , même quand les derniers Hébreux en eurent perdu l'entière signification. Bien plus, il survécut dans la mémoire lorsqu'il n'en resta plus pierre sur pierre; il excita les chrétiens aux croisades, et il réunit encore en un seul vœu tous les soupirs des Juifs épars aux quatre vents.

L'œuvre fut achevée en sept ans , et sous l'architecte Adoniram 30,000 ouvriers choisis dans tout Israël travaillèrent à la construction du temple; 10,000 étaient envoyés chaque mois, sur le Liban, pour y abattre des cèdres et des sapins. En outre, Salomon occupa 150,000 Cananéens et autres étrangers : 70,000 transportaient les fardeaux, 80,000 préparaient les pierres, sans compter 3,000 surveillants et 300 chefs (1). Quand l'édifice fut terminé, on en célébra la

(1) Les sociétés de francs-maçons ont vouln rattacher leurs traditions an temple de Salomon. Ils disent donc que, le roi de Tyr ayant envoyé à Salomon, comme chef des autres architectes, Hiram, issu par sa mère de la tribu de Nephtali, il distribua les ouvriers en trois classes, d*apprentis, de compagnons et de maîtres, chacune avec un mot d'ordre pour se reconnaître entre eux. Trois ambitieux, désirant obtenir le mot d^ordre des maîtres, en Tabsence des ouvriers, vinrent un jour assaiUir Hiram, et, sur son refus, ils le tuèrent en le frappant de trois coups, et Tensevelirent.

MONARCHIE JUIVE

consécration par des fêtes magnifiques ; on tua 22,000 bœufs et 100,000 moutons. Ce fut à cette occasion que le roi-poète composa ce cantique :

^: « Je t*ai bâti cette maison, 6 Seigneur, afin que tu Tha- « bites, et que ton trône y soit établi pour Téternité.

« Béni soit le Seigneur qui de sa propre bouche parla à « David, mon père, et qui, par sa puissance, a réalisé sa pa- « rôle.

« Il lui dit : Depuis que j*ai tiré Israël d'Égypte, je n'ai « point encore choisi une ville parmi les tribus dlsrael pour « être consacrée spécialement à mon nom.

<c Et voilà que j*ai bâti la maison au nom du Dieu dlsraôl, « et j'y ai réservé une place à Tarche, où est le pacte du « Seigneur.

« 0 Seigneur, nul ne t'égale dans le ciel ni sur la terre ; tu a maintiens l'alliance et la miséricorde à tes serviteurs qui a marchent en ta présence.

(( Et croirai-je que tu habites vraiment sur terre? Si les a deux des cieux ne peuvent te contenir, combien moins la i< maison que je t'ai bâtie !

« Mais regarde ton serviteur, écoute l'hymne et la prière, <c et que tes yeux soient fixés sur la maison de laquelle tu as « dit : La sera mon nom.

<t Quand quelqu'un aura péché contre le prochain, et qu'il c< viendra prête serment ici, dans ta maison, tu l'entendras « du ciel, et tu feras justice à tes serviteurs, en condamnant « l'impie, en faisant retomber son iniquité sur sa tête, et en « justifiant le juste.

c( Si ton peuple fùit devant ses ennemis parce qu'il aura « péché, et que, repentant et confessant ton nom, il vienne « prier dans ta maison, écoute-le, pardonne-lui et ramène-le ^ a dans la terre que tu donnas à ses pères.

« Si le ciel, par châtiment, refuse la pluie, et que, tout a contrits, ils viennent t'implorer, écoute-les, apaise-toi^ et (c éloigne d'eux la famine , la peste , tout fléau mérité par a leurs égarements.

Salomon le fit chercher par neuf maîtres expérimentés, qnî, se dirigeant trois par la porte occidentale, trois par Torientale, trois par celle du nord» paryinrent à découvrir son cadavre. De là, les trois grades chez les francsmaçons et tous leurs symboles, le triangle, le marteau, le ciseau, le compas, la règle, les tenailles, Féquerre, etc.; de là, les funérailles d*Hiram dans leur initiation, et les trois coups dont on frappe le candidat.

DEUXIÈME ÉPOQUE

« L'étranger aussi, quand il viendra d'une contrée loin- « taine pour invoquer ton nom , tu l'exauceras, pour que « tous les peuples apprennent à craindre ton nom.

« Quand le peuple sortira pour la guerre, sur quelque « route que tu l'envoies, il t'invoquera en regardant vers la « ville que tu t'es choisie, et toi, en l'écoutant^ tu lui rendras « justice et tu le préserveras de l'esclavage des étrangers ; « car il est ton peuple, que tu as séparé de tous les autres « pour en faire ton héritage et lui accorder enfin le repos. »

C'est ainsi que l'édifice et les rites consolidaient la nationalité par la religion; mais^ malheureusement, Salomon luimôme donna l'exemple funeste de briser un pareil lien. Lui qui avait chanté : « Qui donc monta au' ciel et en descendit? « Qui tint les vents entre ses mains? Qui ramassa les eaux « comme un manteau? Qui suscita l'étendue de la terre? « Quel est son nom (1)? » Il tomba dans l'idolâtrie. Ënorgueilli par ses richesses, il adopta les coutumes des Orientaux, et, oubliant pour elle les mœurs de sa patrie, il peupla son harem de femmes choisies parmi les plus belles , Égyptiennes, Moabites, Ammonites, Iduméennes, Sidoniennes, dont le nombre était de 700, outre 300 concubines. C'est du fond de ce harem qu'il gouvernait son peuple ; c'est pour plaire à ses femmes qu'il trahit la politique et la religion, en introduisant les dieux étrangers : Astarté, divinité de Sidon ; Moloch, idole des Ammonites; Chamos', dieu des Moabites, ce qui confondait de nouveau les Hébreux avec les gentils.

Il en éprouva les déplorables conséquences dans plusieurs révoltes, et principalement dans celle de Razon, qui détacha la Syrie de son obéissance et fonda à Damas un royaume, perpétuel ennemi de celui d'Israël. Jéroboam tenta aussi de soulever les tribus ; mais il fut obligé de s'enfuir chez les Égyptiens, qui peut-être favorisaient sous main ces mouvements séditieux. Le peuple ne tirait aucun avantage du commerce, qui se faisait seul au profit du roi ; la capitale prospérait sans doute, mais les provinces souffraient d'autant plus qu'elles en étaient plus éloignées.

Le mécontentement éclata lorsque Salomon mourut , à l'âge de soixante-deux ans, après un règne de quarante. Alors les états, rassemblés à Sichem, dirent à Roboam, son fils : « Si tu renonces à la rigueur paternelle, nous te nom-

(1) Proverbes, XXV, 4.

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