ROYAUMES D*ISRABL ET DE JUDA
de sa chambre, il soupirait, tourné vers Jérusalem; il gémissait devant Dieu, et le suppliait de lui rendre sa patrie et sa nation. Jérémie, demeuré dans le pays avec les Juifs les plus pauvres, pleurait sur les ruines de la cité sainte^ et disait :
« Oh ! comme elle gît solitaire et désolée, la cité naguère Lamenuuon« « si populeuse ! La reine des nations est maintenant veuve * ' "* « et tributaire, et ceux qui lui sont chers ne sont plus là pour a la consoler. Tous ses amis Tout délaissée et se sont faits « ses adversaires. Les rues de Sion pleurent, et nul ne vient « à ses solennités depuis que le Seigneur Ta punie de ses « iniquités. Les étrangers ont pénétré dans son temple. — « Mes jeunes filles et mes jeunes garçons sont allés en escla- « vage. — Le Seigneur, devenu notre ennemi, a opprimé « Israël, abattu ses remparts, comblé d'humiliations la « famille de Juda, livré à l'oubli ses fêtes et ses jours de « sabbat; il n'y a plus de loi, plus de prophètes qui reçoi- « vent la vision de Dieu. Les jeunes filles et les vieillards de « Sion se sont assis sur la terre ; ils se sont couverts de cen- « dres et ont ceint leurs reins de cilices ; l!enfant à la ma- « melle a péri sur les chemins. Ils disaient à leurs mères : « Où est le pain et le vin? — et ils expiraient dans les bras de « leurs mères. A qui te comparerais-je, 6 fille de Jérusalem, « et quelle douleurest pareille à la tienne? Tes prophètes ont « vu le faux; ils se sont tus sur tes iniquités et ne t'ont pas « exhortée à la pénitence. A présent, celui qui passe secoue « la tête sur toi, et te raille en disant : Est-ce là cette ville « (tune beauté si parfaite, la joie de l'univers? — Et les ennemis « ont dit : Nous avons désiré ce jour y maintenant nous la dévo- « rerons. — 0 Seigneur, vois ma désolation, vois comme ils « m'ont vendangée. — Le prêtre et le prophète sont égorgés « dans le sanctuaire, le vieillard et Tenfant gisent morts sur (( la terre, et les braves sont tombés sous le fer; tu as invité « comme à une solennité ceux qui devaient la dévaster. « Nous avons tendu la main à l'Égyptien et à l'Assyrien pour « être rassasiés; les mères ont fait cuire et mangé leurs ence fants. 0 Seigneur, nous oublieras-tu ? Il est bon d'espérer « en toi et d'attendre en silence la rédemption du Seigneur. « Il est bon que l'homme porte le joug dès sa jeunesse; il « siégera solitaire et il se taira, en s'élevant au-dessus de lui- « même; il courbera son front dans la poussière, épiant « quelque lueur d'espérance, et à qui le frappe il tendra la
262 DEUXIÈME ÉPOQUE
« joue. Nos œuvres ont été iniques, et lu as déchaîné contre « nous ta colère. Ne détourne pas Toreille de nos gémisse- « ments. Tu rendras la pareille à nos ennemis. La coupe « t'arrivera aussi, fille d*Edom, et tu en deviendras ivre, tu « en seras mise à nu. »